L’EXPÉRIENCE PERSONNELLE S’EXPRIME DIFFICILEMENT ET PEU DE GENS, HORS SOI-MÊME, PEUT VRAIMENT LA COMPRENDRE… 

   Lors d’un cours, cette réflexion de notre part en a étonné plus d‘un qui ont demandé un complément d’explication : «Dans l’ordre de la dualité, l’être humain naît seul et meurt seul, mais, plus largement qu’il ne croit, il vit aussi seul, en raison de l’incommunicabilité des êtres, hors le lien d’âme à âme, que si peu savent suivre…»

   Une petite anecdote fictive, empruntée à la Toile mondiale, peut vaguement illustrer notre propos…  Voilà qu’une femme roule en voiture sur une petite route.  Un homme roule sur la même route, mais en sens contraire.  Lorsqu’ils se croisent, la femme baisse sa vitre et lui crie : «Bourricot!»  L´homme, insulté, lui répond du tac au tac d’un ton tonitruant: «Salope!»  Chacun continue sa route, l´homme incommunicabilitéétant spécialement satisfait de la rapidité de sa réplique.  Mais à la première courbe, comme il n’a pas ralenti, tel qu’espérait lui faire comprendre la dame, il happe un âne égaré qui marchait sur la chaussée, causant des dégâts importants à sa voiture, ayant failli lui-même y perdre la vie.  Moralité de l’histoire : la plupart du temps, les hommes, comme les femmes, ne comprennent jamais ce que le membre de l’autre sexe leur dit.

   Pour ouvrir l’explication, on peut dire que, en ce bas monde, il en va de même de tous les gens que l’on fréquente ou rencontre.  Leur attention très centrée sur leur nombril, ils ne s’écoutent pas les uns les autres et, trop appliqués à défendre leurs intérêts et à faire prospérer leur univers, ils n’ont pas de temps à consacrer à une meilleure culture de leurs relations, plutôt portés à s’écoutent eux-mêmes, à défendre leur point de vue et à s’interpréter entre eux.  Comme l’a dit un Sage asiatique, pour comprendre parfaitement un autre, il faudrait porter 13 ans ses souliers.  On comprend que, dans cet adage, le nombre 13 évoque symboliquement un cycle complet d’expérimentation, comme le Christ avec ses douze disciples donne la figure de l’Homme total qui s’est recomposé et a accédé à sa Maîtrise parfaite.

   Au plan contingent, comment les êtres pourraient-ils se comprendre parfaitement puisque, à part le lien qui les garde identiques au niveau de leur Essence spirituelle, ils sont différents dans tous les autres aspects de leur longue expérience de découverte d’eux-mêmes.  En tant qu’êtres incarnés sur la Terre, même s’ils sont égaux en potentialités, ils diffèrent dans leur expérimentation globale puisqu’ils présentent différentes provenances stellaires, différents rôles fonctionnels, différents nombres d’incarnations en ce monde, différents bagages génétiques et différents degrés de conscience.  Alors, même lorsque deux personnes croient et disent se comprendre, elles ne se comprennent pas vraiment.  Et c’est ainsi que, croyant penser, ressentir et comprendre de la même manière, par l’erreur des astronautes, ils sont souvent à des lieues de se comprendre ce qui se passe autour d’eux.

   En passant, l’erreur des astronautes identifie le fait que, si un astronaute veut se rendre à un point du Cosmos, il doit calculer avec une précision rigoureuse la trajectoire qui lui permet de s’y rendre.  Car, s’il se trompe très peu dans ses calculs, son erreur pourra être peu apparente à son départ de la Terre, mais, avec la distance, elle ne cessera de l’écarter du point qu’il compte atteindre.  De la même manière, une interprétation fausse du message ou de la personnalité d’autrui peut compter pour peu dans le moment, mais, avec les années, elle peut mener aux plus grandes surprises.  C’est notamment le cas lors du divorce de deux partenaires qui se préparait depuis longtemps, parce qu’ils croyaient se connaître, mais dont l’un ou l’autre n’a rien vu venir.  On dit si faussement connaître l’autre comme si on l’avait tricoté.

