UN POUR TOUS, TOUS POUR UN

Un lien subtil unit tout être à tout, à tous et au Tout, même si chacun semble distinct et incarne une destinée différente.  Chaque être, perdu dans l’Océan de la Conscience cosmique, fait partie de l’Âme universelle et du Grand Corps divin.  L’intelligence analytique, de par sa fonction, a du mal à comprendre cette notion, elle qui divise, isole, sépare, dissèque et morcelle tout pour mieux comprendre.  Pour elle, un tel concept n’a aucun rapport avec sa perception habituelle des réalités de la vie quotidienne, qui semblent séparés ou adjoints les uns aux autres.  Pour le comprendre, il faut faire appel à la Conscience supérieure qui, elle seule, peut aider à cesser de se concentrer sur les opposions, les différences ou les divisons apparentes, rappeler l’union de tous les êtres dans l’Être-Un et ouvrir à la compassion et à l’esprit de service univer

Une référence à son propre corps permet d’appréhender approximativement le principe de l’Unité cosmique.  La science révèle que ce véhicule physique est composé de milliards d’atomes qui ne se touchent même pas, mais qui sont maintenus dans la proximité les uns des autres par l’attraction.  Ces atomes forment des éléments différents qui composent successivement, à leur tour, du plus petit au plus grand, des molécules différentes, des cellules variées, des organes spécialisées, qui, finalement, constituent un corps parfaitement structuré et fonctionnel.  Dans ce système corporel, peut-on dire qu’un élément ou l’autre du corps n’en fait pas partie, qu’il est moins important qu’un autre, qu’on peut le supprimer arbitrairement?  Dès qu’on toucherait le moindre élément qui le compose, on attenterait à l’intégrité du tout qu’il forme et on s’exposerait à ce qu’il commence à se désintégrer.  Chose certaine, du fait qu’on en supprimerait le moindre élément, il serait déjà différent.  Dans ce vaste système encore, peut-on dire qu’un élément est plus important qu’un autre et qu’il mérite plus d’attention que les autres?  Sûrement pas!

LA PYRAMIDE COSMIQUE

Il en va de même de la Vie, qui anime le Cosmos, le Grand Corps de Dieu, qu’on peut comparer à une Grande Pyramide.  Cette Pyramide pourrait représenter Dieu dans sa Manifestation concrète.  À la base, on retrouve le royaume minéral, formé des métaux et des cristaux, qui donnent un fondement ferme, stable, solide, plus ou moins permanent, relié à la loi du Support universel.  Ce royaume sert de fondement à toutes les expériences de la Vie cosmique.  Il représente le taux vibratoire le plus lent ou le plus bas de la Densité.  A partir des éléments qu’il fournit, la Vie en élabore d’abord les éléments du royaume végétal, reliés à la loi de l’Oblation, qui servent de produits pour la nourriture, l’entretien et la réparation des corps plus évolués des règnes animal et humain.

Le règne animal, qui le suit, relié à la loi de la Force, sert d’intermédiaire entre les plantes et l’homme, fournissant à ce dernier des produits nutritifs, ce qui n’est pas, à proprement parler une de ses fonctions, puisqu’il sert prioritairement de compagnon d’évolution et d’auxiliaire de service à l’homme.  Ce règne démontre l’aptitude de la vie à assumer upyramide-cosmiquen mouvement libre et autonome, gage supérieur de survie, par la combustion et la locomotion.  Il démontre comment la vie, par la sélection naturelle, prend la direction de la croissance et de l’expansion des formes les plus achevée.  Quant au règne humain, placé au-dessus de tous les autres, il démontre comment l’être qui détient tous les attributs des précédents règnes, doit gérer le monde entier qu’il forme dans l’amour et le respect, en tant que serviteur des serviteurs, pour que la Pyramide garde son intégrité et que toutes les créatures puissent poursuivre leur évolution ordonnée, harmonieuse et paisible.

Mais la Pyramide cosmique ne s’arrête pas là, elle qui est fondée sur une Hiérarchie synarchique, dans laquelle chaque être trouve son échelon selon son degré de conscience, révélé par son degré de maîtrise de l’amour, de la vérité et de la sagesse.  Au-dessus des hommes incarnés, on  retrouve les Maîtres ascensionnés ou illuminés, ces Entités humaines qui ont complété leur expérience au niveau de la Terre, dans son aspect dense, concret, tangible et palpable, qui ont atteint un degré de perfection spirituelle qui leur permet de vivre dans les plans subtils, d’où ils aident les autres humains en incarnation à poursuivre le processus d’Ascension qu’ils ont eux-mêmes complété.  A proprement parler, ils font partie du royaume des Issim ou Ishim, des Élus, donc des Anges, sauf qu’ils s’en distinguent par le fait qu’ils se sont déjà incarnés et qu’ils détiennent, en conséquence, le libre arbitre.

La Pyramide cosmique se complète ensuite par le règne proprement angélique.  Les Anges président à la genèse des êtres humains, en tant qu’individus, et règlent le mouvement des atomes matériels.  Les Archanges veillent sur le règne animal et confèrent au règne humain son pouvoir de domination sur les créatures inférieures à lui.  Les Principautés, reliés au règne végétal, lui donnent ses propriétés médicinales et thérapeutiques et instillent en toute forme physique la vitalité qui anime et régénère les formes physiques.  Les Puissances engendrent les quatre élémentaux (air, feu, eau et terre) à partir de l’Éther, l’Essence universelle, régissent la Justice immanente ou la Providence universelle et protègent le règne humain contre toute agression.

La Pyramide se complète par quatre autres règnes spirituels.  Les Dominations manifestent l’Archétype ou le Prototype des corps physiques, l’entretiennent, assurent leur approvisionnement et régissent le Paradis terrestre, conformément à la dynamique de la fraternité universelle et de la solidarité cosmique.  Les Trônes, reliés à la force de la cristallisation, entretiennent les formes et leur ordonnance primordiale au sein de la Matière, de l’Esprit densifié, fournissant son milieu ou son décor à la Vie, conformément à la loi de la Causalité et de la Responsabilité, et aident à accepter le processus de la Vie évolutive tel qu’il est déterminé par le Plan divin.  Les Chérubins, Maîtres de l’Illumination des créatures, dégagent les éléments du Chaos primordial, les maintiennent dans l’Ordre et l’Harmonie et les orientent sur la Voie de l’Évolution.  Enfin, le Séraphins, qui vibrent à l’unisson de la Volonté et de l’Amour de Dieu, agissent comme ses Rayons originels et répartissent le Principe de la Vie universelle qui manifeste la Gloire de Dieu.  Ils communiquent à toute forme de vie le désir de vivre dans l’harmonie et l’aspiration de se réaliser spirituellement toujours davantage afin de découvrir qu’ils ont été créés à l’Image et à la ressemblance de leur Créateur.

Au Sommet de la Pyramide, s’exprime la Trinité qui désigne les trois Hypostases ou Attributs primordiaux de Dieu, la Sagesse, l’Amour et la Vérité.  Ce Triangle supérieur, Modulateur de l’Essence divine, préside à la dynamique de la Dualité qui est issue de l’Unité primordiale et qui doit y retourner dans la Fusion finale de toutes choses.  Il exprime toutes les virtualités de la Source unique ou de l’Être-Un, le Point d’origine unique de tout ce qui existe, qui constitue à la fois l’Alpha (le Commencement) et l’Oméga (la Fin) du processus créateur ou évolutif tout entier, le comprenant dans toute son étendue dynamique et expérientielle.  La Source divine représente la Pointe suprême et absolue de la Pyramide cosmique, le Moteur intangible et immuable, donc non mu, mais qui meut tout, de toute la Manifestation, qui en sort et la réintègre au terme de son expérience de connaissance de tous ses aspects.  Elle désigne l’Essence cosmique, omnisciente, omniprésente, omnipotente, omniagente et parfaite, garante de la Cohésion, de l’Équilibre, de l’Ordre et de l’Harmonie du Cosmos, formatrice du Plan créateur, quelle gère par la Volonté divine et éternelle.  Au-delà des apparences, elle exprime et maintient tout dans l’Unité d’un Corps unique dont tout être est une cellule.

