L’INTÉRÊT PERSONNEL A DES DEGRÉS: IL PEUT MENER À L’ÉGOCENTRISME AU NARCISSISME…

Le «je», pronom personnel à la première personne du singulier, dévoile l’«ego» ou le «moi» et il identifie la faculté d’individualisation, celle qui s’attribue les faits psychiques et leur donne la forme de faits personnels.  Il attire l’attention sur le «soi-même», le centre de la conscience objective, qui régit l’intelligence et l’appareil par lequel il prend contact avec le monde extérieur.   Voilà la part qui, en chacun, engendre et consomme des énergies, dirigeant une certaine quantité de la force vitale qui lui est propre, capable aussi de réagir à des énergies plus vastes, de s’en servir et de les adapter au besoin.  Avec une majuscule, il identifie l’Ego, le Centre de l’unicité, l’Impersonnalité créatrice, qui a été donné à chacun afin de se séparer du Grand Tout pour se permettre de faire l’expérience d’Egoisme-600x300une particularité de l’Être total.  Ainsi, chaque être individualité représente un cristal aux mille facettes, différente des autres, une combinaison unique de l’Énergie divine.  Au résumé, le «je» réfère à la personnalité, tandis que le «Je» réfère à l’Individualité.

Quant au «moi», ce pronom personnel qui désigne également la première personne au singulier, servant à identifier la personne qui parle et se prononce, mais en renforçant le «je», il indique qu’une personne détient une forte personnalité ou est puissamment retournée sur elle-même.  Il a donné un nom masculin invariable qui évoque ce qui constitue l’individualité ou la personnalité du sujet;  la personnalité qu’un être affirme, en excluant les autres;  le sujet pensant.  Dans la psychanalyse freudienne, il devient l’instance distinguée du «ça» et du «surmoi» qui permet une défense de l’individu contre la réalité et contre les pulsions.  Ainsi, le «moi» devient ce qui constitue la personnalité d’un être humain et lui permet d’élaborer les notions d’individualité et d’altérité.  La notion du moi peut se percevoir de diverses façons.  Il peut désigner un individu considéré comme une personne identique, un être doué de personnalité, un être en relation avec sa propre identité  Il peut encore cerner ce qui constitue l’individualité ou la personnalité d’un sujet, porté à s’affirmer en excluant les autres, ce qui fonde l’égoïsme.  Il peut comprendre la personne humaine en tant qu’elle est consciente d’elle-même, à la fois sujet et objet de la pensée, menant à l’attachement exagéré à sa personne.  Il peut impliquer la personnalité dans sa tendance à ne considérer que soi et qui adapte la réalité à sa perception.

En spiritualité, on définit le «moi» comme le centre de prise de conscience qui reçoit les impressions électriques, sous forme d’impulsions, des vibrations de l’énergie de l’Esprit universel.  Il donne naissance au concept d’un monde structuré à plusieurs dimensions (niveaux ou plans).  Toutes les perceptions individuelles passent par le canal des processus conscient du moi par des stimuli composés d’ondes.  Dans cette perspective, le moi constitue l’ensemble psychologique et psychique qui compose un être dans sa substance individuelle.  Appelé ego, en latin, il devient synonyme de personnalité individuelle.  On reconnaît qu’il relève de la séparativité et qu’il témoigne de la portion d’ignorance qui résulte de l’attention à soi et qui coupe arbitrairement du Tout.  Il induit dans la satisfaction des appétits, des désirs, des besoins et des passions.  Mais ceux-ci ne lui suffisent pas longtemps puisqu’ils ne lui confèrent aucune importance. Alors, pour développer son sentiment de distinction, il recourt à ses mécanismes fondamentaux d’agression : la possession, le pouvoir, la concupiscence et la renommée.

C’est par ces tendances que l’être humain a lentement modifié son environnement.  Mais ses pulsions fondamentales d’agression sont impérieuses et impitoyables, n’étant motivées que par l’éminence de la personne.  Aussi développa-t-il peu à peu une autre impulsion, plus subtile que les instincts, le sentiment d’affinité, un lien avec le moi des autres.  Cette expansion sympathique des émotions d’un sujet aux autres visait d’abord à établir une réciprocité, par une comparaison mentale, tenant compte des propres sentiments du sujet dans des circonstances similaires.  Ce fut l’aube de la conscience qui amena l’affection, la forme d’amour que connaît l’être ordinaire, qui implique des préférences et des privilèges.  Il comprit que certains actes et certaines pensées réprimaient le moi, ce qu’il regrettait et déplorait, amoindrissant son sentiment d’estime personnel.  Ainsi, sa conscience établit une influence restrictive sur ses tendances agressives.

