L’INIMITIÉ, L’AMITIÉ À REBOURS…

L’inimitié désigne l’état de celui qui se présente comme un ennemi ou un adversaire.  Dans toute expression d’inimitié, il y a une amitié ou une affection frustrée, car l’être vraiment détesté laisse complètement indifférent.

Un Sage a dit : «Mon pire ennemi, c’est moi-même.»  Un autre ajoutait : «L’ennemi, c’est le mal nécessaire qui émane du moi séparateur, agissant comme le Noir méprisé et redouté, le dernier et indispethumbnsable purificateur de la conscience pour séparer des vues fausses et donner le plein.»  En effet, tout ennemi est un Ange déguisé, placé sur sa route pour pointer du doigt ce qui, en soi, demeure encore faible et inaccompli.  Et c’est forcément un être dont la vision du bien diffère de la sienne.  L’ennemi n’est jamais uniquement un être qui veut du mal et qui cherche à nuire.  C’est celui qui vient révéler la part d’obscurité qu’on porte encore à son insu.  Ainsi, déloger l’ennemi consiste, au premier chef, à rester alerte et vigilant, en appelant la Lumière divine, pour chasser hors de soi ses pensées inférieures, délétères, sans noblesse, contraires à son évolution.  Car l’ennemi appelle toujours à identifier en soi-même    une attitude hostile, mais inconsciente.

En réalité, l’ennemi vient aider, dans sa vie, à appeler les choses par leur nom pour éviter qu’on persiste à appeler vertu ce qui est vice.  Il peut s’agir diversement d’un doute, d’apathie, d’une culpabilité, de la peur de l’inconnu, de la  nouveauté, de la différence, d’un manque de confiance, de sa crainte d’être jugé par les autres, de sa propension à projeter ses torts, de son habitude d’imiter de façon servile ou à rivaliser avec les autres, d’une attitude hostile, de sa crainte des ruptures nécessaires, de son manque de détachement, de son intellectualisation des principes spirituels, de ses pièges mentaux, de ses sentiments captatifs ou de son affectivité gluante, de son incapacité à s’aimer et à se choisir en premier, de sa manie de trop donner ou de trop prendre, de sa sensiblerie ou de sa mièvrerie, de sa fourberie secrète, de son vol de la réputation des autres.  Peu importe, il peut y avoir mille raisons mesquines.  Chose certaine, l’ennemi veut attirer l’attention sur l’une de ses attitudes indignes relativement au niveau de conscience qu’on a acquis.

En vérité, l’ennemi vient toujours révéler un aspect faible de sa personnalité qu’on négligeait de renforcer par paresse, par ignorance ou par complaisance.  Il porte souvenpoignardert une lumière crue sur son sentiment prématuré d’avoir établi sa maîtrise sur soi.  Il intervient souvent au moment où on risque de s’abandonner, parce qu’on a perdu confiance en soi, ou de renoncer à sa quête spirituelle, parce qu’on avait acquis la conviction qu’elle n’en valait plus la peine ou qu’on avait quelque chose de plus important à faire.  On l’apprend vite, un tel ennemi vient pour vaincre ou pour être vaincu, car il ne connaît généralement pas la demi-mesure.  Il n’entreprend la lutte que parce qu’il sait avoir trouvé un concurrent qu’il peut atteindre, et atteindre exactement au point où, par orgueil, par vanité ou par égoïsme, celui-ci se croyait invincible ou vertueux.

Dans cette confrontation, l’ennemi cherche à dévoiler le côté vulnérable que son adversaire tient absolument à cacher ou à se cacher.  Il sait frapper du côté mal protégé, celui auquel on accordait toute sa confiance.  S’il lui arrivait de sortir victorieux de ce combat, ce serait parce qu’on lui a remis le choix de la façon de combattre ou qu’on cherche à le terrasser avec les armes inférieures qu’il utilise.  Pourtant, dans cette guerre à finir, l’ennemi n’entendait, mandaté discrètement par Dieu, qu’à aider à sortir ses armes les plus lumineuses, celles qui sont du ressort de l’amour, pour fournir l’occasion de progresser ou de mieux s’accomplir.

L’ennemi constituera toujours une parcelle voilée de l’Amour divin qui vient tester sa main, sa volonté, l’usage qu’on fait des armes spirituelles qu’on s’est forgées.  Le destin le place sur son chemin pour accomplir un dessein.  Fuir le dilemme devient donc le pire choix qu’on puisse faire.  Celui qui fuit concède la victoire.  Or c’est dans la victoire seule qu’on peut être glorifié et reçu à cette initiation.  Et la victoire doit être acquise dans le présent, dans ce qu’on est en train de faire, en y ajoutant plus d’amour, dans le désir de vaincre dans l’enthousiasme.  Et on ne peut vaincre qu’en ayant recours à la force de ce qu’on est en train de vivre, en apprenant à le faire avec amour, dans la pureté d’intention, sans attente ni jugement, dans un but évolutif.  Car le combat dont on parle ici, c’est celui du Guerrier pacifique qui répond à la haine par la lumière de l’amour.

