LA PAROLE EST D’ARGENT, MAIS LE SILENCE EST D’OR…

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Comme il y a longtemps qu’on m’a appris ce proverbe…   C’était à l’école primaire…   C’est bien connu, la parole désigne la faculté de parler;  le fait de parler;  l’usage de la langue; un mot ou une suite de mots;  tout élément simple du langage articulé;  l’idée ou la pensée exprimée de façon sonore.  Il y a des gens avares de paroles et d’autres qui ont la langue bien pendue…

Le «Verbe se fait chair»: cela signifie que la Parole crée, se densifie et se revêt de substance, devenant un fait ou une réalité.  C’est par la Puissance de son Verbe (AUM ou OM) que Dieu a manifesté le Cosmos et le Monde.  Puisque tout se tient, il s’ensuit que la parole de tout être intelligent agit sur lui-même et sur son environnement, prenant des proportions cosmiques, constructives ou destructives.  Toute parole contient une pensée, à laquelle elle ajoute la vibration sonore.  Ainsi, les paroles constituent souvent des moyens plus terribles que les       sentiments ou les actes.  La parole crée, pour le meilleur ou pour le pire.  Il a été dit: «Ce n’est pas surtout ce qui entre dans la bouche de l’homme qui le souille, mais ce qui en sort.  C’est par tes paroles que tu te justifieras et par tes paroles que tu seras condamné.»  Aussi, la parole ne doit-elle être employée que pour exprimer l’amour, faire le bien, favoriser la justice.  La parole doit être un joyau dconversation-799448_640e sagesse, de vérité et d’amour.  Elle peut murmurer, crier, hurler, menacer, gronder, chanter, mais pour le bien.

Aïvanhov assurait: «Les paroles sont d’une telle importance pour la construction de notre avenir qu’il faut réfléchir et méditer toute sa vie sur ce sujet.  Il faut prendre en considération l’importance de la parole et, en ouvrant la bouche, veiller à ce qu’elle soit toujours pour le bien.» Janakanandâ, qui appelait la parole la baguette magique, a ajouté : «I1 faut s’écouter parler, surtout s’écouter se parler.  L’homme se coupe souvent l’herbe sous les pieds dans ses malencontreux monologues intérieurs.»  Tous les Sages ont prévenu contre les dangers de la parole.  Krisnamurti disait: «Avant de parler, demandez-vous si ce que vous avez à dire est vrai, est charitable, est opportun.»  Lanza del Vasto a dit, pour sa part: «La parole est un instrument magique de premier ordre.»  Enfin, Abd Ru-Shin a préféré dire : «Les mots, les phrases que vous formez déterminent votre sort apparent sur cette terre.  Ils sont comme la semence dans un jardin que vous cultivez autour de vous; car chaque parole humaine fait partie de ce qu’il y a de plus vivant qu’il vous soit possible de créer pour vous-mêmes dans cette création.»

Pour créer un destin grandiose et merveilleux, il faut trouver la parole juste, la parole douce, ferme, mais incisive du commandement d’autorité.  Pour la trouver, il faut réformer sa manière coutumière de penser, réviser les phrases admises automatiquement, ce dont tout le monde parle, les concepts faux, les croyances, les superstitions et apprendre à ne pas se tromper soi-même.  «Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous.» Cet aphorisme évangélique explique comment le créateur d’un système opère pour manifester sa pensée.  Il se met d’abord en méditation pour se faire réceptif au Plan divin.  Il détermine la forme et son utilisation par le son.  À ce moment, la forme, vue objectivement, devient une entité vivante et vibrante.  Toutes les formes, tous les univers, toutes les pensées se manifestent ensuite progressivement.  En cela, l’homme est aussi un agent créateur, plutôt co-créateur.  Il peut se servir de sa vitalité et de sa volonté pour animer ses propres formes-pensées.  La Parole a produit toutes choses.  Elle vibre sur l’éther pour s’accomplir par l’air, le feu, l’eau et la terre.  Le Son primordial garde en vibration la Matière dont sont faites toutes les formes et il continue à causer l’activité qui caractérise l’atome de la substance.  Ainsi, le son est le principal agent qui meut la roue de la Nature vers la vie phénoménale.  Le langage, lui, formé de paroles, revêt la pensée pour la communiquer à autrui.  Mais il crée des formes bénéfiques ou maléfiques, jamais neutres ou indifférentes.  Il faut donc apprendre à penser correctement, longuement, puis choisir ses mots, de sens univoque (non ambigu), les mots justes, la parole droite, les prononcer avec justesse, en articulant bien, avec leur vraie valeur et leur bonne tonalité.  Le Verbe est divin, le langage est humain.  Le son, c’est l’Esprit.  Mais l’homme est le fils de l’Esprit.  Aussi, l’homme qui préserve et accroît sa force vitale peut-il insuffler la Parole de vie à toutes les formes, même réanimer les morts.  Pour y arriver, il doit élever les formes jusqu’à la Vie divine.  Cependant, s’il donne la vie à une forme, il doit la soutenir jusqu’au bout, car il en est désormais responsable. conversation-images

