UN SYSTÈME DE JUSTICE À CHANGER?

   Ce texte, comme tous mes autres textes, ne prétend pas à la vérité, il ne vise qu’à lancer une réflexion sur des sujets qui affectent la vie des gens au quotidien : la passation des lois et l’administration de la Justice.

   Avons-nous déjà pensé que la passation de lois, ce dont nous ne contestons pas de la nécessité, limite le nombre de crimes répréhensibles, puisque, dans une société de droit, seuls les crimes qu’elles décrivent peuvent être sanctionnés?   Avons-nous déjà médité sur le fait que les lois finissent toujours par pénaliser la totalité des citoyens, alors qu’elle vise d’abord à limiter la marge de manœuvre des délinquants, des bandits et des criminels qui sont en minorité?  Avons-nous remarqué que, plus il se passe de lois, plus il surgit de spécialistes pour aider à en contourner l’application?  Avons-nous songé que, plus les agents de police croissent en nombre ou que plus les forces répressives se renforcent, plus il se trouve de chenapans et de rebelles pour les provoquer et les défier?   Avons-nous observé que, en général, les forces policières se mettent plus spontanément au service des puissants de ce monde, notamment des chefs de gouvernement, que du peuple?  Par exemple, savons-nous que l’administration de la justice favorise souvent un système du deux poids et deux mesures selon que l’on est riche et puissant ou pauvre et faible?  Avons-nous réalisé que les forces policières, le monde de l’administration de la justice et les gouvernements attirent souvent des êtres imbus de pouvoir, comme les forces armées attirent nombre d’esprits faibles ou criminels ou de justicepersonnes affligées d’un complexe d’infériorité qui peuvent se défouler ou rehausser leur estime personnelle en invoquant des motifs licites?  Est-ce bien rassurant de penser à tout cela?  Ces réflexions ne devraient-elles pas amener à souhaiter un changement du système de Justice?

   L’Ordre de la Rose-Croix déclare: «Le but fondamental de la loi est la justice.  Ce but serait atteint si la loi pouvait être d’une perfection idéale dans sa rédaction et surtout son application, mais il n’en est malheureusement pas ainsi dans un grand nombre de cas.  Ce qui est vrai en théorie ne s’avère pas toujours dans la pratique et il arrive que l’on ait à subir de regrettables conséquences de la loi même à laquelle on a pensé faire appel pour se défendre.  La loi ne porte pas de conscience en elle-même.  Elle opère rigidement selon ce qui est théoriquement sa propre perfection, de sorte que, même si, parfois, il est évident qu’une injustice risque d’être commise à l’encontre d’un plaideur, elle ne déviera pas de son processus routinier.  Aussi les lois sont-elles constamment soumises dans leurs caractéristiques aux faiblesses humaines.  Toutes les fois que cela est possible, il est donc préférable de s’en tenir à un arrangement amiable ou même d’accepter une perte légère plutôt que de faire appel à la loi.  Cependant, un Procès peut s’avérer, parfois, nécessaire ou inévitable. Si tel est le cas, on ne doit pas s’y dérober.»

   Il est évident qu’avant de se lancer dans un procès, il faut sonder la légitimité de son intention.  Dieu laisse agir les institutions que les êtres humains se sont données, tant qu’elles n’entravent pas trop son Plan cosmique, dans la part qui concerne l’Humanité.  Encore, Dieu n’appuiera pas un être injuste qui veut se faire justice illicite lui-même.  Également, Dieu n’accordera jamais sa clémence et sa miséricorde qu’à un cœur contrit, qui a mesuré l’étendue de son erreur et appelle son aide avec le ferme-propos.  La Loi cosmique ne vise pas à punir, mais à ramener à l’Ordre et à l’Harmonie.  Aussi, celui qui réintègre l’Ordre et l’Harmonie de lui-même, en se libérant de son ignorance et en compensant pour les torts qu’il a causés ou en pardonnant lui-même l’injustice.  En cas de procès, on devrait travailler avec l’Esprit de la Rigueur et l’Esprit de la Clémence pour harmoniser sa vie (Mars et Jupiter).  En considérant Dieu comme le Grand Juge du Tribunal suprême, on peut compter voir la volonté des hommes être infléchie, si on s’amende.

   Il n’est pas très rassurant de vivre dans un monde où, comme le disait Pascal, l’((affection ou la haine change la justice de face)).  Drôle de monde que celui où les agents de police mettent plus de zèle à faire respecter les trois secondes règlementaires d’immobilisation complète à un carrefour qu’à pourchasser les voleurs!  Drôle de monde encore que celui où ces mêmes présumés serviteurs des citoyens se font collaborateurs de la fiscalité municipale en respectant les cotas de contraventions que l’administration locale leur impose de coller aux conducteurs ou aux piétons fautifs, quand il se commet tant d’autres méfaits bien plus graves qui restent impunis par manque de personnel.  Drôle de monde surtout que celui où l’application de la Justice est à la merci d’un procureur de l’État dont le rôle consiste, souvent, à prouver hors de tout doute la culpabilité d’un innocent, alors que la partie adverse, l’avocat du citoyen, en avocat du diable, doit démontrer avec autant de certitude l’innocence d’un coupable.

