LA TOUSSAINT, LA FÊTE DE «TOUS LES SAINTS»… 

À la Toussaint, célébrée le premier novembre, l’Église catholique romaine honore tous les saints, connus et inconnus.  Cette commémoration précède d’un jour celle des fidèles défunts dont la solennité a été officiellement fixée au 2 novembre, deux siècles après la création de la Toussaint.

Cette fête a longtemps eu lieu après les fêtes de Pâques ou suite à la Pentecôte.  Au IVᵉ siècle, l’Église orthodoxe (grecque) décida de fêter les martyrs chrétiens le premier dimanche après la Pentecôte.  Il faut savoir que, à l’origine, les premiers saints, après les apôtres, comptaient surtout des confesseurs de la foi persécutés.  Au Ve siècle, en Syrie, elle fut célébrée le vendredi de Pâques.  À Rome, vers la mêcommunion-299x300me époque, on célébrait déjà une fête en l’honneur des saints et martyrs le dimanche après la Pentecôte.

Après la transformation du Panthéon de Rome en sanctuaire chrétien, le pape Boniface IV le consacra, le 13 mai 610, en le rebaptisant du nom d’église de Sainte-Marie-aux-martyrs, faisant succéder au culte des divinités païennes celui des saints catholiques.  Boniface IV voulait ainsi faire mémoire de tous les martyrs chrétiens dont les corps étaient honorés dans ce sanctuaire.  La fête de la Toussaint fut alors fêtée le 13 mai, date anniversaire de la dédicace de cette église consacrée aux martyrs.

Pour comprendre l’histoire de la consécration du temple romain en église catholique, il faut repasser quelques bribes de l’histoire.  Une fois devenus les maîtres du monde, les Romains avaient construit un temple énorme, au milieu duquel ils avaient placé l’idole qui les symbolisait.  Tout autour de celui-ci, ils avaient réparti les idoles de toutes les provinces conquises, la face tournée vers leur idole.  Mais, bientôt, ce temple ne suffit pas à ces arrogants, qui construisirent, pour chacun de leurs dieux, un temple particulier.  Toutefois, comme ils ne pouvaient, pour mieux étaler leur folie, ériger un temple dans leur ville à toutes ces divinités dans leur ville, ils décidèrent de construire un temple unique plus admirable encore que les temples qui existaient déjà.  Ils le nommèrent «Panthéon», ce qui signifie le temple de tous les dieux.  Pour tromper le peuple, les prêtres païens inventèrent le prétexte que la déesse Cybèle, la mère de tous les dieux, leur était apparue et leur aurait assuré que, si Rome voulait remporter la victoire sur toutes les nations, il leur fallait élever, à tous les dieux, ses fils, un temple magnifique.  Ce temple fut construit sur une base circulaire, afin de symboliser l’éternité des dieux.

Or, sous le règne de l’empereur Phocas, lorsque depuis longtemps déjà Rome était devenue chrétienne, le pape Boniface, quatrième successeur de saint Grégoire, obtint de l’empereur le susdit temple, le débarrassa de toutes ses idoles, et, le 3 mai de l’année 605, le consacra à la Vierge Marie et à tous les martyrs sous le vocable de Sainte-Marie aux Martyrs.  Plus tard, encore, un autre pape du nom de Grégoire déplaça au premier novembre la date de la fête anniversaire de cette consécration.  En effet, lors de cette fête, les fidèles venaient en foule rendre hommage aux saints martyrs.  Pour cette raison, le pape jugea pertinent que la fête fût célébrée à un moment de l’année qui suivait les vendanges et les moissons de sorte que les pèlerins pussent plus facilement trouver de quoi se nourrir.  En même temps, ce pape décréta qu’on célébrerait, ce jour là, sur une base universelle, non seulement l’anniversaire de cette consécration, mais la mémoire de tous les saints.  Voilà comment un temple qui avait été construit pour toutes les idoles du monde romain se trouve aujourd’hui dédié à tous les saints.

