L’INCONSCIENT N’EST PAS LES SUBCONSCIENT…

L’inconscient désigne la partie du psychisme qui échappe entièrement à la conscience, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention. Dans la langue de Sri Aurobindo Ghose, il s’agit des «niveaux imparfaitement conscients en l’Homme, son fondement matériel et corporel ou le soubassement de la matière sur lequel sont empilées toutes les couches évolutives et d’où ont émergé toutes les formes».

Ainsi, l’inconscient désigne les plans imparfaitement conscients de l’être humainement, son fondement matériel et corporel.  On nomme ainsi les profondeurs de la conscience parce que cette instance du moi ne se dit pas au moyen de mots.  Il s’agit de la source de tous les instincts ou de toutes les pulsions, de la totalité des archétypes, du résidu de tout ce que les êtres humains ont vécu depuis les plus lointains commencements, du lien de l’expérience qui dépasse l’individu.  Il représente le réceptacle des monstres obscurs et des forces instinctives ou inconscient pulsionnelles.  C’est le soubassement de la matière sur lequel sont empilées toutes les couches évolutives et ‘où ont émergé toutes les formes.

Par définition, le mot «inconscient» renvoie à ce qui correspond à ce qui n’est pas conscient, à ce qui se produit à son insu, à ce qui a été oublié mais continue d’agir, logé dans la mémoire émotionnelle.  Il amène à penser, à parler et à agir de manières automatiques, selon l’éducation et les influences reçues.  Il peut être éveillé et devenir conscient.  En lui-même, il ne peut faire la différence entre une image intérieure et une image extérieure.  À moins de trouver du plaisir à se mentir ouvertement, ce qui est possible chez les irresponsables ou chez les avortés involutif, l’être humain n’a pas trop de mal à transmuter ses lacunes conscientes.  Ce qui l’entrave surtout, ce sont ses réflexes inconscients, surtout ceux qui sont reliés à la conscience collective.

Ce qui affleure à la conscience se dissout naturellement.  Or, le meilleur moyen d’amener ses réflexes inconscients à surgir à la conscience, c’est de chercher la lumière dans chaque situation qui se présente.  Alors, les correctifs s’imposent d’eux-mêmes parce qu’ils n’ont pas besoin, en aucun cas, de l’assistance du mental pour analyser ou penser la situation. Il suffit d‘imaginer la clarté envahir une image, d’abandonner le tout à son Être intérieur ou à un Aide tutélaire de l’Univers, pour voir le point d’inconscience se transmuter.  Une autre manière d’y parvenir, c’est de travailler autour de ses images, tranquillement assis.  S’il surgit apparemment des réponses, mais qu’on hésite à passer à l’action, c’est qu’elles ne conviennent pas tout à fait.  Lorsqu’on détient la réponse juste, on ne se perd pas en conjectures et en hésitations.  On peut s‘aider à trouver la solution simplement en imaginant qu’on est déjà en train de la trouver.  Ainsi, si on ne comprend pas pourquoi certains événements se produisent, on s’imagine les comprend avec aise et rapidité.  L’alchimie spirituelle produit des miracles, illuminant tous les recoins de la conscience.         

Il faut éviter de confondre l’inconscient avec le subconscient.  L’inconscient, c’est l’instance du psychisme qui exprime ce qui échappe à la conscience claire, même quand le sujet cherche à le percevoir et à y appliquer son attention.  L’inconscient recouvre les contenus non présents dans le champ actuel de la conscience, les contenus préconscients et les contenus refoulés parce qu’ils pourraient perturber ou traumatiser le sujet.  L’inconscient recouvre donc tous les faits psychiques qui échappent complètement à la conscience.  Le subconscient, pour sa part, englobe la zone des faits psychiques dont le sujet n’a que faiblement conscience, mais qui influent sur l’ensemble de son comportement.  Ces phénomènes, dont il a faiblement conscience, interviennent donc comme élément de processus mentaux actifs.  Le subconscient se confond souvent avec la conscience supérieure personnelle du sujet, avec ses potentiels cosmiques.

Il faut en effet distinguer trois niveaux à la connaissance qu’un être a de lui-même: le conscient qui révèle ce qui est immédiatement perceptible parce que relevant de la perception lucide , qui relève du fait, autrement dit, que le sujet sait ce qu’il fait et éprouve; le subconscient qui révèle ce qu’un être peut rendre conscient par l’introspection, mais qui n’est pas immédiatement et complètement présent dans la conscience; et l’inconscient qui conserve en réserve la plus grande partie de la vie passée d’un sujet: ses expériences, ses souvenirs, ses joies, ses peines, ses espoirs, ses désirs, ses souhaits, ses aspirations, jusqu’aux époques les plus lointaines, mais qui n’affleurent plus directement à la conscience claire.

Certains des désirs et des souhaits de l’homme sont écartés dès qu’ils arrivent à la limite de la conscience, grâce à un mécanisme de répression.  D’autres sont écartés de façon presque mécanique, avant même d’avoir pu se manifester dans le champ de la conscience, par le mécanisme du refoulement.  Voilà le contenu véritable de l’inconscient.  C’est pourquoi tout être ignore la plus grande partie de ses désirs, de ses mobiles, de ses motivations.  Évidemment, il reste à chacun des souvenirs agréables ou pénibles de son existence passée, mais seulement une infime partie de ce qu’il a vécu, jour après jour, année après année.  Ces réalités n’ont pas été vraiment oubliées: elles ont été oblitérées, censurées, réprimées ou refoulées.  D’abord, beaucoup de faits, de pensées, de sentiments ont été vécus de façon floue et marginale.  Ce qui reste le plus facilement accessible à la conscience, ce sont les événements et les faits du passé, même s’ils peuvent avoir été altérés à divers degrés par le temps.  Il n’en reste plus, disponible, qu’une énergie limitée qui permette la reviviscence consciente.