   Avec la multiplication des lois, c’est surtout le sens commun et le discernement des individus qui en ont pris pour leur rhume, puisqu’elles ont fait disparaître le principe de l’((épikeia)), si cher aux philosophes de l’Antiquité, surtout en Grèce.   Ce principe visait à faire prévaloir l’esprit de la loi sur la loi elle-même.  Autrement dit, elle stipulait que, en dépit de toute loi promulguée, le discernement dans l’immédiat prévalait, dans la mesure où il était parfaitement éclairé.  Ainsi, un être pouvait transgresser la loi pour des motifs d’utilité courante ou des motifs supérieurs de conscience, dans la mesure où il ne mettait pas le bien-être et la vie de qui que ce soit en danger.  Pour l’illustrer dans une application contemporaine, le conducteur d’un véhicule pourrait passer un stop sans s’immobiliser, pour autant il a pu vérifier qu’un carrefour est parfaitement dégagé et qu’il détient la priorité sur tous les véhicules qu’il peut apercevoir.  Encore, il pourrait se permettre des excès de vitesse, sans recourir à un véhicule prioritaire, dans un cas d’urgence.

   Une société trop répressive ne gagne rien à agir de la sorte.   Chacun devrait savoir les sanctions et les punitions ne donnent aucun résultat constructif, ne servant qu’à engendrer la peur et à attiser la colère, ouvrant la porte à d‘autres délits ou conflits, ce qui amène un citoyen à s’isoler, à se rebeller ou à se replier sur lui-même, mettant son destin en danger, avec la vie des autres.  C’est la raison pour laquelle les prisons restent toujours les meilleures écoles du crime.

   Pour cette raison, la punition devrait être remplacée par la formation de la conscience et l’application d’une saine discipline prévoyant des conséquences adaptées, donc logiques et réalistes, au délit ou au crime commis.   Car l’ouverture de conscience amène à préférer la Lumière à l’Ombre, alors qu’une saine discipline apprend à un être en croissance à identifier ses comportements erronés, à en assumer la responsabilité, à résoudre ses problèmes tout en respectant sa dignité.  Par elle, il apprend à maîtriser sa vie, à prendre des décisions éclairées et à résoudre ses propres problèmes par lui-même.

   Dès qu’un être devient suffisamment conscient et développe une maturité suffisante, il s’impose lui-même un genre de sanction par le sentiment de culpabilité naturel qui lui fait ressentit le devoir de se racheter ou de payer une dette.  Ici, nous ne parlons pas de la culpabilité stérile, qui amène à vivre dans la peur des représailles, ni à une contrition aveugle, mais à la sagesse spirituelle qui amène à désirer croître en conscience et se rapprocher de la Perfection spirituelle.

   Dans ce contexte, nous trouvons très intéressante cette manière des Peuples autochtones ou Premières Nations des Amériques de n’appliquer à l’un de leur membre fautif, pour toute sanction, que l’isolement complet, ce qui le force de vivre à l’écart de son groupe d’origine et de réfléchir à ses comportements jusqu’à ce qu’il témoigne de sa volonté d’en respecter les us et coutumes, notamment de traiter les autres comme il aimerait être lui-même traité.

   À la vérité, dans nos sociétés, les procès et les châtiments n’ont de valeur que dans la mesure où ils parviennent à développer la sincérité et à amener un coupable à amender sa conduite et à réparer les torts qu’il a commis, l’inclinant à mieux établir ses choix par rapport au bien-être commun et aux jeux de l’Ombre et de la Lumière.

   À notre avis, toute société organisée détient le droit de se protéger contre ses citoyens dangereux pour maintenir la paix, sa cohésion et son équilibre et pour assurer son progrès et son expansion, mais elle doit procéder de façon juste, équitable, empreinte de clémence.  Là où les citoyens tiennent à l’existence des cours de justice, l’administration de celle-ci doit au moins favoriser le prononcé rapide d’une sentence juste après un jugement équitable.  En outre, une fois entamée, une procédure doit rapidement aboutir à son terme et le jugement être appliqué sans tarder, la seule manière de lui assurer une véritable efficacité et d’éviter que le fautif développe des sentiments négatifs.  En effet, une société doit favoriser l’égalité des chances, plus que l’égalité de fait, en raison des divers niveaux de conscience qui se côtoient.  Et l’application de sa justice doit se fonder sur un besoin de certitude, d’impartialité et d’équité.

   Tout cela dit, on n’en devrait pas moins de demander qui peut prétendre détenir les qualités éminentes lui permettant d’émettre de tels édits?   Car seul un être omniscient peut connaître tous les motifs et les antécédents qui ont conduit un être particulier à commettre un méfait.  Comme il n’y a que l’être sans péché qui est légitimé de lancer la première pierre.  Alors, que doivent faire les autres, si ce n’est d’appliquer la miséricorde, la clémence et la compassion et laisser l’application de la Justice à la Providence divine?

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