CROYEZ-VOUS ENCORE AU DIABLE, CET ÉPOUVANTAIL DE LA PEUR?

Le Diable, c’est le Démon ou l’Esprit malin, qui incarne le Principe suprême et illusoire du mal, l’aspect négatif de la vie, résumant tout ce qui semble opposé au bien, mais qui n’y contribue pas moins.  En Alchimie, il évoque le soufre.

D’après nombre de théories religieuses, le Diable ferait le mal sciemment par haine de Dieu et pour la perte des êtres humains, alors qu’il ne désigne que la peur abjecte, enfouie en chacun, qui s’oppose à l’expression de l’Amour pur.  Cette création arbitraire et fictive du mental humain découle du doute qui l’habite relativement à la toute-puissance divine.  De ce fait, il engendre en imagination une Force négative égale à celle de Dieu pour faire en sorte que la Volonté divine soit contredite.  Il considère Dieu en guerre ouverte et permanente avec cette créature sombre, croyDiable-devilant que l’Éternel résout les problèmes évolutifs de la même façon que lui, par la violence, la répression et la destruction.  Il lui arrive même de croire que le Créateur puisse perdre ce combat, contredisant tout ce qu’il croit savoir de l’omnipotence du Ciel, vivant son illusion sans lui accorder d’importance.

À l’occasion, le Démon représente l’Accusateur public du Tribunal céleste.  Il détient la responsabilité de faire respecter sur la Terre la Justice immanente.  Il agit toujours avec l’autorisation de Dieu.  C’est l’imagerie populaire du Moyen Âge qui, le voyant partout, en a fait un être cornu et fourchu, amenant à insister sur les aspects maléfiques de cette Entité invisible, que Jésus aurait désigné en parlant de souffles mauvais ou impurs.

En fait, les Démons, car ils forment une part de la Hiérarchie angélique qui avait été envoyée sur Terre avec la mission d’exécuter certains travaux, ce qui, étant fait, amena plusieurs d’entre eux à refuser de retourner dans le Royaume de Dieu, croyant pouvoir exister indépendamment de lui.  Ces anges rebelles, à qui Dieu a donné la possibilité de se révolter, ont formé l’égrégore symbolisé par le serpent entourant l’Arbre de la Connaissance des Opposés compatibles et complémentaires.  Mais il n’existe aucune créature qui ne dépende de la Source divine et personne ne connaît son dessein d’avoir octroyé un tel droit apparent de désobéissance.  En eux-mêmes, le Diable et les Démons sont des êtres créés par Dieu qui remplissent la fonction qu’il leur a dévolue.  Et seul Dieu sait pourquoi il en est ainsi.  Ils n’ont donc de monstrueux que l’apparence qu’on leur donne.  Au même titre que tout ce qui existe, ils sont des créatures divines qui jouent un rôle fonctionnel déterminé dans la réalisation du Plan providentiel.  Chargés de susciter les obstacles évolutifs, ils expriment les manières d’agir dangereuses qui peuvent entraîner des conséquences désastreuses, amenant à oublier son origine divine.  En pareil cas, un être s’enfonce dans les Ténèbres de la densité, se privant des bienfaits de la Lumière, où règne le Prince tyrannique de l’Obscurité.  Et il peut finir par imploser, s’il ne s’amende.

La Dame qu’il est convenu d’appeler Mère, soit Mirra Alfassa, la compagne de Shri Aurobindo Ghose, a su dire fort pertinemment : «L’Adversaire ne disparaîtra que lorsqu’il ne sera plus nécessaire dans le monde.  Et nous savons très bien qu’il est nécessaire, comme la pierre de touche pour l’or, pour voir si l’on est vrai.»  Et son disciple Satprem complétait : «Les Princes de la Nuit sont déjà sauvés!  Ils sont à l’œuvre, ils sont les exacteurs scrupuleux d’une Vérité qui contient tout, au lieu d’Une Vérité qui exclut tout.»  Quant à Oswald Wirth, il résume ainsi sa perception de la Bête : «Comme rien ne se corporise sans qu’il y ait condensation tout d’abord éthérique ou fluidique, sans une influence restrictive et particularisante que l’on est convenu d’attribuer au Diable, celui-ci devient le père spirituel du moindre atome non moins que du plus incommensurable système cosmique, car, à la racine de l’un comme de l’autre, se conçoit un tourbillonnement éperdu autour d’un centre d’attraction nécessairement égoïste et accaparateur.  En petit, comme en grand, tout se concrétise à la faveur d’un obscur instinct d’individualisation, qui se manifeste sous l’apparence d’une révolte contre l’Ordre universel des choses, d’où la légende de Lucifer et celle de la chute originelle, qui sont à revoir, ou Dieu n’est pas le vieil Apsou des Chaldéens, l’Abîme sans fond, l’Infini endormi dans son éternité, dont il refuse de sortir pour créer

