RIEN NE PEUT LAISSER UN ÊTRE CONSCIENT INDIFFÉRENT, BIEN QU’IL NE DOIVE RIEN PRENDRE DE MANIÈRE VISCÉRALE…

L’indifférence évoque l’état d’une personne entièrement détachée, d’où, n’étant émue par aucune situation, elle fait preuve de neutralité.  Il peut encore s’agir de l’état de celui qui ne présente aucun motif de préférence ou qui, neutre ou insouciant, ne tend pas plus vers un état qu’un autre.  Cet état implique diversement l’absence de sensation, de sensibilité, de plaisir, de crainte, de désir, d’attente, d’intérêt.  Il y a des moments où il faut se montrer indifférent et d’autres où, écoutant sa sensibilité intime, il faut savoir s’impliquer, se montrer intéressé.  Encore faut-il avoir le discernement pour guider ses choix, pour éviter autant de sombrer dans la sensiblerie que de devenir la victime de la manipulation d’autrui.

En un sens plus spécifique, elle identifie parfois l’état de sérénité parfaite qui correspond à l’équanimité ou à l’impassibilité de Dieu.  Dans ce sens, elle devient plus que recommandable.  En effet, elle révèle l’état parfaitement équilibré du sage.  Si cet état devient négatif dans l’esprit du commun des mortels, c’est qu’elle désigne un degré d’épanouissement de la conscience qui dépasse de loin ce qui fait le quotidien de son existence.  Dans le cas du sage, l’indifférence ne concerne pas un manque de sensibilité à l’égard des souffrances des autres ni un manque de goût de vivre, mais, tout au contraire, l’application de l’amour inconditionnel de la vie et de la compassion envers tous.  En effet, le sage ne cherche pas à connaître tous les plaisirs, il cherche la béatitude de l’existence, ce plaisir sublime en repos qui est absence de douleur.  Son amour de la vie ne s’enracine pas dans la peur de mourir, puisque la mort ne l’inquiète pas, du fait qu’il ne désire pas vivre éternellement, même qu’il aspire à s’extraire de la Roue des incarnations.  C’est plutôt qu’il vit dans le moment présent qui lui suffit.  Par ailleurs, il ne connaît ni la crainte ni l’espoir parce qu’il sait qu’il n’y a que le présent qui existe (or crainte et espoir portent sur une projection dans l’avenir par référence à un passé insatisfaisant).  Plutôt, il a appris à discerner ce qui dépend de lui, se détachant du reste qu’il sait participer à l’Ordre cosmique.  Par sa créativité spirituelle, le sage s’occupe davantagindifferencee d’agir sur ce qui dépend de lui, qu’à espérer et à craindre ce qui lui est étranger.  Il n’est jamais indifférent aux autres, mais il est dépourvu de passions.  Il n’en ressent pas moins la sympathie universelle qui l’unit à tout. Autrement dit, Il est un membre de l’humanité et un citoyen du monde parce qu’il reconnaît et accepte la différence et le changement qui s’expriment partout.  Pour changer le monde, il se change lui-même se servant de l’arme supérieure : celle de l’amour.  Pour les autres, il laisse rayonner ce qu’il devient dans la Lumière divine.

Au sens contingent, l’indifférence n’est pas qu’insensibilité et incapacité à aimer.  Elle peut impliquer la maîtrise de soi qui rend efficace en cas d’urgence.  Mais, plus souvent, chez un être, elle donne le signe d’un rapport difficile avec la différence, qu’il est porté à nier.  Elle traduit alors une incapacité à changer, à se laisser changer par le sentiment (qui met en mouvement), mais un certain degré d’enfermement sur lui-même.  Dans ce contexte, l’indifférence et égocentrisme seraient liés.  Chose sûre, chacun doit se démontrer charitable et solidaire.  Mais n’est-il pas raisonnable de se détacher émotionnellement du sort de celui qui ne fait rien pour se sortir de sn bourbier, qui tourne en rond dans son problème, qui se plaint uniquement pour attirer l’attention et mériter la pitié?  Ne mérite-t-il pas un coup de pied au derrière plutôt qu’un coup de main?  Il faut savoir tendre la main à qui le mérite par les signes de prise en charge qu’il donne, mais pas à l’indigent qui ne se soucie nullement de son sort.  Dieu ferait-il autrement, lui qui a fait savoir : «Aide-toi et le Ciel t’aidera»?  Certaines formes d’aide renforcent le misérabilisme.

Rester neutre ne signifie jamais rester indifférent, puisque chacun doit être empathique au destin d’autrui.  En effet, dans nombre de cas, l’indifférence peut témoigner d’une affectivité émoussée qui amène le sujet à ne plus éprouver de sentiments envers les événements extérieurs, d’où il ne réagit plus à eux.  Elle peut révéler une paresse du cœur, mais elle n’est pas plus préjudiciable que l’émotivité ou l’affectivité.  En effet, pourquoi se morfondre à la vision d’un chat qui attrape une souris?  N’est-ce pas dans l’ordre de la sagesse de la Nature?  Pourquoi s’émouvoir en présence d’un accidenté au point d’en attraper un infarctus?  Veut-on l’achever ou mourir avec lui?  Dans toute scène pénible, il faut voir la loi de l’Ordre s’exprimer, appliquée par la Justice immanente ou la Causalité cosmique.

Il n’en reste pas moins que l’être en évolution ou en ascension doit savoir que ce n’est pas en tentant de soulager la misère humaine qu’il change le mieux la société: c’est en se changeant lui-même, en se transformant du mieux qu’il le peut et en rayonnant silencieusement de l’amour sur le monde.  Un être peut aider ceux qui sont dans les difficultés s’ils le demandent expressément,dans la mesure qu’il détient la compétence pour intervenir, qu’il possède les moyens pour agir, que ceux qui sollicitent son aide sont incapables de s’aider ou d’appeler à l’aide.  Mais, en d’autres circonstances, il y a fort à parier qu’ils en abuseront, échappant, par son intervention, à une leçon salutaire, ce dont il devra payer le prix, s’attirant un dixième du problème de celui qui ne mérite pas d’être aidé.  Quelqu’un peut apprendre aux autres à pêcher, mais il n’a aucune obligation de pêcher pour eux.

Quelle est donc la mesure de la sagesse humaine quand un être croit, dans son ego, toujours savoir ce qui est bon pour les autres et qu’il cherche à se suppléer à la Justice immanente pour se faire voir ou apprécier?

À propos de l’indifférence, on dit que la véritable haine implique cet état puisque le moindre mouvement de la sensibilité intime traduit un reliquat de crainte ou d’intérêt.  Cette référence à la haine sert uniquement d’explication d’un cas d’espèce, elle ne la légitime pas.

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