   Alors, s’il est vrai qu’on naît seul, ce qui est un fait d’évidence, car nul autre ne peut emprunter en même temps que soi le canal qui débouche sur la réalité concrète, il en est de même lors de la mort, car nul ne peut emprunter le même canal que soi pour retourner à la Source.  Chacun détient sa propre voie pour aller et venir de la Source suprême au monde de la matière.  Mais, les êtres sont également assez différents dans leur quête vitale pour différer des autres à un point qu’on peut difficilement imaginer et évaluer.  Ainsi, même lorsqu’un être croit être très bien compris, il ne l’est pas vraiment dans toute l’ampleur du sens personnel qu’il donne à ses expériences.  Quant à l’expérience de l’autre, elle n’est pas la sienne, d’où il n’en sait pas vraiment grand-chose, il s’y intéresse peu et il ne peut pas vraiment la comprendre ni l’évaluer.  C’est sans doute ce qui fait dire, dans la sagesse populaire, que les «conseilleurs ne sont pas les payeurs».

   Par exemple, la visite d’une église ne prend pas le même sens pour une personne âgée que pour un enfant puisqu’ils rattachent tous deux à cette même expérience, aux choses et aux objets et aux mots qui les désignent des perceptions qui varient grandement.  Autrement dit, ce lieu n’évoque pas les mêmes images, les mêmes émotions, les mêmes idées, ceux-ci étant colorés par leurs souvenirs propres.  Cet écart de perception crée une faille, un espace vide, qui suscite mutuellement des incompréhensions.

   Au fil des jours, chacun se construit au gré des expériences différentes que la vie met sur sa route, des expériences qui ont une intensité différente d’une personne à l’autre et qui ne se présentent pas dans le même ordre.  Ainsi, petit à petit, en élaborant son identité propre de sa manière originale, les êtres se séparent et s’éloignent jusqu’à un certain degré.  Chaque individu comprend les choses à sa manière, à travers ses propres filtres, ses propres angles de vision, reliés à ses priorités, à ses valeurs, à ses choix de vie.  N’est-ce pas la confrontation de ces points de vue, perçus comme différents, qui amènent parfois deux êtres à se disputer sur des points sur lesquels ils sont fondamentalement, à leur insu, en accord?

   Incommunicabilité, quel mot terrible qui glace, mais comme il est chargé de sens!  On pense toujours connaître les intimes comme si on les avait tricotés ou conçus, alors qu’on se connaît si mal soi-même.  Que de malentendus, que de problèmes, que de rendez-vous manqués, que de souffrances, que de déchirements, que d’occasions ratées… en ont résulté.  Il a amené des familles à se déchirer, des couples à se séparer, des amitiés à se perdre du fait que les humains ne savent pas échanger leurs états profonds ou ne parviennent pas à communiquer, à expliquer, à parler, à analyser ou à capter intuitivement une réalité comprendre.  Ils ne savent plus consacrer à autrui du temps, au moins le temps qu’il faut à leurs proches, à leurs amis, à leurs familles, à leurs diverses relations.  Puis il y a les mots qui, de par leur nature, sont bien limités dans leur aptitude à exprimer des réalités que le non-verbal ne parvient pas toujours à rattraper.

   Ainsi, tout au long de la vie, il reste entre deux être une marge irréductible, un espace que l’autre, aussi grande soit son attention et sa bonne volonté, ne pourra jamais franchir ni combler.  Nul ne peut savoir précisément et complètement qui est l’autre parce qu’il ne peut pas tout savoir de sa manière de penser, de capter, de ressentir, d’agir ou de réagir, de parler de faire ses choix.  C’est  ce qui représente le jardin secret que chacun cultive avec contentement à l’abri des autres, qui engendre du reste le désir d’intimité, une part qui restera toujours inconnue même des plus proches.  Et c’est heureux puisque c’est cet écart dans les états d’être et la somme des réalisations, qui n’empêche pas de trouver un terrain d’entente commun, qui permet le partage et les échanges du fait qu’elle constitue la différence  permettant de s’enrichir mutuellement.