Ainsi, qu’il s’agisse du Satan planétaire ou du Démon d’invention humaine, aucun de ces êtres ne peut avoir d’influence dans l’espace psychique d’un autre être, à moins qu’il en ait peur ou qu’il leur donne de la force ou de l’emprise par sa foi.  Chacun demeure le seul maître et le seul directeur dans son univers y détenant toute force, tout pouvoir et toute puissance, doté qu’il est du libre arbitre.  Voilà pourquoi le Diable ne peut qu’agir comme tentateur.  À proprement parler, le Diable, conçu comme le Principe suprême du mal, comme un Être subtil rempli de haine, qui ne pense qu’à détruire et à répandre le mal, ne peut exister.  Dieu n’a pu inclure une telle Entité dans son Plan cosmique.  Cependant, dans sa Manifestation, le Créateur s’exprime par le Rayon rouge, le Rayon de la Vitalité qui comporte l’aspect de l’Attraction matérielle, qui permet de compléter l’involution de sa projection infinie et qui engendre, par la concrétisation, tous les aspects de la matérialité.  Ce Rayon, régi par Kamaël, selon la «Bible» et la «Cabale», détient la mission d’engendrer un fondement stable, ferme et solide et de le maintenir ainsi tant que les Fils de Dieu auront besoin d’un substrat concret, tangible et palpable, pour mener leurs expériences.

On peut croire que lorsque l’espèce humaine aboutit sur la Terre, suite à son erreur apparente au Paradis terrestre, elle y parvint l’esprit passablement obnubilé, ce qui entraîna l’oubli de son origine céleste.  Au fil de son évolution, souvent frappé et effrayé par les Forces constructives de la Nature, il leur a attribué un aspect négatif et maléfique, par manque de compréhension et de maîtrise des Lois de la Vie.  Progressivement, il élabora cette notion d’une Entité démoniaque ou diabolique, adversaire du Grand Architecte de l’Univers, et qui détenait peut-être un pouvoir égal au sien dans sa capacité de contrer son Plan cosmique.  Pourtant, cet Élohim qui préside aux manifestations de la Nature conserve une réalité éminemment divine puisque, au dire de la Bible et de la Cabale, il conserve un accès au Tribunal de Dieu, dans le Ciel suprême.

Un être impur ne pourrait conserver un tel privilège.  C’est par incompréhension de sa dynamique émanatrice que l’être humain l’a perçu comme le Démon, alors qu’il n’est que l’un des Auxiliaires créateurs de Dieu, chargé de maintenir les formes utiles et de dissoudre les formes désuètes ou réfractaires à l’Évolution cosmique.  Toutefois, comme la pensée de l’être humain détient un pouvoir créateur, à force d’imaginer un Chef suprême du mal, il a fini par donner naissance, par ses conceptions erratiques et erronées, à un Égrégore malsain et malfaisant qui se nourrit de la pensée des milliards d’êtres qui croient en lui.  Avec le temps, cet Esprit a fini par prendre une force autonome puissamment destructrice.  Mais cette Création arbitraire de l’espèce humaine, qui ne peut se nourrir que de la substance de ses pensées et de ses sentiments,  est appelée à se dissoudre et à retourner au Néant dès que le dernier candidat de la race cessera de croire en lui et en son pouvoir.

Dans la Pensée de Dieu, il n’existe pas de Diable, d’où l’invention de l’Humanité ne peut que constituer, pour lui, un fétu de paille.  Alors, loin de nous l’idée de nier la présence de tout aspect diabolique à l’intérieur de la Création, ce qui constituerait une absurdité.  Il faut accepter l’existence de certains aspects maléfiques, mais leur nier toute emprise sur soi et en faire ses leviers d’expression.  Pour résumer, on peut affirmer que le Diable désigne d’abord l’Esprit du mal, la pulsion tentatrice qui réside en chacun, la source de l’égoïsme et de l’individualisme qui maintient dans la dualité.  Mais tout être humain peut échapper à ses pulsions négatives intimes en refusant de les nourrir, surtout en se reliant à sa Source divine à l’intérieur de lui-même.  On peut croire que les Forces du mal ne demandent pas mieux que d’être niées et ignorées.  En effet, cela leur permet de s’infiltrer, à bien des niveaux de la conscience humaine, de manière fort insidieuse et séductrice, chez celui qui n’y prête pas garde.  Par son chiffre, le 666, il démontre détenir la maîtrise des deux mondes supérieurs.  Mais comme il n’a pas directement accès à la Matière, ne pouvant s’incarner, il doit s’infiltrer dans une conscience pour y agir.  Pour parvenir à ses fins, il profite des fissures engendrées par les énergies négatives pour se faufiler dans une conscience.