LA LOI DE L’UNITÉ

 

Le Maître Aïvanhov a dit : «Celui qui pénètre les mystères du nombre 1, ou de la lettre Aleph (qui, en hébreu, correspond au nombre un), comprend tous les autres nombres, toutes les autres lettres, c’est-à-dire toutes les autres puissances qui agissent dans l’univers.  Car c’est dans l’unité que tout est inclus, tout est compris, tout est résolu.  Parce que le Verbe divin – qui comprend à la fois les lettres et les nombres – est une substance ininterrompue ; en lui rien n’est séparé, ni morcelé, tout est lié, chaque élément fait partie d’une unité grandiose.  Voilà pourquoi celui qui veut vraiment avancer sur le chemin de l’Initiation doit se concentrer sur l’unité.  Qu’est-ce que le nombre 1?  Graphiquement, une simple ligne, dressée, toute nue : 1.  Quand on le regarde, on n’y voit rien de tellement significatif, mais voilà que c’est ce 1 justement qui est le principe dynamique créateur, la source de la vie et la condition de sa conservation.»

Pour sa part, Hamsânanda a dit : «Dieu a de multiples Visages, parlant des milliards de langages, mais en Vérité, en chaque Visage se retrouve l’Essence de l’Unité, l’Essence de la Fusion, l’Essence de la Lumière absolue.»  Et au nom du Créateur, il ajoutait : «Certains voudraient établir une hiérarchie de valeurs dans Mes Formes, dans Mes Visages, dans Mes Apparences, pourtant reflets et expressions de la même Réalité qui brille partout et témoigne de l’Unité indivisible, inséparable.»  Ces mots révèlent que le Chemin le plus court, qui mène à l’Unité des Visages de Dieu, dans le processus de l’Évolution, est celui qui s’établit sur la reconnaissance que l’Origine de tous les êtres est unique et qu’ils servent tous le But unique de la Fusion ou de la Réintégration dans la Source unique, au terme du processus évolutif.  En nullUNITÉe part et dans aucune partie de lui-même, Dieu ne peut s’opposer à lui-même et se sentir séparé de ses autres parties.

Ainsi, la loi de l’Unité décrète : Tout est Un, l’Unité s’exprime dans le Multiple apparent et le Multiple apparent, dans l’Unité, car la Vérité est Unité et l’Unité, Vérité, alors que l’Unité s’exprime dans l’Égalité.  D’où il faut incarner la maxime : «Tous pour Un et Un pour Tous».  Peu importent les doctrines et les dogmes qui entraînent le Monde dans le chaos spirituel, il faut désormais œuvrer, de toute urgence, à établir l’Unité des religions, l’Unité des politiques, l’Unité des civilisations, l’Unité des peuples et des traditions, dans le respect des différences passagères qui enrichissent l’Humanité.  Il faut cesser immédiatement de crucifier Dieu sur la Croix de la Multiplicité apparente qui s’exprime partout par des opposés compatibles et complémentaires, toujours réconciliables dans un Juste Milieu, qui résout les extrêmes et révèle la Vérité totale de l’Unité dans l’Unité.

Le même auteur cité plus haut rappelait : «Le respect dû à chaque Visage de Dieu, la dévotion qu’impose chaque Expression et chaque Prolongement du Soleil de l’Unité, ne doivent pas faire oublier que Dieu est UN et qu’il a autant de Noms que le soleil a de rayons et de formes, c’est-à-dire une infinité incalculable et impossible à apprécier.»  Aussi faut-il voir dans les milliards d’étoiles, les millions d’yeux divins, le même scintillement de Lumière qui provient d’une Source unique, envoyant un clin d’œil à chaque planète et à chaque créature, sortant progressivement de la Nuit de l’Oubli, du Chaos primordial, pour révéler l’Ordre cosmique de l’Unité de tout dans le Tout

C’est l’ego, création du mental, qui amène à mousser les intérêts personnels au détriment de ceux des autres, fondant l’individualisme, qui engendre l’insensibilité et l’indifférence à l’égard des autres.  C’est lui également qui, par ses comparaisons, établit les différences de niveaux de conscience qui mènent à l’irrespect de ses semblables et des règnes inférieurs au sien.  Qui a dit que le minéral valait moins que le végétal, le végétal, moins que l’animal et l’animal, moins que l’homme?  Bien sûr, c’est l’homme vaniteux, prétentieux, arrogant, orgueilleux, condescendant, qui ne sait pas reconnaître les éléments qui supportent la Pyramide cosmique et lui permettent, dans leur oblation et leur abnégation, de mener son expérience de découverte de lui-même dans sa totalité.  Mais le temps n’est-il pas mûr pour qu’il reconnaisse que s’il détruit le moindre élément de la Pyramide qui le supporte, il risque de crouler avec elle dans son ébranlement?

L’individualisme, ressort de l’ego, décrit cette tendance à faire de l’individu la suprême valeur et, en conséquence, à établir la primauté de ses droits, conçus sans devoirs, au détriment de ceux des autres.  Le sentiment de séparation du Tout, engendré par la perception limitée et erronée de l’ego, amène un individu à s’affirmer indépendamment des autres et à s’établir en marge de la dynamique des groupes sociaux et de la collectivité humaine, l’appelant à s’y impliquer uniquement lorsque ceux-ci nourrissent ses intérêts.  L’individualisme induit progressivement dans l’insensibilité et l’indifférence à l’égard des difficultés, des problèmes et des souffrances des autres.  Il émousse les sentiments de générosité de l’individu par un excès de concentration sur lui-même ou par paresse du cœur, ce qui le porte à ne plus éprouver de sentiments envers les événements extérieurs, à ne plus réagir aux malheurs des autres, à ne plus s’impliquer dans le destin collectif.

Pour expliquer l’Appel du Clairon, récemment lancé par le coup de semonce magistral des événements tragiques survenus aux États-Unis, la Hiérarchie cosmique invitait l’Humanité à éviter de jouer le jeu de la culpabilité, en regard de ses erreurs et de ses échecs, et de chercher des coupables, mais à affermir son sens des responsabilités, qui sera toujours naturellement sanctionné par la Causalité.  Mais elle priait du même souffle l’Humanité de réfléchir et de s’amender de sa conduite, de sortir sa Lumière du placard ou de sous le boisseau de la complaisance, en disant : «Nous vous demandons de faire l’inventaire du monde que vous avez créé et de ce que vous appelez votre réalité.  Des millions d’entre vous détiennent une abondance indicible qui constitue tout ce qu’ils pensent désirer.  Vous possédez plus que vous ne pourrez jamais vous en servir, en plus d’une panoplie de bidules supposément conçus pour vous rendre la vie plus facile et vous rendre plus ((heureux)).  La vie est devenue meilleure et offre plus d’occasions pour la majorité de ceux qui habitent les pays d’abondance, détenteurs du pouvoir.  Mais tout cela vous a-t-il apporté ce que vous appelez le bonheur ou le contentement?  Prenez bien note à quel point votre vie a changé depuis l’avènement de la révolution industrielle et technologique : nous avons fourni à l’humanité des inventions au-delà de l’imagination –mais oui, il s’agit bien de présents fournis par les royaumes supérieurs par l’intermédiaire des penseurs inspirés– inventions qui ont permis à une large part de la population mondiale de vivre dans le luxe et la prospérité.  Pourtant, plus de gens vivent présentement dans l’angoisse, la désillusion et un sentiment de mécontentement, qu’à aucune autre époque, malaises qu’aucune abondance ((de biens)) ne peut écarter.  Car c’est l’Essence de votre Esprit qui crie à tue-tête pour être reconnue et qui haussera le ton jusqu’à ce que vous répondiez tous à son «appel».» 

Et le même message concluait plus loin : «Vous ne pouvez plus vous isoler dans votre petit monde en affirmant que tout se passe bien dans votre sphère de réalité et qu’importe peu pour vous ce qui se passe dans d’autres parties de votre pays ou au-delà des océans.»  Au dire de la Hiérarchie, chacun doit désormais se présenter comme un Phare de Lumière et se joindre aux autres membres de l’Humanité et à ses Guides invisibles, pour œuvrer dans l’Unité, en rayonnant l’Amour à travers toute la Création.  Sans cette attitude responsable, l’Humanité ne recevra plus autant son support, son appui ou son assistance, jusqu’à ce qu’elle ait pris ses leçons de sagesse et de vérité, ce pour quoi elle n’aura qu’à s’en prendre à elle-même.

Seule une vision transcendante, une vision au-delà des apparences, peut ramener l’ego à l’ordre de l’aspiration supérieure de rayonner l’Amour dans l’Union.  Chacun doit placer les faits dans la perspective de la Réalité supérieure pour s’extraire des mouvements paradoxaux de l’ego et pour attiser sa motivation d’éliminer ses jeux de pouvoir diviseurs : l’envie, la jalousie, l’ambition, l’émulation, la concurrence, la rivalité, l’esprit de possession, la jouissance excessive, les débordements d’égoïsme.  Ces élans doivent être remplacés par l’esprit d’union et de collaboration, dans la fraternité et la solidarité, qui amènera tous les humains à œuvre de façon cohérente à la cause commune de la société, de l’Humanité et du Plan cosmique.