On aurait tort de croire que l’inconscient est une zone inerte et immuable de la personnalité.  L’inconscient représente l’homme dans sa globalité avec ses potentialités de lumière et d’obscurité, de même que les principes sur lesquels il appuiera ses différentes réponses pour solutionner les problèmes de son existence.  L’inconscient constitue un monde souterrain, grouillant, plein de vie, habité de forces obscures, souvent rivales, engendrant des désirs contradictoires et des tensions internes.  Voilà ce qui peut expliquer le vague à l’âme ou le vide existentiel ressentis de manière confuse, sans qu’on sache trop pourquoi.  Ce qui explique encore ses doutes, ses incertitudes, ses déchirements, ses hésitations, ses atermoiements, ses tergiversations, ses sentiments d’impuissance, son immobilisme à certains égards.

En effet, l’inconscient peut s’exprimer par de grands désordres, de puissantes perturbations, comme il peut intervenir de façon plus anodine, mais tout aussi significative, dans les menus incidents de sa vie quotidienne: tics, oublis de noms, trous de mémoire, lapsus, faux souvenirs, approximations, tension, agressivité latente, etc.  Ces sursauts de l’inconscient expriment presque toujours un ennui, une contradiction ou une résistance.  Ce que nous avons le plus de mal à accepter, au niveau conscient, c’est ce qui se trame dans son inconscient.  Nous le refoulons avec d’autant plus de force que la pulsion inconsciente est puissante.  L’inconscient trouve toujours un moyen de s’exprimer, dût-il emprunter des voies détournées.  Les incidents du quotidien, les manières propres de réagir aux événements routiniers, traduisent les forces inconscientes qui mènent un sujet à son insu.  Dans l’inconscient, il n’existe pas de liens apparemment logiques entre les causes du comportement et les caractéristiques, de sorte que des complexes de même nature peuvent entraîner des conduites rigoureusement opposées.

L’inconscient cache tout un monde bizarre.  Il n’est ni bon ni mauvais, ni rationnel ni irrationnel.  Il est tout cela.  Il est tout ce qui est humain.  Il décrit l’homme global enraciné dans le Cosmos.  Mais il nous joue bien des tours.  D’abord, il nous empêche de percevoir qui nous sommes vraiment.  Il cherche toujours à se faire dire ce qu’il veut entendre au lieu de ce qui est à dire.  Il donne une image biaisée, déformée, de soi.  Mais il déforme aussi toute la réalité autour de soi.  Par exemple, on imagine voir une personne telle qu’elle est, oubliant qu’on ne voit que la projection de l’image qu’on se fait d’elle.  On porte des verres colorés pour apprécier la réalité.  Pour autant un être est mû par des impulsions qu’il méconnaît et entrent en contradiction avec ses pensées conscientes, il projette sur autrui ses propres remous inconscients.  D’où il ne les percevra pas en lui, mais les réprouvera avec indignation chez les autres.  Ou encore, il se mettra à rationaliser, inventant des raisons apparemment logiques pour justifier ses comportements, ses attitudes, ses conduites.  Pourtant, elles auront une origine toute différente.

Dans la mesure où le plan conscient ne représente qu’une infime partie de l’expérience modelée par la société et que l’inconscient recouvre presque la totalité de la richesse et de la profondeur de l’homme universel, chacun apparaît comme un être socialement contingenté, conditionné, mais qui vit de bien peu de lui-même.  Chacun est un étranger pour lui-même.  Au même degré, tout, autour de lui, lui est également étranger.  Chacun reste ainsi un être fragmentaire, infirme, qui n’expérimente qu’une petite partie de sa réalité… et de celle des autres.  On aura bien du mal à récupérer sa rareté, son unicité, son originalité.  On doit, entre autre, cesser d’appeler inconscient ce qui est conscient mais que, par réflexe conditionné, on exécute trop rapidement ou analyse troimagesp sommairement.  Le conditionnement commence dès la plus tendre enfance.  Au point que l’inconscient d’un enfant correspond très largement à l’inconscient de la mère, qui lui transmet ses fantasmes raisonnables et déraisonnables.  Ensuite, on subit l’ascendant du père, la pression des frères et des sœurs, l’influence des amis, des maîtres, des patrons, en un mot du milieu et de la société.

Pour retrouver l’harmonie, il faut décrypter le plus d’aspects qu’il est possible de son inconscient.  Pour y arriver, on peut procéder par l’analyse rationnelle ou l’introspection.  Mais une connaissance intellectuelle ne peut produire une transformation qu’à la condition de plaire à la volonté.  Aussi longtemps qu’un être se cantonne dans une attitude froide et détachée d’observateur scientifique, se prenant pour le propre objet de ses recherches, il n’entre pas vraiment en contact avec son inconscient.  Il réfléchit sur lui-même, tout simplement.  Il ne peut parvenir ainsi à faire l’expérience de sa réalité intérieure riche et profonde.  Sonder son inconscient, ce n’est pas du tout une démarche intellectuelle: c’est une expérience affective.  La réflexion et la spéculation peuvent conduire à des découvertes.  Mais les meilleures découvertes se produisent spontanément, soudainement, comme l’éclair.  Tout à coup, les yeux s’ouvrent sur son monde intime.  On se voit alors, comme le monde, dans un éclairage nouveau.  Mais il faut, en général, passer par bien des angoisses avant que cette expérience ne se produise.  Peu importe, on y trouve tellement de force et de certitude!

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