Si le Diable existe et vise le but maléfique qu’on lui assigne, on peut croire qu‘il ne se présentera jamais à un sujet dans sa forme hideuse, à moins qu’il souhaite simplement lui faire peur pour l’ébranler : yeux de charbons ardents ou de flammes, queue de reptile acérée, odeur de souffre nauséabonde, portant sa fourche acérée ou sa faux.  Il se présentera plutôt paré de toutes les séductions qu’il peut imaginer comme un héros serviable, chargé d’un but humanitaire, cachant un seul secret : sa négation de Dieu ou sa foi qu’il lui est supérieur.  Non, à proprement parler, le Diable ne présente aucune réalité propre.  Il figure plutôt l’Esprit du mal, la source de l’égoïsme involutif et densifiant qui agit comme la pulsion tentatrice, à divers degrés, en chacun.  C’est le bouc émissaire placé entre Dieu et la créature humaine dans une tentative maladroite d’expliquer un monde cruel, hostile, souvent sans-cœur, qui ne peut être attribué directement ni à la volonté d’un Dieu parfait ni au libre arbitre de l’être humain.

C’est le Malin qui s’interpose apparemment entre la Volonté de Dieu et celle de la créature incarnée, et qui rend ainsi de malheureux à désespéré.  C’est la Force qui trouble, assombrit ou affaiblit la conscience et la fait régresser vers l’indéterminé et l’ambivalent.  C’est le tentateur ou le bourreau qui n’est jamais à court d’apparences pour entraînenfer-heller la chute de l’esprit.  Il régit au Centre de la Nuit, se consumant sans fin dans un monde souterrain.  On l’appelle souvent Lucifer.  Il désigne le fiel de l’esprit de possession et de domination qui devient par combustion, attisé, le soufre de l’agressivité qui peut dégénérer en haine féroce et sanguinaire.

La «Cabale» dit que le Diable a été engendré par «Binah», la Sphère de Saturne.  Elle identifie comme suit les divers paliers des Séphires sombres de l’Arbre de Vie, engendrées pour entretenir la Force du «coagula», qui réduit l’intensité de la Lumière divine, ce qui engendre la densification, dans l’économie évolutive du Cosmos.  Au niveau le plus élevé, «Belzébuth» dirige les Adorateurs du Faux-dieu, régi par «Metatron-Serpanim», au plan du Zodiaque.  Il est suivi par «Python» régit les Esprits du mensonge, pondéré par «Ratziel», dans le Schème d’Uranus.  «Bélial» préside sur les Esprits d’ire furieuse, d’iniquité et d’impureté, aussi appelés les Vases de fureur ou de colère, maîtrisés par «Tzaphkiel», dans le Schème de Saturne.  «Satan» domine les Prestidigitateurs ou les Faux-mages, fomenteurs de l’orgueil, de la vanité et de la séparativité, opérateurs de faux miracles, ramenés à l’Ordre par «Tsadkiel», dans le Schème de Jupiter.  «Asmodée» supervise les Esprits de la vengeance et de la vindicte sournoises, refrénés par «Kamaël», dans le Schème de Mars, le Maître qui applique le karma, qui prévient tout désordre et toute attaque concrète et qui dissout tout ce qui entrave l’évolution personnelle.  «Abaddon» (ou «Abbadon») règne sur les Furies semeuses de maux, contenu par «Raphaël», qui prévient la discorde, la maladie et la guerre, dans le Schème du Soleil.  «Méririm» prévaut sur les Puissances maléfiques de l’air qui déclenchent les fléaux naturels, déjoués par «Haniel», dans le Schème de Vénus.  «Astaroth» anime les Esprits accusateurs et incriminateurs, répandant calomnies, médisances et indiscrétions nuisibles, surveillés par «Michaël» dans la Sphère de Mercure.  «Mammon» regroupe les Esprits insidieux et tentateurs, qui répriment toute poussée spirituelle, tenus à l’œil par «Gabriel», dans le Schème de la Lune.  Enfin, «Béhémoth» gouverne les Esprits bestiaux ou les Âmes damnées qui attisent les pulsions brutales et les passions humaines, écartés par «Emmanuel» et «Anaël», avec l’aide de «Sandalphon».

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Cette Entité hypothétique ou mystérieuse adonné naissance à diverses expressions.  Ainsi, tenter le diable revient à s’exposer à la tentation ou à exposer une autre personne en la prenant par son point faible.

Travailler pour le diable consiste à poser un geste sans intention de produire le bien ou complètement dépourvue de bien.

La marque du diable apparaîtrait à l’œil gauche des enfants qui lui sont consacrés parce qu’ils auraient été affligés d’une blessure de l’une de ses cornes, ce qui les aurait rendus aveugles à la Lumière divine.

Pour mieux comprendre, on peut voir à l’article «Le Démonisme».

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