LE PÉCHÉ EXISTE-T-IL?  PEUT-IL EXISTER?

Au sens moral et religieux, le péché désigne la violation volontaire et libre de l’Ordre établi par Dieu.  Il s’agit d’un acte conscient par lequel un être contrevient aux lois religieuses ou morales, s’attirant une sanction plus ou moins grave, pouvant aller jusqu’au supplice éternel, s’il ne se repent pas.  En fait, il représente une détermination volontaire, donc sciemment adoptée, d’aller au bout d’un chois, d’en faire à sa tête, même si cela devait nuire, une transgression naturellement sanctionnée par la loi de la causalité, le juste retour, de nulle autre façon. meurtre

Le vilain sentiment de l’erreur, si cher à tant d’êtres, va jusqu’à la croyance au péché.  Pour les Maîtres, le péché, comme l’erreur, n’existent pas.  Et si Dieu est Amour, l’Enfer n’existe pas non plus.  Le Ciel et l’Enfer ne sont pas des lieux, mais des états d’être, exprimables n’importe où.  Chacun peut faire son Ciel, pendant que les autres sont en Enfer, comme chacun peut faire son Enfer, pendant que les autres sont au Ciel.    Le Ciel comme l’Enfer résultent des effets accumulés de la loi de Causalité (Providence ou Justice immanente) qui vise à maintenir partout, par la compensation ou la rétribution des œuvres, l’Ordre et l’Harmonie.

Pour les Maîtres, si le péché doit être défini, il évoque une dérogation délibérée à la Loi cosmique résultant de l’exercice du libre arbitre.  Il exprimerait ainsi le jeu de la nature inférieure, qui cherche en priorité la satisfaction des sens, dans les énergies grossières, capable, à l’occasion, de se révolter contre la maîtrise supérieure de l’Esprit. Si on aime se culpabiliser ou se torturer, on pourrait parler de pensée ou d’acte de séparation, de geste d’égoïsme, d’oubli de Dieu, de manque d’amour, d’erreur de choix ou de direction, d’abus des forces contraires à la Lumière, d’écart ou de retard évolutif, d’obstacle à l’union ultime de l’homme à Dieu.  La Hiérarchie ne considère comme péchés que la négation de l’Esprit, l’interruption d’une manifestation d’amour ou le fait d’évoluer pour soi seul sans penser aux autres (séparativité), mais ils ne leur assignent aucune sanction, à part les conséquences personnelles orchestrées par la Causalité.  Évidemment, nous ne parlons ici qu’au niveau sémantique, pour cerner une définition du péché.

Mais, rappelons-le, la Hiérarchie cosmique et les Maîtres accordent très peu d’attention à la notion de péché.  À leur avis, ce qui est le plus mauvais, parce que très involutif, c’est d’avancer sur le Sentier de la Lumière en accordant plus d’importance à l’expérience des autres qu’à la sienne, cette propension à accepter sans discernement les valeurs des autres (parents, éducateurs, professeurs, amis, conjoint, religieux, guides spirituels, historiens, philosophes, hommes politiques, idoles et vedettes, dessinateurs de mode, etc.) et à tenter de les appliquer dans sa vie.  En agissant ainsi, on se dépersonnalise, on vit par procuration ou par personne interposée, nourrissant les projets des autres au détriment de son unicité, d’où on retarde son évolution.  Chacun détient sa valeur par son Essence divine, mais au niveau de l’expérience d’incarnation, c’est par sa différence que chacun devient précieux pour l’ensemble et qu’il enrichit l’expérience planétaire et l’expérience cosmique.  L’autre erreur la plus souvent soulignée est celle qui consiste à mettre la Fin évolutive au service des moyens plutôt que de mettre les moyens au service de l’Idéal ou du But ultime, ce qui constitue un abus de pouvoir et un asservissement à la Matière.

Quoi qu’il en soit, nulle erreur et nul péché ne portent atteinte à l’intégrité de l’Essence spirituelle d’un individu.  Chaque être représente, pour l’éternité, un Concept immaculé dont la Pureté originelle ne peut être altérée par quoi que ce soit à quelque niveau que ce soit.  Tous seront un jour sauvés, puisque Dieu est patience infinie et compassion éternelle.  Entretenir la notion de péché maintient indument dans la densité et la dualité, empêchant d’évoluer sereinement.  Il vaut mieux croire la maxime qui dit : «Un peu de tout sans abus».

