LE SENS PROFOND DE LA TRAÎTRISE 

Dans son sentiment inamical à l’endroit de Napoléon III, un jour, Victor Hugo s’est permis d’écrire : «Le criminel croit que son crime est son complice ; erreur ; son crime est son punisseur ; toujours l’assassin se coupe à son couteau ; toujours la trahison trahit le traître ; les délinquants, sans qu’ils s’en doutent, sont tenus au collet par leur forfait, spectre invisible ; jamais une mauvaise action ne vous lâche ; et fatalement, par un itinéraire inexorable, aboutissant aux cloaques de sang pour la gloire et aux abîmes de boue pour la honte, sans rémission pour les coupables».  Il aurait dû se souvenir de ce que, plus tôt, dans un poème, il avait écrit à propos du traître : «Toujours la trahison trahit le traître», mais en l’interprétant de façon métaphysique.  Il n’en démontre pas moins comment l’être humain aime projeter ses torts au lieu de se reconnaître dans les effets qu’il engendre consciemment ou inconsciemment.

En spiritualité, on dit qu’il n’y a pas de personnage plus utile que le traître, comme l’ennemi, car il ramène sur la voie droite celui qui tente d’errer et de se dévoyer en suivant les illusions de son ego.  L’ennemi avoué a ceci de bon qu’il se laisse repérer, ce qui est mieux que l’ami présumé qui n’est qu’un ennemi déguisé.   Comme valeur symbolique, le traître désigne celui qui cesse d’être fidèle à quelqu’un, l’abandonne, le livre à un autre ou passe à l’ennemi, oublianttourner-le-dos-traitrise sa parole donnée, un pacte établi ou la solidarité naturelle.  Ainsi, il peut devenir celui qui, selon toute apparence, livre un secret majeur ou trompe sur la vérité.  Mais, si on cesse de projeter et se fait responsable, on doit admettre que le traître n’est qu’un miroir de soi dans un aspect ou un autre de sa manière d’agir, consciemment ou inconsciemment.

En effet, la présence d’un traître dans les parages témoigne d’un manque de conscience personnelle : il atteste qu’on ne sait pas voir venir ou qu’on n’a pas su voir venir, à moins qu’on n’ait pas su se détacher ou libérer, d’où il rend un grand service.  Il débusque une force négative qui cherche à faire obstacle à la Lumière ou une résistance à la vie, souvent de la domination ou de la possessivité, un manque d’innocuité.  Il aide à identifier les obstacles méconnus en soi.  Car le traître occupe une place définie dans l’ordre des choses.  Il représente une force négative et obscure qui agite et défie constamment les activités et les pouvoirs des forces constructives de la vie.  Par ses résistances et ses défis, il favorise la démonstration des facultés et des pouvoirs latents d’un être ou d’un groupe, aidant à reconnaître et à écarter les obstacles.  Il favorise l’épanouissement du caractère, l’apprentissage du détachement, le développement de la personnalité et l’acquisition de la maîtrise.

Pour qui est le moindrement conscient, il ne peut qu’éprouver de la compassion pour sa situation difficile et son rôle ingrat, car il ne peut empêcher ce qui est vrai de s’exprimer.  En effet, le traître ne trahit pas sans raison.  Pour ce qui le concerne, il démontre qu’il ne peut plus suivre un rythme évolutif qui s’est ralenti ou qui s’est accéléré.  Par rapport à l’autre, il lui révèle un excès de confiance dans son système.  Il figure la dernière attaque des instincts ou la dernière sédition du mental.  Il permet de retrouver sa voie et d’être glorifié dans sa victoire.  Il éclaire un refus de jouir pleinement de sa vie par l’entreprise de ce qu’on désire réaliser en ce monde.  Et, dans bien des cas, résultat karmique, il met un terme à un pacte subtil devenu caduc ou nuisible.

Dans le contexte chrétien, qui n’est pas le nôtre, le Traître béni désigne Judas, le Recteur du centre-racine, associé à la vitalité, au pouvoir matériel, à l’affirmation de soi et au choix d’évoluer ou d’involuer.  Dans la dynamique de la dualité, il représente l’ego dans son aptitude à s’opposer à la Lumière divine ou à la servir.  En spiritualité, bien aspecté, cette entité reliée au centre-racine, rend le service de décevoir les illusions chimériqujudas-trahisiones, les objectifs irréalistes, les choix qui manquent de pertinence, pour éveiller l’aspiration spirituelle.  Il prévient l’encombrement de la vie et de la conscience par des artifices qui mènent davantage à l’édification d’un paradis artificiel qu’à la quête du Paradis perdu.  Il évite qu’on trahisse sa mission terrestre qui consiste à s’accomplir sans cesse davantage.  Le traître n’est pas l’auxiliaire qui avertit, mais l’individu qui s’accapare des choses et des gens.

Lorsqu’on voit Judas suspendu à un arbre, après son crime apparent, il faut éviter de voir en lui un être qui se suicide par désespoir, pour lui donner le sens de la carte du Tarot : il illustre celui qui voit la vie et le monde à l’envers de la majorité de ses semblables parce qu’il s’est délivré de ses liens et a développé une conscience supérieure.  Pour avoir bien servi la Cause de la Vie et par son haut niveau de conscience, il a fait l’expérience du Grand Retournement des valeurs qui l’a ramené à la Maison du Père-Mère.

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