L’adversité, les élans d’agressivité, les dilemmes vitaux, les conflits interpersonnels, les paradoxes des opposés apparents, largement révélés par la guerre des sexes, au fondement de tous les autres conflits, témoignage d’un manque d’équilibre intérieur des polarités, ne pourront cesser tant qu’on ne les aura pas dissouts par l’amour, dans le service du bien commun et de la paix.  Cette démarche doit se fonder sur la reconnaissance de l’égalité de tous et chacun dans l’unité, qui qu’ils soient, où qu’ils se trouvent et peu importe leur manière d’être.  C’est uniquement dans cet esprit  qu’on peut réaliser que la séparation est une illusion dans le processus créateur qui amène l’Unité à s’exprimer dans le Multiple et le Multiple à s’exprimer dans l’Unité.

L’individualisme s’appuie sur l’illusion que l’être individuel est indépendant du Tout et séparé des autres, ce qui n’est absolument pas le cas.  La dualité masque le fait qu’il n’est qu’une expression transitoire de l’Être-Un qui se personnalise, s’exprime de façon différente à travers chacun, mais seulement pour la durée d’une expérience en incarnation.  «Nul n’est une île», disait avec pertinence Thomas Merton, car nul n’est seul au monde, isolé du reste de la Création.  Mais nul ne peut jamais le réaliser complètement tant qu’il n’a pas vécu une situation de dénuement, de limitation ou d’impuissance telle qu’il est bien forcé de reconnaître l’utilité des autres, la valeur du support mutuel,  l’importance de l’échange et du partage.  Et c’est justement la répercussion qu’on s’appelle consciemment ou inconsciemment par la Causalité quand on perd le sens de la fraternité et de la solidarité humaines.  On ne guérira de son indifférence qu’en se sentant uni à tout dans le Tout, donc séparé de rien.  C’est le seul moyen d’éveiller la conscience à la nécessité de servir les autres au nom de Dieu.

Dieu, l’Être-Un, la Cause de tout, s’exprime dans la Multiplicité féconde, mais sans véritablement se morceler.  Au niveau de Dieu, se multiplier –s’individualiser en parties multiples– ne signifie jamais se scinder en plusieurs aspects ou se séparer des autres.  Cela signifie simplement centrer suffisamment l’attention de Conscience divine sur un point particulier de lui-même, jusqu’à le cristalliser, s’il le faut, pour l’étudier en profondeur, comme s’il faisait largement abstraction de sa Totalité.  Il est en mesure d’y arriver du fait que, présent partout, détenant tout savoir, par sa toute-puissance, il peut agir partout, simultanément, dans tous les multiples points du Cosmos.  Les degrés différents de sa concentration établissent les divers plans apparents de la Conscience cosmique.

Dieu ne perçoit la Création que dans la Fusion de la Lumière qui se réfracte en sept couleurs fondamentales (les Sept Jours de la Création), tout en restant unies dans leur Principe, l’Essence, le Cœur central de cristal ou le Diamant cosmique.  Il est le Point d’Origine unique qui se polarise dans le Couple instable du PèreMère, qui engendre instantanément un troisième Attribut, le Fils, donnant naissance à la Trinité.  Toute dynamique ternaire (fondée sur la loi du Triangle) concerne une idée latente ou un projet potentiel, donc uniquement encore en cogitation : le Sujet, l’Objet et leur Observateur.

La gestation et la naissance de l’Idée divine se produisent par la focalisation de l’attention divine sur la Trinité, ce qui, pour ainsi dire, lui donne de la consistance ou la cristallise dans une inversion.  Dieu engendre alors le quatrième Attribut de la Création, la Matière solide, qui fournit un Substrat au Fils pour son expérience en incarnation.  Le Fils, c’est l’Âme universelle, la Conscience qui explore toutes les dimensions cosmiques entre le Ciel et la Terre (entre l’Essence et la Densité), à partir de la Fille, la Nature naturée, la Matière concrète, qui devient, pour l’homme, sa planète Terre.

Cette dynamique subtile de l’Émanation — car Dieu n’a pas créé l’Univers à partir de rien, mais en exprimant le Différencié à partir de l’Infini indifférencié ou en émanant les êtres et les phénomènes du Chaos primordial ou de ses Virtualités informelles et éternelles — échappe à l’entendement humain.  Pour sa part, dans son expérience quotidienne, à partir de ses notions primaires et primitives, l’intelligence croit vivre dans une société d’êtres humains multiples, entourée d’objets multiples, au cœur de phénomènes multiples qui lui apparaissent parfaitement distincts et réels.

Elle ne perçoit la réalité que dans la perspective de son processus qui dissèque, classe, analyse, synthétise, induit, déduit, compare, imagine, ce qui aboutit toujours à une addition, à une soustraction, à une division ou à une multiplication des aspects de la Réalité, pas à une compréhension dans leur Unité indissoluble.  L’addition d’éléments séparés, si semblables qu’ils soient, attire toujours davantage son attention sur les parties d’un ensemble que sur l’ensemble lui-même.

Il faut se rappeler comment les gens sont portés à généraliser à partir d’un seul fait pour le comprendre, bien qu’on puisse croire que ce fait prouve le contraire de cet énoncé.  Le mental ne feint jamais de généraliser que pour se permettre de découvrir des exceptions à ses règles, donc des exclusions, afin de pousser plus loin son savoir.  Du reste, pour l’intellect qui compare, la médiocrité de certains êtres humains, par rapport à la Splendeur de Dieu, ne favorise pas sa démarche pour comprendre l’Unité spirituelle des êtres.  Comment peut-il associer la débilité apparente avec la Sublimité infinie?  Il ne peut établir un pont que s’il emprunte la voie de l’Individualité divine, en se soumettant à elle, non celle de l’individualité humaine.  En effet, l’Individualité divine relie à l’Essence divine, non à la Nature évolutive de Dieu.

Les travestissements de la Nature divine, dans son évolution progressive, mais constante, pour vérifier toutes les potentialités de l’Essence spirituelle, rend Dieu souvent méconnaissable et risible, quand il ne devient pas apparemment ridicule, selon l’échelle des valeurs et le niveau de conscience de chacun.  Mais les travestissements de la Nature de Dieu, en quête de sa Perfection, n’attentent pas à la Pureté et à l’Intégrité de son Essence divine, présente en tout et en tous.  C’est donc par la Voie de l’Essence divine, en s’unissant à sa Sublime Présence intime, qu’on peut redécouvrir sa Perfection originelle et éternelle et accepter celle du Tout, même dans ses moindres manifestations.  En effet, le contact répété avec son Essence spirituelle abolit le sens de l’erreur et l’échelle des valeurs, d’où elle ramène la Création dans la perspective d’une Expérience collective de Perfection, éliminant du même coup la propension à comparer et à établir des différences.

L’Unité réside dans l’Esprit.  Si on réalise l’Unité dans l’Esprit, qui est la Cause ou le Sujet, on l’acceptera dans la Nature, qui est l’Effet ou l’Objet, le Reflet de la Cause.  L’Image de Dieu suppose l’identité de sa Ressemblance, alors que la Ressemblance, qui n’est que le Reflet, ramène à l’Image.  Autrement dit, ce n’est que dans la conscience humaine, infime partie de la Ressemblance de Dieu, que l’être humain peut percevoir des distorsions apparentes, qui découlent de la dualité des perceptions et qui résultent de la Polarisation de l’Énergie créatrice, dans le processus de la Création.

Par le jeu des opposés compatibles et complémentaires, la conscience humaine capte des effets apparemment réducteurs de l’Image de Dieu, parce que les effets, plongeant dans les ténèbres, se voilent d’ombres, les rendant parfois caricaturales ou effrayantes.  Pour bien comprendre, prenons l’image des nuages qui peuvent voiler différemment la Lune ou le Soleil.  En recouvrant l’un de ces astres, un nuage peut prendre la forme d’un monstre connu, mais ce nuage attente-t-il à l’intégrité de l’un ou de l’autre de ces astres?  Il ne réussit qu’à les recouvrir de son apparence.  Mais celui qui ne sait pas faire la différence pourrait attribuer cet aspect monstrueux à l’astre qu’il observe ou à son influence et pourrait connaître la peur à divers degrés.