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Les péchés capitaux désignent les offenses les plus graves aux principes moraux et ils représenteraient la source de tous les maux.  Les Églises chrétiennes donnent : l’avarice, la luxure, l’envie, la gourmandise, la colère et la paresse, auxquels certains ajoutent l’instabilité.  Les Maîtres d’Orient les résument à la jouissance, l’acquisivité et la volonté dProprostitutione domination.  Le péché contre l’Esprit consiste à sombrer dans les préoccupations matérielles et sensuelles au point d’oublier Dieu, de le renier ou de faire obstacle à son évolution spirituelle, ce qui, dans la pensée de certains Guides spirituels, identifie le seul péché.  Il réside dans l’impiété (rejet de Dieu) et l’esprit de séparativité, dans l’athéisme (négation de Dieu), l’agnosticisme (croyance peu concluante en Dieu, perçu comme inatteignable et insaisissable, ce qui prévient de s’interroger sur la notion de Dieu et d’entreprendre une quête spirituelle) ou l’aveuglement spirituel (foi vague en Dieu qui maintient dans l’apathie, du fait d’être coupé de Dieu, sans autre motivation spirituelle que ce qui soulage sa conscience et se mériter un ciel hypothétique).  Le péché de séparativité implique des actes qui coupent de Dieu et divisent les gens, au lieu de les unir dans l’amour.  Il implique le fait de se considérer comme un élu de Dieu et de s’installer prétentieusement sur un piédestal, au-dessus et à part de l’humanité, ce qui est, à proprement parler, un péché d’orgueil spirituel.  D’après les religions, le péché mortel fait perdre la grâce divine et il entraîne la damnation éternelle.  Dans l’Église catholique, cette forme de manquement grave est soumise au pouvoir des clefs, soit à la nécessité d’obtenir l’absolution de la part d’un prêtre, bien qu’il soit irrémissible en lui-même.  On nomme l’apostasie, l’homicide, l’impureté (dont l’homosexualité et les déviances sexuelles) et tous les crimes autrefois punis de mort par la loi civile.  En spiritualité véritable, nul instructeur n’accepte ce genre de faute ni la sanction si irrévocable que les religions lui attribuent.

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L’expression «péché originel» réfère au premier péché commis par les premiers parents, Adam et Ève. Cependant, on croit à tort que la notion de péché est propre à la Bible.  Dans la Thora juive, le mot hébreu que les traducteurs ont donné comme péché veut dire littéralement, «but manqué» ou «cible ratée».  À preuve, les archers l’utilisaient pour dire qu’ils avaient manqué leur coup lorsqu’ils visaient une cible.

C’est chez Augustin, un des Pères de l’Église, que la notion de péché originel est apparu dans un traité de philosophie qu’il consacrait au libre arbitre et qu’il écrivit dès sa conversion au Christianisme.  Depuis, pour tous les Chrétiens, le péché originel en vint à désigner le fait que l’être humain, par son attitude de doute ou de rejet de l’alliance avec Dieu, s’est coupé du plan de bonheur que Dieu avait conçu pour lui.  Pourtant, à l’origine, le péché ne constituait pas tant la transgression d’une loi morale que la rupture d’une relation personnelle entre l’homme et son Créateur.

Ce n’est que tardivement que le péché a pris, selon le droit canon, une connotation juridique d’«iniquité», de «transgression», de «désobéissance».  Cet abus de langage a malheureusement conduit lesAdam_en_Eve croyants à croire que Dieu n’est qu’un despote sévère qui ne pense qu’à sévir et à punir alors qu’il n’est qu’Amour.  Offensé, l’Être suprême ne désire que pardonner et empêcher sa créature de subir les conséquences dramatiques des ses propres actes.  Pour cette raison, il serait plus juste de dire que les mauvaises actions de l’être humain résultent de sa séparation d’avec Dieu.  Par le fait qu’il s’est coupé de l’Amour Vrai, il a obnubilé sa conscience et il a perdu les repères de ce qui est bon pour lui (le bien), d’où il s’est livré à ses pulsions égoïstes (le mal).