Le mot «moi» a donné lieu à des expressions, notamment au «petit moi», qui désigne le «moi inférieur», le «moi séparateur», la personnalité ou l’«ego».  L’«ego», ce terme latin qui signifie «moi», est surtout employé en philosophie, notamment en métaphysique, pour référer au sujet conscient et pensant, bien que, en psychologie, il cerne l’instance du «moi».  Il s’agit de l’entité psychosomatique, aussi appelée la personnalité ou le petit moi, élaborée par le mental, qui donne l’image intériorisée de la conscience de soi et de sa valeur, qui favorise le culte du moi, le développement personnel, en marge de l’altérité.  Voilà la fonction par laquelle un individu se perçoit comme un moi, comme un sujet singulier, unique et permanent, différent de tout autre.

En fait, le «je» désigne l’instance artificielle ou factice de l’être qui surgit de la conscience dissociée, séparée, divisée.  Il s’agit de la partie matérielle de l’homme, élaborée par le mental, qui développe des traits de caractère, un tempérament, des comportements, des aptitudes, des motivations, un rôle social, une façon de penser, exerce une influence, bref tout ce qui constitue son individualité propre.  L’image mentale qu’un sujet se forme de lui-même, révélant ses traits distinctifs et ses dispositions générales dans sa façon de sentir, de penser, de parler et d’agir ou de réagir.  Ce qui fait qu’une personne est elle-même et pas une autre et qui correspond à sa manière de raisonner, de percevoir son milieu et son environnement, de s’adapter au milieu, de réagir face aux événements, de témoigner sa sensibilité (sentiments), de présenter son apparence physique, ajouté à ses comportements, attitudes, aptitudes, habitudes, postures, qualités et défauts, volonté, adresse, agilité, éducation, centres d‘intérêt, degré d’acceptation de soi, croyances, modes de créativité, maîtrise individuelle, degré de conscience.  Ainsi, elle recouvre la totalité des caractéristiques individuelles.

C’est l’âme, sortie du Tout divin, qui peut choisir, par son libre arbitre, de retourner vers lui, grâce à la compréhension de l’unicité du Moi en Dieu.  Car, s’il y a un petit moi ou un moi inférieur, par opposition, il doit y avoir  un «Grand Moi» ou un «Moi supérieur», qu’on appelle parfois, simplement, le «Moi».  Ce que la majuscule peut faire!

Dans cette acception, le «Moi» désigne l’Identité intrinsèque d’un individu incarné.  Du reste, selon les auteurs spirituels, pour bien se différencier, ce «Moi» porte divers épithètes qui le renforcent, pour éviter toute confusion.  Il s’agit du «Maître personnel», «intérieur», «intime» ou «dormant» ou du «Veilleur silencieux».  Ainsi, on parle de «Vrai égocentrismemoi», de «Moi christique», de «Moi divin», de «Moi essentiel», de «Moi intérieur», de «Moi réel», de «Moi supérieur», de «Moi spirituel» ou de «Moi suprême», même de «Moi des profondeurs».  Ouf!

Il s’agit de l’Être divin sans âge et éternel qui a vécu plusieurs expériences depuis qu’il a franchi le Pont de l’Infini et qui infuse d’un dynamisme qui pousse à apprendre en communiquant l’expérience d’un entraînement antérieur afin d’assister dans l’expérience présente.  Il évoque l’aspect le plus élevé de chaque identité.  Dans le processus évolutif, il représente la dernière conséquence du travail intérieur sur soi-même, le résultat de la transmutation initiatique.  Pour l’être humain, il figure l’Idée parfaite de lui-même, sa Quintessence limpide, pure et lumineuse.  Toutefois, la majorité préfère attribuer ces titres à la Monade spirituelle.  Autrement dit, il désigne l’Identité intrinsèque d’un individu incarné, l’Être divin sans âge et éternel qui a vécu plusieurs expériences depuis qu’il a franchi le Pont de l’Infini et qui infuse d’un dynamisme qui pousse à apprendre en communiquant l’expérience d’un entraînement antérieur afin d’assister dans l’expérience présente.  Doté d’amour, de sagesse et d’intelligence, il peut offrir la vérité et l’assistance à celui qui en reconnaît l’existence au plus profond de lui.    C’est l’Esprit divin, c’est l’Esprit qui dirige, de loin, de l’au-delà ou de l’intérieur, le corps physique et le mental.