En vérité, dans le processus créateur, le Verbe est ontologiquement antérieur au Binaire, mais, dans les faits, il est postérieur à lui, dans la Manifestation cosmique.  Le Verbe est le délégué direct de la Cause primordiale, entièrement autonome.  Comme la parole de l’homme prend une vie autonome, une existence propre, le Verbe a créé par amour, initiant le jeu amoureux de la Vie.  De même, la bouche parle de l’abondance du cœur.  L’homme parle de ce qu’il aime.  Il faut penser deux fois avant de parler.  Il vaudrait même mieux qu’on se tourne sept fois la langue dans la bouche avant de le faire.  La parole ne doit jamais couvrir la vérité, mais l’exprimer dans sa nudité.  On gagne à choisir ses paroles avec discernement et discrimination.  N’importe qui se prononce sur n’importe quoi.  Tout le monde se croit compétent en tout.  Sacha Guitry disait: Il y a des gens qui parlent jusqu’à ce qu’ils aient quelque chose à dire.  Bien avant lui, Condillac avait raillé : «Moins on pense, plus on parle.»  Méditons sur ces autres citations éclairantes: «Une parole à contretemps est plus dangereuse qu’un faux pas.» Ou, venant de Montesquieu : «Celui qui parle sans réfléchir ressemble à un chasseur qui tire sans viser.»  Pour élargir le propos, rappelons que Plutarque a proposé : «Parler, c’est semer; écouter, c’est recueillir.» (Plutarque) Le même auteur rappelle: «Pensez deux fois avant de parler une, et vous penserez deux fois mieux.»  Honoré de Balzac a bien étudié le comportement de l’être humain et il a passé la remarque: «L’homme est obligé de penser sa parole avant de parler sa pensée.»  Pour sa part, Zénon a observé : «La nature nous a donné deux oreilles et seulement une langue afin de pouvoir écouter davantage que l’on parle.»

Tout mot véhicule une fréquence et engendre une création qui correspond au sens le plus profond que le sujet qui l’utilise lui donne consciemment et inconsciemment.  Tout vocable prononcé fait appel à un symbole et à un son.  Or tout son, quel qu’il soit, dérive du Verbe créateur et agit en lui à travers l’Éther subtil.  De ce fait, il importe que le mot choisi ou retenu corresponde parfaitement à sa pensée et à ce qu’il doit engendrer comme résultat.  Il faut éviter de se servir des mots à tort et à travers du fait qu’ils portent un sens et qu’ils ne sont jamais dépourvus de sens.  Tout mot prononcé enclenche une création qui renforce sa trame de vie, pour le meilleur ou pour le pire, harmonisant ou dysharmonisant, créant ou détruisant.  Chaque fois qu’un sujet articule un mot, il créé ou recrée, à son insu, son extérieur immédiat et il transforme son futur.  Ainsi, chaque être humain fait et défait constamment la trame de son présent et de son avenir.  Un sujet doit recourir au mot pour exprimer une pensée valable parce qu’elle est amoureuse et évolutive, au lieu de faire du vent.  On dit que plus un être parle, plus il croit savoir, mais moins il sait.  En fait, les mots doivent être épurés de certains sons discordants, car le son est un mode de création efficace, même s’il n’est pas le seul.  En privilégiant le choix de certains mots plutôt que d’autres, chacun peut crée une spirale harmonieuse et engendrer des vibrations élevées.  Puisque tout mot dérive d’une langue et que toute langue dérive de la Langue unique ou du Verbe primordial, chaque mot contient un code de réaconversation_blisation.  En privilégier un plutôt qu’un autre, de moindre fréquence, permet de rétablir la chronologie d’expansion de la vie jusqu’au niveau cellulaire conformément aux schémas initiaux de sa création.  La sonorité des sons prononcés abaisse ou élève le taux vibratoire de l’ADN.

