LAISSER LE PASSÉ DANS LE PASSÉ, PUISQUE TOUT BOUGE ET SE TRANSFORME, SURTOUT QUE NUL NE PEUT RIEN Y CHANGER NI Y CRÉER…  

Dans la Thora ou la Bible, il est donné un exemple symbolique de ce que peut produire l’attachement au passé.  Il s’agit de la femme de Lot qui, lors de la destruction de Sodome, jette un regard nostalgique et curieux en arrière, contre l’injonction de l’Éternel.  Du coup, elle fut pétrifiée (changée en statue de sel), d’où elle figure la limite, placée entre la Lumière et les Ténèbres, qui refoule le faible ou l’irrésolu vers un plan inférieur, plus dense.  Elle illustre les résultats de l’attachement au passé plus ou moins récent.

Dans l’Évangile, Jésus a dit : «Laissez les morts enterrer les morts et les vivants s’occuper des vivants.»   Quel qu’il ait été, le passé n’a plus d’importance, sauf pour ce qu’il rappelle de ne plus redouter, de se pardonner, de se délivrer.   Pour sa part, Jorge Luis Borges, l’écrivain et poète brésilien, a dit : «Le présent est indéfini, le futur n’a de réalité qu’en tant qu’espoir présent, le passé n’a de réalité qu’en tant que souvenir présent.»  Le passé réfère au temps révolu, à ce qui est devenu stérile, désuet, anachronique.  Ainsi, la connaissance du passé peut éclairer le présent et aider à orienter l’avenir, mais on ne peut le ressusciter.  Même que ceux qui rejettent leur passé sont portés à répéter leurs erreurs.  Mais, il est inutile de s’y projeter inutilement pour s’y complaire, ce qui dénote qu’on ne sait plus s’ajuster au temps préhorlogesent et qu’on prend du recul au niveau de l’actualisation.  Celui qui vit davantage dans son passé que dans son présent, s’y accroche, ne peut que s’étioler et mourir, à défaut de se situer dans l’élan spontané et créatif du moment présent.

La réalité ne réside pas dans son passé, mais dans l’expérience de son moment présent.  Personne n’est son passé, ce qu’il a fait, dit, pensé, ressenti hier ou plus avant.  Celui qui s’identifie à son passé s’empêche de découvrir de nouveaux aspects de lui-même et d’offrir une nouvelle version ou un nouveau prototype de lui-même.  Le passé s’enregistre dans l’esprit tandis que le corps vit le présent et que l’âme prévoit le futur.  Mais c’est dans le présent qu’un être peut se renouveler en s’appuyant sur ses expériences passées et en s’ouvrant au futur.  Nul n’est invité à oublier son passé, mais à changer son avenir.  Le pire qui puisse arriver, c’est d’oublier les leçons des phases antérieures de sa vie et d’agir comme si elles n’avaient pas d’importance.

Chacun change en évitant de répéter certains comportements involutifs, éclairé par ses expériences antérieures.  Mais lorsqu’il décide de ne plus répéter certains comportements du passé, il faut cultiver le lâcher prise.  Laisser aller ne signifie pas oublier son passé, mais y renoncer, cesser de s’accrocher à lui, ce qui amène à la noyade.  Chacun gagne à arrêter d’avoir recours à son passé pour rester à flot dans les idées qu’il se fait de qui il est.  Rien n’arrête plus sûrement son progrès matériel et sa croissance spirituelle que de se désoler de son passé ou de se complaire en lui, de s’asseoir sur ses lauriers.

Un être est porté à se projeter dans son passé par manque de discipline émotionnelle, aimant repasser les événements heureux ou malheureux qu’il a vécus parce qu’il n’est pas pleinement satisfait dans le présent par manque de créativité.  Mais c’est une perte de temps et un risque.  C’est une perte de temps parce que le passé ne peut renaître et que le temps qu’il y pense, il perd l’essentiel de l’instant présent dans des circonstances dépassées qu’il retient de façon malencontreuse dans son psychisme.  C’est ainsi qu’il développe une personnalité stagnante ou aigrie, devenant un désemparé émotionnel.  À trop penser à son passé, il se crée des joies factices et désuètes, il se déphase et il se fait inutilement du mal à lui-même.

Certains développent même une paranoïa parce qu’ils en viennent à craindre que le passé ne se reproduise.  Qui ne connaît pas de ces gens âgés qui, pour avoir vécu des faits troublants ou pour avoir trop écouté les nouvelles des médias, deviennent très suspicieux, ressassant des nouvelles de vol, de viol, d’escroquerie et de meurtre et se barricadent chez eux.  Ils amènent leurs croyances à se renforcer que la plupart des gens ne sont pas dignes de confiance et viennent chez eux pour les espionner et prépare des plans menaçants.  À trop creuser son passé, un être en vient à se souvenir davantage du mal que du bien et il perd son sens de l’appréciation et de l’invention.

Puisque la pensée créée, chacun doit choisir soigneusement les événements dont il veut se souvenir et ceux qu’il veut écarter.  Repasser les erreurs du passé n’y changera rien.  Et parler du passé, c’est inclure le passé récent.  Continuer à penser à son passé, même récent, peut interférer dans le présent.  Et si quelqu’un laisse le passé interférer dans le présent, il interférera dans le futur.  Un bonjour, chacun doit décider de ce qu’il veut garder vivant dans sa mémoire.  En oubliant les faits pénibles du passé, il se prépare à mieux affronter les autres épreuves qui peuvent toujours surgir s’il vient à manquer de conscience.  En les entretenant, il se forme une mentalité négative, défaitiste, fataliste et il finit par se désespérer.

