L’INDIVIDUALISME, OUI, MAIS SANS FUITE DE SES RESPONSABILITÉS COLLECTIVES…

L’individualisme désigne la théorie ou la tendance qui accorde à l’individu la suprême valeur et qui favorise l’initiative personnelle, la réflexion individuelle, le goût de l’autonomie et de l’indépendance, le non-conformisme.  Il peut s’agir de la doctrine philosophique qui affirme la réalité propre des individus au détriment des genres et des espèces.  Il identifie encore une théorie qui tente d’expliquer les phénomènes historiques et sociaux par l’action consciente et intéressée des individus.  On peut croire que, dans son aspect négatif, l’individualisme est un individualismefruit aigre du matérialisme, cette conception de la vie entièrement tournée vers la recherche des avantages matériels qui lance dans la possessivité et la consommation à outrance.

L’individualisme est la tendance d’un être à s’affirmer indépendamment des autres.  Il s’agit d’une quête adéquate si elle vise à s’assumer le plus possible dans sa liberté et sa souveraineté  Dans l’expérience terrestre, chacun détient le droit, même le devoir, de se faire passer en premier, ce qui démontre son goût de vivre.  Mais il y a droits et devoirs, les uns finissants où les autres commencent.   En conséquence, cette tendance n’a rien de bon ni de mauvais en elle-même tant qu’elle ne mène pas à nier l’existence des autres ou à bafouer leurs droits.  Il s’agit de sa part d’une conduite parfaitement saine tant qu’elle favorise la construction de son identité, qu’elle affirme son droit de se donner les meilleures conditions de sa réalisation et de son épanouissement.  Puisque tous les êtres sont égaux en potentialités, chacun détient le droit sacré de s’accorder la priorité, de se faire passer en premier dans ses choix, de protéger son intimité, de refuser de rendre compte de ses choix.  En principe, nul ne doit quoi que ce soit aux autres.  Chacun détient le droit de faire ce qu’il veut dans son univers.  À vrai dire ses devoirs commencent où ses droits finissent, c’est-à-dire à la frontière de l’univers d’autrui.

Ainsi, bien qu’il puisse comporter une part d’égoïsme, il ne faut pas confondre cet amour exagéré de soi, qui amène à tout rapporter à soi et à se préférer à tout, à s’adonner au culte de soi, avec l’individualisme légitime.  La forme d’individualisme qui devient préjudiciable, c’est celle qui limite le besoin naturel l‘échange et de partage.   Nul ne peut concevoir comme sain ce comportement qui pousse au repli sur soi, qui rend indifférent à l’autre, qui induit dans l’irresponsabilité (par exemple, la peur de l’engagement et des projets à long terme), l’incivilité, voire l’irrespect, ce qui peut inclure la cupidité, le non-respect des lois et un comportement sexuel exigeant et dominateur.  En d’autres mots, l’individualisme prend une coloration négative lorsqu’il s’exerce à l’encontre des relations extérieures et indispensables au maintien de l’intégrité et au développement harmonieux de l’être humain.

Il est clair que la modernité a engendré des automatismes où les relations interpersonnelles ne sont plus nécessaires dans le mode de vie.  Chacun procède quotidiennement à toutes sortes de transactions sans passer par un lien relationnel.  La plupart font confiance à des systèmes impersonnels et automatisés, mais c’est comme s’il les gens savaient de moins en moins comment se comporter dans la relation sociale.  Cette ignorance des modes relationnels engendre davantage de méfiance envers les autres et encourage le repli sur soi.  Même que, dans un genre de nouvelle éthique, souvent, tout se passe comme si, en Occident en général, les êtres s’étaient fait imposer de se mêler de leurs affaires, seulement de leurs affaires, pour éviter d’être intrusifs et de voir les autres empiéter sur le privé.

Dans une société, la reconnaissance des uns ne peut se faire qu’à travers les autres, de l’amour dans ses relations intimes à la conscience d’appartenir à une espèce coindividualisme-smmune, d’où le lien social reste indispensable à son bon fonctionnement.  L’individualisme tend à méconnaître les solidarités sociales et humaines, ne réclame pour l’individu que des droits, fait primer le droit personnel sur le bien commun, agit pour soi-même sans s’occuper des autres.  L’individualisme conduit à l’égoïsme forcené et à l’hypertrophie de la personnalité.  En pareil cas, il amène un être à sentir un vide et une solitude au goût amer.

Dans les sociétés modernes, la transaction a pris le pas sur la relation.  C’est-à-dire que, à la solidarité familiale intergénérationnelle et aux solidarités de voisinage, fondements de la vie sociale, s’est progressivement substituée une solidarité collective et institutionnelle, bien sûr indispensable, mais incapable de répondre à tous les besoins.  Déjà, à son époque, Alexis de Tocqueville, ce penseur et homme politique français, avait écrit : «L’individualisme est un sentiment réfléchi et paisible qui prédispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même.»

Chacun peut parvenir, seul, à sa propre perfection.  Chacun peut, dans sa propre conscience, devenir infini et parfait.  La réalisation intérieure n’a pas de limites.  Et chacun aura avantage à se rendre jusqu’à la pleine maîtrise avant de penser à aider assidûment les autres.  Toutefois, la réalisation extérieure de l’individu ne pourra être complète tant que l’humanité, de façon collective, n’aura pas atteint son but ultime.  Chacun est, à proprement parler, le gardien de son frère.

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