ÉDUQUER, C’EST RENDRE AUTONOME, LIBRE, EFFICACE, VIVANT…

On définit à juste titre l’éducation comme l’action de former et d’instruire.  Mais les gens, même chez les spécialistes, ne s’entendent pas sur le contenu d’une saine éducation.  En spiritualité, on dit qu’elle doit aborder un jeune de manière à faire ressortir ce qui se trouve déjà dans sa conscience d’une façon assoupie, de manière à en faire un être libre, autonome, indépendant, mais vrai, sage et amoureux.

En effet, dans son véritable sens, l’éducation représente la réalisation de la vérité qui vient de la plus haute Source spirituelle et qui se déverse à travers le système de communication de chaque âme pour atteindre la personnalité terrestre et l’informer sur la Réalité.  Elle doit fournir un processus spirituel de développement où chaque personne, avec l’Humanité entière, puisse trouver ce qui représente son destin.  Elle invite à laisser la vérité se déverser à travers la communication qu’un être a établie avec les Réseaux divins.  Dans son apprentissage de la vie, l’enfant doit être encadré de valeurs justes et sûres.  Éduquer, c’est rendre libre et autonome, non fournir des jouets et des béquilles dont l’enfant fera ses jambes.  Éduquer, c’est apprendre à être, plutôt qu’à avoir, exister, survivre, subsister.  Ainsi, entre ses parents, l’enfant doit se développer harmonieusement.  Il doit être élevé dans un contexte de sérénité et de liberté où il peut graduellement se prendre en charge, en coupant progressivement le cordon ombilical.  Aussi, au fil des années, les parents doivent-ils accepter de s’effacer pour ne pas autobus encombrer la conscience de l’enfant, de sorte qu’il précise lui-même son système de valeurs.

Malheureusement, les parents ne savent pas lâcher prise et ils emprisonnent leur progéniture dans leurs propres errances et dans les conceptions dépassées d’une autre époque.  Ils l’enferment dans leur propre labyrinthe, leur niveau de compréhension du monde, l’engluant de leur affectivité, l’emprisonnant dans un cocon sclérosant.  Pourtant, l’enfant devrait être en mesure de se former une colonne vertébrale solide, à partir de sa propre interprétation du monde.  Par les sécurisations artificielles, les parents estropient leur rejeton et en font un mollusque, une pâte molle.  Il reste, toute sa vie, un mineur, un adulte-enfant.  Il vit dans sa peur que ses béquilles ne lâchent et il se cramponne à elles, leur donnant valeur et puissance de colonne vertébrale qu’il ne s’est pas formée.  Il porte des masques au lieu d’être lui-même et de vivre ce qu’il a à vivre.  Il vit de façon banale et dépendante, dans une attitude qui ne peut être qu’apparemment forte.  Il s’identifie à des fonctions, à des compensations, à des idéologies empruntées.  Il est conditionné, incapable d’exprimer sa rareté et son originalité.  Alors, comment peut progresser le monde?

De nos jours, le système éducatif ne sert qu’à contrôler les gens.  La majeure partie de ce qu’on enseigne n’a aucune valeur, spécialement en science, en mathématique, en psychologie et en recherche médicale.  On travaille dur et on paye des sommes considérables pour apprendre des choses qui sont dépassées avant même d’en finir.  De toute manière, qu’est-ce qu’une société qui récompense les efforts par des diplômes?  Un être ne peut-il pas, sans diplôme, formuler lui-même comment il voit le monde, définir son existence, être unique et assumer sa propre souveraineté?  Chacun gagnerait à se forger une méthode pour explorer le monde.  Pour ce faire, nul n’a besoin de passer par une formation scolaire poussée aboutissant à un diplôme.  L’éducation se définit comme la recherche de la conscience.  Or, chacun porte en lui-même toute connaissance.  Loin de vouloir suggérer qu’il soit nuisible d’explorer un peu la voie des études scolaires, nous voulons simplement suggérer que chacun pourrait éviter de se laisser convaincre que tout ce qu’on enseigne est utile, juste et exact.