Le mot prononcé influe sur tous les niveaux de la conscience, du niveau causal au niveau physique.  Ainsi, chaque mot devient une clé du devenir personnel, l’orientant vers le malheur ou le bonheur.  Le mot peut agir comme un catalyseur gigantesque sur le degré d’équilibre qui s’installe dans l’ensemble des corps ou dans le champ magnétique d’un être.  Le son de la voix, qu’elle soit sienne ou provienne d’un autre, agit sur les mécanismes biochimiques du corps, opérant une mutation saine ou malsaine.  Le son constitue en lui-même une clé primordiale dans l’agencement de la formation des agrégats cellulaires.  Les mots articulés émettent une sonorité qui agit sur sa spirale d’évolution, entraînant vers le haut ou vers le bas.  Chaque mot, qui engendre une vibration basse ou élevée, représente un univers complet avec ses lois interactives d’expression, cherchant ses affinités et ses correspondances vibratoires partout dans la substance subtile.  Même qu’ils relient à un groupe d’appartenance humain.  De ce fait, il importe que chaque mot soit bien défini et bien compris et qu’il corresponde à sa pensée, comme cette pensée au mot retenu, pour éviter toute dissonance et toute dichotomie au niveau des réactions.  En fait, le mot, qui découle du Verbe, se fait chair, rend manifeste son contenu.  Instrument de l’Intelligence créatrice, de l’Activité suprême, de la Volonté divine dans la Manifestation, le Verbe divin engendre la Révélation primordiale et il confère la Connaissance ou la Sagesse.  Chaque mot est relié au Principe vital immortel et à l’Acte initial de l’Émanation.  Or le Verve constitue la Raison immanente dans l’ordre du monde qui manifeste l’Intelligence suprême dans le langage, dans la nature des êtres et dans la création continue de l’Univers.  Il représente le symbole le plus pur de la Manifestation de l’Être unique qui se pense et qui s’exprime lui-même ou de l’être qui est connu et communiqué par l’une de ses créatures.

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Qui ne connaît pas ce lumineux proverbe bien à nous qui, lorsqu’il est bien compris, confère une plus grande sagesse : «La parole est d’argent, mais le silence et d’or.»  Il paraphrase parfaitement un proverbe arabe qui dit : «Si ce que tu as à dire est moins beau que le silence, alors, tais-toi!»   Certains opinent que notre bon vieux proverbe français signifie que la valeur du silence est supérieure à celle du discours alors qu’il rappelle simplement que, parfois, il vaut mieux se taire que de parler.  Car, pour tout, il y a un temps : comme il y a un temps pour se taire, il y a un temps pour parler.  L’être humain, qui est la seule créature terrestre à détenir cette faculté ne doit pas l’avoir reçue pour rien, en attendant de devenir un parfait télépathe.  Sauf qu’il doit se demander si ce qu’il a à dire convient et peut construire davantage que détruire.

N’empêche que le silence prévaut sur la parole quand il évite de dire des idioties; d’émettre de vaines hypothèses ou de stériles croyances;  de simplement commérer, de répéter des racontars ou diner-conversationde propager des rumeurs;  de colporter des préjugés;  de parler pour ne rien dire;  de palabrer pour le plaisir de se montrer docte, intelligent ou intéressant;   de raconter des mensonges;  de juger, de médire ou de calomnier;  de blesser inutilement autrui;  d’envenimer une situation;  de proférer des jurons;  bref, de propager vainement des vibrations négatives.