C’est le Cela en soi qui guide toujours vers la Vérité.  Situé de l’autre côté du voile ou de la trame, il engendre des solutions pour son incarnation présente et il organise d’autres planifications pour ses contrats éventuels.  Il s’agit du Moi christique qui agit comme Messager et Interprète du Père dans l’Univers.  C’est la partie la plus élevée de l’être qui gère des concepts interdimensionnels, qui maîtrise les niveaux les plus complexes de la physique, de la biologie et du psychisme, le Maître de la Magie ou de l’Alchimie.  C’est la partie de soi qui engendre la matière et qui connaît les plus grands secrets de l’amour.  C’est l’Étincelle de vérité intuitive en chacun, qui provient de la Grande Source centrale de l’Univers, qui a toujours existé et qui existera toujours.  Son intervention est déclenchée par l’intention et un haut niveau de connaissance.  On l’appelle encore le Soi supérieur ou divin, l’Être transcendantal,  l’Auxiliaire intérieur, le Maître intérieur, la Présence Je Suis, et bien autrement.

Le «je», et encore plus le «moi, je…» ou «moi, c’est…», dénote l’égocentrisme et l’égoïsme, qui peuvent s’exprimer à divers degré, selon le degré de maîtrise de soi et d’ouverture aux autres, appelé l’altruisme.  Amenant à se ficher de l’intérêt et du bien-être d’autrui, ils engendrent un comportement antisocial que l’on peut appeler «l’asociabilité».  Selon le degré de concentration ou de repli sur soi-même, l’ordre des préoccupations de son propre être va de l’estime de soi au narcissisme.  L’estime de soi, qui est amour sain de soi, amène à s’accorder la première place, dans ses priorités, ce qui est un droit naturel, puisque nul ne peut donner ce qu’il ne possède ou ne porte pas.  Surtout que, chez un être sensé, il implique l’acceptation de lui-même tel qu’il est pour l’information que son être fournit relativement à son degré d’accomplissement personnel.  C’est un être qui sait se respecter dans son droit d’agir à sa manière, à son rythme, conformément à ses moyens et à sa compréhension, sans devoir rendre de comptes à autrui.  Il assume sa liberté et il exerce sa souveraineté.  Le fait de s’occuper de soi n’enlève rien aux autres.  Puisque chacun est un être entier, complet, total et parfait en lui-même, et que, à l’origine, tous les êtres ont reçu les mêmes dons et les mêmes facultés, personne ne doit rien à qui que ce soit.

Cette considération personnelle doit comprendre le fait de s’accorder le droit à l’erreur, autoriser à explorer ses zones d’ombre, incliner à retrouver son identité et à comprendre que, tel qu’on est, on est aimé de Dieu et de l’Univers, et qu’on vit une grande aventure évolutive, du fait qu’on foule le sol terrestre.  Elle implique également le détachement ou le lâcher prise qui amène à cesser de réagir pour apprendre à agir de façon créative et constructive, s’accordant un amour inconditionnel, sans jugement.  Fier de lui, chacun doit se couronner lui-même et se revêtir de ses habits royaux sans attendre que les autres le fassent pour lui ou confirment son droit de le faire.  Chacun reste le maître absolu et le directeur unique de son univers, appelé à agir de façon libre, autonome, indépendante, mais amoureuse, fraternelle et solidaire.  De ce fait, il peut marcher en dehors des voies proposées, tourner ses yeux vers des espaces et des lieux interdits, pour valider ses conceptions ou affermir son savoir.  Car nul ne peut avancer sans danger avec des croyances mais il peut le faire avec des certitudes confirmées par l’expérience personnelle.  Alors, se proclamant Enfant divin, créé à l’image et à la ressemblance du Créateur, il peut explorer tous les chemins de la Vérité en respectant la maxime de la modération ou du juste milieu, qui maintient dans l’ordre et confère l’équilibre et l’harmonie : un peu de tout sans abus.