De la même manière, chaque être incarné prend un vêtement ou un masque, à sa naissance, support d’information conforme à son niveau d’évolution, dans son expérience transitoire.  Mais son Essence originelle reste intacte, éternellement vierge, derrière les apparences qu’il revêt.  Même chez les plus grands fous et les plus grands criminels.  C’est seulement dans la conscience humaine que le monstrueux apparent amoindrit le Sublimité divine.  Car, l’apparence de monstruosité reste une interprétation, non la réalité, soit une division à l’intérieur des Ressemblances spirituelles, non des Images divines.

Tant et aussi longtemps que la conscience humaine maintient des interprétations fausses de ce genre, elle entretient le gouffre qu’elle a engendré entre elle et Dieu.  Ce gouffre réfère à l’épaisseur ou à la profondeur de son ignorance, non au fait qu’elle est en réalité éloignée de Dieu.  Car Dieu reste plus présent à chacun que lui-même, puisqu’il en est la Source, l’Essence et la Nature.

Tant que la conscience humaine entretient des séparations, elle entretient des distances apparentes.  Elle ressent alors la Magnificence des idées cosmiques comme une réalité trop élevée, donc trop éloignée d’elle, se condamnant à demeurer dans le marasme de l’expérience limitée, qui devient mortelle.  En se coupant de la Réalité qui la nourrit, elle s’étiole, dépérit et meurt.  C’est la conscience humaine qui creuse les profonds abîmes de l’ignorance, pas Dieu.  Dieu a créé les êtres parfaits, à son Image et à sa ressemblance.  Ce qui s’est passé depuis, qui a voilé son Essence et terni sa Nature, cela relève du libre arbitre de l’homme, en tant qu’espèce, non d’une prédestination ou d’une décision arbitraire de Dieu.

L’Unité est l’Ultime Vérité, comme la Vérité ultime est Unité.  Elle s’exprime par les nuances multiples de la Palette des couleurs de l’Infini.  Mais au niveau terrestre, tant qu’on ne peut pas ressentir les peines et les joies des milliards de créatures, ses amis, ses frères et sœurs de la Terre, se concentrant uniquement sur soi ou sur ses êtres chers, tant qu’on n’a pas réussi à les partager de tout cœur, on ne peut pas devenir un avec eux. 

Si on ne parvient pas à élargir son sentiment d’appartenance à tout ce qui détient une conscience, sur Terre, et avec la Terre elle-même, la Mère nourricière, on ne peut pas réaliser son unité avec l’Absolu.  Car, pour entrer dans l’Unité, il faut devenir impersonnel, inconditionnel, détaché, sans jugement et agir dans l’innocuité.  Pour assumer sa différence, il faut agir de façon libre, soit autonome et indépendante.  Mais pour réaliser son unité, il faut devenir fraternel et solidaire.  Et c’est dans l’Amour qu’on trouve le Point d’équilibre entre ces extrêmes de l’égoïsme et de l’altruisme.

Au lieu de se servir de son intellect pour morceler les faits, on devrait s’ouvrir à l’intuition et fouiller dans sa mémoire cosmique pour se rappeler l’Unité de la Vie, présente partout dans le Cosmos.  Tout vient d’une même Essence unique, l’Esprit de Dieu, et tout participe d’une même nature, le Corps de Dieu.  En vivant trop concentré sur soi-même, on se coupe du Grand Champ d’énergie unique qui foisonne d’aspects multiples.

Mais en s’ouvrant au Tout, par sa Sublime Présence divine, on ouvre les vannes des courants spirituels qui se mettent à circuler sans obstacle.  On découvre alors que tout est lié.  Chacun agit sur son environnement et sur le Monde, comme il réagit à son environnement et au Monde, même s’il ne s’en rend pas compte.  Chacun ne capte qu’une portion infime des influences qui agissent sur lui, à chaque instant, parce que sa conscience est fermée.  En marchant, un Maître peut sentir une fourmi avancer sur son sentier, pour l’éviter ou pour lui laisser le passage;  il peut entendre les cailloux vibrer et l’herbe pousser, et leur rendre hommage.

Satprem a dit : «La loi même du monde est l’unité dans la diversité, il n’y a pas deux feuilles qui se ressemblent sur un même arbre.  Mais l’unité, elle n’est pas dans l’expression et la manière d’Être, elle est dans la conscience et la substance.»  Abd-Ru-Shin a ajouté : «Une Force unique pénètre l’en deçà et l’au-delà;  toutes choses tirent leur vie et leur activité de ce courant vital unique;  tout est par conséquent absolument et indissolublement lié.»

Et Lanza del Vasto, le verbeux, a renchéri : «Car les semblables sont faits pour s’assembler, les pareils pour s’appareiller, les complémentaires pour se compléter, les divers pour se ranger comme des perles sur un fil, les extrêmes pour se toucher, les opposés se concilier, les contraires enfin pour se rencontrer dans l’Unité de l’Infini où tout passe à la limite… Or, de même qu’il y a une lumière qui se brise en sept couleurs et puis en septante fois mille couleurs, de même il n’y a pas une vie humaine et une vie animale, une vie spirituelle, une vie intellectuelle, une vie corporelle, il n’y a qu’un Dieu qui est Dieu, le Dieu vivant, le Dieu qui est la vie.  Qui, étant la vie, seul crée, donne et retire la vie, vie qui de degré en degré descend et se réfracte, se mêle de mille façons à son contraire.»

Le mental divise alors que l’intuition unit.  Car, en vérité, unité et multiplicité, matière et antimatière, ténèbres et lumière, être et néant, présence et absence, acquisition ou perte, vie et mort, existence physique et existence spirituelle, homme et femme, jeunesse et vieillesse, qui paraissent inconciliables aux yeux de l’être humain, forment pourtant l’Unité même, complète, entière, totale, parfaite, active de la Vie.  Ils se fondent tous sur l’Unité absolue de l’Être.

Tant que l’esprit conçoit le morcellement, il reste dans les apparences de la Multiplicité.  Ne pouvant entrer dans le Courant de la Vie, il sombre diversement dans l’orgueil, la vanité, l’agressivité, la séparativité, l’acquisivité, la domination, bref dans l’égoïsme.  Pour entrer dans la Vie, la vraie, il faut entrer dans l’Un, voir l’Être-Un agir partout, en soi, dans la Nature, dans ses semblables, dans ses ennemis, dans tous les êtres de tous les règnes, dans la Totalité, constamment, sans cesse, sans répit, toujours, tout le temps.

Une excellente manière de s’ouvrir à l’Unité, c’est de cultiver l’esprit d’union, dans des activités de groupe.  C’est dans ces moments d’implication parmi d’autres qu’on peut mesurer son inflation ou ses débordements d’ego, la principale cause de la séparativité, le seul péché capital, au dire des Maîtres, avec le péché contre l’Esprit (la négation de Dieu comme Source de tout).  L’union fait la force, dit l’adage.  En effet, dans l’esprit de collaboration, à l’intérieur d’une équipe, on prend conscience qu’on n’est pas seul au monde à éprouver des difficultés, mais qu’à plusieurs, on peut mieux les surmonter.  Plus un groupe est fort, parce que chacun de ses membres sait tasser son ego, tout en prenant sa place et en affirmant ses droits, mais en reconnaissant ceux des autres dans la même mesure, plus il permet d’atteindre facilement ses objectifs et de réaliser vite ses rêves.

L’esprit d’équipe favorise l’harmonie et la cohésion.  Pour le développer, il faut exécuter la part de la tâche qui revient à soi en propre, en occupant son territoire, mais sans empiéter sur celui des autres.  Quelqu’un a dit : Mes droits cessent où les vôtres commencent.  Là où ses droits cessent, ses droits se commuent en devoirs, ce qui permet d’établir l’équilibre entre le don et le redon.  Cette commutation se réalise par l’appréciation des talents, des compétences et de la valeur de chacun, par une communication saine, transparente, intègre, vraie, objective.  C’est en participant à des tâches communes qu’on voit son sens de la communication s’aviver, sa compréhension de la communauté s’accroître et son sens de l’unité se construire.

LE PHÉNOMÈNE DE LA POLARISATION

 

La polarisation se définit comme la propriété des ondes électromagnétiques de présenter une répartition privilégiée de l’orientation des vibrations qui la composent.  Alors, dans un corps, on assiste à la séparation des énergies d’une vibration jusque là rectiligne par une déviation à gauche et à droite, ce qui engendre un courant positif et un courant négatif, sous l’influence d’un champ électrique. Quant à la polarité, elle se définit comme l’état caractéristique d’une réalité ou d’un système dont deux points quelconques, appelés pôles, présentent des caractéristiques différentes, l’un étant actif (électrique) et l’autre passif (magnétique).

