LA JALOUSIE: LA PRÉTENTION D’AMOUR, QUI N’EST QU’AFFECTION ET POSSESSION, PEUT AMENER À ENTRAVER LA LIBERTÉ D’UN ÊTRE… 

Par jalousie, on entend, bien sûr, le sentiment éprouvé en voyant un autre détenir un avantage qu’on ne possède pas ou qu’on désirerait posséder en exclusivité.  C’est une inquiétude qu’inspire la crainte de partager un avantage ou de le perdre au profit d’autrui.  Elle exprime le sentiment pénible que fait naître le désir de posséder uniquement pour soi la personne aimée.  Elle implique le désir JALOUSIEd’être l’objet exclusif de l’amour d’un autre.

Il y a la jalousie pure, qui exprime une pointe d’envie persistante, la jalousie amoureuse, qu’on devrait plutôt appeler «jalousie émotionnelle», qui amène à craindre d’être remplacé dans la vie d’un partenaire, puis il y a la jalousie maladive, la pire, parce qu’elle peut conduire à tous les excès, notamment à la violence.

Découlant d’une envie réprimée et accumulée, la jalousie amène à craindre qu’un autre reçoive quelque chose qui n’est pas donné à soi, donc qu’on veut, mais qu’on ne reçoit pas.  Mais, en fait, c’est qu’on ne se la donne pas ou qu’on ne peut pas se la donner soi-même par sa propre créativité ou par son attraction magnétique.  Quand on est vide de soi, pour compenser, on tente de s’approprier les choses et les êtres, ce qui appartient à autrui.  Car celui qui se donne toute l’attention et l’amour qu’il désire ne peut pas être jaloux, se sentant constamment plein de lui-même et comblé.  Toute forme de jalousie traduit le fait qu’une partie de l’être se sent rejetée ou abandonnée de son Être intérieur, à partir de ses expériences antérieures difficiles.

Dans tous ces cas, la jalousie amoureuse revêt un sens particulier parce qu’elle offre des inconvénients et des dangers supérieurs.  En fait, à proprement parler, on devrait plutôt employer l’expression «jalousie affective», «émotionnelle» ou, même, «passionnelle» puisque l’amour véritable n’est pas une émotion, mais une énergie qui transcende les sentiments et les émotions humaines.

Quoi qu’il en soit, dans le cas de l’amour humain, donc de l’affection, ce qu’il faut savoir, c’est s’il peut exister sans la jalousie.  Car on entend souvent dire qu’un être n’affectionne pas vraiment s’il n’est pas un peu jaloux.  Il apert que, lorsqu’on décide d’accorder à quelqu’un une place prépondérante dans la satisfaction de ses besoins affectifs majeurs, on dit l’aimer.  Pourtant, au point de vue psychologique, on accorde cette place de choix parce qu’on est manque d’affection, d’où on se présente, en fait, comme dépendant de l’affection de l’autre, d’où on est forcément vulnérable et susceptible d’éprouver de la jalousie.  En ce sens, on peut assurément dire que l’amour humain, qui n’est que de l’affection, est indissociable de la jalousie.

La jalousie n’est jamais une preuve d’amour, mais une démonstration d’inquiétude et de possessivité.  La jalousie affective démontre un mélange de peur et de colère engendré par l’insécurité relative à sa valeur ou à sa capacité de séduction ou par rapport à celles de l’autre que, inconsciemment, on ressent supérieur à soi par son apparence physique, par son entregent, par sa débrouillardise, par ses possessions ou par ses qualités générales.  Ainsi, le jaloux devient fébrile et agressif d’abord parce qu’il ressent qu’il n’occupe pas, dans la vie de l’autre, la place qu’il aimerait occuper.  Son sentiment augmente dans la crainte de perdre l’autre, parce qu’il s’en sent plus ou moins dignejalousie-pensees et qu’il redoute que quelqu’un lui ravisse sa place dans son cœur ou lui prenne ce qui lui revient.  Alors, il n’apprécie guère que la personne aimée trouve un autre agréable, gentil ou séduisant, qu’un autre lui porte de l’attention, qu’elle s’accorde le moindre plaisir avec d’autres sans lui, soit hors de sa présence.