Mais, chez un être déséquilibré, l’estime de lui-même peut rapidement incliner vers l’égoïsme ou l’égocentrisme, qui rendent individualiste.  Héritage de l’instinct de conservations, chacun devient égoïste, aimant tirer la couverture à lui.  L’égoïsme, c’est la propension à se préoccuper exclusivement de son propre plaisir et de son propre intérêt sans se soucier de ceux des autres.  On le comprendra sans problème, l’«ego» est la source de l’égoïsme, cette propension à se préoccuper exclusivement de soi et de ses besoins, quitte à négliger ou renier ceux des autres, menant même à considérer tout être qui s’oppose à cette inclination comme un ennemi à dominer, à écarter ou à abattre.  Cette attention pour soi-même se manifeste par des petits travers agaçants : toujours se présenter en retard à un rendez-vous;   allumer lampes et télévision en rentrant à deux heures du matin, même si  toute la maisonnée est endormie;  dévaliser le contenu du réfrigérateur avant le repas familial;  prendre la plus grande part de tout et le meilleur de tous les mondes;  refuser le partage;  laisser tout traîner, sans jamais rien ramasser, dans la maison familiale;  utiliser les biens d’autrui sans permission ou sans soins.

L’égoïste refuse tout effort qui n’aurait d’objet que d’être serviable, d’être utile ou agréable aux autres.  Son propre intérêt, son propre plaisir ou son propre confort passent avant les considérations altruistes.  Il y a une part d’égoïsme qui s’ignore, mais aussi une part qui s’impose.  Si une part de l’égoïsme peut être inconsciente, une autre peut s’affirmer et s’exprimer sciemment et sans scrupules.  Récidiver au quotidien malgré les reproches et les remarques, cela tient bel et bien de l’indifférence à l’endroit d’autrui.  C’est refuser de lui reconnaître des droits, même les nier. Mais, à l’inverse, il existe des égoïstes héroïques.  On pense ici à ces personnes généreuses qui donnent de leur temps, de leur attention, de leur écoute ou de leurs biens pour se faire admirer socialement.  Dans bon nombre de cas, cet altruisme apparent n’est qu’une forme sublimée de l’égoïsme.  En pareil cas, le don ou les services ne sont pas entièrement désintéressés puisqu’ils comptent sur un retour: un remerciement, de l’amour, de l’intérêt, de l’admiration.  Ils servent à flatter l’ego et à rehausser l’estime de soi.

En principe, on pourrait définir l’égoïsme comme un attachement excessif à soi-même et à ses intérêts, dans l’application du principe des deux poids et deux mesures, il s’exerce au détriment ou au dépens des autres.  En effet, l’être égoïste aime s’isoler pour jouir de ses choses, refuse de les prêter, évite de s’associer aux autres, s’abstiens d’aider les autres ou de leur porter son concours.  L’égoïsme est la cause de tous les conflits et la source de toutes les mauvaises actions.  C’est l’obstacle majeur qui se pose sur la voie de la libération.  Pour évoluer, un être gagne à vivre dans le détachement et à participer au bien commun.  Un bon moyen de se détacher de sa personnalité, c’est de considérer le caractère éphémère de la vie et le caractère transitoire des choses.  Tout passe, car tout se transforme.