Mais, peut-on cerner les paramètres d’une saine éducation? Chose certaines, les parents sont invités à fournir une discipline qui écarte tout laisser-aller et toute rudesse excessive et ils doivent en donner l’exemple, car les enfants enregistrent ce qu’ils voient et entendent comme un ruban magnétoscopique, ce qui servira de point de référence à leur choix et à leur agir, développant une personnalité harmonieuse ou désordonnée.  Ils veilleront à exclure le blâme qui culpabilise, sape l’enthousiasme et réprime l’expression de l’intelligence.  Mais ils verront à réprimer tout ce qui contribue à tromper, à abuser et à pervertir le Monde, peu importe l’insistance que leurs enfants peuvent mettre pour agir comme les gens de leur âge.

Les parents se casseront le cou s’ils forment des enfants-rois, plutôt que des princes, oubliant qu’ils sont les rois qui gouvernent le royaume de la famille.  Il est faux qu’il faille élever les enfants dans la ouate sous prétexte de leur éviter les misères qu’on a connues dans son enfance, car on ne contribuerait qu’à former des êtres sans échine, des mauviettes suicidaires, des cervelles d’oiseau, des petits bourgeois arrogants et condescendants, sans expérience profonde de la vie, dépendant des autres, à la merci des coups du destin.

Il est également faux de croire qu’il faut éviter d’offenser un enfant qui ne veut pas comprendre, qu’on ne peut le contraindre à réfléchir et à méditer sur ses erreurs, qu’on ne peut réprimer son laxisme.  On pourra sanctionner adroitement leur manque de courtoisie, de politesse, de respect, la dérobade devant l’effort, l’oubli des responsabilités, l’occultation des droits et des devoirs, la paresse, la mollesse, le recours aux expédients, la quête de la facilité.

L’enfant recevra une éducation ferme et douce, dans la mesure du possible, sous un mode qui n’étouffe pas sa personnalité, mais l’amène à s’épanouir.  On s’ingéniera à procéder par la proposition de choix logiques, mais formels.  On lui proposera des activités et des sorties qui atténueront son ignorance ou sa peur du monde.  On lui fournira un tuteur solide capable de résister aux caprices du vent et de le faire croître dans la droiture et la rectitude.

Son éducation devraient comporter les moyens éclairés qui développent ses bonnes habitudes et polissent la pierre brute qu’il est par la culture de la volonté, de l’attention et de la concentration ; la recherche de la perfection dans les œuvres ; l’amélioration du caractère ; le sentiment du devoir et de la solidarité universelle ; l’habitude d’une alimentation saine ; la lucidité de la pensée ; le rejet de l’envie, de la jalousie, de l’émulation, de la servitude, de la comparaison, de la concurrence, de la rivalité.  Il veillera à lui apprendre à rester lui-même et apprécier les différences de son unicité qui le rendent original, précieux, rare.

Les parents lui apprendront l’utilité des exercices au grand air, la nécessité de bien respirer et de bien se tenir, en corrigeant ses postures, pour mieux se porter.  Ils lui expliqueront comment le pranâ (la force vitale) peut le garder sain et fort, le rendre plus intuitif, plus puissant, plus lumineux et plus intelligent.  Ils l’inviteront à éviter le surmenage, à se détendre convenablement après l’effort, à maîtriser sa langue et son langage, à employer des concepts clairs, nets, précis, univoques.

Ils lui inculqueront le sens du pardon des offenses, de l’innocuité, de la causalité (le choc en retour de ce qu’on met en branle par ses pensées, ses paroles, ses actions et ses sentiments), la reconnaissance de ses torts et le désir de s’améliorer sans cesse, sans tension ni contention.  Ils lui montreront à maîtriser ses pulsions, ses émotions et ses passions dès le jeune âge.  Ils favoriseront son avidité de savoir, sans digressions stériles provenant d’une vaine curiosité et sans bris d’intimité, par la technique du jeu conforme à la réalité du moment présent.

Les parents insuffleront l’amour de l’effort pour la dextérité et la compétence qu’il apporte, l’esprit d’initiative, la confiance en soi, en évitant d’appesantir ses défauts.  Ils s’occuperont de favoriser l’éclosion de sa volonté, de l’aider à dépasser ses préjugés limitants et ses croyances incertaines,  de développer ses tendances humanistes et universalistes.  Ils lui donneront l’exemple de la bonté et de la noblesse d’âme, rendront son subconscient constructif, lui apprendront le mécanisme de l’autosuggestion.  Ils pourront lui conseiller la pratique des arts martiaux qui libèrent des tensions et des émotions refoulées, canalisent l’agressivité, forment le caractère, développent la force d’âme, la maîtrise de soi, la coordination physique, l’efficacité des réflexes, l’esprit chevaleresque.  Ils contribueront à dissoudre ses peurs qui imposent des contraintes, éveillent les suspicions et briment la force intérieure.

