LE MARIAGE DES PARTENAIRES DE VIE NE DÉTIENT AUCUNE VALIDITÉ SPIRITUELLE… 

Le mariage représente l’union légitime d’un homme et d’une femme, voire, dans certains pays, simplement de deux partenaires sans égard à leur sexe.  Pour de nombreuses religions, il s’agirait d’une alliance éternelle, espérons-le, avec son âme-sœur ou son Esprit-frère.  En spiritualité, il ne détient aucune autre justification que d’inspirer à produire sa fusion spirituelle, l’unification des aspects intérieurs de la polarité, pour recomposer l’Androgyne primordial.

La Tradition chrétienne, comme d’autres Traditions religieuses, a fait de cette alliance entre deux êtres, pour former un couple et une famille, un sacrement qui rend indissoluble l’union consommée d’un homme et d’une femme.  C’est à partir de l’année 110 environ que le mariage chrétien requit l’approbation de l’évêque, supposément pour que la pensée de Dieu préside aux unions plutôt que la passiomariesn.  On tolérait les mariages mixtes, entre Chrétiens et Païens, mais on les déconseillait fortement à cause des dangers qu’ils présentaient pour la foi et des difficultés qui pouvaient en résulter pour la vie commune.  De même, on considérait les secondes noces des jeunes veuves, bien qu’on les permît.  L’Église chrétienne ne tarda pas à insister sur l’indissolubilité du mariage, certains Pères opinant que la mort ne rompait pas le lien conjugal.  Mais la séparation était acquise à un converti dont le partenaire, demeuré païen, refusait de vivre pacifiquement avec lui, comme elle était accordée à une victime d’adultère de son partenaire, bien que l’époux ne pût contracter un nouveau mariage du vivant de son conjoint.

Symbole de l’Union, régi par la Balance, le mariage entre un homme et une femme (ou deux partenaires de même sexe) ne repose sur aucun fondement spirituel.  Dans les Textes sacrés, lorsqu’il est question du mariage, on évoque allégoriquement l’union de la Matière (du corps) et l’Esprit, par l’intermédiaire de l’âme.  Quant au mariage humain, il n’est rien d’autre qu’une institution sociale et religieuse.  Et qu’on n’aille pas dire qu’il est légitimé par l’expression biblique: Croissez et multipliez, comme si Dieu avait pu commander «Grandissez et peuplez».  En spiritualité, le mot «croître» signifie «s’accomplir spirituellement» et le mot «multiplier» équivaut à «exercer son pouvoir créateur» ou «engendrer des images de Dieu.  Ainsi, le mariage doit se fonder sur l’union consciente de deux partenaires amoureux, mais séparés, en quête d’extase et de permanence.  Il exprime au premier chef l’union intérieure avec son âme-sœur ou son esprit-frère, l’autre moitié de son être, que tous possèdent, en polarité inverse, au-dedans d’eux.  À un autre niveau, il répète, ce qui s’est produit dans le Ciel entre le Père divin et la Mère céleste.  Il résulte d’une démarche progressive qui régularise le mental de façon qu’il trouve la paix nécessaire au progrès spirituel.  Il est la rencontre de deux qui veut devenir un.

Autrement, le mariage représente une institution vide de sens.  De ce fait, la validité du mariage ne repose pas, premièrement, sur la procréation, mais sur l’apprentissage du sens du partage et de l’échange dans l’amour.  Évidemment, il en résulte, très souvent, la procréation, mais c’est une finalité accessoire, même si l’un de ses buts est de «multiplier les images de Dieu».  Il constitue un engagement qui ne vise que les clauses expresses d’un contrat conclu entre deux personnes.  Le mariage n’en fait pas moins sens tant que les êtres humains n’auront pas plus de maturité.  Et les gens qui désirent engendrer des enfants devraient l’accepter pour assurer la stabilité de leur union et de la famille.  Cette recommandation ne rend pas pour autant cette alliance obligatoire ni éternelle.  Du point de vue cosmique, après le départ du dernier enfant, les parents peuvent, par entente mutuelle, retrouver leur complète autonomie, s’ils le désirent.