Au sens métaphysique, la polarisation désigne la scission consciente, mais apparente, de l’Être-Un, la Source divine, en deux pôles compatibles et complémentaires, pour manifester toutes ses potentialités, se donnant un Sujet et un Objet d’observation.  Elle donne naissance au concept du Couple divin du Père-Mère, Union mystique du Père divin et de la Mère céleste.  Au niveau de la conscience expérientielle, elle engendre la dualité illusoire par l’interaction du courant positif ou électrique (mâle, solaire, actif, émissif, pénétrant) et du courant négatif ou magnétique (femelle, lunaire, passif, accueillant, réceptif).  Le Cosmos, le Corps de Dieu, résulte de l’équilibre harmonieux des deux forces primaires, apparemment opposées, qui s’influencent simultanément et mutuellement.

Janakanandâpolarité présentait ainsi le phénomène : «Deux barres aimantées s’attirent lorsqu’on les place face à face, d’assez près, en présentant le côté positif de l’un au côté négatif de l’autre.  Mais, si on fait le contraire, on a de la difficulté à les rapprocher, car ils se repoussent mutuellement.  Cette démonstration révèle comment, par la polarisation, deux êtres se cherchent ou se fuient.  Elle démontre également comment l’Univers peut se maintenir en existence.  Les cellules les plus infimes sont polarisées, jusqu’à l’atome, s’attirant ou se repoussant.  Quand le corps perd sa polarisation, il s’entoure d’éléments parasitaires qui l’envahissent et le détruisent.  Il ne peut plus se maintenir comme un tout et il se dévitalise.»

À ce propos, Sri Aurobindo Ghose a observé : «L’existence du négatif n’annule pas ou ne frappe pas d’irréalité l’existence du positif correspondant; simplement, le fait que le positif est un énoncé incomplet de la vérité des choses, et même, pourrions-nous dire, un énoncé incomplet de la propre vérité du positif.  Car le positif et le négatif n’existent pas seulement côte à côte, mais l’un par rapport à l’autre;  ils se complètent et, par la vision totale que le mental limité est incapable d’avoir, ils s’expliquent l’un par l’autre.  Séparés, on ne connaît ni l’un ni l’autre vraiment;  nous ne commençons à connaître l’un ou l’autre, dans sa vérité profonde, que si nous sommes capables de lire en chacun la suggestion de ce qui semble son contraire.»

Autrement dit, il n’existe aucune différence entre le négatif et le positif, qui ne représentent que deux directions ou orientations différentes du mouvement des particules de l’énergie ou de la lumière.  On comprend mieux ce phénomène originel, qui explique tous les autres, en méditant sur le symbole chinois appelé le TAO ou le DAO ou sur le symbole du signe des Poissons.  On constate, par son cercle, image d’une limite qui veut prendre de l’expansion, que c’est la même énergie qui circule partout dans la sphère.  Sauf que, dans la descente, du côté blanc, elle est électrique, parce qu’elle émane directement de la Source divine.  En s’éloignant de la Source, l’énergie perd de son intensité vibratoire, au point de se cristalliser (densifier), se fournissant à elle-même un miroir dense, un support de réflexion.

Dans la première moitié du cercle, à droite, l’énergie unique reste active, émissive, dynamique, pénétrante.  Dans la seconde, elle devient inerte, passive, réceptive, accueillant, pénétrable.  Mais l’énergie du côté droit, qui influe sur elle, la met en appétence d’être comblée, la tire de son état statique apparent, la rend magnétique.  Observons que la partie claire porte un point noir, qui révèle le potentiel de manifestation, de concrétisation, de matérialisation, de cristallisation ou de densification de l’énergie électrique.  La partie sombre porte un point clair, qui révèle le potentiel de raréfaction, de sublimation, d’activation, de spiritualisation, d’illumination de l’énergie magnétique.

Dans sa globalité, ce symbole démontre comment tout est en tout, tout étant égal, mais réversible, compatible et complémentaire, jamais opposé ni contradictoire.  Dans l’Unité totale, tout porte son contraire.  Par nature, l’énergie électrique peut chuter et se figer temporairement en énergie magnétique.  Par nature, l’énergie magnétique peut s’élever et se réactiver en énergie électrique.  Voilà comment l’Essence et la Matière ne font qu’un, unifiant tous les phénomènes mâles et femelles.  L’Essence, l’Esprit subtil, désigne le Principe spirituel des choses.  La Matière, Esprit cristallisé ou Essence densifiée, devient le support et le substrat de l’Activité de l’Esprit.

En agissant sur la Matière, l’Esprit engendre une troisième réalité, figurée par tout le cercle (ou la sphère).  Il donne naissance à l’Âme universelle, la Conscience active du Cosmos, le Christ cosmique.  Pour mener son expérience de découverte de lui-même, le Fils de Dieu a besoin d’un Fondement probant, donc solide, la Matière.  Dans son appétence pour le Père divin, la Mère céleste (la Nature naturante ou la Substance subtile) le lui fournit, concevant cette Matière dense, aussi appelée la Nature naturée, la Fille cosmique, le Royaume inférieur.  La ligne en forme de S, formée par la rencontre de la partie claire et de la partie sombre, qui crée une tension, désigne l’État amoureux, l’Attraction réciproque, l’Affect, le Désir de Fusion des Polarités originelles, qu’on identifie souvent comme le Saint-Esprit.

La polarisation engendre les Cycles éternels de l’Évolution et les explique.  L’Essence se densifie en particules matérielles qui peuvent ensuite être illuminées de nouveau, par un rehaussement vibratoire, dans un aller et retour sans fin.  Les particules élémentaires sont sphériques, étant animées d’un mouvement rotatoire.  Une masse en rotation peut se mouvoir dans le sens des aiguilles d’une montre ou dans le sens contraire.  Celles qui tournent dans un mouvement dextrogyre sont positives;  celles qui tournent dans un mouvement sénestrogyre sont magnétiques.  Ainsi, seul celui qui les observe peut noter une différence entre elles.  Selon qu’une particule tourne dans un sens ou dans un autre, elle se comporte de façon différente. Les particules de polarité opposées se dirigent dans des directions opposées, si elles se libèrent de la molécule à laquelle elles étaient liées.  Mais c’est là leur seule différence.

Dans le phénomène de la polarité, les éléments de polarité contraire s’attirent, mais les éléments de polarité identique se repoussent.  La loi de l’Amour amène les choses différentes à s’allier, dans la cohésion, pour engendrer une nouvelle réalité.  Le groupement des particules polarisées se produit conformément à un certain ordre géométrique dans lequel prédomine la loi du Triangle,  Les particules négatives tendent à encercler les positives, suggérant la formation d’une cellule ou d’une maison.  Les particules positives tendent à attirer les négatives par la ligne droite, la voie directe comme la flèche, suggérant la nuance de foyer ou de rayonnement.  Lorsque deux particules négatives sont attirées par une particule positive, elles semblent osciller en demi-cercles, d’arrière en avant, suivant l’agencement de l’axe d’une cellule.

La polarité, avec ses attributs correspondants d’attraction et de répulsion, ne peut être détruite.  L’Esprit et la Matière sont en perpétuel devenir, permettant les prises de conscience et la transformation matérielle.  La polarité révèle toutes les lois relatives à l’électromagnétisme, la caractéristique propre de toute réalité dans le Cosmos.  Elle se définit comme la qualité interne prédominante d’un être de la dualité.  De ces observations, on peut tirer deux principes.  D’abord, la polarité d’une chose est de la nature de la somme la plus élevée de force positive ou négative qu’elle porte.  Ensuite, le rayonnement vibratoire d’une chose est toujours de la nature de sa polarité, soit négative soit positive.

En tout cela, on pourrait dire que le positif correspond à l’action motrice, au désir de pénétrer une chose, jusqu’à l’assimiler ou l’absorber, pour l’animer.  Le négatif apparaît alors comme ce qui fournit ce qui manque au positif, le complète, cherche à l’encercler, pour être absorbé, mis en action, vitalisé, inspiré, y prenant également ce qui lui manque.  Voilà pourquoi on dit le positif idéatif, engendreur, créateur, pourvoyeur et le négatif gestatif, rassembleur, organisateur, nourricier.  Mais le positif semble toujours faire les premiers pas, ce qui lui confère une préséance apparente, émissif qu’il est de nature.  Mais, il ne reste que le point maximal d’activité d’une chose.  Seul, il ne peut exister.  Le négatif agit comme l’élément tourbillonnant, enrobant, séduisant.  La polarité est synonyme de la dualité.