L’égoïsme, une affection excessive de soi-même incline à parler constamment de soi, à tout rapporter à soi, à établir un culte de soi, en oubliant les autres.  Il se signale surtout par la pensée concentrée sur les aspects extérieurs et apparents du moi et par l’abus des mots «moi», «je», «me», «mon», «ma», «mes».  Plus un être est égoïste, plus il oblige les autres à combler ses besoins, gagnant ainsi de l’énergie et du temps pour mieux s’occuper de lui-même dans ses fantaisies et ses caprices.  Voilà comment il réussit, ultimement, à écarter les autres et à apparemment se séparer de Dieu, car il ferme le cœur à l’amour.  Le Maître Saï Baba a dit : «La chaîne de montagne de l’ego cache Dieu.»  Voilà pourquoi il est dit que l’oubli des misères du petit moi augmente la puissance de réalisation dans la Lumière.  Pour sa part, Sivanandâ a affirmé: «Celui qui meurt à la partie inférieure de lui-même s’élève à l’immortalité. Ainsi, détruis ton moi inférieur avec l’épée de l’impassibilité, la hache de la méditation, et accède à l’immortalité…» Sri Aurobindo Ghose a rappelé avec conviction: «Si tu gardes cet ego humain et crois être un surhomme, tu es seulement la dupossessivitépe de ton propre orgueil, le jouet de ta propre force et l’instrument de tes propres illusions.» Yogananda a dit : «Le noyau dur de l’égotisme humain peut difficilement être délogé autrement que par la rudesse.  À son départ, le Divin trouve enfin un canal non-obstrué.  En vain, Il cherche à passer à travers les cœurs de pierre de l’égoïsme.»

Quant à l’égocentrisme, il rappelle la tendance à ne concevoir le monde que de son seul point de vue centrer tout sur soi-même, à juger tout par rapport à soi ou à son propre intérêt, par opposition à l’allocentrisme, la tendance à faire de l’autre le centre de l’univers, voire de son univers.  Il traduit l’immaturité de celui qui a peu expérimenté et voyagé.  L’égocentrique se préoccupe avant tout de sa personne et il pense qu’il est la première préoccupation des autres.  Il est porté à aimer le regard mélioratif que les autres portent sur lui, mais sans penser à s’aimer véritablement. L’égocentrique ne s’aime pas tel qu’il est mais tel qu’il paraît aux autres, il pense être la seule cause du bonheur ou du malheur des autres, il peut se prendre pour le sauveur, le tyran ou le martyr de ceux qui l’entourent.  Il s’apprécie dans le reflet que les autres lui retournent de lui-même.

L’égocentrisme relève d’une genèse différente de l’égoïsme : il résulte d’une ratée d’individualisation.  En effet, le bébé humain prend progressivement conscience de lui-même en se différenciant de sa mère avec qui il entretient  d’abord une relation fusionnelle.  La capacité d’utiliser le «moi» ou le «je» dans le langage témoigne de cette acquisition.  Comme l’a écrit Edgard Morin : «Le sujet humain est égocentrique, dans le sens où il s’auto-affirme se mettant au centre de son monde.  Mais, dans son «je», il inclut un «toi» et un «nous», et il est capable d’inclure son «je» dans un «toi» et un «nous».»  En effet, dans la petite enfance, l’être en croissance se croit le centre du monde.  Dans une pensée magique, il pense qu’il suffit de demander ou, en cas de résistance ou de retard, d’exiger et d’attendre satisfaction de son désir ou de son besoin.  Il croit qu’il suffit qu’il veuille quelque chose pour que cela se produise selon sa projection.  Par la suite, l’éducation familiale et les relations sociales vont l’aider à diminuer sa centration sur lui-même, étant appelé à partager, à patienter, à renoncer, à tenir compte de l’existence de l’autre.  Sa socialisation passe par la frustration de voir ses droits présumés réduits.  En cas d’échec dans sa socialisation, il demeure un adulte centré sur lui-même, c’est-à-dire  égocentrique.  Il est dans l’incapacité de prendre en compte un point de vue différent du sien. Il a toujours raison, il ne comprend pas son entourage. Souvent, il n’entend pas exactement ce qui lui est dit: il choisit dans le discours ou les attentes de l’autre ce qui lui est favorable.

Si l’égoïste ne se soucie pas des autres, l’égocentrique, un incompétent social, s’en soucie trop: c’est leur jugement qui le fait vivre.  Il veut être aimé, servi, admiré, reconnu. Toute critique ou remise en cause soustrait à son bonheur.  Comme il s’observe en permanence, il pense que le reste du monde l’observe aussi. De l’égocentrisme à la tendance paranoïaque, il n’y a donc qu’un pas: dès que les choses ne vont pas dans le sens de ses attentes, systématiquement, il se sent persécuté, désapprouvé.  Par exemple, dans un «Oui, mais…», il ne retiendra que le «… mais…»  Ses difficultés ou ses erreurs sont toujours imputables aux autres.  Par exemple, s’il fait tomber un objet, ce sera parce que quelqu’un l’a mal posé, l’a placé à un mauvais endroit.