Les êtres humains ont transformé le mariage en une affaire commerciale, en un rite purement social, en un moyen de divertir leur ennui ou en un procédé commode de satisfaire leurs besoins sensuels.  Si le mariage était, comme il se devrait, fondé sur l’amour, il ne serait pas nécessaire de se faire des promesses et d’établir un contrat.  Cette convention n’a d’ailleurs aucune efficacité pour faire naître l’amour ou le supprimer.  Le mariage devrait exister jusqu’à ce qu’il s’abolisse de lui-même, parce que l’Humanité aura suffisamment évolué.  Un jour, les êtres humains ne vieilliront plus dans leur corps, de sorte qu’ils n’auront plus besoin du mariage pour perpétuer l’espèce.  Mais, pour l’instant, les personnes qui veulent procréer devraient se marier et rester fidèles à leur contrat réciproque jusqu’au départ du dernier-né.  On aurait tort de croire à la théorie des âmes-sœurs, de mêmes affinités, incarnées comme deux demi-moitiés d’une même entité cosmique, car cela n’existe absolument pas.  Pour chacun, l’âme-sœur (de l’homme) ou l’esprit-frère (de la femme) se rapportent à leur portion spirituelle, donc à leur Maître intérieur.

Par ailleurs, celui qui unit deux personnes (un prêtre, un ministre, un homme de loi, un juge de paix, un capitaine de navire, etc.) ne les assortit pas.  En conséquence, le couple devrait prendre le temps de s’assurer de son harmonie fondamentale avant la cérémonie.  En effet, il doit s’élever à une pureté sublime, réprouvant l’adultère et la perversion sexuelle, le manque de concorde, les antipathies mutuelles, etc.  Pour ne pas avoir réussi à sublimer leurs pulsions, bien des couples s’abaissent plus bas que les animaux, tellement ils manquent de vision spirituelle et d’harmonie.  Dans un couple, l’homme et la femme n’ont, l’un sur l’autre, aucune autorité légitime, à moins qu’ils se soient donné mutuellement ce pouvoir, spontanément et volontairement.  Les conjoints auraient plutôt intérêt à se considérer comme des collaborateurs et des partenaires de la Vie pour fonder un foyer et engendrer des enfants.  Du reste, ils doivent,  de leur mieux, aider ceux-ci à évoluer, non tenter de les posséder ou de les dépersonnaliser.  Les conjoints gagneraient encore à se porter une grande considération mutuelle, s’entraidant l’un et l’autre, se traitant comme des égaux, sans jamais s’accaparer.

Même dans le mariage, l’acte sexuel est, en soi, encore largement réprimé.  Ainsi, on révèle une compréhension nostalgique de son sens sacré.  D’une part, l’énergie vitale qu’on réserve peut régénérer et transmuter le corps.  C’est l’énergie de vie et d’amour: la semence de l’homme et l’ovule de la femme, chargés d’énergie vitale, peuvent procréer, ce qui ne se fait pas sans conscience et respect.  Mais la rencontre sexuelle elle-même constitue un échange magnétique vitalisant, s’il est bien mené, capable de spiritualiser ceux qui s’y adonnent dans une intention pure.  Elle exprime un partage privilégié, l’ouverture de son monde le plus intime, dans le don et le retour amoureux.  Pour produire ce résultat, elle ne doit pas se résumer à un frottement à deux ni à un asservissement réciproque.

Personne ne peut nier le rôle que joue la culpabilité dans la vie sexuelle.  Autrefois, le mariage confirmait une alliance mystique, souvent impossible de nos jours, à cause du manque de compatibilité et de complémentarité des partenaires, comme de leur manque de compréhension du sens de leur union.  Chez la majorité des gens, on peut présumer que le mariage s’est vidé de son sens, dans leur esprit, surtout avec la baisse de la pratique religieuse.  On en trouve un indice dans le fait que le mariage de la fiancée, en robe blanche, devrait exprimer sa virginité réelle.  Depuis longtemps, il représente davantage la levée officielle des tabous sexuels, par autorisation sociale ou religieuse, présumément autorisée par Dieu, de consommer le coït entre deux personnes, parce qu’elles sont officiellement unies dans un couple.  Il sert donc d’abord à légitimer l’union sexuelle en supprimant les inhibitions paralysantes.  Le nombre élevé des divorces et des séparations, peu après le mariage, confirme ces allégations!

