LA CONSCIENCE MARCHANDEUSE…

Dans la vie courante, même les meilleurs ne s’embarrassent pas de scrupules pour obtenir un avantage, tellement le marchandage est passé dans les mœurs.  Tant que l’ego est roi, il y a application de la règle du deux poids et deux mesures, l’un pour soi, à son avantage, et une autre pour autrui, à son détriment.  Et, plus on se croit avancé dans sa quête spirituelle, plus on déguise ses recours en valeurs licites et légitimes.  Car chacun veut toujours obtenir le plus pour ce qu’il offre en donnant le moins pour ce qu’il convoite.  On veut obtenir le meilleur de tous les mondes, laissant le plus difficile aux autres, de préférence aux vieilles générations qui ont connu la misère, qui se sont faits à la dure et qui protestent peu.  Mais, comme la majorité fait de même, surtout chez les génératiomarchandagens montantes, habituées à croire que la force du nombre fait la vérité, personne ne s’en formalise, ce qui n’empêche pas une telle attitude de mener à la méfiance et à l’hostilité.  Il n’est pas interdit à un être de marchander dans la mesure où il offre une juste rémunération pour ce qu’il désire obtenir.

Là où le marchandage devient le plus suspicieux, c’est dans le domaine spirituel.  Chacun veut acheter son salut à rabais.  Ainsi, certains en viennent à se convaincre qu’ils peuvent monnayer leurs efforts.  Sans comprendre qu’ils compliquent leur destin, ils pensent qu’en plaisant à Dieu, ils vont s’attirer du mérite.  C’est la technique du cadeau piégé qui amène un être à poser préalablement un geste dans l’espoir d’obtenir, par réciprocité, ce qu’il veut, se croyant ce droit de prendre l’initiative d’imposer à autrui un fardeau.  Ou il procède par des promesses pour obtenir les mêmes résultats.  Par exemple, il pourra proposer : «Si j’obtiens telle bénédiction, je ferai un pèlerinage à tel endroit…»;  «…je te ferai construire une chapelle…»;   «…je ferai du bénévolat»;  «…j’aiderai les pauvres, les faibles, les handicapés ou les personnes âgées».

 C’est oublier que l’Être suprême et unique ne fait pas d’acceptions ni d’exceptions : il n’accomplit pas de prodiges ni de miracles, il n’accorde pas de faveurs ni de privilèges, il ne manifeste aucune prédilection par rapport à un être particulier, il ne se reconnaît aucun dû envers qui que ce soit.  Alors, inutile de prier intensément, de jeûner, de faire des sacrifices, de faire brûler des lampions, l’Absolu reste indifférent à ces techniques de marchandage, des pratiques plus qu’intéressées, parce qu’il est impassible et impersonnel.

Les meilleures techniques de manipulation sont la menace de réduire ou de supprimer son intérêt;  installer la culpabilité;  ou ajouter de l’urgence ou de l’importance à une situation.  Qu’est-ce qui se cache derrière le marchandage, comme derrière le chantage subtil de ce genre?  Dans ces procédés, il y a un aveu d’impuissance.  Il y a surtout le jeu de pouvoir de l’être faible.  Il y a le désir de s’éviter des efforts, d’obtenir plus en donnant moins ou, tout au moins, le désir de recevoir à égalité de son investissement dans ses transactions, ce qu’on appelle la pratique de l’équité.  Au niveau psychique, on cherche à s’éviter des efforts par le recours à des tactiques d’évitement.  En pareil cas, on devrait se demander qui détient le gros bout du bâton dans toute transaction entre un être incarné et Dieu, l’Éternel omnipotent, qui agit comme Providence, donc comme Pourvoyeur universel et comme Régent de la Justice immanente.

Celui qui se fait maître marchandeur ou maître chanteur tente, par la manipulation, de semer le doute chez un autre et d’induire en lui un malaise en minant son estime personnel ou en réduisant son image de lui-même.  Quelqu’un adopte un rôle de victime pour obtenir d’autrui un comportement souhaité.