En fait, un tel être n’est pas forcément égoïste, puisqu’il peut rechercher consciemment le bien d’autrui, se montrer généreux, se poser comme un protecteur ou un sauveur.  Mais il peut aussi devenir tyrannique, comme il l’était lorsqu’il était un petit enfant, à savoir que ses désirs doivent être exaucés illico, comptant même qu’il en soit ainsi avant même qu’il ne les ait exprimés.  Il s’attend à ce que l’autre, à l’instar de ses parents autrefois, devine ses pensées ou ses intentions, le comprenne intuitivement, sa pensée tenant lieu de parole, ce qui peut causer des problèmes de cohabitation.  Dans le pire des cas, l’égocentrisme, associé à l’égoïsme et à la mégalomanie, peut devenir un fléau pour la société, puisqu’il engendre les monstres sanguinaires indifférents à la souffrance des autres, bien capables, à l’occasion, de chercher la renommée dans la haute criminalité.  Ainsi, si l’égoïste n’est pas nécessairement, l’égocentrisme l’est.  Ses attitudes et ses comportements traduisent un profond sentiment d’insécurité, de doute et de dépendance parce que, dans leur admiration inconditionnelle, ses parents lui ont passé trop de choses dans son éducation.  Très souvent, il désigne moins une inclination égoïste que cette pulsion plus délicate qui fait rechercher l’estime, l’admiration ou les éloges de ses semblables.

L’égoïsme et l’égocentrisme peuvent mener à l’égotisme, une forme d’admiration de soi qui ajoute du raffinement à l’aspect brut des deux premiers.   Il s’agit d’un culte du moi, mené avec ou sans complaisance, la revendication d’être soi-même, la poursuite trop exclusive de son développement personnel qui implique une disposition à parler de soi, à faire des analyses détaillées de sa personnalité physique, morale, éthique, psychique.  Il s’agit de l’exaltation du sentiment du «moi» dans son unicité qui mène à une règle de vie construite sur cette recherche, ce qui devient une religion du «moi», un culte de la personne intime, la contemplation béate de soi-même qui se cherche des témoins, par exemple dans l’écriture ou les arts.

Chez un être qui souffre d’un complexe d’infériorité ou de supériorité, dès que l’orgueil commence à s’en mêler, il bascule dans l’amour-propre, ce sentiment de sa propre valeur ou de sa dignité qui repose généralement sur l’attachement exclusif à sa propre personne, à sa conservation et à son développement.  Il peut traduire un sentiment d’infériorité sublimé qui rend très susceptible.  Ce mot définit très souvent une propension à l’égocentrisme et à l’égoïsme, dont on a déjà parlé.  Car, dès qu’il est question de respect, d’honneur ou de dignité, les choses en restent rarement à cet état inoffensif.  Il se transforme rapidement en un attachement presque exclusif à sa propre personne, à sa conservation et à son développement.  Ainsi, il exprime l’appréciation subjective, plutôt positive, qu’une personne porte sur elle-même, afin d’assurer sa conservation, qui peut dégénérer en agressivité, en hostilité.  L’égocentrisme est le travers des artistes de tous acabits, chanteurs, comédiens, mannequins, modèles, etc. qui trouvent dans la réaction du public une propre raison de s’apprécier.

En fait, l’amour-propre, qu’il ne faut pas confondre avec l’estime de soi, peut exprimer une attitude vicieuse quand il définit une propension à l’égocentrisme et à l’égoïsme.  En ce sens, il faut savoir le contenir en de justes limites.  Cette émotion atteint son paroxysme quand elle amène un être à se préférer aux autres, exigeant en outre que les autres le préfèrent à eux, ce qui est rarement possible et déclenche des conflits de personnalité.   Alors, s’attendant à ce que les autres s’éprennent de lui et se négligent à son bénéfice, il finit par les dégoûter et les repousser.  À ce propos, Madame de Lambert, une fine observatrice,  a écrit : «Notre amour-propre nous dérobe à nous-mêmes, et nous diminue tous nos défauts. Noégotiqueus vivons avec eux comme avec les odeurs que nous portons ; nous ne les sentons plus, elles n’incommodent que les autres : pour les voir dans leur vrai point de vue, il faut les voir dans autrui.»  La comtesse de Ségur rappelait avec ironie: «L’amour-propre, toujours maître des hommes, corrompt les forts par l’orgueil et les faibles par la vanité.»  Et La Rochefoucauld d’ajouter: «L’amour propre est le plus grand des flatteurs.»  Napoléon lui-même, qui s’est élevé très haut et s’est complu dans sa gloire conquérante, avouait : «Le plus dangereux conseiller, c’est l’amour-propre.»  À l’extrême, l’amour-propre peut faire basculer dans la vanité ou la mégalomanie.