C’est par la polarisation que naissent la sympathie ou l’antipathie.  La sympathie exprime l’état de deux champs magnétiques (auras) accordés; l’antipathie, le contraire.  Mais on apprendra davantage sur soi et sur la vie d’un être antipathique que d’un être sympathique, parce qu’il force à chercher un nouvel équilibre dans une quête qui garde en éveil et instruit.   D’où on l’appelle l’ange déguisé.  L’être sympathique communique un état de bien-être qui peut confiner à la complaisance et au moindre effort.  L’être antipathique met en action, révélant un aspect de soi-même qui n’est pas accordé, appelant la volonté à y voir et à trouver le point d’accord, si on ne prend pas la fuite.  Il attire l’attention sur sa part d’incomplétude, sur ce qui manque encore en regard de la perfection qu’on cherche.

Comme on le voit, c’est par la polarisation que les formes illusoires du Monde sont nées.  Elle est l’origine de la dualité, cause de la multiplicité apparente.  Depuis que Dieu, le Sujet, s’est pris comme objet de sa propre contemplation, pour valider ses concepts à propos de lui-même, il a apparemment morcelé l’Unité qui reste pourtant indivise et indivisible.  Maintenant, il faut que tous les êtres s’unissent pour recomposer cette Réalité primordiale apparemment altérée.

LES INCIDENCES DE LA DUALITE

 

La dualité est la théorie métaphysique selon laquelle le Cosmos tire son origine d’un Principe double, mâle et femelle.  Elle explique que tout provient d’une Source unique qui polarise son Énergie ou son Essence pour produire tous les phénomènes cosmiques : elle engendre un principe positif (activant ou spiritualisant) et un principe négatif (densifiant ou matérialisant).  Cette polarisation originelle explique tous les problèmes de la conscience évolutive de l’homme, lui présentant deux pôles d’attraction apparemment opposés, donc en apparente contradiction ou en apparent conflit, comme si chacun cherchait à dominer l’autre : l’un par la domination directe, l’autre par la séduction subtile.  Ainsi, il est divisé entre l’Esprit, source de la Sagesse, qui informe par l’intuition, et l’Intelligence, source de la Vérité, qui informe par le mental

Dans son évolution, l’être humain, qui provient de la Source originelle, provient conséquemment de l’Unité.  Mais, pour expérimenter, il doit plonger dans la Dualité, le Monde de la Multiplicité apparente.  A la fin de son périple évolutif, après avoir vaincu l’état d’inertie de la Matière, il doit réintégrer l’Unité, pleinement conscient, cette fois, de tout ce qu’il est, de l’étendue infinie de son pouvoir et de tout ce que représente le Cosmos.

La dualité résulte des polarités opposées, compatibles et complémentaires, figurant les extrêmes de la Conscience et de la Matière.  Elle donne naissance aux notions extrêmes comme : le blanc et le noir, le bien et le mal, la lumière et l’ombre, l’Esprit et la Matière, l’homme et la femme, le jour et la nuit, le père et la mère, la jeunesse et la vieillesse, le haut et le bas, la gauche et la droite, les deux équinoxes et les deux solstices, le Soleil et la Lune, le flux et le reflux, etc.  Elle explique comment il est partagé dans sa quête et son questionnement : ce qui cherche et ce qui est cherché; ce qui désire et ce qui est désiré; l’Esprit et les phénomènes; l’action et l’inaction; être ou ne pas être; etc.

Mais cette dualité cesse dès que l’âme s’élève à ce niveau où elle perçoit ce qu’elle a été, ce qu’elle est et ce qu’elle sera.  Parvenu au niveau christique, l’homme s’extrait de la Roue des Renaissances et des illusions du Monde de la Nature, et peut le dominer respectueusement.  Il ne lui reste qu’un pas à faire pour entrer dans l’état d’Unité absolue, la Conscience cosmique.  Chacun peut y arriver en s’élevant au point neutre, figuré par le Fléau de la Balance, où tout s’équilibre, qui révèle l’Être total.

Signalons que la dualité n’existe pas en elle-même, mais qu’elle relève d’une distorsion mentale.  L’intellect a besoin de se poser deux points de référence extrêmes pour sonder la réalité objective.  Ainsi, il perçoit partout deux manifestations possibles du Principe unique.  Dans son expérience quotidienne, le jeu de la dualité lui apparaît comme une division ou une opposition, ce qui engendre en lui une ambivalence.  Tantôt il souffre et tantôt il ressent du plaisir.  De ce paradoxe, il tire la notion d’un bien et d’un mal, notion nécessaire pour former son discernement.  Mais il n’existe rien de bien ou de mal en soi.  Tout est simplement!  C’est dans l’usage qu’on fait d’une chose qu’il y a du bien ou du mal, pas dans la chose elle-même.

Les notions de bien et de mal s’apprécient selon qu’une chose fait du bien ou du tort ou qu’elle aide à évoluer ou entrave son évolution.  Mais la chose qui fait du mal à l’un peut ne pas en faire à l’autre.  D’où le danger de la généralisation des jugements de valeur, comme cela se produit dans les codes moraux.  Selon qu’une chose lui fait du bien ou du mal, lui procure du plaisir ou du déplaisir, lui apporte de la joie ou de la douleur, le satisfait ou pas, l’être humain porte un jugement qu’il cherche à imposer aux autres, ce qu’il a tort de faire.  Alors, il compare tout, mélange tout, s’y perd et oublie de chercher à être tout simplement.

Dans la même mesure où un être perçoit la dualité, dans la même mesure il s’écarte de l’Esprit qui unit tout.  Comme c’est le mental qui divise tout, c’est lui qu’il faut mettre au pas le premier,  ramener à son rôle fonctionnel premier, sans quoi on s’expose à s’enfoncer dans la dispersion et la confusion des illusions, incapable d’accéder à l’Unité.  Surtout que le mental tourne toute l’attention d’un sujet sur le confort, le bien-être et le plaisir de sa petite personne, se révélant comme le ferment de l’ego, de l’égocentrisme, de l’égotisme, de l’égoïsme et de l’individualisme.  Voilà pourquoi on l’appelle, en métaphysique, le Grand Adversaire ou le Diable, car il fomente toujours la séparativité.

En chaque être circule une énergie électromagnétique qui l’attire tantôt davantage vers le négatif tantôt davantage vers le positif.  La vérité s’exprime alors dans la créativité qui allie en équilibre les deux courants de l’énergie vitale.  Lorsque l’énergie négative domine en lui, un être est porté à former des pensées sombres qui dépriment, alourdissent et détruisent.  Il cherche alors son plaisir surtout dans les sens et la matière.  Lorsque l’énergie positive domine, il attire des idées claires, dynamiques, parce que cette énergie construit, vitalise, spiritualise.  Il cherche alors son plaisir dans la connaissance, l’abstraction, la spiritualité.  Mais il peut fuir dans l’Esprit.

Lorsque l’énergie détruit un élément rétrograde, stérile, désuet, en lui, il en éprouve du déplaisir et du chagrin.  Tout être est porté à se contracter quand il perd quelque chose.  Lorsque l’énergie construit un élément nouveau, fertile, lumineux, il éprouve du plaisir, du contentement, de la satisfaction.  Il prend de l’expansion parce qu’il acquiert quelque chose.

Dans la conscience, la dualité se signale surtout par la contradiction apparente entre les influences intuitives et les acquisitions mentales, par l’écartèlement engendré par l’aspiration vers le haut et les pulsions vers le bas, par l’alternance de la vie intérieure et de la vie extérieure, par le passage du désir d’agir à la propension au rêve, par la fluctuation entre le sentiment et la raison.  Ainsi se poursuit la quête d’unité dans l’alternance de la peine et de la joie.

 L’être humain cherche à s’appuyer solidement sur la Vérité absolue, mais il doit si longtemps se contenter de vérités partielles et relatives, qu’il finit par voir chanceler, puis tomber les unes après les autres.  Dans l’immédiat, comme il ne peut faire qu’un choix, dans une alternative, obligé de privilégier une position plutôt qu’une autre, il souffre de faire un mauvais choix, souffrance amplifiée par sa frustration de ne pouvoir connaître ce qui se serait passé s’il avait opté pour l’autre choix.  Car, dans un choix, on se condamne toujours à ignorer les conséquences du choix qu’on n’a pas pu faire.

