LE SYMBOLISME DES LIENS

Pour atteindre les êtres humains, Dieu, qui est un Esprit, recourt rarement à leur langage verbal, du reste limité.  En effet, désireux que ceux-ci apprennent à s’élever à leur stature réelle, il s’abaisse rarement vers eux, leliens invitant à monter en conscience jusqu’à lui, d’où il s’adresse généralement à eux par la voie des symboles, qui comprennent les légendes, les mystères, les paraboles, les allégories, les métaphores et autres figures imagées.  Il sait fort bien que les mots humains, fort limités, ne peuvent parvenir à faire comprendre parfaitement les réalités transcendantes.  En outre, dans des populations peu lettrées, ce langage imagé a toujours convenu parfaitement à une transmission orale des traditions.

De tous temps, en spiritualité, les messagers divins ont choisi de recourir à des analogies pour rappeler que, dans un message spirituel, il faut s’élever de la lettre à l’Esprit.  Ainsi, ils empruntent souvent la notion de «lien» pour évoquer l’Unité indissoluble de tous les êtres.  Or, le «lien», c’est ce qui sert à lier ou attacher, donc à mettre ensemble, pour unir, maintenir ou fermer.  Ainsi, on ne s’étonnera pas que l’expression «Lien divin» évoque l’Alliance divine ou le Mariage spirituel; que le «lien éthérique» réfère à la corde d’argent présumée du corps éthérique;  ou que le «lien mystique» désigne le rapport spirituel entre un Maître, considéré comme l’appelant, et un disciple, l’appelé.

On retrouve cette notion de lien dans le «fil», cet objet qui désigne le brin fin et long de matière textile ou de matière souple qui sert à relier deux tissus ou matériaux.  Dans une première gamme d’expressions relatives à ce mot, on trouve le «fil aurique», qui désigne le double éthérique.  Pour sa part, le «fil d’argent» est étudié à l’expression «cordon d’argent», dans le paragraphe qui suit.  Dans la Tradition grecque, le «fil d’Ariane» figure le lien que cette héroïne donna à Thésée, venu en Crête pour combattre le Minotaure.  À l’aide de ce fil, il put sortir du labyrinthe après avoir tué le monstre.  Pour sa punition, l’héroïne fut abandonnée dans l’île de Naxos.  Cette mésaventure illustre le lien qui mène à une solution inespérée.  Le bobine-de-fil«fil de la conscience» réfère également au «cordon d’argent», que l’on expliquait plus haut.  Le «fil d’énergie» qui traduit le mot sanscrit «nâdis», identifie la ligne subtile qui donne la direction à l’énergie vitale qui circule dans le corps.  Elle suit généralement le trajet d’un nerf afin d’activer les autres centres d’énergie et d’irriguer tout l’organisme.  Le corps en compterait 72 000 et ils correspondraient aux méridiens de l’acupuncture.  Le «fil d’or» exprime le lien de l’Unité qui passe à travers tout et qui révèle, sans l’ombre d’un doute, qu’un seul Esprit absolu, une seule Force ou une seule Conscience imprègne et anime tout, partout, dans la vie. Ainsi, il indique le lien qui unit le Créateur à sa créature, lui permettant de retrouver sa liberté. Dans la langue de Platon, il s’agit du fil qui unit au Maître caché (au Mentor invisible).  Le «fil du rasoir») évoque l’étroitesse extrême du «Pont de l’Abîme» et la difficulté de le traverser dans l’équilibre pour accéder à un état supérieur de conscience.  Synonyme de la «Porte étroite» ou du «Chas d’aiguille», il s’agit du Pont resserré et dangereux qui conduit à chercher une Porte dans un mur qui semble n’en porter aucune.  L’Initié accède à l’Autre Monde par un passage qui ne s‘entrouvre qu’un instant.  Il lui révèle la nécessité de transcender les contraires apparents, d’abolir la dualité qui caractérise la condition humaine, sans quoi il ne peut accéder à la Réalité ultime.  Il y accède en se plaçant dans l’axe de la verticalité.  Enfin, le «fil tantrique» dévoile la continuité traditionnelle ou la succession disciplique.

La «ficelle», une corde très mince, composée de fils retordus ou câblés, sert à lier.  Il reste à savoir ce qu’on veut lier (joindre) et pourquoi on veut le lier (le joindre).  Elle implique souvent l’idée d’un besoin de cohésion ou celle d’une complication.  Mais la ficelle réfère à quelque chose d’apparent ou de grossier, par rapport au fil.  Elle peut souligner la force ficelled’engagement dans un projet, une relation, une situation.  Elle peut traduire des inquiétudes à propos d’une relation.  Elle peut indiquer qu’on se sert de sa position ou d’un autre levier pour obtenir ce qu’on veut.  Parfois, elle prend le sens figuré de malin ou retors.  Tirer les ficelles, c’est faire agir les autres sans être vu, recourir à des artifices cachés, agir dans le secret ou l’anonymat.