L’amour ou l’estime de soi est une vertu; l’amour-propre, qui en est le débordement, est un vice assez pernicieux.  Il révèle qu’on porte une trop grande attention à son petit moi et qu’on craint constamment qu’il soit blessé, atteint dans sa dignité, qu’on lui manque de respect, qu’on le critique, qu’on le déprécie.  Cette émotion se définit par l’opinion avantageuse qu’on se forme de soi-même et que l’on souhaite imposer aux autres par le respect… ou par des moyens moins nobles.  Or, on ne peut être respecté si on ne se respecte pas soi-même.  L’amour-propre conduit facilement à la susceptibilité qui porte à se vexer ou à se formaliser à la moindre remarque ou à la moindre contradiction.  Pascal disait: «La nature de l’amour-propre et de ce moi humain est de n’aimer que soi et de ne considérer que soi.»  Oui, car il dispose à la recherche exclusive de son bien personnel et de son avantage particulier en toute situation.  Il étouffe et tue l’amour, formant mieux l’esprit à ses droits qu’à ses devoirs, plaçant le bien individuel au-dessus du bien collectif.  En effet, la blessure d’amour-propre dure trop longtemps pour permettre à l’amour tout court de renaître.  En général, le vaniteux et le prétentieux se montrent plutôt arrogants et ils méprisent d’autant les autres qu’ils s’estiment eux-mêmes.  À la vérité, celui qui exhibe son amour-propre manque d’équilibre, il a perdu sa confiance en lui.  Au lieu d’examiner ses travers, il n’insiste que sur son droit d’être en colère et d’en tirer satisfaction.  Alors, un petit conseil, tournez ce petit ou grand défaut à votre avantage.  Si vous voulez obtenir quelque chose d’un vaniteux, flattez son amour-propre en évitant soigneusement qu’il s’en serve pour tenter de vous asservir ou de vous inférioriser.  Car, ce qui étonne toujours, chez celui qui est affligé de ce mal, c’est qu’il tient toujours moins compte de son propre jugement sur lui-même que de celui des autres.

Mieux que toute autre atteinte, la «blessure d’amour-propre» révèle le degré de vanité et d’’orgueil d’un être.  C’est la même chose pour le trac, il révèle un ego disproportionné qui, incapable de mettre les choses en perspective, redoute toujours de ne pas être la hauteur, de décevoir autrui et de perdre la face.  On aura beau dire qu’un artiste sans trac ne peut donner une bonne performance, il s’agit là d’un prétexte pour s’éviter de chercher ailleurs l’explication de son mal.  L’excès d’amour-propre révèle qu’un être cherchait à dominer, mais qu’il a trouvé son maître.  Dès lors, ne pense-t-il qu’à se venger, à trouver un moyen de rabaisser l’autre, le présumé coupable de son humiliation.  Regardez-le agir avec ses projections retentissantes qui, bien qu’elles aient surgi dans une défaite d’un lointain passé, n’ont pas été encore encaissées et continuent à l’agiter dans l’inconscient.  Il se rend malheureux en ressassant ses souvenirs douloureux, ne cherchant qu’à entrer en campagne pour démolir l’autre qu’il perçoit comme un ennemi ou un rival.  Il ne comprend rien au fait que son pire ennemi, c’est lui-même.  Refusant de laisser passer quoi que ce soit, il conduit à s’isoler pour inventer des représailles.  En présence de celui qui l’a blessé, celui qui a été piqué dans son amour-propre, boude et cherche à le faire souffrir par des silences éloquents, pleins de reproches ou il prend des attitudes outragées, désobligeantes.  De temps en temps, il jette à l’infâme qui l’a blessé un regard lourd, amer, assassin, lui lançant, s’il le peut, des propos injurieux.  En tout temps, il cherche le défaut de sa cuirasse : il cherche une occasion propice, publique de préférence, pour le démolir, lui rendre ce qu’il croit la monnaie de sa pièce, et plus, s’il est possible.  Pour ce vaniteux, l’autre est une personne à abattre, peu importe que ses réactions échappent à la commune mesure, à l’importance de la blessure subie.  En l’absence de son ennemi, il lui faut tenir sur lui des propos calomnieux, mais furtifs et voilés, pour faire déprécier l’autre par l’ensemble de ses fréquentations ou connaissances.  Il lui est toujours intolérable de voir un autre refuser de servir, de s’incliner ou s’affirmer mieux que lui-même.

