L’ATTRAIT POUR LA PHOTOGRAPHIE N’EST PAS ANODIN…

Comme tous les savent, la photographie désigne autant la technique permettant de fixer l’image des objets sur une surface sensible à la lumière grâce à des procédés chimiques que l’image obtenue par ce procédé technique.  Elle représente le moyen technique et mécanique de conserver une représentation graphique des moments, des objets, des gens.   À son propos, ce qui compte pour le chercheur spirituel, c’est sa fonction pour déterminer sa pertinence dans ses activités.  En effet, la photographie n’est jamais une activité indépendante de l‘intention de son auteur et du contexte dans lequelphotographie il agit.  Notamment dan le choix du moment d’intervenir, du cadrage qu’il retient, de la mise en scène qu’il impose, des paramètres techniques auxquels il recourt, du choix des clichés qu’il retient, le photographe atteste de son intention.

Il apert que si l’être humain connaissait tout le contenu symbolique qui se cache derrière certains de ses engouements, il renoncerait à plusieurs d’entre eux.  L’inconscient entretient parfois d’étranges mobiles.  Ainsi, la photographie se présente comme une tentative de figer le passé pour l’immortaliser, mais elle n’en cache pas moins une difficulté à vivre dans le mouvement sans cesse mouvant de la vie.  Du reste, photographier quelque chose, pour en garder le souvenir, peut paraître anodin.  Dans la photographie, le simple fait d’attirer l’œil sur un élément plutôt que sur un autre, modifie la perception des spectateurs.  Il y a là une certaine volonté de diriger la perception d’autrui.  En outre, la passion de la photographie exprime le désir d’organiser et d’orienter le monde, démontrant le désir de prendre un certain contrôle sur l’histoire, si ce n’est sur sa propre histoire.  En outre, toute photographie qui n’a pas été prise pour une raison utilitaire révèle un attachement plus ou moins morbide au passé, qu’on sait plein de cadavres impossibles à ressusciter.

Et on ne parlera pas de ceux qui aiment se photographier ou se faire photographier, ce qui relève du narcissisme, souvent fondé sur un manque d’estime de soi, de reconnaissance de sa propre valeur.  Ils tentent de s’accorder de la valeur par la perception d’autrui, dans la mesure où elle est bonne, sauf que, dans la plupart du temps, l’appréciation est feinte, parce que, inconsciemment, l’observateur perce l’intention suppliante ou dominatrice de l’autre, d’où il finit par la pressentir psychiquement comme une intrusion, une tentative de réduire le champ qu’il se doit d’occuper.

Selon les psychologues et les psychanalystes, le photographe est d’abord un voyeur.  Il indique par là qu’il tient à s’approprier une part du vécu d’autrui.  Quant à la propension à collectionner des photos, elle éclaire souvent une grande difficulté à rester dans le mouvement de la vie, peut-être même une grande peur de l’avenir.  Pour ce qui concerne la collection de ses propres photos, elle relève du narcissisme ou elle éclaire une attitude infantile et régressive (désir de perpétuer son enfance ou de garder sa jeunesse).  L’amour de soi détient son importance, puisqu’il fonde la confiance en soi, mais lorsqu’il porte à accorder une importance excessive à l’image de soi, il révèle un manque d’estime personnel qu’on tente de récupérer par les signes d’approbation répétés d’autrui.  Ainsi, on ne parvient à s’aimer que dans la mesure où l’extérieur confirme qu’on est aimable ou qu’on est digne d’amour.

Il semblerait que, en soi, le fait de prendre une photo décrirait un acte de coloration sexuelle dans lequel on se fait voyeur et prédateur.  En général, le photographe-amateur passionné révèlerait ainsi son impuissance sexuelle, une propension à l’éjaculation précoce ou une difficulté à entrer sainement en communication avec les autres.  Il pourrait être porté à se cacher derrière son objectif pour compenser à son incapacité de jouir correctement ou son refus intérieur du plaisir sexuel.

La demande de photo au petit ami est plutôt une habitude féminine.  Quand une jeune fille demande une photo à un garçon en particulier, c’est qu’elle compte s’en servir pour supporter ses fantasmes et la montrer.  Si le garçon répond à sa demande, elle se gratifie grandement de cette réponse, car elle sait, inconsciemment, avoir mis son pouvoir de séduction à l’épreuve de façon détournée.

On trouve la même explication de revalorisation par personne interposée chez le garçon qui aime s’afficher avec la fille la plus populaire, la plus intelligente ou la plus belle de son milieu.  Par elle, il se révèle sa puissante conquérante qu’il affiche devant les autres.

À partir de ces quelques exemples, on comprendra qu’il n’est jamais très sécuritaire de laisser traîner ses photos ou de les distribuer avec trop de largesse, sans trop de discernement.  Certains peuvent s’en servir pour parasiter autrui, par les voies subtiles, pour opérer des passes négatives ou des envoûtements néfastes, avec ou sans technique.  En edame-photographeffet, en principe, une photographie et la chose photographiée ne font qu’un.  Il subsiste entre eux un lien subtil irréfragable.  Les deux réfèrent au même être et détiennent la même incidence de réalité, peu importe l’âge du personnage.

Beaucoup d’Asiatiques n’acceptent pas de se faire prendre en photo parce qu’ils estiment que c’est leur prendre un peu de leur âme.

On n’insistera pas trop sur le rappel, quand même utile, que l’être passionné se montre très prudent dans son étude de l’environnement, lorsqu’il s’adonne à son art ou à son fantasme, puisque, dans sa concentration, il peut facilement perdre ses repères et s’exposer à un danger.  En outre, tous les êtres incarnés étant des sujets de droit, protégés par des lois, il faut préalablement obtenir la permission de photographier un étranger si on veut s’éviter de passer devant un tribunal pour transgression du droit à l’image.  Du reste, certaines cultures religieuses n’admettent pas la reproduction de quelque sorte que ce soit des êtres vivants ou de personnages reliés à la religion, ce qui peut exposer à des vexations, même à une vendetta.

Et on n’insistera pas trop non plus sur le fait que la prise et la publication de «selfies» ou «autoportraits» expriment un ego débordant.

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