LE GRAND SCHISME CHRÉTIEN…

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Dérivée de Byzance, l’éternelle rivale de Rome, la religion orthodoxe désigne les sectes qui appartiennent aux Églises chrétiennes des rites d’Orient, séparées de Rome au XIe siècle (1054), mais restées fidèles au concile de Calcédoine de 431, ce qui implique notamment l’Église russe et l’Église grecque, par opposition à l’Église catholique romaine.

Le schisme byzantin comporte plusieurs péripéties, parce que, tout au long de l’histoire, l’Église de Constantinople s’est séparée de l’Église de Rome à maintes reprises, pour divers motifs.  La crise provoquée par l’affaire de Photius avait accentué la tension, sans aboutir à une rupture définitive.  Ce théologien érudit, patriarche de Constantinople de 858 à 877 et de 877 à 886, fut déposé par le pape Nicolas Premier parce qu’il était un laïque qui ne pouvait, selon les canosaint-synodens, être promu à l’épiscopat, puisqu’il tentait de monter sur un siège dont l’occupant ou le titulaire, Ignace, n’avait pas encore accepté sa déchéance et donné sa démission.  En fait, sa consécration par Grégoire Asbestar, évêque de Syracuse, précédemment déposé par Ignace, paraissait suspecte du point de vue des ordres sacrés.  Outragé, Photius fit appel à l’empereur qui l’aida à faire déposer le pape qui l’avait lui-même déposé.

Le schisme passager que ce conflit provoqua entre Rome et Constantinople augurait de celui qui allait se produire définitivement au XIe siècle.  Michel Cérulaire fut considéré comme l’auteur responsable de la grande rupture.  Patriarche de Constantinople, ami intime et favorisé de l’empereur Constantin IX, il n’accepta jamais l’idée de la moindre sujétion vis-à-vis du pontife romain.  Aussi, dès son avènement au trône patriarcal, s’abstint-il d’aviser le pape de sa nomination et de lui faire parvenir sa profession de foi.

Bien que la communauté religieuse entre Rome et Constantinople fût suspendue depuis de longues années, cette omission dégénéra en guerre ouverte et amena la consommation du schisme.  La querelle commença par l’envoi d’une lettre à Jean, évêque de Trani, de la part de Léon d’Ochrida, synode du patriarche, qui recommandait de mener une intense propagande auprès des évêques d’Italie pour que les Latins renoncent aux aberrations liturgiques empruntées au Judaïsme, aux infidèles et aux nations barbares.  Son auteur affirmant que seule l’Église de Constantinople détenaitimages (1) la vérité sur certains points de doctrine, parce qu’elle s’appuyait sur l’enseignement de Jésus, du disciple Pierre et de l’apôtre Paul.  Cette missive signalait particulièrement quatre points jugés aberrants : l’usage du pain azyme pour la consécration du pain eucharistique;  le jeûne du samedi;  l’usage de viandes non saignées;  et la suppression de l’Alléluia durant le carême.

Le cardinal Humbert, de passage à Trani, féru de grec, avait pris connaissance de ce factum bulgare et il en avait immédiatement fait la traduction et la remit à Léon IX, retenu à Bénévent, dans une semi-captivité.  Alors, le pape, aidé du cardinal, prépara immédiatement une réponse à cet insolent libelle, envoyant une longue lettre adressée à Michel Cérulaire et à Léon d’Ochrida.  Les événements, sur un fonds inquiétant de guerre et de polémiques, aboutirent à l’excommunication du patriarche de Constantinople (Michel Cérulaire), qui restait muré dans sa résolution d’ignorer les légats papaux et de n’avoir aucune relation avec eux.

Le samedi 16 juillet 1054, à l’heure de tierce, les légats se rendirent à Sainte-Sophie, au moment où allait commencer le service solennel et, s’avançant jusque vers le maître-autel, ils déposèrent une formule d’excommunication, en présence de tout le clergé et du peuple.  Cela fait, ils sortirent de l’église et, secouant la poussière de leurs pieds, prononcèrent la parole évangélique : Que Dieu voie et juge!  Un tel acte, posé durant la vacance du Saint-Siège, parut précipité et inopportun, surtout que la sentence sur le patriarche portait quelques motifs plutôt contestables.  Malgré tous les efforts, le schisme ne peut être réparé.

Évidemment, Michel Cérulaire constitue le principal agent de la rupture définitive, qui dénotait une crise larvée remontant au IXe siècle.  Mais il faut dire que, depuis ce temps, leglise-orthodoxea suprématie romaine avait été empêchée de s’exercer en raison de la situation chaotique de l’Occident, d’où elle avait perdu de son prestige aux yeux des Chrétientés orientales.

Pendant ce temps, avec le sentiment des nationalités, avait pris corps la conception d’une pentarchie patriarcale qui déniait au pape, réduit au rang de simple chef d’église, son ancienne juridiction universelle.  Pour un Byzantin, l’évêque de Rome n’était plus que la tête spirituelle d’un Occident barbare, tout entière hors de la communauté orthodoxe, en proie à l’hérésie.  Ainsi, Michel Cérulaire ne fit de ce principe, le premier dans l’ordre théorique, qu’un dogme officiel de son église, d’où il peut être considéré comme le seul responsable du schisme définitif et de ses suites politiques désastreuses.

En fait, le schisme orthodoxe, à l’état de tendance depuis la moitié du IV e siècle, fit une première apparition sous Acace (483), il éclata sous Photius (863) et il se consuma sous Michel Cérulaire (1053), entraînant finalement la Russie.

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