LA SERVILITÉ FAIT D’UN ÊTRE UN ESCLAVE CONFUS ET DÉPERSONNALISÉ QUI SE FAIT LA VIE DURE ET QUI FINIT PAR SE MÉPRISER… 

La servilité est tout le contraire de la maîtrise : elle entretient la sujétion de l’esclavage.  Elle naît généralement du sentiment d’infériorité.  L’infériorité désigne l’état de ce qui est moindre en en quantité, en importance, en valeur, en dignité.  Elle atteste d’un désavantage pour ce qui concerne le rang, la force, le mérite, le développement.  Quant au sentiment d’infériorité, il évoque le complexe de celui qui se croit moins doué ou valable que les autres dans la vie sous un rapport ou un autre.

À ce propos, il ne vaut pas mieux de se sentir inférieur que de sentir supérieur.  Le sentiment d’infériorité peut résulter d’insuffisances physiques, d’incohérences psychiques ou d’inaservilitedéquations sociales, réelles ou imaginaires, parce qu’on se compare à une norme ou à un idéal, dans un secteur déterminé ou en général.  Mais le sentiment de supériorité, qui n’est, pour la plupart du temps, qu’un sentiment d’infériorité sublimé, peut provenir des mêmes causes.

En général, le sentiment d’infériorité nait dans l’enfance d’un contexte qui favorise la culpabilisation par le rappel des faiblesses, des torts, des erreurs.  C’est souvent le cas des êtres lourdement handicapés.  Quoi qu’on dise avec raison que c’est le regard des autres que, dans ce contexte précis, fait foi de presque tout.  Il peut encore découler des carences éducatives chez celui qui ne se sentait pas désiré, accepté, stimulé ou pris au sérieux dans ses premières expériences.  Comme il peut naître de la peur des gens qui détenaient une position de pouvoir ou un poste d’autorité et dont les figures qui les incarnaient ont abusé contre un être déjà fragilisé, ayant été souvent dominé sans considération.

N’empêche que l’enfant d’homme naît avec un sentiment inné de faiblesse et d’infériorité, dans sa complète dépendance des premières années, ce qui pourrait plus facilement justifier qu’il développe un sentiment d’infériorité que de supériorité.  En effet, dans le règne animal, c’est la créature la moins apte à la survie qu’on laisse à elle-même pour éviter des problèmes à l’espèce.  L’espèce humaine échappe la plupart du temps à ce comportement en raison de sa mentalisation et de son sens moral qui l’amène à porter assistance aux plus faibles dans l’expérience de croître en amour.

Dans l’ordre humain, le nouveau-né arrive si inachevé qu’il serait incapable de survivre sans sa famille ou la société.  Elles doivent, longtemps, lui assurer protection, subsistance, sécurité, enseignement, combler ses besoins fondamentaux.  Par exemple, à sa naissance, l’enfant possède un cerveau d’environ le quart la taille qu’il aura à l’état adulte.  Au cours des six premières années, il se développe très rapidement, mais il ne s’achève que vers les 23 ans.

Ainsi, tout au long de sa lente formation, un être humain peut avec raison se considérer comme inférieur, mineur, inaccompli.  Surtout qu’il est constamment confronté à des adultes qui agissent toujours à sa place, savent se débrouiller mieux que lui, lui commandent ou lui interdisent nombre d’activités et d’interventions, le maintiennent à l’écart, lui font sentir sa petitesse et son inexpérience.

Au début de toute existence humaine, par nombre de contextes, c’est l’infériorisation qui prévaut d’abord, ce qui amène l’enfant à chercher, toute sa vie, un point d’appui ou, à défaut, des béquilles.  Il développe ainsi un grand sentiment de dépendance.  Peu d’entre eux échappent aux conduites de faillite et de démission.  Le jeune se rassasie tôt, il attend tout des autres, qui deviennent les boucs émissaires de ses échecs et de ses maux.