Pour comprendre la validité du rôle d’un ennemi, de cet être qui vient contrecarrer ses plans ou ses choix, causer du souci, voler son temps, vider de ses énergies, témoigner de son hostilité gratuite, il suffit de faire surgir spontanément du plus profond de soi l’image qui le représente.  Par exemple, il peut être ainsi perçu comme un guerrier, comme un général, comme un père courroucé ou autoritaire, comme une mère accaparante, comme un imposteur, comme un loup, comme un virus, comme un arbre rabougri, comme une pierre immense.  Mais ce symbole aidera grandement à identifier l’agresseur véritable par le masque qu’il porte.  Par exemple, si on le voit armé, se transformer en hérisson, en oursin ou en cactus, on comprendra qu’il ne veut pas lâcher prise ennemià son hostilité et qu’il tient à sortir vainqueur à tout prix.  On comprendra qu’on l’a attiré par son propre entêtement ou sa propre obstination à se croire dans le vrai quand on est dans le faux.  Si on devait plutôt penser ou ressentir qu’on se sent armé jusqu’aux dents, braqué contre lui, on devra comprendre qu’on projette sur les autres un état d’agressivité latente ou d’amertume larvée que l’ennemi ne fait que refléter.

Dans un cas comme dans l’autre, une transmutation des ses propres pensées et sentiments s’impose.  Il s’agit alors de clarifier le symbole pour changer l’énergie de la situation.  Par exemple, dans sa pensée, on peut voir l’arme se changer en fétu de paille ou tomber en poussière, on peut imaginer le hérisson se transformer en ver de terre rampant et inoffensif, on peut visualiser le cactus tourner en une gelée insipide.  Et, à sa grande surprise, on verra la situation se modifier selon sa conception, dans la mesure où on saura maintenir son image mentale, l’entourer d’amour et la modifier à l’avantage des deux protagonistes.  Avec la foi, l’amour et l’humour, on peut tout dédramatiser et désarmer le pire des adversaires, car on illumine alors tout.

Les coups montés d’un ennemi, ces traquenards placés aux endroits les plus incongrus de sa route, qui surgissent sans qu’on n’ait pu les imaginer ni les prévenir, qui prennent forme devant soi comme par enchantement, sans qu’on sache trop comment, dépassant la prévision ou l’entendement, laissant bouche bée de surprise, de stupéfaction ou d’hébétude, constituent toujours des événements prodigieusement initiatiques ou probatoires, des occasions merveilleusement favorables d’évoluer.  Ils appellent à une remise en question personnelle non à la projection.  Ces occasions se présentent parce qu’on s’est un jour engagé au service de la Lumière et elles viennent permettre de reconnaître qu’on a cédé quelque part ou de démontrer qu’on vit cette réalité avec courage et, peut-être avec plus d’adéquation qu’on le pense.  Voilà comment on peut toujours parvenir à trouver un aspect constructif aux pires situations de la vie.  Les grands drames ne surviennent jamais que parce qu’on a oublié ses antiques contrats avec la Lumière, parce qu’on a laissé s’accumuler les petits ennuis et les petites frustrations ou qu’on a péché par omission, par ignorance ou par agressivité quelque part.

Dans quelque religion que ce soit, quand un Texte sacré appelle à détruire ses ennemis, il n’invite jamais à s’attaquer à autrui, mais à éliminer ce qui, en soi-même, fait obstacle à l’expansion de la Lumière divine.  Pour être d’inspiration divine, donc légitime, un Texte sacré doit évoque la vérité par allégorie.  Ainsi, comme le disait Jésus, il ne faut pas le prendre au pied de la lettre, mais le saisir au niveau de l’Esprit.  Tout Initié le sait, tout texte sacré authentique comprend quatre niveaux de compréhension qui fusionnent dans un cinquième.

L’inimitié exprime le rejet de la faute sur autrui.  À ce propos, la Rose-Croix nous fournit ce commentaire admirable: «On voit souvent des gens se lamenter d’être frapinimitiépés d’ostracisme par leurs semblables.  Ceux qu’ils côtoient semblent, déclarent-ils à tort ou à raison, leur être hostiles.  Au point de vue psychologique, les hommes, en tant que collectivité, sont généralement indifférents les uns envers les autres.  Ils n’aiment ou ne détestent personne à moins d’avoir un bon motif de le faire. Si vous constatez une certaine inimitié envers vous, si l’on semble en général vous éviter, c’est donc parce que vous avez, de quelque manière, provoqué cette attitude chez autrui.

Au lieu de vous plaindre et de vous demander pourquoi la société est si mal faite, vous devez plutôt vous analyser vous-même et déterminer si ce n’est pas vous qui avez tort.  Autrement dit, vous devez faire un sérieux examen de conscience.  Donnez-vous l’impression d’être heureux et rayonnez-vous la bonté, ou bien êtes-vous sombre, déprimé, méfiant ou arrogant, présomptueux, froid et égoïste?  Étudiez ensuite votre présentation extérieure.  Paraissez-vous net, propre, ordonné?  L’apparence physique n’a pas grande importance.  Quelques-unes des plus hautes personnalités du monde politique, du cinéma ou du théâtre sont remarquablement simples, mais la beauté de leur caractère et leur élévation de pensée rayonnent, et attirent.»

Malheureusement, bien des personnes savent s’interroger, mais elles ne savent pas s’écouter se répondre, bien capables de nier l’évidence.  Ce qui cogite dans l’inconscient, les raisons qu’un être a de se mentir, n’affleurent pas facilement à sa conscience.  Chacun est bien partial et subjectif pour ce qui le concerne!

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