Surtout, si une personne parlait moins, quand parler n’est pas nécessaire ou n’apporte rien, elle retiendrait une bonne part de son énergie, maintiendrait son taux de vitalité à un niveau supérieur, de sorte qu’elle se coucherait moins fatiguée, jour après jour.  Trop de gens oublient que les activités comme penser, parler, s’émouvoir, comme tout agir, consomment de l’énergie, qui n’a qu’une source et à la quelle un grand nombre ne savent pas se ressourcer.  C’est largement ce qui amène un être à se dévitaliser et à s’étioler prématurément.  Car, si un être dépense de l’énergie, qui ne se renouvelle pas spontanément à niveau égal, il engendre et augmente progressivement un déficit qui l’amène à incliner vers la fatigue, les malaises, la maladie et, ultimement, la mort.

En lisant ce propos, celui qui ne connaît rien à la circulation et à la propagation de l’énergie pourra s’esclaffer, ce qui ne démontrera rien d’autre que sa propre ignorance, tout manque de connaissance étant à l’origine de l’incurie et de l’ineptie.  La parole comble les aspects simples, routiniers, publics, mondains, populaires, futiles de la Lune, l’astre d’argent, des aspects qui vident, mais le silence confère la puissance pénétrante du Soleil, l’étoile d’or, puisqu’il permet de conserver et d’accumuler de l’énergie de manière à toujours procurer des réserves.

Et, il faut le rappeler, c’est sans compter que le «verbe se fait chair», c’est-à-dire que la parole crée, participant largement à l’élaboration de son destin heureux ou malheureux.  Pour ainsi dire, la parole amplifie la consommation d’énergie : elle ajoute à la pensée une dimension sonore qui la rend plus efficace.  Ainsi, lorsqu’un être parle pour ne rien dire, pour proférer des banalités, pour meubler le temps, pour combler un vide intérieur, pour prévenir la gêne, il gaspille en vain ses précieuses énergies qui ne se renouvellent pas aussi facilement qu’il le croit.  Le faire une fois peut se révéler anodin, voire sans conséquence, mais la répétition des mêmes mots et des mêmes clichés peut représenter une menace.  Quant à l’usage répété de paroles vaines, il approfondit son propre néant.  Car nul ne peut tirer de réalité utile de son propre néant, si ce mot identifie un vide complet plutôt qu’un vide plein.

Puisque celui qui sème le vent récolte la tempête, la sanction de trop parler ou de parler pour parler ou pour s’entendre parler, c’est, outre la possibilité d’engendrer des remous tumultueux qu’on pourrait regretter, de miner sa précieuse réserve d’énergie, donc de s’exposer à stagner et à régresser, en plus de se couvrir de ridicule, de s’attirer la méfiance et le discrédit, parfois la vindicte, la pitié ou la dérision.  Qui parle s’implique et s’impose un retour.  Plus on parle, surtout si on ne réfléchit pas ou si on ne maîtrise pas son impulsivité ou son émotivité, plus on peut se tromper, plus on peut commettre des erreurs plus ou moins regrettables et plus on s’expose à regretter ses propos.  Car, c’est bien connu, il y a des gens qui ne réfléchissent qu’après avoir parlé.  On dirait qu’ils ont besoin d’entendre ce qu’ils disent pour valider ou infirmer leurs propos en ne les analysant qu’après les avoir émis.

On a beau dire que, au niveau contingent, les paroles s’envolent, laissant moins de traces que les écrits, cela n’empêche jamais que, avant de s’épuiser et de se perdre dans l’oubli, par le jeu de cause à effet, elles peuvent faire bien des ravages, autant dans son univers personnel que dans celui d’autrui.  N’empêche encore que, dans les registres akashiques, elles s’enregistrent de façon indélébile, pouvant servir ou desservir son maître au moment du grand jugement.  Pour ceux qui se maintiennent dans la dualité, le poids karmique de leurs propos vains ou négatifs ne peut être compensé ou dissous que par une émission d’amour équivalente.  Surtout qu’il n’est pas facile de récupérer ce que l’on émet sans retenue sur les ondes de l’air.