En fait, le péché originel réfère à l’obnubilation progressive, provenant de la sortie de l’Unité et de l’oubli de Dieu, qui a suivi la sortie d’Éden, qui a permis à l’humanité d’expérimenter l’Ombre et la dualité.  Mieux dit, il représente la force d’inertie qui a amené les Parents primordiaux à se créer un paradis artificiel pour échapper à leurs responsabilités d’évoluer.  Relié à l’Âge d’argent, il implique un désir de repos permanent en fuyant dans l’illusion, la superficialité, l’extériorité et dans l’intérêt personnel pour les fruits des prières déviées de Dieu.

Il semble que lors de son séjour au Paradis terrestre, l’Homme cosmique ait transgressé une injonction divine, par impatience, celle de s’approcher de l’Arbre de la Connaissance des opposés compatibles et complémentaires.  Alors, il fut happé par ses énergies et il se retrouva, de façon prématurée, inconvenablement formé, dans le champ de la densité.  Ce manque de préparation l’amena à s’incarner jusque dans le monde de la matière, alors que sa descente aurait dû s’arrêter au niveau éthérique.  Dans cette descente précipitée, sa conscience s’assombrit et il en vint à oublier Dieu et ses origines sublimes.  Depuis, tous les êtres humains, issus mâles et femelles de la séparation des sexes qui en résulta, participent de cet abaissement ou de cette déchéance présumée.

Ce mythe antique laisse entendre qu’il n’existe nul péché originel puisque l’expérience de la descente dans la matière a permis à l’Humanité de découvrir, par le mental, son libre arbitre et sa conscience individuelle.  L’Esprit devait descendre dans les plans de la densité pour valider, à travers les êtres humains, certains de ses concepts abstraits par rapport à sa nature.  Lorsqu’un être s’écarte du Centre divin primordial, fût-il missionné, il n’en subit pas moins, par abaissement de ses vibrations, une densification et une obnubilation progressives, devant même entourer son Atome primordial de différents corps protecteurs, à la manière des couches et de la pelure de l’oignon.

Ce récit légendaire couvre encore la réalité que l’être humain devait produire, au meilleur de son imagination, une brèche dans sa confiance à l’endroit de Dieu, pour se couper temporairement, mais complètement, de son amour et de sa lumière, afin de sombrer au plus profond de la densité, pour permettre à Dieu de vérifier si une âme, qui a sombré au fond de l’Abîme, peut, par elle-même, retrouver le souvenir de ses origines et décider d’entreprendre le périple inverse qui la ramène à la Source primordiale.  En cas d’échec dans sa mission, Dieu avait prévu un sauvetage d’urgence.

Tout compte fait, ce qu’on appelle le drame humain de la chute originelle ne constitue qu’une pièce de théâtre fort bien orchestrée dans la Conscience de Dieu, dont l’issue triomphale a été prévue de toute éternité.  Toutefois, au sens large, le péché originel peut couvrir la première pensée erronée à propos d’une réalité par manque de compréhension ou de lumière.

Mais on y reviendra dans un autre document.

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Au sens moral, le péché véniel désigne une faute plus ou moins grave qui ne coupe pas entièrement de la grâce de Dieu, mais qui mérite un séjour temporaire au Purgatoire, en cas de mort dans cet état.  Comme cette offense n’est pas soumise au pouvoir des clefs, un sujet pourrait en obtenir la rémission par les bonnes œuvres, la prière et l’aumône.  L’état de péché fait ressortir le conflit de la dualité du monde des apparences, trompeuses, qui mène à vivre de façon fausse, sans aspiration spirituelle.  Il entretient dans le paradis artificiel qui empêche de penser à retrouver le Paradis perdu.  Or, il n’y a de lumière que dans la fusion avec la Réalité divine, soit dans le retour à l’Unité fondamentale.

L’expression évangélique «Va et ne pèche plus» invite à ne plus douter de l’existence de Dieu et de son aide constante et à ne plus jamais manquer au commandement de l’Amour.

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