En deuxième lieu, la fête de la Toussaint a été instituée pour suppléer à des omissions.  En effet, au fil des jours, les fidèles en venaient à oublier beaucoup de saints, surtout ceux qui n’avaient pas de fête propre ou qui n’étaient pas mentionnés dans les prières usuelles.  Il faut dire qu’il aurait été impossible de fixer une date spécifique pour commémorer tous les saints en raison de leur grand nombre, de la faiblesse de l’évaluation humaine et du manque de temps.

En troisième lieu, cette même fête a été instituée pour suppléer à des négligences.   Car, bien que le calendrier liturgique célèbre un bon nombre de saint, les fidèles négligeaient souvent de leur rendre hommage par ignorance ou par paresse.  C’est de cette faute qu’il fallait les délivrer en les amenant à célébrer d’une façon générale tous les saints un jour spécifique.

Enfin, la fête de la Toussaint a été instituée pour faciliter l’obtention des vœux des fidèles.  De même qu’ils sont appelés à honorer tous les saints, en ce jour, de même ils peuvent leur demander d’intercéder, tous ensemble, pour eux, de façon à se concilier plus facilement la miséricorde de Dieu.  Pour l’Église catholique, par leurs mérites et en raison de leur amour, les saints peuvent intercéder pour les âmes incarnées.  Pour elle, par le mérite du surplus de leurs bonnes œuvres, ils peuvent s’employer à compenser pour les fautes des fidèles ou demander à Dieu leurs vœux se réalisent, chose qu’ils ne feraient, cependant, que quand ils savent que cela ne contrarie pas la volonté de Dieu.  En ce jour, tous les saints de l’Église triomphante sont appelés à s’unir aux fidèles de l’Église militante et de l’Église souffrante.

Comme il a été dit, c’est probablement à partir du VIIIe siècle que la Toussaint fut fixée au le premier novembre, lorsque le pape Grégoire II dédicaça, en l’honneur de tous les saints, une chapelle de la basilique Saint-Pierre de Rome.  Plus tard, vers 830, le pape Grégoire IV ordonna que cette fête soit célébrée dans le monde entier.  Pour certains, c’est à l’occasion de cette décision, prise en 835, que la fête de la Toussaint fut fixée au premier novembre.  Sur le conseil de Grégoire IV, l’empereur Louis le Pieux institua la fête de tous les saints sur tout le territoire de l’empire carolingien.

Pour les Chrétiens, cette fête se fonde sur des textes bibliques tels l’Apocalypse de saint Jean (Apocalypse. 7,2-14), la première épître de saint Jean (ch.3) et l’évan01_11_2011_011-300x200gile selon saint Mathieu (ch. 5, 1-12).  Elle est dédiée à tous les Saint. Comme l’a dit Dom Robert Le Gall : «Cette célébration groupe non seulement tous les saints canonisés, c’est-à-dire ceux dont l’Église assure, en engageant son autorité, qu’ils sont dans la Gloire de Dieu, mais aussi tous ceux qui, en fait et les plus nombreux, sont dans la béatitude divine».  Il s’agit donc de toutes les personnes, canonisées ou non, qui ont été sanctifiées par l’exercice de la charité, l’accueil de la miséricorde et le don de la grâce divine. C’est ainsi que cette fête rappelle à tous les fidèles leur vocation universelle à la sainteté.  Mais elle ne doit pas être confondue avec la Commémoratin des fidèles défunts, fêtée le lendemain.  Cette dernière fête découle des lectures monastiques du «rouleau des défunts» qui faisait la mention des frères d’une abbaye, ou d’un ordre religieux, au jour anniversaire de leur décès. Elle a été inaugurée par Odilon, abbé de Cluny au XIᵉ siècle.

En France, comme le premier novembre, jour de la Toussaint, est un jour férié, l’usage est établi de commémorer les morts en ce jour, au lieu du 2 novembre, comme le témoigne la tradition multiséculaire d’allumer des chandelles et bougies dans les cimetières et, depuis le XIXᵉ siècle, le fleurissement des tombes, avec des chrysanthèmes, deux gestes qui symbolisent la vie heureuse après la mort.

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