TOUTE FORME DE CONCURRENCE COMPORTE UNE PART DE RIVALITÉ, DONC D’AGRESSIVITÉ…

On peut faire l’étude de la compétition sous plusieurs angles.  D’abord, une de ses formes, l’émulation désigne le désir d’égaler ou de surpasser les autres en mérite, en savoir, en travail ou autrement.  À ce propos, Sri Aurobindo Ghose a fait remarquer: «Il est absolument vain de se demander qui ou quel groupe arrivera le premier ou dernier au but. Le sentier spirituel n’est pas un champ de courses ni uCompetition-concurrencen concours pour que cela ait de l’importance. Ce qui compte, c’est l’aspiration qu’on éprouve soi-même pour le Divin, la foi qu’on a, l’abandon, le don de soi sans égoïsme. Les autres peuvent être abandonnés au Divin, qui guidera chacun selon sa nature.  Comme on dit, celui qui marche dans les pas des autres ne laisse guère de traces.»

 La compétition désigne la recherche menée simultanément par deux ou plusieurs personnes d’un même objet, d’un même avantage ou d’un même résultat.  Celle-ci entretient l’esprit de concurrence, même la rivalité secrète, amenant à voire partout des adversaires ou des opposants.  Dans la vie, il n’y a ni gagnant ni perdant, il n’y a qu’un humain en évolution.

Puis il y a la concurrence qui exprime précisément cette compétition entre des êtres qui prétendant à un même avantage.  Elle se fonde sur une rivalité d’intérêts relative à un bien, à un bienfait ou à un bénéfice qui paraît enviable, mais reste limité, ce qui provoque une lutte pour déterminer les plus forts, ceux qui pourront s’en procurer la plus large part.  Qui donc a enjoint à l’être humain, si ce n’est lui-même, d’être performant, de se comparer aux autres, de les imiter, de les envier, de convoiter leurs biens, de les confronter comme s’ils étaient des rivaux?  Dieu ne lui demande rien d’autre que de se réaliser, au meilleur de ses connaissances et de ses moyens, dans toute son unicité, donc dans sa rareté, son originalité, dans cette part qui fait sa différence et le rend précieux, voire irremplaçable.  Et de s’accomplir de façon autonome et indépendante, donc libre.  Dieu seul, qui détient la seule autorité, connaît toute la richesse qu’il a un jour déposée en chaque être et qu’il l’appelle à découvrir, dans son rôle fonctionnel.  Or le Créateur appelle chacun à s’accomplir de son mieux, à sa propre idée et de sa propre manière.  Du reste, la concurrence induit subtilement dans l’hostilité, ce qui la rend diviseuse ou séparatrice et ce par quoi elle s’oppose à l’Ordre et à l’Harmonie du Plan cosmique.  Chacun n’est appelé qu’à être pleinement lui-même, à s’accomplir par ses propres moyens et à se mesurer uniquement à lui-même.

Par ailleurs, la comparaison, une autre manière d’entrer en compétition, est si présente en chacun que la plupart se sentent importants s’ils peuvent se vanter des mérites de leurs connaissances, relations ou fréquentations.  Par la comparaison, un être rapproche deux entités pour établir un lien d’analogie afin de déterminer s’il l’apprécie ou pas.  Dans le domaine social, elle l’amène à estimer sa valeur à partir des autres pour détermine à qui il veut  ressembler, parce qu’il apprécie leurs valeurs, ou de qui il veut se démarquer, parce qu’il en déprécie les valeurs.  C’est un mécanisme psychique fondamental qui consiste à déterminer s’il peut se satisfaire de sa situation parce qu’il occupe une bonne position dans l’échelle sociale.  Il vise à améliorer, à l’alimenter ou à améliorer son estime de lui-même.  Il valide ses goûts et ses choix à partir d’une normalité extérieure pour mieux accepter ou déplorer son sort.

En effet, une comparaison à l’avantage du commun des mortels peut lui permettre d’apprécier ce qu’il est ou de se donner l’impression d’être supérieur à ceux qui l’entourent, soit en tant qu’individu, soit en tant que membre d’un groupe. L’envers de la médaille, plus sombre, réside dans la constante menace qu’une comparaison en sa défaveur ne réussisse à saper son moral et à provoquer mésestime autant que frustration.  Un être qui n’est pas satisfait de son sort sera porté à se lancer dans l’émulation ou la compétition, pour satisfaire son ambition, ce qui peut autant dépersonnalisant qu’épuisant.  Celui qui tente de faire comme les autres, n’est plus lui-même, il ne suit plus sa propre voie.  Mais il peut y trouver le plaisir de s’améliorer et de progresser.  Toutefois, s’il manque de dynamisme vital, il sera porté à oublier son premier point de référence pour se comparer à des êtres d’une condition inférieure afin de s’économiser et de se consoler.  Mais il peut encore se mettre à discréditer ceux qu’il croit le dépasser pour diminuer leur valeur aux yeux d’autrui, tout en redorant son propre blason.  La comparaison lance dans la rivalité et elle finit toujours par éveiller une hostilité plus ou moins ouverte, comme c’est le cas dans l’exemple des «voisins gonflables» qui ne cessent de tenter de s’épater par leurs acquisitions.