   Mais il n’en subsiste pas moins des dangers dans cette incommunicabilité profonde, surtout pour un être égocentrique.  Peu à peu, trop centré sur lui-même, l’être humain laisse cette incommunicabilité s’approfondir, sans y attacher d’importance, pour nombre de raisons.  Souvent, il laisse d’abord faire par simple paresse, puis, par la suite, par incurie et entraînement, soit par habitude de ne pas penser à mieux se rapprocher d’autrui et de s’informer sur lui.  Il préfère subir les conséquences des événements lorsqu’ils se produisent.

   Ainsi, les années passent, et, avec elle, les fossés se creusent. Et il n’en reste pas moins là sans réagir… jusqu’à ce qu’il soit trop tard.  Sauf que, lorsqu’il est trop tard, il ne peut plus rien sauver.  La vie, ou même la mort, l’empêchent de réagir, de corriger, de se ressaisir… et un beau jour, il se retrouve tout seul, puisqu’il a tout laissé filer!  Il est trop tard pour se reprendre, du moins avec ceux qui sont passés de l’autre côté de la trame, car c’est alors qu’il commence à réaliser tout ce qu’il n’a pas osé leur dire, ce qu’il n’a pas su leur exprimer, ce qu’on n’a pas pris le temps de leur communiquer.

   Mais le plus grave, c’est qu’on tente toujours d’appréhender la réalité d’autrui à partir des apparences, alors qu’il n’y a que la voie du cœur, qui mène à l’âme, qui puisse mener à cette réalité, faite d‘une pure unicité.  En effet, les apparences, ne sont-ce pas ce qui se présente immédiatement à la vue ou à la pensée à partir de l’extérieur.  Les apparence extérieures font-elle la valeur d’un être et cernent-elles sa réalité véritable?  Alors, dans les apparences, n’aborde-t-on pas plutôt le contenant que le contenu?  Car celles-ci ne peuvent révéler que les aspects sensibles des choses et des êtres, jamais leur réalité en elle-même.

   En raison de son destin propre, chacun gagne à apprivoiser ce sentiment de solitude qui l’accompagne même lorsqu’il se trouve au milieu d’une grande foule, où il se sent forcément toujours, à la fois semblable et différent.  Et c’est dans cette part de différence qu’il devient incommunicable par les voies extérieures.  Face aux grandes questions de la vie, chacun découvre que la seule réponse valable et valide réside au plus profond de lui-même.  Le monde extérieur peut lui présenter nombre de réponses, mais il devra toujours conclure qu’elles ne correspondent jamais parfaitement à son ressenti personnel le plus profond, que lui seul connaît.  Voilà pourquoi personne ne peut répondre ou agir à la place d’un autre.

   Dans les grandes situations, chacun se mesure à lui-même et il est replongé dans sa solitude innée.  Libre à lui de tenter de fuir cet état au lieu de le cultiver.  Sauf que la solitude peut lui permettre de nourrir une réponse intime, la seule qui puisse lui permettre d’éveiller un feu intérieur ou d’entrer en contact avec une lumière divine susceptible d’éclairer son chemin et de l’accompagner tout au long de sa route.  Autrement dit, dans le monde terrestre, c’est dans la solitude et la compréhension de sa solitude qu’un être comprend que, après avoir longuement convoité les réalités du monde extérieur, il peut lentement découvrir tout un univers de solutions et de réponses dans son espace intérieur, soit un univers qui lui ressemble bien davantage.

   Car ce n’est qu’après avoir exploré ad nauseam l’univers de la matière et du mental, avec leurs limites, qu’il cherche ailleurs une porte de sortie valable et qu’il commence à développer l’intelligence du cœur, la voie de la connaissance qui ramène à l’Unité, parce qu’elle mène à la réalisation dans l’Esprit suprême.  Alors, après avoir fortement développé sa nature égotique, il pense à renouer avec sa Conscience divine, qui, seule, peut le comprendre parfaitement et l’apprécier malgré ses grandeurs et ses faiblesses apparentes.  C’est ainsi qu’il découvre peu à peu, ultimement, que, à travers chacun, Dieu fait une expérience unique, mais exceptionnelle, de lui-même.

© 2012-16 Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

A propos de l'auteur

Une réponse

  1. garbez

    comme quoi les appels a vous ne sont jamais inutiles !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

    MERCI Mr Duhaime

    Charline

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