QU’EST-CE QU’UN ENNEMI?  QUI EST L’ENNEMI?

«Nous avons rencontré l’ennemi, et c’était nous…»

Tous savent que l’ennemi est une personne qui en hait une autre, qui s’oppose délibérément à autrui, qui lui veut du mal, qui cherche à lui nuire.  Mais peu comprennent le sens de l’inimitié.  L’inimitié naît de l’incapacité de se regarder dans le miroir pour se reconnaître la cause unique de ce que l’on attire.

D’une part, celuenemy1i qui se glisse dans la peau de l’ennemi s’improvise geôlier, car il doit garder qui il hait en prison pour qu’il ne puisse lui nuire.  Ce n’est pas un métier de tout repos, car il doit s’imposer des heures de vigie plus longues que son prisonnier, occupé à voir à ce qu’il ne parvienne à s’enfuir.  Alors, qui est le plus malheureux?  Celui qui hait ou celui qui est haï?

D’autre part, l’ennemi n’est pas toujours celui qu’on pense.  Car, pour chacun, son pire ennemi, c’est lui-même, même quand celui-ci se déguise dans un personnage extérieur.  Car un tel déguisement ne devient possible que pour celui qui n’a pas su se reconnaître dans sa propre hostilité à son endroit et qui appelle qu’un personnage extérieur, qui la magnifie, l’endosse pour la lui refléter avec puissance jusqu’à ce qu’il la reconnaisse enfin.   Publius Syrus a dit : «Le plus dangereux ennemi est celui qui est caché dans notre cœur.»  Pour sa par t, le Père Jacques-Maire Louis Monsabré abonde dans le même sens en disant : «Dans la lutte pour la vie, le premier ennemi à combattre, c’est soi-même.»  Ainsi, il faut savoir regarder un ennemi en face puisqu’il ne sert qu’à éclairer sa propre part d’ombres.

Si, en changeant sa conception, on pouvait penser, ne serait-ce qu’une seconde, que l’ennemi peut représenter un maître voilé, subtilement engagé pour donner une leçon de vie, ne changerait-on pas d’idée à son sujet ?  Si on parvenait à le voir comme un être dévoué qui a choisi ce rôle ingrat pour aider à avancer sur le Sentier de la Vie, pour faire évoluer, pour faire comprendre et faire lâcher prise, pour faire abdiquer une part d’ego, on pourrait le considérer autrement.  Surtout, si on pouvait concevoir un moment que, en fait, cet ennemi s’est présenté à soi par Amour afin de faire évoluer à travers une souffrance nécessaire, on ne pourrait plus jamais jeter le même regard sur lui.

Comme tous les êtres qu’on côtoie ou rencontre, l’ennemi est un miroir, un être attiré par des similitudes d’expérience.  Si on le comprenait bien, on pourrait étendre cette notion aux textes sacrés des diverses religions, ce qui changerait complètement leur dynamique réciproque.  Alors, l’injonction invitant à ((terrasser les ennemis de la religion)) serait comprise comme un appel à extirper ses propres mauvais penchants personnels.  Dans toute religion authentique, tout message spirituel prend d’abord une valeur symbolique dont l’exemple didactique, qui le voile, ne sert qu’à approfondir une réalité pour s’élever, à partir de la lettre, jusqu’au niveau de l’Esprit.  Et c’est le message spirituel qui doit prévaloir sur l’autre.

Si on connaît bien son ennemi, on peut mieux le tenir en respect, sauf que, pour le vaincre, il faut recourir à une force qui lui soit supérieure, non employer les mêmes armes que lui.  Or, la seule force invincible, c’est celle de l’Amour pur, qui s’exprime dans la magnanimité.  Qui connaît les voies de la bonté sait qu’il confronte un ennemi, une personne égmiragearée, pour le guider dans une voie meilleure, non pour l’abattre, puisqu’il attenterait à une part de lui-même.  Au lieu de s’opposer à lui, pourquoi ne deviendrait-il pas son sel et sa Lumière, en autant qu’on n’ait pas soi-même perdu sa saveur et sa clarté, pour le rendre plus agréable à ses semblables?

Celui qui réussit à influencer un être favorablement devient son maître.  Alors, pourquoi ne pas affirmer sa maîtrise sur le mal apparent par la puissance de la bonté et se faire ainsi le maître de toutes ses relations avec les présumés méchants?  La Lumière qu’un être porte vaincra toujours l’ombre qui l’entoure, même si elle se terre dans un autre.  Chacun gagne à donner à son ennemi une occasion favorable dans sa vie.  Y a-t-il quelque chose de plus exaltant que de devenir le partenaire de l’Énergie cosmique et de la Vérité divine dans les conflits entre les extrêmes et d’assister à leur triomphe?

Il est toujours enthousiasmant de devenir un canal vivant de la Lumière pour ses semblables, temporairement perdus dans les ténèbres spirituelles.  Serait-on si lâches que, sachant nager, on attendrait sur le bord de la mer à regarder un compagnon de route, même un étranger, qui ne le sait pas et risque de se noyer?

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