Comme lien plus fort, on découvre la «corde» ou le «cordon», cet assemblage de produits textiles tordus ensemble pour former un fil ou un câble.  Dans cette veine d’expressions, on retrouve d’abord la «corde à nœuds» qui sert de symbole maçonnique pour illustrer la chaîne d’union qui unit tous les frères de la Franc-maçonnerie et qui rappelle la solidarité humaine et la volonté de réconciliation universelle.  Chacun figure lui-même un maillon de cette chaîne, ce que ces frères expriment en se donnant la cordemain et en formant un cercle, dans les Loges mixtes, on fait alterner les sexes.  Dans certaines régions nordiques, la «corde à trois nœudsI», dite magique, est exposée aux intempéries afin d’enchaîner les vents et d’établir sur eux son empire.  Ainsi, ultérieurement, en dénouant son premier nœud, on pourra obtenir une brise du sud-ouest;  en dénouant le second, un vent assez rude du nord;  en dénouant le troisième, une terrible tempête.  La «corde blanche» figure l’Énergie cosmique.  La «corde d’arc» éclaire la force qui confère à l’armcordone son efficacité, mais elle suggère une tendance désintégrante.  La «corde» ou le «cordon d’argent» identifie le lien subtil entre le corps physique et l’Esprit cosmique qui s’installerait avec l’arrivée de l’âme, lorsqu’elle prend possession du véhicule physique, ce qui la relierait à lui jusqu’à la transition finale.  Il s’agirait du fil que l’Ange de la Mort coupe au terme de l’agonie.  Sans limite et infiniment extensible, il lierait à la Monade individuelle comme le fœtus l’est à sa mère porteuse.  Ce courant de vie traverserait un être en y pénétrant par le sommet de la tête pour atteindre le cerveau, par le biais du corps mental, déterminant la vision subtile, la perception juste et la communication adéquate.  Il donnerait son impulsion à la Triple Flamme et au battement du cœur physique.  C’est par lui qu’un sujet parviendrait à se projeter dans l’astral.  En fait, il lie la Conscience cosmique au Moi christique sacré pour nourrir et soutenir l’âme et ses véhicules d’expression à travers le temps et l’espace.  Il agit à travers les chakras.  Comme on l’a déjà souligné, on l’appelle encore le «fil d’argent» ou le «lien magnétique».  La «corde de cristal» sert de synonyme à la «corde d’argent».  En Afrique, chez les Bambaras, la «corde de la gourde» désigne le cordon ombilical.  Dans la Tradition japonaise, les «cordes de roseaux» servent d’attribut aux Génies des portes qui maîtrisent, par ce moyen, les Génies malfaisants.  Il s’agit du «shimenava» ou «shirikumenava» qu’on place dans les endroits sacrés pour barrer l’accès aux influences mauvaises et pour repousser les accidents et les malheurs.  La «corde» ou le «cordon d’or» représente la contrepartie de la corde d’argent, qui relie l’âme au fœtus, ce fil aurique, plus subtil, entretiendrait la parfaite représentation de l’Esprit directeur dans le corps humain.  Cette Étincelle de vie, appelée le «Petit Être» ou l’«enfant intérieur»  se logerait dans le cœur.  Ainsi, il constituerait le lien primordial avec la Réalité divine.  La «corde nouée» illustre le lien doté des vertus secrètes et magiques.  Elle figure le courant de vie réfléchi sur lui-même qui s’élabore en tant que personne.  On l’associe au nom d’un être humain qui obtient, en s’incarnant, l’existence distincte d’un individu.  La «corde sonore» révèle, par analogie, l’idée du Ciel et de ce qu’il contient, les principes et les lois de Dieu.  Parfois, on peut l’associer à la colonne vertébrale qui vibre sous le Souffle du Créateur.  Enfin, les «cordes pendant du ciel» rappellent les semences divines qui tombent d’en haut pour féconder la Terre.