Les parents aideront leur enfant à développer l’acceptation des différences qui s’exprime par les autres races, couleurs, cultures, religions, pays, régimes politiques, orientations sexuelles, choix de vie.  Ainsi, ils en feront un Chevalier de la Paix, propagateur de l’Amour universel.  Ils l’aideront à se détacher de ses problèmes personnels, à les relativiser, à les situer dans une plus vaste perspective, au-delà des apparences, par exemple en attirant son attention sur le sort du monde.

Ils lui recommanderont de maintenir le sens de sa dignité et l’aideront à s’affirmer et à se faire respecter des autres, sans recourir à la confrontation, en cherchant à gagner, mais sans chercher un rival potentiel à détruire.  En effet, la bonté ne doit pas s’exercer au détriment de la force, de la vigilance et du discernement.  Ils lui apprendront que toute lutte avec les autres, ne serait-ce que dans la confrontation répétée, est une perte de temps, que le seul ennemi à vaincre, c’est l’adversaire intérieur, le mental prétentieux qui s’oppose à la Lumière.

Les parents rappelleront à leur enfant que le pouvoir ne doit pas servir à asservir les autres, mais à engendrer un monde à sa conception pour lui-même, dans son propre univers.  Ils lui apprendront l’endurance ; l’esprit d’équipe ; la force efficace, mais pacifique, intrépide, toujours sage ; le respect de la parole donnée et le sens de l’honneur ; le service détaché ; l’exigence exprimée envers soi, avant de l’exprimer envers les autres ; le sens du dépassement constant ; la considération courageuse de ses faiblesses, sans apitoiement ni infériorisation.  Ils lui suggéreront des lectures appropriées, l’assistance à des exposés formateurs ou à des conférences enrichissantes, la participation à des groupes de méditation.

Ainsi, ils lui feront découvrir l’Unité derrière la multiplicité apparente, le sens du symbolisme vivant, la culture des hautes vertus.  Ils lui enseigneront l’immortalité de l’âme, le phénomène naturel de la mort, la vie après la mort, le principe de la réincarnation.  Ils lui rappelleront le sens de l’incarnation qui mène à la découverte de soi dans sa totalité, par les expériences progressives, visant la conquête de soi, l’accession à la sagesse et la Fusion dans la Source unique, par le biais d’un véhicule physique mentalisé ou animé de la conscience.

Un grand remède contre nombre de mouvements de révolte du jeune, ce sont les notions de la Causalité et de la Réincarnation.  Par eux, il prend conscience qu’il faut, de vie en vie, passer par toutes les races, les religions, les croyances ou philosophies, situations sociales, au cours du pèlerinage de l’âme, dans l’espace et le temps, pour qu’elle produise son éveil par la connaissance complète de son Essence et de sa Nature.  Cette perspective accroît le sens de l’universalité et le respect des autres aspects du Monde.

Au seuil de sa maturité, un enfant doit détenir toutes les connaissances utiles qui feront toute la différence à savoir si, en tant que membre de l’Humanité à venir, auéducation nombre des constructeurs ou des dirigeants du Monde, il agira en ange ou en démon.  Comment veut-il que ce Monde se construise ?  Quel destin souhaite-t-il pour les peuples futurs ?  Pour assurer la paix dans le Monde, il devra être en mesure de maintenir un climat d’harmonie, aimer toute l’Humanité.  Pour cela, il doit être conscient, instruit et cultivé, aimer la Nature, avoir un sens artistique, comprendre la science de l’homme et de l’Univers, maîtriser ses émotions et ses passions, avancer le cœur grand ouvert.

Le jeune doit être formé de manière à devenir un être humain valeureux, peu porté à la faiblesse, à la démission, au fléchissement du courage, parce qu’héroïque, imbu du sens du sacrifice et du dépassement, désireux d’une société sans classe et d’un monde sans frontière, respectueux des différences.  Il ne doit pas songer à une révolution brutale, mais à une réforme intérieure durable et salutaire des individus.  Il n’accomplira de grandes choses que s’il sait se donner à une grande cause, dans l’esprit d’équipe, fraternel et solidaire du destin collectif.  Et tout cela commence par le fait de s’appartenir et de se maîtriser dans son indépendance et son autonomie, mais dans le rayonnement de l’amour.