L’être humain en quête d’Unité, se meut toujours dans la Multiplicité apparente, voulant tout vivre, car c’est ainsi qu’il pense pouvoir avancer, en augmentant sa connaissance, plutôt que son Savoir.  A ce jeu, il oublie d’être, toujours occupé à agir, à ressentir, à jouir, à faire, à produire, à performer.  Satprem a dit : «Tout dualisme est une vision de l’Ignorance;  partout il n’est que l’un innombrable, et les discordes de Dieu pour faire grandir le dieu en nous.

Quand à la Cabale, elle assure : Tout dans le Monde a été ordonné en supérieur et en inférieur, en Ciel et en Terre, en monde d’en haut et en monde d’en bas, en un monde visible et en un monde invisible;  il n’y a rien en haut qui n’ait son paradigme en bas, et tout est un.»  C’est très limpide, n’est-ce pas?

On définit la dualité comme le résultat de l’opposition apparente de l‘esprit logique et de l’intuition.  Ce conflit permet de s’acheminer vers l’unité en vérifiant ce qui ressort de la partie humaine, qui conçoit l’histoire de la vie d’une façon arbitraire, souvent à partir d’hypothèses forgées et imposées, et de la partie spirituelle, qui cherche plutôt à comprendre le tableau d’ensemble d’une situation.  Elle permet à l’homme de se donner une expérience de première main sur la façon dont la majeure partie de la population fonctionne et une connaissance directe des obstacles à contourner pour s’unir aux autres.

Il faut comprendre que certains êtres avancent parce qu’ils accèdent sans trop de difficulté à leur intuition, à partir de leur plan dense, auquel ils peuvent référer en toute confiance, pouvant constamment dépasser leur esprit logique.  Avec le temps, ils deviennent très impatients avec les autres membres de l’Humanité, plutôt intellectuels.  Tout leur étant facile, ils ne peuvent pas comprendre les autres, et deviennent impérieux et diviseurs.  On apprend à sortir de la dualité en observant comment son esprit oscille entre l’esprit logique et l’intuition à partir des émotions qui surgissent de son être.

La dualité est une perception arbitraire du mental qui a besoin de scinder le Pouvoir divin en deux, en phénomène électromagnétique, donc en énergie électrique et en énergie magnétique, pour comprendre l’Univers.  Pour comprendre, le mental a besoin de capter des oppositions, des différences, qu’il oublie être compatibles et complémentaires, dans la perspective d’une Vibration une et unique.  Alors, il perçoit plus sûrement les divisions apparentes que les alliances possibles et il cherche à régler des duels et des conflits, ce qui le revalorise et l’affermit, lui rappelle qu’il existe.

Omraam Michael Aïvanhov a dit : «Dieu a donné l’inertie à la Matière et l’impulsion à l’Esprit et l’homme est placé entre les deux.  Il est extérieurement enveloppé de matière, mais intérieurement il est plongé dans l’océan de l’Esprit.  Il reçoit donc leur double influence : c’est tantôt Dieu qui se meut à travers lui, et tantôt la matière qui veut l’engloutir et le ramener vers le chaos primordial.»  Voilà, ce contexte est nécessaire à l’homme pour lui permettre d’exercer le libre arbitre qui mène à la Sagesse.

LE GRAND OBSTACLE À L’UNITÉ : LA SÉPARATIVITÉ FOMENTÉE PAR L’EGO

 

La séparativité, qu’on appelle aussi l’«erreur de la séparation», recouvre toutes les attitudes et les actes qui portent à engendrer des divisions dans un groupe.  Il s’agit des manœuvres concrètes ou subtiles qui séparent, isolent, désunissent, cloisonnent, ostracisent, à partir d’un jugement de valeur ou d’un débordement de l’ego. Elle implique la propension à retourner les gens les uns contre les autres ou à les monter les uns contre les autres;  à les considérer comme inférieurs en regard de leur situation de vie, de leur statut social ou de leur évolution;  à les croire ou à les dire méchants (calomnie et médisances);  à les écarter arbitrairement de son chemin;  à voir des ennemis déguisés partout.  Fondée sur l’individualisme ou l’orgueil spirituel, c’est l’erreur la plus grave après le péché contre l’Esprit, la négation de Dieu en tant que Source de toute vie.

LA FRATERNITÉ HUMAINE

 

Tous les êtres humains, des Fils de Dieu, ne font qu’un dans la Conscience de Dieu et dans l’Âme universelle.  Ils ont tous été engendrés par le même Père divin et la même Mère céleste, ce qui en fait des égaux.  Tous dépendent les uns des autres.  Tous sont unis, comme autant de cellules d’un même corps, par un lien qui en fait des frères et des sœurs véritables.  L’existence et l’évolution de chacun dépend de ce que font les autres.  Ainsi, à part la nécessité de combler ses besoins par soi-même et d’évoluer en suivant sa propre voie, toute initiative purement individualiste constitue une erreur de point de vue, un gaspillage d’énergie et un faux pas évolutif.

L’individualité, dont certains se targuent, pour justifier leurs manœuvres frauduleuses d’égoïsme, n’est qu’un leurre, puisque chacun fait partie de l’Humanité, de la civilisation terrestre, ce qui requiert qu’il s’implique toujours pour son bien et pour celui des autres.  Tout choix personnel doit se démontrer constructif pour soi et pour tous les êtres concernés, sans quoi il dénie sa valeur et retarde son accomplissement personnel.

Le principe de la fraternité humaine repose sur le fait que l’être humain, placé au sommet de l’échelle des êtres vivants de la planète, est capable de se définir dans sa nature personnelle, d’examiner sa propre existence, de concevoir sa relation dans la perspective de tout ce qui existe et de rechercher les causes des faits.  Cet attribut, qui lui permet de prendre conscience de lui-même, ne provient pas de lui, mais de la Sagesse cosmique et de l’Intelligence universelle, qu’il doit servir dans l’Amour.  Chacun établit son droit de participer à la fraternité humaine par une conduite conforme à ce qu’implique la solidarité des frères et des sœurs, unis dans un destin commun.

Le mot fraternité invite chaque être humain à s’extraire de ses préoccupations purement individualistes pour participer à la Vie cosmique.  Ce sentiment émane de la Source divine qui a fait, de chaque être humain, le gardien de ses frères et sœurs, selon son niveau de conscience, donc selon la compréhension qu’il a développée et les moyens qu’il a acquis, parce qu’il participe de la même conscience de groupe qu’eux.  Chaque être humain doit veiller à ses intérêts, mais également à ceux des autres, en équilibrant ce qui relève du bien particulier et du bien commun, ni l’un ni l’autre ne devant obtenir de préséance.  Car tout existe pour l’homme par rapport aux autres hommes et qu’ils sont tous égaux en dignité, s’ils ne le sont pas en conscience.

La fraternité invite à considérer tous les autres humains comme des frères et des sœurs parce que l’Humanité participe de la même conscience de groupe et du même destin, que tous ses membres sont solidaires dans la Conscience de Dieu, qu’ils font tous partie du même Corps cosmique et de la même Âme universelle et qu’ils dépendent tous, dans leur réalisation ultime, les uns des autres.  Il existe des niveaux de la Lumière qu’un être humain seul ne peut franchir tant que tous les autres n’ont pas accédé au même niveau lumineux que lui.  A ce moment, il est invité à effectuer un retour en arrière pour aider les retardataires à s’élever à son niveau, dans l’attitude détachée du serviteur des serviteurs.

Mais ce fait ne nie à personne son droit à l’intimité et à la privauté, la reconnaissance de ses différences et de ses préférences, comme il n’invite pas à développer le même lien de familiarité et le même degré d’affinités avec tous les autres.  Puisque chacun a le droit de gérer son univers à sa manière, dont il est le maître absolu, il a le droit de faire respecter son territoire et son espace psychique, de protéger son intégrité et ses biens et de garder les secrets de son jardin intérieur.  Il n’est pas non plus obligé de respecter les conventions sociales qui ne lui plaisent pas ou briment sa liberté et de vivre tous ses divertissements et ses loisirs en commun   Il lui est également permis de diverger d’opinion pour respecter sa vérité propre.

Ce qui importe, au niveau de la fraternité humaine, c’est de développer un sens aigu de la solidarité qui unit tous les hommes dans la Conscience de Dieu, dans un juste équilibre entre l’exercice de son autonomie et de son indépendance et les obligations de l’échange et du partage altruiste des surplus.