Le sentiment d’infériorité se complique souvent par la servilité.  Il s’agit d’un état d’esprit dépendant, qui trahit un caractère soumis à des modèles, révèle un être dépourvu d’initiative et d’originalité, pouvant trahir, à l’occasion, une manière malsaine de témoigner de sa reconnaissance ou de sa peur de vivre de manière libre et autonome.  Un tel être ne peut pas facilement devenir créatif et constructif, pas plus qu’évolutif.  C’est une attitude indigne d’un être libre, car il y a volonté de service et perte dans le service.

La servilité consiste à réduire, à se réduire ou à accepter d’être réduit, auprès d’une personne ou au sein d’un groupe, à l’état de serviteur, d’esclave, de domestique, de souffre-douleur, dans une soumission craintive, au seul profit d’autrui, car il y a alors un complet détriment personnel.

Cet état d’asservissement, bien qu’il puisse faussement revaloriser, conduit à la frustration et au mépris de soi-même.  Pour compenser, un être peut opter pour la flagornerie ou l’obséquiosité dans l’espoir de récupérer certains avantages.  Sinon, il abdique complètement ses droits, s’exposant à rejeter ses responsabilités et à voir sa personnalité s’effondrer, l’entraînant dans une vie morne et stérile dépourvue de but personnel.

La servilité implique toujours une perte d’identité, une perte du sens de sa juste relation avec les êtres et les choses, une perte de respect et d’estime de soi, parce qu’un être veille davantage au bien de l’autre qu’au sien.  Elle dépeint un état de démission absolue qui confine à l’isolement, préparant l’état de mort-vivant.  Aimant les autres plus que soi-même, on leur donne plus qu’on se donne, on entre dans l’esprit de service et la déperdition constante d’énergie.

C’est alors qu’on commence à se nourrir d’attentes qui ne reçoivent pas d’écho et à vivre dans la hantise et le repli sur soi.  Par ricochet, les autres entreprennent facilement une escalade d’exigences, car on choisit le rôle de dominé face au dominant.  Il s’agit d’un amour faux par lequel on rend ses services aux autres dans l’attente, évidemment non clarifiée, d’être traité de la même manière, ce qui est rarement le cas.

Le plus grand problème de la servilité, c’est qu’elle mène à douter de sa valeur et de sa dignité personnelle, inclinant à se demander si on détient une valeur personnelle, si on a une place dans la vie, si on a jamais été un membre à part entière de la famille humaine, convaincu qu’on devient d’être rejeté ou d’être employé comme un objet.  Le pouvoir du désir s’étiole, l’ambition personnelle s’atrophie, l’aspiration spirituelle languit.

L’esclave docile en vient à agir comme un animal apeuré et muet, comme une marionnette ou un automate.  Il se considère comme un animal qui doit vivre en accord avec la volonté de son maître ou en fonction des limites que lui impose la nature de son milieu.

Mais l’être humain peut-il garder son humanité s’il renonce à sa dignité, à l’amour de lui-même, au courage, à ses aspirations personnelles?  S’il nie sa caractéristique principale d’être libre, doté de la faculté de choix?  S’il ne s’applique pas, de façon déterminée, à maîtriser les circonstances qu’il traverse et l’environnement qui l’entoure?

Qu’on évite de se leurrer, il existera longtemps des êtres sans scrupule pour exploiter les faibles et les ignorants.  Ils en font leur proie tant qu’ils n’ont pas appris leur leçon, celle d’user de leur personnalité et de leur parenté avec Dieu pour affirmer leurs droits.

On ne peut conclure sur ce sujet sans préciser qu’il existe, d’une part, la servilité physique, celle du service mal compris à la sueur de son front, mais qu’il existe aussi la servilité d’esprit, cette docilité à accepter toutes les suggestions et les croyances des autres ou de se soumettre à leur domination psychique.  Il y a enfin l’asservissement spirituel qui consiste à nier son essence et son idéal, au point de se couper d’eux, ne cherchant à servir des fins mondaines, matérialistes et jouissives, ou en se laissant séduire par toutes les illusions du monde.

 

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