Au seuil de sa maturité, un enfant doit savoir que son corps, si beau, gracieux, souple, robuste et harmonieux qu’il soit, n’est qu’un instrument d’expérience dont il ne doit pas tirer de vanité ni exploiter dans la jouissance excessive, puisque son Essence est de Nature divine.  Il devra savoir que ce qui compte, au-delà des frivolités et des illusions du monde matérialiste, c’est d’éveiller la Conscience divine qui sommeille en lui et qui attend patiemment d’être reconnue de lui, afin de libérer sa Divine Lumière, se sachant dans son cœur et dans tous les cœurs.  Aussi ne devra-t-il pas avoir honte de s’intérioriser, de prier, de méditer, de prononcer des mantras, de pratiquer des exercices spirituels, autant de moyens qui l’aideront, surtout dans les moments difficiles, au lieu de se sentir démuni et impuissant comme les autres.

Aussi, il saura devoir fuir, pour sa protection et son salut, les habitudes délétères, les lieux de perdition (car il en existe) et les expériences de contagion négative.  Il évitera de disperser ses énergies dans mille directions, sachant que la concentration des énergies engendre les prodiges émerveillants.  Si ses moyens ne lui permettent pas d’occuper une situation estimable ou reconnue, au sens humain de l’expression, il avancera dans la même fierté d’être, se sentant digne de sa mission plus modeste. Car il saura reconnaître qu’il n’existe pas de sots métiers, uniquement des personnes idiotes pour en juger, qui ne savent pas reconnaître que tout se tient, le grand et le petit, que Dieu ne compare pas.  Peu importe son rôle, ce qui comptera pour lui, ce sera de l’accomplir à la perfection pour se réaliser dans sa transcendance plutôt que dans le paradis artificiel.

Devant une énumération aussi exhaustive et idéaliste des thèmes éducatifs, certains parents pourront croire qu’il est difficile d’élever et d’éduquer un enfant, qu’il faut de grands diplômes ou un mode d’emploi détaillé pour y arriver.  Qu’ils se détrompent en retenant que toute énumération détaillée d’un processus donne au mental l’impression factice qu’une réalité est complexe tant qu’il n’en a pas découvert le fil directeur.  Ce fil conducteur consiste dans le fait très simple que l’éducation vise à faire remonter à la surface ce qui se trouve déjà inscrit, mais assoupi, dans la conscience d’un être.  L’éducation ne vise donc qu’à réveiller, stimuler, attiser une flamme larvée par les moyens les plus pertinents et les plus adéquats relativement à un enfant particulier.

Du reste, les parents ne portent pas la responsabilité entière de ce réveil, c’est l’enfant qui la porte d’abord.  De ce fait, ils n’ont qu’à lui fournir les rudiments fondamentaux qui lui permettront d’y arriver.  Enfin, ils devront se rappeler qu’ils ne sont appelés qu’à agir au meilleur de leur compréhension et de leurs moyens.  L’âme qui les a choisis comme canal d’incarnation connaissait pertinemment leurs limites existentielles, avant de passer à travers eux, limites dont elle avait précisément besoin comme défi expérientiel.

Évidemment, les parents réussiront à bien éduquer un enfant dans la mesure où, étant eux-mêmes accomplis, ils pressentiront intuitivement ses besoins naturels, en se liant d’âme à âme, au lieu de s’investir à tâtons, s’exposant alors à lui offrir trop ou trop peu, ce qui aboutirait à un déséquilibre expérientiel par carence ou par excès.  Pour ceux qui s’entêteraient à croire qu’éduquer un enfant n’est pas une tâche facile, malgré les facteurs impondérables et inévitables relatifs à son unicité, comme à leurs propres carences et faiblesses parentales, ils se donneront justement la confirmation qu’ils n’ont probablement pas la compétence pour fonder une famille.  À ce moment, s’ils persistaient dans leur désir de fonder une cellule familiale, ils devraient s’interroger sur leurs motivations inconscientes de le faire.