LA SOLIDARITÉ HUMAINE

 

Omraam Michaël Aïvanhov a dit quelque part : «Si on compare avec l’immense quantité de ceux qui travaillent pour la destruction et forment des montagnes de difficultés et d’obscurité, à peine trouvera-t-on une poignée d’hommes qui comprennent qu’il faut s’unir pour travailler à écarter toutes les maladies, toutes les guerres, tous les malheurs.  Et ces quelques hommes ne sont pas de taille à lutter contre l’influence nocive des autres.  J’ai toujours dit que la quantité est très importante : la quantité de ceux qui sont bons, purs, éclairés et capables de participer à la formation d’une fraternité universelle dont les décisions pèseront dans la balance du monde.  Mais au lieu de comprendre et de s’unir pour tout transformer, au lieu de participer à cette œuvre formidable, la majorité des humains restent là, individualistes, séparés, isolés, et ils ne travaillent que pour leur propre intérêt.»  Il y beaucoup d’appelés, mais peu d’élus.

La solidarité se définit comme la prise de conscience d’un individu d’une communauté d’intérêt qui transcende ses avantages purement personnels et qui lui impose moralement l’obligation de porter assistance aux autres, quand ils sont dans le besoin, et de ne jamais les desservir dans ses choix et ses actes.  Elle recouvre le sentiment de responsabilité mutuelle entre les êtres humains qui participent d’une même conscience et d’un même destin, qui sont donc interdépendants dans leurs intérêts et leur besoin d’aide, ce qui fixe des obligations auxquelles ils sont réciproquement tenus.  En termes très simples, nul être humain n’atteindra la Cime de la Pyramide cosmique ou de la Montagne sacrée sans aider les autres à l’atteindre.

Pour se consoler, observons qu’un dixième d’un pourcent de l’Humanité peut réussir à illuminer toute la planète, tellement la Puissance du Bien, qui se multiplie au centuple est grande, centuple qui s’accroît quand il traverse la conscience d’autres êtres de bon vouloir.  La vie des êtres humains s’exprime à l’intérieur d’une Pensée maîtresse, émanant de Dieu, comme celle qui régit les abeilles qui s’activent pour collaborer dans une ruche.  La ruche est d’ailleurs le symbole du Foyer de la Famille spirituelle et l’abeille, celui de l’élu.  L’essaim d’abeilles, composé de milliers d’individus, ne forme qu’un corps, régi par la reine, comme le Corps mystique (la Sainte Assemblée ou la Communion des Saints), régi par le Christ.

L’Humanité doit suivre la trajectoire de l’«évolution de la race», expression qui désigne la fusion des cultures dans le respect des différences et des particularités qui enrichissent la collectivité.  Le Destin universel impose que tous les êtres humains s’unissent, dans leurs pensées, leurs intentions et leurs choix, pour favoriser l’évolution de tous les êtres de tous les règnes, sous la direction éclairée de la Pensée suprême ou maîtresse et de la Hiérarchie cosmique.  Cette attitude de bon vouloir ne privera personne de quoi que ce soit, au contraire.  Elle s’insère naturellement dans la dynamique de la loi de l’Échange et du Partage et de la loi de l’Amour pur.

RETOUR SUR L’UNITÉ

Le principe de l’Unité exprime que Dieu seul existe et qu’il n’existe en lui nulle séparation.  Ainsi, au-delà des apparences ou des voiles, Tout se tient, de sorte qu’aucun être n’est séparé du Créateur, d’un autre être ou des autres êtres, ni de quoi que ce soit.  L’impression de l’individualité découle d’une séparation fictive puisqu’un lien unit tout être à tout et à tous, même si chacun semble distinct, doté d’une destinée différente.  Chacun fait partie de l’Océan de la Conscience cosmique et du Corps divin qui n’évoquent que deux aspects d’une même Réalité unique.  Tous ne forment qu’une même famille universelle.

Le principe de l’Unité n’est intelligible que par le biais d’un état supérieur de la conscience parce qu’il ne semble avoir aucun rapport avec la perception habituelle de la vie incarnée et des réalités de la vie quotidienne.  À partir de cette vérité supérieure, maintenue dans sa pensée, un être cesse de se concentrer sur les différences et la division pour s’ouvrir à la compréhension, à l’amour et à la compassion, y trouvant un intérêt personnel : en contribuant au bien collectif, il participe à l’amélioration de sa propre situation.  Dans ce contexte, l’’intérêt personnel de l’ego se transforme en un intérêt personnel supérieur qui élimine monde-unil’envie, la jalousie, l’esprit de concurrence, pour devenir un esprit de rapprochement, de coopération, de fusion consciente.

Tout bien pensé, ce n’est qu’en agissant comme s’il n’était séparé de rien qu’un sujet particulier, considéré comme un individu, peut guérir, s’extraire de ses limites et retrouver son monde et le Monde.  Même dans l’extrême,  tout adversaire devient à la fois un étudiant et un enseignant, voire une partie de soi.  Dans une telle conception, tous ses dilemmes et tous ses conflits se dissipent, tous les paradoxes de la vie se résolvent, d’où il entre dans une paix profonde.  Chacun est en tous et partout.  La séparation est illusion entretenue par le mental.  La vérité c’est que nul n’est seul, ni isolé, ni esseulé, dans ce monde ni dans un autre.  Tout illustre Dieu, la Cause de tout, qui s’exprime dans une multiplicité féconde qui n’est qu’apparente.  Il s’agit simplement du Grand Jeu amoureux de la Vie.

L’Unité se glorifie par la multiplicité au-delà du temps et de l’espace.  Pour l’être évolutif, l’Unité signifie le Retour à la réalité originelle, le terme de la dualité, la fin des forces d’opposition et de contradiction et la suppression de la résistance qui empêchent le recouvrement de la Souveraineté idéale d’un être.  Pour vivre dans la nouvelle conscience, chacun doit apprendre à être dans l’Unité : Unité en soi-même, unité avec l’Autre, unité avec le Tout, qui engendre lui-même ce qu’il est, qui est fait de chacun, et de tout ce qui vit.

Tous les Instructeurs légitimes ont toujours rappelé ce principe fondamental de l’Unité.  Par exemple, Satprem a émis l’avis que: ((La loi même du monde est une loi d’unité dans la diversité, il n’y à pas deux feuilles qui se ressemblent sur un même arbre.  Mais l’unité, elle n’est pas dans l’expression et là manière d’Être, elle est dans là conscience et là substance.))  Abd-Ru-Shin, un écrivain allemand ouvert à la philosophie, a ajouté: ((Une Force unique pénètre l’en deçà et l’au-delà; toutes choses tirent leur vie et leur activité de ce courant vital unique; tout est par conséquent absolument et indissolublement lié.)

 Dans nos recherches, c’est peut-être Lanza del Vasto, le fondateur de la Communauté de l’Arche, ce mystique chrétien inspiré par l’Hindouisme, qui a le mieux complété ces premières explications quand il a dit: ((Car les semblables sont faits pour s’assembler, les pareils pour s’appareiller, les complémentaires pour se compléter, les divers pour se ranger comme des perles sur un fil, les extrêmes pour se toucher, les opposés pour se concilier, les contraires enfin pour se rencontrer dans l’Unité de l’Infini où tout passe à la limite…Or, de même qu’il y a une lumière qui se brise en sept couleurs et puis en septante fois mille couleurs, de même il n’y a pas une vie humaine et une vie animale, une vie spirituelle, une vie intellectuelle, une vie corporelle, il n’y a qu’une vie qui est la Vie, comme il n’y a qu’un Dieu qui est Dieu, le Dieu Vivant, le Dieu qui est la vie.  Qui, étant la vie, seul crée, donne et retire la vie, vie qui de degré en degré descend et se réfracte, se mêle de mille façons à son contraire.)) 

En vérité, il n’y a bien que le mental pour diviser l’Indivisible, car unité et multiplicité, matière et antimatière, ténèbres et lumière, être et néant, présence et absence, acquisition et perte, vie et mort, existence physique et existence spirituelle, qui paraissent inconciliables aux yeux de l’homme, forment pourtant l’unité même, complète, parfaite, active de la Vie.  Ils se fondent sur l’Unité absolue de l’Être, d’où la maxime des vrais Initiés se dit: UN POUR TOUS ET TOUS POUR UN.  Hélas, tant que l’esprit conçoit le morcellement, il reste dans le morcellement !  Ne pouvant entrer dans la Vie, il peut alors s’adonner à d’autres jeux, qui retardent l’échéance de sa rédemption : à l’orgueil, à la haine, à la séparativité, à l’égoïsme, à l’acquisivité, à la domination.

Nul ne peut entrer dans la Vie véritable sans se fondre dans l’Un, sans percevoir l’Être-Un agir partout, en lui-même, dans la Nature, dans ses semblables, dans tous les êtres, dans la Totalité, constamment, sans cesse, sans répit, toujours, tout le temps.

© 2009-15 Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

A propos de l'auteur