Le premier signe par lequel un mari ou une épouse peut savoir que son mariage est foncièrement une erreur réside dans l’opposition inconsciente de son partenaire à ses intérêts personnels.  Il peut s’y obliger pour protéger la tranquillité conjugale, mais il en vient à ressentir un énorme sacrifice à le faire.  Un tel mariage est voué à l’insatisfaction parce qu’il n’y a pas de cohésion dans les intérêts des partenaires.  Au-delà de la ferveur romanesque qui fascine et pousse au mariage, il faut que les époux se trouvent de nombreux secteurs d’intérêts complémentaires s’ils comptent vivre heureux.  Sans alternance des intérêts, la monotonie s’installe.  Et il faut savoir que, s’il y a une grande divergence au niveau des habitudes, des goûts, des manières, de la conduite, des particularités, il n’y a pas de compatibilité.

S’unir dans l’émotion autour d’un centre d’intérêt principal ne suffit pas à garder l’harmonie à son maximum entre deux êtres.  Pour un temps, il est naturel de trouver un centre d’intérêt majeur dans les influences subtiles, intangibles, qui s’éprouvent du fait de la polarité sexuelle et de la différence au niveau biologique.  Mais si les principaux facteurs du lien intellectuel et spirituel ne se retrouvent pas, ce mariage n’apportera pas beaucoup de satisfaction.  Il se peut que ces intérêts ne soient pas également partagés, mais si ceux qui recevaient sa prédilection avant le mariage le sont, ce mariage restera solide.  Psychologiquement, les partenaires ne peuvent pas partager tous les intérêts de l’autre, notamment ceux qui découlent de sa polarité sexuelle.  Naturellement, certaines inclinations sont inhérentes à la féminité et d’autres à la masculinité.  Il existe un petit test facile pour savoir si la vie conjugale est possible entre deux êtres.  Chaque partenaire n’a qu’à se demander, sans préjugés, s’il trouve dans l’autre des qualités intellectuelles et spirituelles qu’il apprécie d’un ami.  Si oui, il existe entre eux un lien autre que sexuel.

Dans le mariage, il faut trouver un partenaire avec lequel on pourra parler de ce qui participe à ses intérêts au plus haut point, comme ses goûts, ses  tendances naturelles, ses aspirations évolutives.  Les moments de crise aident à identifier les faiblesses qui ne sont qu’apparentes en d’autres temps, qu’on cachait auparavant en s’isolant ou en prenant lgateau_mariageK1a fuite.  L’un des plus grands tourments qu’un être humain puisse endurer, c’est la domination notable d’un autre.  Et il est lamentable que la société permette un tel état de fait propice à la violence.  Refuser à l’autre les satisfactions occasionnelles auxquelles on n’est pas réceptif est un premier moyen de domination qui attise la rancune si en plus on le méprise, le forçant à l’enfouir dans un repli de son être.  Le dominateur devient dangereux s’il pense sottement devoir exercer son oppression dans le meilleur des buts, buts qu’il établit lui-même.  C’est refuser de participer à l’expansion de conscience de l’autre et à la fierté débordante qu’il peut en tirer.  Personne ne cherche simplement à vivre, il lui faut des buts, des grands et des petits.

Un mariage établi sur le fondement du romanesque et de l’intérêt sexuel ne durera que le temps que le conjoint représentera l’idéal de ces points d’intérêt.  Après, on le cherchera ailleurs.  Et on a tort de croire que la moralité pourra s’y opposer, car le système de valeurs de la majorité des gens se suffit d’offrir aux autres l’amitié qu’on attend d’eux.   Quand cette relation réciproque faiblit, la moralité baisse aussi.  Au point de vue psychologique, l’amour humain est bien égoïste, même s’il l’est de façon indirecte.  On dit aimer la cigarette ou le chocolat, mais qu’en fait-on : on consume l’un et on consomme l’autre!  On les intègre à son être!