On ne doit pas fonder une famille parce qu’on répond à un atavisme millénaire de l’inconscient collectif ou parce qu’on succombe aux pressions sociales, qui considèrent comme diminué ou marginal un être qui ne le fait pas, même si elles devaient conduire au rejet ou à l’ostracisme. Agir ainsi témoignerait d’un manque de maîtrise, par défaut de s’être détaché de la mentalité grégaire ou d’accepter les conséquences de s’en être détaché.  La question à se poser concerne l’importance qu’on accorde au Monde de demain.  Voudrait-on engendrer des êtres qui deviendraient ses monstres ou ses bourreaux parce qu’on n’a pas réussi à les former convenablement ? Désire-t-on engendrer des agressifs révoltés ou des mauviettes suicidaires qui donneront l’exemple de la fuite dans le néant ?  Tient-on à procréer à ce point ?  Pourquoi alors ?  Chacun est libre de répondre comme il le veut à ces questions, selon la lumière de sa conscience.

Maintenant, qu’en est-il du système scolaire ?  L’éducation ne doit pas seulement aider à décrocher un diplôme, conçu comme un passe-partout pour exercer une carrière et s’accorder le confort et le bien-être matériel, mais instruire et ouvrir la conscience à partir d’un système de valeurs cohérent et éclairé.  Il faut savoir diriger un enfant vers ce qu’il aime et vers les affinités qu’on pressent en lui, si modeste que puisse paraître le but vers lequel il se destine.  L’enfant n’est pas né pour répondre aux attentes de ses parents ou pour réaliser leur idéal de vie par personne interposée.

Présentement les structures éducatives sont trop lourdes, contraignantes et contradictoires pour atteindre les objectifs de produire des êtres au corps sain, à la tête bien faite et au cœur généreux.  On en fait plutôt des têtes bien pleines ou des bibliothèques ambulantes.  C’est le devoir des parents de combler les carences, au lieu de démissionner, en confiant toutes les responsabilités éducatives à leurs maîtres des divers niveaux scolaires.  Toute éducation doit d’abord induire l’enthousiasme et le sens de l’émerveillement dans le respect du rythme d’apprentissage d’un enfant.  À vrai dire, les problèmes du système éducatif proviennent davantage des méthodes d’enseignement que de ses contenus.

Pour un étudiant, tout travail de recherche doit s’accompagner de la liberté relative de combiner sa culture livresque aux fruits de son imagination créatrice, de ses réflexions personnelles et de ses expériences courantes.  Tout sujet doit devenir un support qui éclaire la vie, moins centré sur la forme que sur le contenu, appuyé sur le tempérament individuel.  Il doit comprendre la pensée d’autrui, la rendre fidèlement, mais la colorer de sa vision, par des commentaires personnels, plutôt que livresques.

On doit également moins miser sur le résultat, conçu en termes de note de passage mesurant une épreuve, que sur l’enrichissement personnel.  Lorsqu’on lui impose un ordre nécessaire de recherche établi à l’avance, il faut maintenir une ouverture qui lui permette de découvrir le sens de la démarche, lui accorder, selon sa maturité, un droit de regard sur les supports pédagogiques à intégrer.

La connaissance qui résulte de l’éducation familiale et scolaire constitue la clef de voûte d’une vie adaptée et heureuse.  Mais, comme il n’est possible à personne de tout connaître, il faudrait établir clairement les critères normatifs d’un programme d’éducation, à partir d’un dénominateur commun pertinent, conçu comme un support pour aider le jeune à mieux se connaître et s’intégrer dans la société contemporaine.  Au début de sa vie, tout enfant a besoin d’une direction ferme et amoureuse, d’un encadrement souple et précis et d’un système de valeurs reflétant le véritable état du Monde et de la Nature et le préparant à affronter le monde qui l’entoure.  Ces valeurs doivent contenir des mesures correctives pour former son caractère, orienter sa conduite, l’aider à trouver sa voie, le munir pour se diriger sur le courant agité et fluctuant de la vie.