La jalousie affective est une réaction qui exprime le besoin de contrôler le partenaire et de mieux se l’approprier en maintenant vivant un climat conflictuel.  Par des querelles incessantes, le jaloux ritualise un combat dont l’issue est la conquête, la reddition de l’être assiégé.  Dans un couple, le jaloux imagine sans cesse que, lorsqu’il n’est pas là, la personne aimée recherche la compagnie de quelqu’un d’autre pour lui donner ce qu’il croit lui revenir de droit.  Le jaloux est généralement un grand dépendant affectif qui redoute, plus que tout, de voir son besoin d’affection frustré, soit de perdre ce dont il jouit ou voudrait jouir.  Il craint de perdre sa position privilégiée ou de ne pas obtenir les bénéfices qu’il convoite.

Dans n’importe quel aspect, la jalousie, comme tout autre sentiment négatif, n’est pas mauvaise en elle-même.  En réalité, il s’agit d’un sentiment, qui peut se transmuer en émotion, au même titre que les autres sentiments.  Un sentiment n’est ni sain ni malsain en lui-même que quand il prend un aspect excessif.  La jalousie garde la même fonction que celle des autres fluctuations intimes, renseigner un être sur un problème intime, soit sur ses besoins non comblés ou frustrés et sur les obstacles, présents dans le psychisme, qui s’opposent à sa capacité de remplir cette lacune.  Ce qui est à redouter dans le cas précis de la jalousie, sans que cela lui soit exclusif, ce sont plutôt les conduites morbides et dangereuses qui, à l’extrême, peuvent en découler.   Alors, la jalousie reste saine ou devient malsaine selon ce qu’un être en fait.  Elle devient sans issue lorsque la personne s’obstine dans le camouflage de son vécu et dans sa tentative de contrôler ses connaissances, son partenaire ou son conjoint.

Autrement dit, la jalousie ne peut être considérée comme mauvaise que si elle devient maladive et reste aveugle.  Mais si un être s’en sert pour se faire passer une épreuve de réalité, soit pour se reconnaître un déséquilibre intime, il peut se permettre de grandir énormément.  Quel que soit le degré d’intensité de la jalousie, il gagne à identifier ce qu’elle cache: soit son sentiment d’infériorité, l’importance exagéréejalousie1 de l’autre à ses yeux ou les frustrations affectives qui l’alimentent.  Cela importe au plus haut point puisque la personne jalouse est assez portée à projeter ses faiblesses sur les autres, les assumant responsables de ses expériences difficultueuses.  Par là,  elle se décharge de tout pouvoir de régler son problème à la source.

La jalousie affective devient encore plus insidieuse et dangereuse si le partenaire accusé commence à jouer le jeu de son partenaire au lieu de le dénoncer.  Elle peut même devenir maladive, ce dont il faut parvenir à se rendre compte, parce qu’elle limite sa liberté et sape son bonheur.   Qui est le plus malheureux, le prisonnier ou son geôlier?  C’est le cas lorsque ce partenaire, qu’on croit coupable, dans l’espoir de le guérir, adopte une conduite excessivement prudente, faisant tout pour éviter d’éveiller et d’attiser les émotions du jaloux, tentant de le persuader de la fausseté de ses allégations dans de longues explications, alors que l’autre émet des doutes sur sa bonne foi à tout propos, qu’il lui adresse des allusions blessantes à répétition, qu’il boude fréquemment, peut-être même qu’il lui applique des sévices ou le roue de coup.  Dans un pareil contexte, par sa faiblesse, ce partenaire démissionnaire se lance dans une escalade qui ne peut que faire que la vie à deux devienne un enfer.  La jalousie provient d’un vide intérieur et d’une insécurité qui portent au manque de confiance en soi et à une quête de valorisation personnelle à travers un autre.  Le  jaloux peut mettre un terme à ce vice en réalisant que le bonheur ne dépend de rien qui soit extérieur à lui et que tout être est parfaitement libre.  Pour y parvenir, il doit commencer par se convaincre que l’amour ne s’obtient pas en proportion de ce qu’il donne, de ce qu’il tente de dominer ou posséder, mais en proportion de ce qu’il réalise être.  Chacun attire à lui selon ce qu’il est et croit pourvoir attirer, ni plus ni moins.  Nul n’est porté à être jaloux de ce qu’il porte ou possède en abondance.  Alors, si un être sait s’aimer, reconnaître ses grandeurs et s’accueillir dans ses faiblesses, il y a fort à parier qu’il n’éprouvera jamais une bien grande jalousie envers qui que ce soit.

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