                Pour sa part, la rivalité représente la concurrence qui s’établit entre deux personnes qui prétendent à la même chose, éveille l’hostilité et provoque l’antagonisme, conduisant toujours à des disputes et à des contestations plus ou moins sérieuses.  Sémantiquement, l’hostilité évoque un sentiment qui exprime de l’opposition, donc qui révèle qu’un être agit comme un adversaire ou comme un ennemi, qu’on manifeste des intentions agressives.  C’est l’état de ce qui semble contraire ou défavorable à ses entreprises ou à ses intentions.  C’est aussi le caractère de celui qui se sent menacé et qui marque la volonté d’attaquer sans ménagement ou qui recherche la lutte, la provocation ou la confrontation.

L’agressivité est un détournement préjudiciable de l’énergie vitale, qui ne demande qu’à être dynamique, créatrice, évolutive, apaisante.  Elle donne l’Évidence d’une énergie vitale mal dirigée qui passe par le plexus solaire, le centre du pouvoir et des émotions.  Elle se fonde sur une forme d’insécurité quelconque pour avoir été brimé ou menacé dans sa jeunesse et elle traduit une angoisse pour ne pas avoir trouvé un exutoire sain à des émotions refoulées.  Psychologiquement, elle consiste à choisir, de façon arbitraire, de se concentrer sur une idée limitative et destructive, en la gardant bien à la pensée et en se créant, à partir d’elle, un désir artificiel de s’imposer ou de se venger.  Tout désir artificiel agit contre nature, puisqu’il comporte une détermination qui pousse le corps et le mental à agir dans le sens d’un désir indu.  Le sujet ne tarde pas à subordonner tous ses autres intérêts à cette pensée dominante et il se meut en permanence dans la direction qui pourra le mieux répondre à son désir privatif.  Ce processus n’implique pas que ses intérêts: il en vient presque toujours à tenter de le rattacher à la source de son agressivité.  Toute agressivité découle d’un refoulement ou d’une entreprise antinaturelle que le sujet entretient en lui comme un idéal.  Il est beaucoup plus facile de revendiquer le droit à la colère que d’examiner en soi la faiblesse qui la supporte, le point vulnérable qui a vibré.  Toute offense, même réelle, ne peut légitimer une répression désordonnée, encore moins disproportionnée à la cause.  L’agressivité inclut le sentiment de pitié, la condescendance, le mépris, la rancune, l’impression de blessure.  Qui est agressif a été dérangé dans sa fausse perception de lui-même ou se sent bien coupable.  La véritable haine laisse indifférent.  Il ne faut pas haïr le fautif, mais réprimer la faute!

Nul ne gagne à attiser l’agressivité d’autrui qui risque de dégénérer en menace sérieuse à son intégrité.  En pareil cas, il faut prendre de la distance et, en observateur, regarder avec compassion le trouble de l’autre en tentant de percevoir la situation de son point de vue, mais sans y participer.  Par exemple, on peut lui prêter une possible fatigue, uneCONCURRENCE1 réaction de défense maladroite ou immature, qui n’ont rien à voir avec soi.  Il s’agit de rester libre.  Puis, on élève son énergie au niveau du centre cardiaque pour envoyer de la lumière à son opposant.  C’est la seule position pour apporter une aide réelle.

L’agressivité mûrie dégénère en haine, l’antithèse de l’amour, l’énergie d’ignorance qui n’a pas encore été touchée par l’énergie bénie et la sagesse de la Lumière divine.  Alors, persiste l’aversion ou la répugnance, un sentiment qui pousse à vouloir du mal et à se réjouir du mal qui arrive aux autres, surtout à ceux qu’on considère comme ses ennemis ou ses opposants.

C’est ainsi qu’on peut comprendre que l’esprit de compétition sépare et divise au lieu d’unir.  Il est directement relié à la force de l’ego qui tente constamment de se déterminer supérieur à autrui et qui est prêt à prendre bien des moyens plus ou moins nobles pour le démonter.  Ainsi, il s’oppose au mouvement d’unification qui prévaut présentement sur la Terre et qui doit aboutir au sentiment généralisé d’Unité dans l’Absolu afin d’éviter la déchéance de l’humanité.

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