«ABRACADABRA!», UNE FORMULE MYSTÉRIEUSE, PEUT-ÊTRE MAGIQUE, QUI TERRIFIE OU AMUSE…

abrahadabra

«Abracadabra!».  Voilà la formule traditionnelle que l’on prononce lorsqu’une réalité magique ou mystérieuse se produit.  Il s’agit à la fois d’une formule magique et rituelle performative, d’une incantation et d’un mot mystique, donc d’une formule hermétique à laquelle on recourt pour s’aabracadabra-trianglettirer la protection ouabracadabra (1) se remettre d’une maladie, notamment de la fièvre.  De nos jours, les prestidigitateurs s’en servent dans leur prétention d’invoquer des puissances paranormales ou surnaturelles pour contribuer à leurs illusions.

Dans le journal québécois Le Devoir du 23 août 2003, Odile Tremblay avait bien décrit l’effet des magiciens et prestidigitateurs que le peuple veut toujours croire dotés de petits pouvoirs, afin de continuer à rêver, en écrivant : «L’exotisme a toujours fait bon ménage avec la magie. On acceptera d’être dupe du coup de la femme sciée en deux s’il est servi par un illusionniste à turban. Rien de tel qu’un «abracadabra!» bien sonore issu d’une langue de rastaquouère pour conférer du sérieux au moindre magicien du dimanche. Boules de cristal et caftans venus de continents lointains ouvrent les portes d’un monde dont on n’a pas les clés. Le haut-de-forme d’où surgira le lapin et la cape qui voltige façon Europe de l’Est achèveront d’égarer nos repères géographiques et temporels.»  En cela, les formules incompréhensibles ont toujours produit une fascination et suscité une crainte respectueuse, au cas où elle comporterait une énergie et pourrait changer son sort.

Au Moyen Âge surtout, les gens considéraient la magie comme un fait de la vie courante et ils rangeaient dans cette catégorie de productions tout phénomène inhabituel dont ils ne détenaient pas l’explication, ne tardant pas à le considérer comme le résultat d’un sort ou d’un enchantement.  L’espèce féline, surtout les chats noirs, ont payé un lourd tribut à ce manque de connaissance qui rendait superstitieux, puisqu’on allait jusqu’à les brûler vivants pour les délivrer de l’emprise de leur maître, le diable, ou pour éliminer un véhicule de sa manifestation.

En fait, on peut relier cette formule magique au mot «abraxas», qui sig nifie «divinité», que l’on a trouvé sur de nombreuses amulettes à l’époque des dernières années de l’empire romain.  Pour les sceptiques, ce mot est dit tout aussi peu efficace que «Abraxas» ou «Hocus pocus».  Mais qu’en est-il en réalité?

En vérité, ce mot cabalistique peut venir d’une transformation de «adhadda kedhabhra», signifiant «que la chose soit détruite», ou «évra kedebra», expression araméenne qui exprime : «je créerais d’après mes paroles».  Elle pourrait provenir de l’hébreu «Ha brakha dabra» («הברכה דברה»), qui signifie «la bénédiction a parlé».   Mais il est plus sûr qu’elle réduise l’expression «Abreyad hâbra» qui signifie : «Envoie ta foudre jusqu’à la mort», un sens qui n’a rien pour rassurer et rasséréner le crédule.

Cette formule étrange, composée de neuf lettres, qui commence et finit par la lettre A, capterait les énergies supérieures, d’où elle détiendrait le pouvoir de guérir les maladies, de protéger ou d’opérer d’autres prodiges.  Déclinée jusqu’à sa dernière lettre par ordre rétrograde sous forme triangulaire, elleabracadabra-t-shirt passe pour un puisabracadabra-colliersant talisman.  Ainsi, chez les Gnostique et les Pythagoriciens, on l’utilisait en talisman formé d’un pentacle triangulaire, les lettres placées en entonnoir, en pyramide droite ou inversée, supposément pour former les lignes de force d’un puissant tourbillon d’énergie.  En peu de temps, l’engoument est devenu tel qu’on en a fait des talismans de diverses formes, des porte-bonheur, des pendantifs ou autres bijous.  De nos jours, on va jusqu’à se le faire tatouer sur le corps ou à le faire imprimer sur un «tee-shirt»(maillot de corps, décliné en gaminet, chandail, gilet, tricot, selon les pays francophones).

C’est au XIXᵉ siècle, avec la progression de l’industrialisation, que la croyance dans le pouvoir du mot «abracadabra» perdit beaucoup de sa crédibilité et qu’il prit le sens de «fausse magie».  Surtout dans les pays anglo-saxons d’abord, on inventa des expressions comme «abracadabra légal» pour décrier la manie de certains avocats verbeux et impressionnants, plaidant dans un tribunal, de déconcerter les jurés.  Les prestidigitateurs de scène ne tardèrent pas à ajouter ce mot dans leur inventaire de mots magiques pour appuyer leurs démonstrations, le premier geste audacieux du genre, parce qu’il semblait défier les puissances subtiles, remontant à 1819.  Comme le ciel ne tomba sur la tête de personne, ces experts du divertissement en firent une habitude.

Ainsi, au résumé, pour le Sage, cet emblème détient surtout l’avantage d’évoquer le pouvoir des mantras répétés, empruntés à une langue puissamment énergétique, comme le sanscrit ou l’hébreu ancien, dans l’intention d’engendrer une réalité ou de témoigner concrètement d’une réalité subtile.

 

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