À ce propos, on raconte que, autrefois, un sage curé avait reçu en confession une bonne commère de ses ouailles qui n’avait de cesse de répandre ses noirs et fielleux  propos sur ses voisins.  Avant de lui accorder l’absolution, pour la décourager de ses récidives, il lui imposa une étrange pénitence.  Par un jour de grand vent, elle devrait tuer l’une de ses poules et la plumer sur la place publique du village avant de se représenter à lui pour connaître la suite de sa sanction.  Ce qu’elle s’empressa de faire dès que les circonstances la favorisèrent, trop heureuse de se représenter à l’église pour connaître la suite des événements et d’éprouver un soulagement de conscience.  Elle trouva le fidèle curé dans la sacristie qui lui dit : «Maintenant, va recueillir toutes les plumes du volatile que tu as occis et, lorsque tu auras trouvé la dernière, tu sauras que Dieu t’a pardonné.»  Voilà comment le bon prêtre voulait lui faire comprendre qu’il n’est pas facile de réparer les propos indus que l’on a proférés et qui peuvent causer un grand tort, quand, selon son intérêt, un interlocuteur se mêle de les propager de bouche à oreille.

Celui qui passe son temps à parler ne se voit pas vivre et il s’empêcher de s’intérioriser, un acte qui est la clef de la véritable réalisation spirituelle.  Ainsi, au lieu de profiter de son expérience en incarnation pour ouvrir sa conscience, il complique son sort au lieu de l’améliorer ou de le faciliter.  En fait, il épaissit son ignorance.   En plus de s’exposer à parler contre la raison et le cœur, il se coupe de l’intuition, qui ne parle bien que dans le recueillement silencieux, s’exposant à sombrer dans la confusion et à commencer à errer autour de lui-même dans un cercle vicieux.  Il ne tarde pas à engendrer une dichotomie, entre son monologue intime et ses propos extérieurs, qui, selon son degré de fragilité, le dispose à la déraison, voire à la maladie mentale.  Car, à trop parler, on finit par croire ce qu’on dit et par tenter de l’imposer à son entourage.

Souvent, un tel être ne devient rien d’autre qu’un dédoublé qui, comme un moulin à paroles, répand ses propres fantasmes et appréhensions en généralisations et en propos stconversation-2éréotypés.  Ne parvenant plus à se ressourcer, il engendre en lui-même une monotonie qui le confine à l’ennui et au mal de vivre, par dédain ou mépris de lui-même, en plus de rebuter et d’écarter ses auditeurs habituels.  Il partage ses aprioris, mélangeant avec la même assurance ouï-dire, hypothèses, croyances et certitudes,  engendrant des imprécisions, des ambigüités et des quiproquos qui finissent par miner sa crédibilité.  Car, en mélangeant les genres, il affaiblit la solidité et la véracité de son message, ouvrant la porte à des invraisemblances.

Il est vrai qu’entre gens de même acabit, on peut se passer et se pardonner longtemps de tels écarts de langage puisqu’on en vient à parler uniquement pour parler, pour remplir les vides, pour créer un écho, alors qu’on s’écoute parler, mais qu’on n’écoute plus l’autre, ne s’intéressant plus à lui.  On ne tient plus à sa présence que pour s’adjoindre un interlocuteur docile ou crédule.  Or, dans une communication, celui qui n’écoute plus le retour de son interlocuteur s’en coupe progressivement, s’exposant à commettre, sur son compte, au niveau de l’appréciation, l’erreur des astronautes.  C’est ainsi, par exemple, que deux partenaires se retrouvent face à un divorce sans rien avoir vu venir.  Il ne manquait qu’un incident banal, agissant comme la goutte qui fait déborder un vase, pour faire d’un ami apparent, un ennemi juré.

Il n’y a rien de plus odieux ni de plus risible qu’une personne qui ne parle que d’elle-même ou qui ne tient que des propos creux, s’exprimant avec l’audace de l’égotisme et de l’égoïsme, donc avec celle de l’individualisme et de l’indifférence.   Philippe de Commines a dit avec raison : «Je me suis souvent repenti d’avoir parlé, mais jamais de m’être tu.»  Le confirme Rivarol qui a dit, pour sa part : «Le silence n’a jamais trahi personne.»  Quant à Montherlant, son expérience l’a amené à affirmer : «Tant de choses ne valent pas d’être dites.  Et tant de gens ne valent pas que les autres choses leur soient dites.  Cela fait beaucoup de silence.»

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