Les disputes entre les conjoints au sujet de la direction du foyer représentent également un facteur négatif pouvant provoquer des fissures dans le lien du couple.  Beaucoup de ces conflits découlent de traditions désuètes.  La femme ne fait plus partie du patrimoine de l’homme.  Elle a affirmé son égalité d’être complémentaire.  Aujourd’hui, il faut accepter que l’un ou l’autre soit pourvoyeur, et pourquoi pas les deux?  Ayant développé son intellect, elle a aussi le droit de se prononcer sur tous les sujets où elle se sent compétente ou renseignée.  Si une position de force doit s’exercer au foyer, c’est le plus progressiste des deux qui doit l’exercer.

Spirituellement, le mariage désigne la fusion des polarités de l’être individuel.  Comme quelqu’un l’a dit, au terme de son évolution, au cœur de sa nuit, dans les ténèbres de l’Abîme, l’être humain s’unit à Dieu, recevant alors sa Couronne.   Toute autre forme de mariage ne représente qu’une modalité aléatoire sans aucun fondement autre que la perpétuation d’une tradition sociale.

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Le mariage alchimique cerne l’union retrouvée de l’âme et de l’Esprit qui détermine la destinée du moi et l’unit à la Vérité immortelle.  Alors, le Moi supérieur est intronisé en tant que Seigneur de la Vie.  Il fait constater que le potentiel de Dieu, réalisé en l’homme, est le Tout-en-tous.

Dans la Tradition chrétienne, le mariage blanc rend compte d’une union chaste, non consommée charnellement. mariage-alchimique

Le mariage de conscience évoque l’alliance de l’aspect masculin, la logique, avec l’aspect féminin, la subjectivité, de manière à ne former qu’un.

Le mariage de convenance concerne celui qui est conclu en fonction des rapports de fortune ou de la position sociale des conjoints.

En Alchimie, pour le mariage incestueux, on parle surtout de l’inceste philosophal.  Ce n’est sûrement pas par hasard que les Alchimistes ont introduit cette notion, justement symbolisé par l’accouplement de Zeus avec Rhéa, sa mère.  Il révèle la prise de pouvoir constructive de l‘être qui se lie à la Force féminine universelle.  Pour y arriver, le Dieu des dieux a tué son père, donc il a subjugué la Force mâle universelle.  Alors, si le fils épouse la mère, il évoque le fixe (le moi) qui s’élève à l’état volatil pour acquérir une qualité plus haute afin de s’imposer ensuite au volatil ambiant (la mère) en lui communiquant l’essence supérieure qu’il a acquise.  De là, il peut s’affranchir de l’emprise maternelle, qu’il a découverte dissolvante, pour trouver un pouvoir accru.  Voilà qui illustre le jeu des forces solaire et lunaire sous l’influence de Chronos, le Père illuminant, souvent révélé par une matrone sévère.

Le mariage intérieur désigne la fusion de l’âme et du corps avec l’Étincelle divine en soi.

Le mariage morganatique identifie une union contractée par un prince et une femme de condition inférieure qui ne bénéficie pas de tous les droits accordés à l’épouse.

Le mariage mystique consiste dans la réalisation de la vraie relation qui existe entre sa personnalité et l’Esprit intime, une relation par laquelle un être fusionne avec sa Conscience supérieur.   Symbolisé par les anneaux, il traduit l’unification de la conscience objective avec la Conscience intérieure, l’union définitive de l’inférieur au Supérieur qui le transmute.  Le symbole de cette Union sublime est régi par la Balance.  On l’appelle diversement «noces cosmiques», «réalisation transcendantale», «retour à la Source».

Le saint mariage réfère au mariage intérieur avec l’énergie femelle, réceptive, la Spirale de la Terre.  Il s’agit d’une union des aspects de la polarité, car la royauté est d’abord décidée et reconnue par la Reine du Ciel, donc par la femme.

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