Dès le départ, il faut situer l’expérience de l’incarnation dans la juste perspective d’une quête évolutive.  En cela, chacun est maître absolu de son propre destin, le Créateur lui ayant donné par avance et prévenance tout ce dont il a besoin pour assumer son propre sort, ce qui l’appelle à la responsabilité.  Dieu n’est pas responsable de l’état d’obnubilation dans lequel il a plongé par l’oubli progressif des principes universels, explication de sa présente ignorance et de son long sommeil.

Dans le marchandage, il y a toujours le désir de suivre la ligne de la moindre résistance, de devoir s’impliquer personnellement le moins possible.   Certes un être peut aspirer à une vie facile, voire à une vie de grâce, mais pas à n’importe quel prix, surtout pas au détriment des autres.  Comme il n’existe pas de raccourcis évolutifs, chacun doit poursuivre tout le périple susceptible de le mener de l’ignorance à la sagesse, à la maîtrise parfaite, à l’Éveil total.  Ainsi, jour après jour, il doit tirer les leçons de ce qu’il met en action consciemment ou inconsciemment.  C’est la seule voie de sa délivrance.

Dans la vie, chacun souhaite s’entendre dire ce qu’il veut entendre à défaut de quoi il écoute, en interprétant, soit qu’il comprend ce qu’il veut bien comprendre.  Mais il arrive à chacun que, dans sa quête de Vérité, de trouver bouchée trop difficile à avaler.  Alors, quand ce premier moyen ne suffit pas, on commence à transiger, on opte pour le chantage subtil, le recours aux bons sentiments, l’appel à l’indulgence, le témoignage de la bonne conscience.  On veut bien ouvrir sa conscience, mais sans concéder sur trop de ces points qui forment ses croyances, servent sa sensualité et flattent sa personnalité ou petit moi.  Si cet autre moyen ne prend pas, on passe aux menaces, aux moyens de rétorsion, à la guerre ouverte.  On oublie que l’on ne peut procéder plus avant sur une voie qu’on n’accepte pas de dégager soi-même parce que c’est soi-même qui, un jour, l’a encombrée.

Quelle déception, quand une session de marchandage n’aboutit pas aux résultats escomptés.  C’est la nécessité de faire son deuil en passant par le déni, la colère, le marchandage, la dépression, avant que, enfin, vienne l’abandon à son sort et les questionnements pertinents.  Et, dans ce manège, on privilégie longtemps la projection de ses torts sur autrui, plaidant l’innocence ou l’impuissance.

C’est bien connu, c’est vieux comme le monde, on veut faire tout le malheur de celui qu’on dit aimer quand il ne cède pas à ses attentes, à ses avances, à ses exigences ou ne répond pas à ses besoins, à ses caprices, à ses fantaisies, à ses jeux de pouvoir.  Et d’autant plus qu’on les considère comme des droits et qu’on oublie ses devoirs.  Et si on ne gagne pas, on prend la fuite et on opte pour la destruction à distance.  Pourtant, chacun peut appliquer sa vérité, mais nul ne peut transiger avec la Vérité, la Réalité absolue qui unit toutes les petites vérités.

En présence d’un manipulateur, d’un être qui recourt aux techniques de marchandage ou de chantage, le mieux c’est d’éviter de se justifier en feignant l’indifférence et en le retournant à ses croyances, l’amenant, si c’est son choix, à se pendre avec elles.  Ainsi, on ne répond simplement pas à ses provocations ou, si cela démange trop, en lui répliquant des vérités comme : «J’ai la conscience tranquille»;  «Tout le monde ne pense pas comme toi»;  «C’est ton opinion»;  «Je ne suis pas de cet avis»;  «Chacun ses goûts»;  «Chacun sa vérité»;  «Eh oui, je suis un extraterrestre ou une bibite rare, je ne fais rien comme tout le monde!»

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