Tout enfant doit comprendre qu’il détient un libre arbitre qu’il peut exercer dans la mesure de sa conscience, de sa maturité, de son sens des responsabilités.  Il doit comprendre qu’il existe des lois naturelles et des principes cosmiques auxquels il doit se conformer parce qu’il est responsable de ses actes et qu’il doit accepter le retour de la Loi qui ne vise pas à le punir, mais à lui faire comprendre les modalités de l’énergie.  Au fur et à mesure qu’il grandit, il faut répondre, avec pertinence et objectivité, à ses questions morales, éthiques et philosophiques, à ses besoins scolaires et à ses intérêts scientifiques.  Ainsi, il devrait recevoir une éducation fondée sur un programme de vie globale qui respecte sa liberté de choix, à la manière que le font certaines écoles alternatives, qui privilégient les expériences proches de son vécu et de la Nature.  Le temps est venu de ne plus envoyer les jeunes à l’école pour accumuler des notions utiles, mais pour former à l’art de vivre tel que le conçoivent les Sages, non les bureaucrates du Ministère de l’Éducation.

Dans le cadre d’activités créatrices, l’accent de l’éducation devrait être particulièrement placé sur l’acquisition des connaissances fondamentales : lecture, écriture, arithmétique, mathématiques, habilités du langage, sciences courantes, leur ajoutant des notions allant de la saine nutrition et de l’écologie aux arts.  Dans les groupes d’âge plus avancés, on pourrait ajouter des formes d’expression plus sophistiquées, pertinentes aux nécessités vitales, culturelles et scientifiques, en gardant un accent marqué sur la communication et l’interprétation personnelle.  Alors, on devrait former les enfants à toutes les techniques de nature à leur donner le sentiment d’être compétents dans les domaines de leurs aptitudes naturelles, donc conformes à leur acuité mentale et à leur dextérité manuelle.  Cela devrait impliquer des cours de formation professionnelle, d’hygiène, d’alimentation, de physiologie et de gymnastique.  Au Primaire, l’éducation devrait surtout porter sur le développement des habilités physiques et mentales, d’usage pratique dans l’immédiat, dans l’expression des rêves de l’enfantarts, de ses aspirations profondes et de la richesse de ses informations innées.

En général, jusqu’à la fin du Secondaire, on devrait concevoir pour les enfants des cours ne visant qu’à les orienter de façon souple, relativement à la connaissance humaine, condensant les connaissances élémentaires –arts, sciences et humanités.  Dans ces domaines, la spécialisation devrait rester optionnelle, déterminée par l’intérêt et la maîtrise des candidats, ce qu’on devrait confirmer par une période d’essai.  Actuellement, on inclut de façon prématurée des notions spécialisées, dans le programme des jeunes et on les oblige trop tôt à choisir une orientation de carrière.  Cela produit qu’ils développent, à un trop jeune âge, un caractère sérieux, sévère, soucieux et aigri.  Les programmes imposés dépassent l’intérêt du cycle de leur âge.  En outre, plutôt que de les faire courir d’une salle à l’autre, au son d’un timbre, on devrait les garder dans une même salle, invitant plutôt le maître à se déplacer, ce qui les aiderait à s’adapter d’une discipline à une autre et à mieux en assimiler les notions.  On devrait encore adapter les heures de cours au commun dénominateur du vécu parental pour les impliquer dans le processus d’éducation extrascolaire, puisque l’éducation relève d’abord d’eux.  Ainsi, les jeunes vivraient une expérience plus saine, plus conforme à la vie et à leur croissance, d’où ils seraient plus épanouis et plus heureux.

À la naissance, chaque être arrive avec, en réserve, une mine d’expériences provenant des incarnations antérieures, expériences certes voilées, mais susceptibles de remonter à la conscience par l’éveil que peut produire une éducation appropriée.  On appelle ces expériences antérieures, les potentialités latentes, les aptitudes innées, la bosse du génie.  Par elles, chaque être détient un réservoir d’acquisitions qu’il pourra exprimer en mots, en idées et en créativité, s’il le souhaite.  La frustration de certains étudiants résulte justement de l’oubli de tenir compte de ces acquis antérieurs, au cours de la formation familiale, scolaire et sociale.

Rudolph Steiner, le grand pédagogue des écoles alternatives disait :  «Seuls une éducation et un enseignement, ayant pour fondement une connaissance profonde de l’être humain et des lois de son évolution, pourront permettre à l’enfant de devenir cet homme, capable de prendre en main sa propre évolution, cet homme solide, non seulement en mesure de s’intégrer dans un milieu social donné, mais de transformer positivement ce milieu, enfin cet être conscient du rôle et de la mission de l’homme au sein de l’Univers».

 

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