L’EMPRISONNEMENT AIDE-T-IL VRAIMENT À SE RÉFORMER?

Bien sûr, par incarcération ou emprisonnement, il faut ici entendre l’action de mettre en prison ou la peine consistant à demeurer enfermé en prison pour avoir commis un crime ou un délit.  Il faut reconnaître à une société le droit de se protéger contres les criminels, surtout contre les récidivistes.  La punition des crimes est nécessaire à la préservation de l’ordre et de la sécurité.  Mais on peut se demales-detenusnder si le séjour prolongé en prison ne représenterait pas une cruauté disproportionnée, par rapport au crime commis, et ne causerait pas plus de dommages que les bienfaits escomptés de la finalité de la sanction.

En effet, qu’est-ce que l’emprisonnement si ce n’est, pour un temps plus ou moins long, isoler un être du monde extérieur, le couper de ses êtres chers, lui enlever les conditions à priori de toute existence, le dépouiller temporairement de tout ce qu’il possède, le forcer à obéir constamment à des ordres et à demander une permission pour tout, l’obliger à rendre compte de ses gestes jour après jour, à vivre dans la promiscuité, dans une dépersonnalisation, une perte d’identité complète, et une déréalisation, à part le changement des pratiques érotiques.  Sans oublier l’ignominieuse foui lle à nu, au moment de l’entrée en prison, qui, en plus d’être un viol de l’intimité et une atteinte à la dignité, dégrade grandement l’image de soi du condamné.  Il faut notamment revenir sur le problème de déréalisation qui amène un être à vivre dans des conditions tellement artificielles et inhumaines que, lors de sa sortie, il ne sait plus comment se conduire en société de sorte que, très souvent, il s’empresse de commettre un autre crime pour retourner dans ce qui est devenu son nouveau mode de vivre, celui avec lequel il est le plus à l’aise.  Puis il y a le fait que les conditions pénitentiaires ne peuvent qu’exacerber la colère, rendre violent, devenant, par contamination, une véritable école de la délinquance et du crime.

En vérité, la peine d’emprisonnement, une peine privative de liberté, remplit les prisons à déborder sans réduire le taux de la criminalité: elle punit le crime sans trop aider à l’humanisation, à la socialisation et à la réhabilitation, ce qui devrait être la première intention de toute sanction.  N’empêche qu’on continue à la considérer comme l’unique moyen de lutter contre la récidive, alors que toutes les études récentes démontrent le contraire.  À ce point que certains pays augmentent les peines dans l’espoir qu’elles deviennent plus dissuasives, ce qui se démontrera probablement une intervention coûteuse et inopérante.  En outre, elle rend le mal pour le mal, ce qui est purement immoral.    De ce fait, la société devrait trouver des alternatives à la prison, comme la probation, ne la conservant que pour des cas d’exceptions, comme les criminels endurcis, ces récidivistes, qui savent quand même à quoi s’attendre.  Peut-être gagnerait-on à explorer les techniques sociales que les membres des Premières Nations d’Amérique appliquent, qui donnent d’excellents résultats.  Dans la plupart des traditions amérindiennes, la résolution des conflits se réalisait traditionnellement à travers des rituels de réconciliation et différentes pratiques de guérison qui comportait l’exclusion temporaire du clan plutôt que l’enfermement.

Le séjour en prison peut calmer temporairement les tendances d’un criminel vicieux.  La détention diminue également la menace publique que représente un individu antisocemprisonnemential, assurant à la société une forme de sécurité et de paix.  La civilisation à longtemps considéré la mise derrière les barreaux comme la seule réponse au crime et la seule protection pour les amants de la paix.  Le temps a démontré la fausseté de cette théorie.  Dans les circonstances présentes, la prison devient souvent la meilleure école du crime.  En France, on estime que 76 % des personnes incarcérées pour violences volontaires sont à nouveau condamnées dans les cinq ans suivant leur libération – éventuellement pour un autre délit. Les courts passages en prison ne protègent pas contre la réitération des délits, ils l’augmentent au contraire.  Or, 80 % des détenus passent moins d’un an en prison et 61 %, moins de six mois.  Au Canada, le stock ou calcul du nombre de détenus un jour est de 38 000 personnes, alors que celui du flux, le nombre de détenus en détention durant une année est de 260 000 personnes.  Ainsi, le taux de personnes en incarcération était de 117 (certains documents incluant les détenus mineurs) à 140 détenus (si on ne retient que détenus adultes) pour 100 000 habitants en 2010-2011.

D’ailleurs, plus une société se montre répressive, mieux certains de ses membres s’ingénient à déjouer ses moyens de répression.   On constate que ce mode de répression est onéreux pour la société, sans réduire de façon significative la criminalité, puisque les prisonniers y trouvent peu de moyens de se réformer.  Sans compter qu’on ne peut annuler, par ce moyen, les expériences karmiques nécessaires.  D’autre part, il est plus économique et plus efficace de travailler à l’élimination des causes du crime que d’héberger en prison les contrevenants.  Si on donnait à tous les gens la liberté d’intervention en leur fournissant les moyens de réaliser leurs projets personnels, il y aurait moins de criminels.

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