Dans leur expression excessive, donc pathologique, l’égocentrisme ou l’égoïsme deviennent du «narcissisme».  Il s’agit de l’admiration de soi ou de l’attention exclusive portée à soi, au point d’ignorer les autres ou de ne leur accorder aucun intérêt, sauf dans la part d’admiration qu’ils retournent.  Il s’agit d’une fixation affective à soi-même.  Sommairement, le narcissisme peut couvrir toutes les manifestations égocentriques exagérées: délire de celui qui se trouve superbement beau;  attention exagérée à sa belle apparence;  amour excessif de sa propre personne;  contemplation continuelle de soi;  attention exclusive que l’on se porte;  désir de se regarder et de se faire voir par tous les moyens, notamment par des photos.  Elle exprime la prétention, l’orgueil, la vaniégotique-vainqueurté, la fatuité.  Le narcissisme est une infatuation de soi qui se fonde sur un désir morbide d’être admiré pour soi plus que pour ce que l’on est ou possède parce que, par soi-même, on ne se trouve pas d’autre valeur.   On aime être considéré conformément à l’idée que l’on se fait de soi.  On ne réussit donc à s’apprécier que dans la mesure où cette idée que l’on projette passe, est bien reçue, ce qui se traduit par de la considération ou de l’admiration.  Pas étonnant qu’on vive sans cesse dans la crainte de l’humiliation et qu’on soit à ce point susceptible.  En règle générale, on peut mesurer le narcissisme d’une personne au temps qu’elle passe devant son miroir, à l’attention qu’elle porte à sa tenue vestimentaire, au temps qu’elle consacre à parler d’elle ou à signaler sa présence.

Blaise Pascal, ce janséniste, a dit que le «je» est haïssable.  C’est vrai que, dans une conversation ou un récit, personne n’aime trop écouter un autre parler longuement de lui-même.  C’est un réflexe égoïste qui amène, chez celui qui ne sait pas interrompre un autre pour prendre sa place, à croire que le temps que l’autre consacre à son être, c’est du temps qu’il lui soustrait dans la promotion de ses propres intérêts ou sa volonté inconsciente de lui-même se faire valoir.  Il est vrai qu’il faut mettre son ego à sa place, mais cela n’invite pas à le tuer, puisque, tant qu’il  agit dans la troisième dimension, le plan de la matérialité, il est le moteur de la motivation personnelle.  Nul ne doit trop s’inquiéter de son ego, tant qu’il ne produit pas de ravages, puisque, malgré sa propension à appliquer deux poids et deux mesures, il est appelé à mourir de lui-même, au moment opportun, soit au moment où il ne sera plus d’aucune utilité dans les préoccupations de la survie.  Celui qui traite un autre d’égoïste dénote son propre égoïsme, à savoir qu’il laisse entendre que l’autre le restreint dans son droit d’occuper la place qu’il croit lui revenir.  En somme, comme il n’y a ni bien ni mal, c’est la modération en tout qui maintient dans le juste milieu.

Loin de ces fluctuations émotionnelles, l’être amoureux, au sens supérieur du terme, est naturellement simple et humble et il s’estime suffisamment pour ne pas tenter de se mesurer à autrui, de se comparer, de rivaliser avec les autres, sachant ne pas avoir à devenir comme un autre, mais à s’accomplir dans son Essence et dans sa Nature, à redécouvrir sa propre Identité innée.

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