Il n’est pas facile pour l’être incarné de laisser aller le passé, surtout le passé sombre, mais, une fois qu’il a changé cette habitude délétère de trop regarder en arrière, il dirige mieux sa vie, il avance dans une plus grande sérénité, il se prépare un meilleur avenir.  De toute manière, pur lui, il est vain et ridicule de se désoler de son passé, d’y penser comme s’il pouvait le reprendre, de s’en plaindre en croyant qu’il aurait pu faire mieux.  Ce qui est fait et fait et il lui faut vivre avec ses créations.  Quoi qu’il eût tenté de faire, les choses n’auraient pas tourné mieux pour lui, car il y avait une leçon qu’il ne connaissait pas qu’il devait  apprendre, qu’il a dû apprendre, qui a fait ce qu’il est devenu.  Il a exercé de nouveaux potentiels ou il a pu reconnaitre certaines de ses lacunes.

Le passé ne peut aider n être que s’il se rappelle ses moments de succès pour éveiller sa mémoire créative et évolutive.  Il doit bien se garder de se culpabiliser de ne pas être devenu autrement que ce qu’il est, car c’est se déprécier et se ralentir dans l’étape suivante qu’il devra franchir.  Alors, il se désole de ce qu’il n’est pas encore devenu mais qu’il peut encore devenir.  Puisque le hasard n’existe pas, le bagage des expériences qu’il a vécues jusqu’à ce jour représentent l’enseignement pour lequel il avait choisi de naître.  Qu’il le qualifie de bon ou de mauvais, il compose son être, dévoilant son but.  Celui qui repense à son passé pour s’en rappeler les échecs, projette ses limitations antérieures dans sa présente situation, ce qui rejaillit sur ses diverses relations.  Alors, si quelqu’un désire revenir sur son passé, que ce soit pour penser aux moments où il était créatif, plein d’amour, débordant de puissance, vibrant de force.

Une des raisons de l’échec personnel, c’est la propension à s’intéresser davantage à ce qu’on a vécu dans son passé qu’à ce qui est devant et à ce qu’on peut en faire.  Évidemment, une grande partie de l’expérience passée peut servir à quelqu’un, mais, s’il pouvait s’appliquer jour après jour aux tâches auxquelles il doit faire face, il réussirait mieux sa vie, développant une plus grande satisfaction que s’il attend des occasions qui peuvent ne pas se présenter.  C’est uniquement dans le moment présent qu’un être peut capter l’énergie qui peut l’actualiser, se ramener dans le courant mouvant de la vie, se remettre en phase avec elle.  Ceux qui oublient complètement leur passé peuvent repérer leurs erreurs et s’engager à éviter de les reproduire, mais ceux qui s’y projettent constamment s’enterrent de leur vivant.  Plus un être estime et apprécie son passé pour ce qu’il est, plus il s’ouvre à l’intuition immédiate et mieux il prépare son futur.  Mais il y a une marge entre se souvenir de son passé et s’y complaire.  L’un éclaire tandis que l’autre enlise.

Toutefois, au lieu de se désoler de son passé ou de le déplorer, un être gagne à le situer dans une nouvelle perspective et à lui envoyer des vibrations d’amour.  Il peut y parvenir en l’acceptant tel qu’il s’est déroulé, en évitant de le déformer, en reconnaissant les qualités d’âme qu’il a développées ou les potentialités qu’il a activées dans les moments pénibles, en reconnaissant qu’il a agi au mieux de ses connaissances et de ses moyens d’alors.  C’est par son passé qu’il est devenu ce qu’il est présentement.  Et s’il n’est pas satisfait de ce qu’il est devenu, il est toujours temps d’en changer dès maintenant pour devenir ce qu’il veut devenir.  Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir.  Hélas, beaucoup aiment ramener le passé comme excuse ou comme modèle de ce qui pourrait survenir dans l’avenir.  Et c’est ainsi qu’ils régressent au lieu de progresser.

Toute commémoration, qu’elle soit d’un moment heureux ou malheureux, chacun a envie de la vivre.  Elle permet de reproduire cet événement, au moins, de le faire revivre dans sa mémoire.  Pourtant, commémorer, c’est plonger dans le passé et s’éloigner du présent, engendrant parfois une nostalgie prolongée nuisible.   Cela délocalise dans l’espace et le temps.  Cela entretient l’attachement, contribue à maintenir l’enfermement et retarde d’autant la réalisation personnelle dans la Lumière.   Plus un être se réfugie dans le passé, plus il s’écarte de sa mission, plus il se lie au vide.  En vérité, la seule chose qu’un être puisse commémorer sans danger de régression, c’est le moment présent, en le célébrant.  Et, le célébrer, cela consiste à apprécier la Vie, la Lumière et l’Amour dans l’immédiat, à se lier au Souffle créateur du moment, à remercier sincèrement pour les grâces obtenues, surtout pour ce qu’on possède déjà, mais qu’on apprécie rarement à sa valeur.  Rien d’autre n’importe.

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