LE PRINCIPE DE L’UTILITÉ

En général, on considère comme utile ce qui est profitable, qui rend service, qui sert un besoin ou dont l’emploi est avantageux.  Du point de vue de l’utilité, il n’y a rien de négligeable, il n’y a pas de petite chose, puisque tout ce qui existe sert à quelque chose, même ce qui n’est pas à sa place ou ne doit pas y être.  Il sert à quelque chose de s’incarner sur la terre en être humain, de jouer, de travailler, d’aimer, de produire des objets, comme il sert à quelque chose de s’incarner en rapace, en ce qui deviendra fétu de paille, en insecte hideux, en «mauvaise herbe».  En effet, on joue pour s’amuser ou se délasser, on aime pour le plaisir que cela procure, on crée des objets pour intriguer, décorer, servir d’instrument.  Ainsi, même les actes, les êtres et les objets apparemment gratuits ou inutiles servent à quelque chose.   Même ce présumé détestable pissenlit qui, en plus d’être une des meilleures plantes thérapeutiques, sert, par sa longue racine, à aérer et à assouplir un sol trop compacté.

N’empêche que le point de vue utilitaire est plus restrictif que le point de vue utilité.  En pareil cas, est utile ce qui est un moyen servant une fin.  Dans ce contexte, le plombier est utile dans la mesure où il aménage une tuyauterie dont on a besoin ou qu’il la répare lorsqu’elle est brisée;  l’infirmière est utile si elle soigne correctement une maladie.  Ainsi, à prime abord, on considère les gens de métier ou de profession d’abord comme des moyens d’atteindre un but plus que comme des personnes.  Ils sont dits utiles dans la mesure où ils remplissent une certaine fonction réclamée ou appréciée.  Autrement dit, leur utilité est relative au besoin que chacun en a.  De toute évidence, celui qui ne porte pas de souliers n’a pas besoin de cordonnier; celui qui cesse ses études n’a pas besoin de professeur; celui qui vit à loyer et s’y plaît n’a pas besoin d’un constructeur.

C’est ainsi que tous ont besoin de la société dans son ensemble, en raison de la diversité des services qu’elle peut rendre et du rôle que chacun y joue.  Toutefois, d’un point de vue fonctionnel, les rôles peuvent devenir interchangeables.  Ainsi, son dentiste peut prendre sa retraite dans la mesure où on peut en trouver un autre aussi compétent.

En spiritualité, l’utilité prend une toute autre perspective, car il faut d’abord la considérer dans le principe de l’utilité qui amène à donner de la valeur à l’existence.  Celui-ci se comprend dans le fait qu’il faut commencer par développer sa personnalité, sa conscience de soi, son droit d’être et d’agir, avant de penser à s’affranchir des limitations de la matière.  Ce faisant, l’être tire des leçons salutaires qui le motivent à aspirer à d’autres dimensions contraignantes.  Autrement dit, il faut naître à soi avant de renaître à la Totalité.  Il faut connaître l’entière défaite de la personnalité avant de penser à se relier à sa Conscience transcendantale.  Pour évoluer, il faut savoir se fixer un but et s’élaborer un plan ou un programme précis de manière à l’atteindre.  Voilà le sens supérieur de l’utilité qui est d’aider à faire rencontrer son Maître.

Il peut être confondant de parler de loi de l’Utilité quand on enseigne qu’il ne faut pas chercher à être utile, dans la vie, mais à toujours être davantage.  Mais il faut s’adonner à des tâches utilitaires pour développer la conscience de soi.  L’homme doit combler ses désirs légitimes, pourvoir à ses besoins essentiels et façonner ses instruments de travail.  L’utilité se définit ici par la réalisation des buts dans l’effort, l’action, la ténacité et la bonté d’âme.  Elle exprime comment il faut renoncer à l’égoïsme pour se faire un pour tous, pour manifester la conscience et réchauffer le monde.  Il faut s’extraire de l’individualisme, pondérer ses ambitions, résoudre ses crises de façon inventive, détourner la vitalité vers des aspirations supérieures.  L’être doit apprendre à devenir le régent de sa propre vie.

La loi de l’Utilité montre comment le pouvoir ne vient ni du vouloir ni de la force, mais du Savoir.  Elle fait réaliser que l’homme est le miroir exact du Cosmos, mais qu’il réfléchit une image inversée, d’où l’évolution s’amorce dans une conversion, dans un retournement de conscience.  Elle explique comment les neurones conservent, en potentiel, les immenses pouvoirs psychiques de l’homme.  Elle apprend que l’intellect doit s’allier et se soumettre à l’intuition.  Elle rappelle que la vie s’exprime à l’échelle quantique (valeur discrète à laquelle correspond une manifestation d’énergie ou quantité discontinue sous laquelle est émis ou absorbé un rayonnement ou une énergie).  Elle aide à installer la vie et à en prendre soin en la comprenant, autant dans les formes inférieures que chez ses semblables et tous les êtres du Cosmos, car elle apprend l’amour de soi et l’altruisme.  Elle aide à élever l’âme et à conférer à l’être un commandement royal.  Elle développe la foi dans une destinée déterminée par la victoire de l’intelligence sur la primarité des instincts et de l’amour sur la primarité du désir.

En fait, si tout a une fonction, ne devrait-on pas se poser des questions à propos de ce qui est apparemment inutile?  Il est probable qu’est utile pour l’un ce qui apparaît inutile pour l’autre.  Pourtant, dans le Cosmos, si on supprime la moindre parcelle d’être, on fait disparaître l’ensemble irrémédiablement.  Ce principe devrait aider à faire comprendre à quel point chaque être est précieux, quoi qu’en disent les êtres moins conscients.  Au lieu de tenter de faire disparaître ce qui ne plaît pas, on devrait cultiver l’ouverture à la différence, ce qui ouvre l’esprit et enrichit. Car tout être démontre, par la manière qu’il a évolué, une expression du principe d’utilité.  Chez les animaux, le cas le plus amusant est sûrement celui de la girafe qui a développé une alimentation spécifique et qui, pour assurer sa subsistance, a trouvé le moyen de dépasser les autres de quelques têtes.

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