Mais il faut inclure la «chaîne» qui trouve nombre d’usages en spiritualité comme dans le langage courant.   Ce lien composé d’une suite d’anneaux engagés les uns dans les autres peut servir à orner, à lier deux choses, à maintenir un objet ou à interdire un accès, d’où il symbolise ce qui attache, asservit, retient, relie, contraint, soit ce qui met en esclavage, ce qui garde chainl’esprit captif, ce qui limite la liberté.  Il se peut qu’on soit empêtré dans la routine, les vieilles idées, la glue des relations affectives.  On se sent mis en échec.  Il rappelle souvent la nécessité de s’adapter à la vie collective et il peut alors éclairer la capacité de s’intégrer, dans une adhésion spontanée, à un groupe d’appartenance.  Il reste à voir s’il s’agit d’un lien qui ressort d’une communication éloquente, d’une union ou d’une coordination.  Souvent, il renvoie à l’union des êtres qui fait la force et sécurise.  La chaîne, reliée à Arès (Mars), le champion et le dieu de la Guerre, établit un lien entre deux personnes ou deux réalités.  Dans le cas du lien entre l’esclave et son maître, ce lien infantilise autant l’esclave que le maître et ils ne peuvent s’en libérer que par le pardon.  En spiritualité, on trouve des sens plus nobles à la chaîne.  Elle désigne parfois la bonne volonté de l’aspirant à accepter et à supporter le confinement, les restrictions et les rigueurs de la préparation à l’initiation et de l’initiation elle-même.  Elle exprime alors le courage, l’endurance, l’abnégation, la patience, la persévérance.  Dans un sens plus large, elle représente une vie parfaite comme celle d’un maître qui s’est élevé au-dessus des contingences humaines.   La chaîne peut référer au lien pénible et désagréable que représente son partenaire, ses enfants, sa situation, ses responsabilités, son emploi ou d’autres contingences de sa vie.  Elle peut éclairer une inhibition psychique reliée à des attitudes anciennes, comme les sentiments dont on ne parvient pas à se défaire, les pardons qu’on ne peut accorder, les peurs cachées, les rancunes enfouies, les désirs inavoués, les vœux irréalistes, un profond sentiment d’impuissance.  Elle peuchaine-imagest suggérer l’avènement de difficultés imprévues ou l’impossibilité d’agir à sa guise.  Elle peut traduire les effets ininterrompus de la Causalité, résultant de la répétition de schèmes anciens, ou identifier la mémoire atavique des expériences antérieures, oubliées de vie en vie. Elle peut désigner les attaches qui retiennent un sujet dans son expansion à défaut de pouvoir s’ouvrir à la vérité.  Elle peut simplement démontrer un lien entre deux extrêmes.

En lui-même, l’«enchaînement» évoque la concupiscence, l’affectivité, la possessivité, la corruption, la haine et l’ignorance qui lient, dans la douleur, au pilier de la rigueur.  Dans le tissage, la chaîne désigne la faculté de l’intuition.  La «chaîne à péage», la chaîne cryptée des transmissions télévisuelles, réfère à une fréquence de programmes qui ne sont accessibles qu’aux abonnés.  De ce fait, elle invite à vérifier si les moyens auxquels on recourt présentement respectent les critères de la légalité et de la légitimité.  La «chaîne de transfert», cette installation d’atelier qui comprend une succession de machines de transfert de la traction, par le transfert automatique de la force d’un poste à un autre, grâce à l’union synchronisée de diverses pièces, attire l’attention sur le fait que la synchronicité des éléments d’un processus ou d’une démarche ne peut conduire aux résultats escomptés que si on respecte l’ordre et la méthode du processus retenu.  Elle peut inviter à observer comment l’union peut faire la force dans sa présente phase de vie et à accepter les offres de support ou d’appui qu’on reçoit.  La «chaîne d’acier» renvoie aux errances du mental diviseur, qui morcelle tout, soit plus précisément aux illusions du mental et des sens.  La «chaîne d’ambre» de la Tradition celtique est l’attribut d’«Ogmios», le dieu de la Mort et le père de l’Humanité.  Elle représente le fil spirituel qui relie l’âme de chaque homme à l’Énergie cosmique.  La «chaîne de fer et de diamant» désigne les enchaînements logiques, éclatants, solides d’un discours, d’une démonstration, d’un raisonnement.  La «chaîne de Lug», une fois de plus, une expression empruntée à la Tradition celtique, désigne la Voie lactée, l’attribut de «Lug», le dieu suprême du panthéon de ces peuples.  La «chaîne de vie» évoque la ronde continue et éprouvante des réincarnations, depuis Adam, jusqu’à la fin des temps, se terminant par la libération (l’Ascension).  La «chaîne d’or» peut diversement exprimer la prière;  le cordon astral;  les cours de spiritualité;  les illusions de la vertu ou les bonnes intentions paradoxales;  ou toutes les motivations de bien qui asservissent (comme les compagnes de sensibilisation, les marches pour la paix, les téléthons de partage).  La «chaîne magique» éclaire la réunion d’un groupe de gens compatibles, uni dans la même pureté d’intention, autour d’un président, pour méditer sur un sujet particulier.  Sa force réside dans la concentration de pensée des membres et dans la puissance de projection de la pensée collective par le président.  En général, le président étend alors les bras pour prendre la main droite de son voisin de gauche et la main gauche de son voisin de droite. Toutefois, lors de la célébration d’un rituel, pendant cercle-de-chainelequel le président a besoin d’avoir les mains libres, ses voisins de gauche et de droite placent simplement leurs mains sur ses épaules.  La «chaîne refermée en cercle» donne l’imchaîne-torsadee-cercleage de la chaîne ininterrompue de tous les Maîtres de toutes les époques qui forme un lien d’unité dans la Vérité et qui résiste à l’épreuve du temps.  Il est relié à un Ordre subtil, situé au-dessus du plan physique, désigné comme le regroupement des Anciens Mystiques.  La «chaîne torsadée en cercle» désigne simplement la succession des heures de la vie.

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