FIDÉLITÉ OU INFIDÉLITÉ? 

La fidélité représente un attachement à ses devoirs et ses affections, la régularité à remplir ses engagements, par rapport à des tiers ou à soi-même;  quant à la fidélité conjugale, il s’agit d’une composante de l’union de deux personnes liées par le mariage, donc invitées à respecter les normes de leur contrat d’union, ce qui implique généralement l’exclusivité sexuelle.  On comprend du coup que l’infidélité évoque l’état de celui qui manque à son engagement, spécialement dans le mariage.  Comme norme religieuse, il s’agit de celui qui ne croit pas au Dieu considéré comme le vraunfaithfulli ou comme le seul et unique.  Ce mot peut encore désigner le fait de changer d’identité.

Il faut savoir qu’un être ne peut être fidèle qu’à lui-même, mais que, quand celui-ci a accepté des responsabilités ou signé des contrats, il doit les respecter.  S’il regrette son choix, il n’avait qu’à bien y penser avant de s’engager ou il ne lui reste qu’à faire ce qu’il faut faire pour s’en dégager de façon honorable.  Par exemple, il peut renégocier son engagement.  Et s’il n’y parvient pas, il doit informer clairement l’autre partie de ses intentions de modifier des éléments d’une entente.  Puisque chacun est libre, il peut toujours modifier une entente qui ne lui convient plus ou qui réduit son champ d’expérience.

Sans préconiser l’infidélité, il faut l’aborder parce qu’elle cause bien des ravages dans les couples et les familles.  L’infidèle correspond à la quête de conquérir son père ou sa mère, par personne interposée.  Ce que l’homme infidèle cherche, dans ses escapades, c’est un giron maternel dans lequel il pourrait retrouver la tranquillité, la sérénité et la sécurité de l’enfance.  Il cherche à retrouver sa mère, mais en même temps il réprouve ce désir inconscient, alors il multiplie ses fugues pour se déculpabiliser ou pour affirmer son indépendance.  Au fond, c’est un être mal sevré.  Il a tellement peur de voir les personnes aimées partir qu’il prend la fuite le premier pour s’habituer à la douleur de la séparation ou pour se donner l’impression de prendre lui-même cette initiative.

En psychologie, on opine que l’homme infidèle essaie de se prouver que la femme qu’il a le plus aimée, sa mère, ne lui est pas tout à fait indispensable, après tout, puisqu’il peut trouver d’autres femmes à aimer, même s’il ne leur accorde qu’une attention fugace et superficielle.  En trompant sa conjointe, qu’il aime, il essaie d’achever sa séparation d’avec sa mère, parce qu’elle n’est pas encore complétée (et ne le sera peut-être jamais).  Il tente maladroitement de la mettre à l’abri de ses désirs incestueux, souvent impérieux, et il se libère de la dépendance douloureuse qu’il ressent à son égard.  Jusqu’à un certain point, il tente de mettre la femme qu’il a vraiment aimée et estimée, sa mère, à l’abri de ses désirs sexuels refoulés.  L’infidèle recherche ou recrée, dans toutes les femmes de passage, sa mère.  Et s’il passe vite, de l’une à l’autre, c’est qu’il n’est pas tout à fait dupe de ce qu’il cherche.  Pour ne pas avoir le temps d’approfondir sa réflexion, il butine de fleur en fleur.

Ce que la femme infidèle recherche dans un partenaire mâle ou dans des partenaires multiples, ce peut aussi être sa mère, mais c’est surtout un père qui a dû être absent dans son enfance ou trop effacé.  Mais il se peut aussi que, à l’inverse, elle cherche, par défaut de le trouver chez son propre partenaire, un père très présent et très affectueux.  Comme il se peut que cela résulte d’expériences sexuelles prématurées ou traumatisantes dans son enfance ou sa jeunesse.  Mais il faut comprendre que ces explications un peu dépassée ou incomplètes, parce que bien freudiennes, ne semblent pas tenir compte du cas où un être a pris une décision, à une étape de son évolution où il manquait probablement de maturité, et que, avec le temps, il lui devient finalement impossible de continuer à tenir, ce qu’il ne pouvait prévoir au moment de la prise de sa décision.  Nul être libre ne peut rester indéfiniment piégé par une mauvaise décision qu’il a prise à un moment ou à un autre de son passé.

Quoi qu’il en soit, le fait d’avouer à quelqu’un qu’on aime une autre personne, ce n’est pas de l’infidélité, mais de l’honnêteté, même une forme d’amour supérieur.  Nul n’est invité à n’aimer qu’une personne.  Et le fait qu’un être cher aime une autre personne ne réduit en rien son amour pour soi.  Si on veut être aimé dans l’exclusivité, bien que cela soit pernicieux et très accaparant, il faut le dire, mais on ne peut l’exiger.  Et si l’autre ne répond pas à cette attente, indue du reste, on sait ce qu’il reste à faire, on n’a qu’à se retirer respectueusement, sans jugement.  L’autre n’a pas le devoir de supporter ses fragilités émotionnelles et affectives ni de combler ses besoins.  Celui qui accuse l’autre d’infidélité témoigne souvent de sa propre confusion entre l’amour et le besoin d’être aimé de façon exclusive.  On ne doit pas aimer quelqu’un pour les besoins qu’elle comble ou pour ce qu’elle apporte dans sa vie, mais on doit l’aimer pour elle-même.  Aimer quelqu’un n’a rien à voir avec le fait d’en avoir besoin.  On peut aimer une personne et en avoir besoin, mais on ne doit pas l’aimer parce qu’on en a besoin.  C’est-à-dire que c’est penser aimer que de tenir à quelqu’un d’abord parce qu’il comble un besoin personnel ou qu’il remplit un vide dans sa vie.  L’amour vrai ne met aucune condition, aucune limite ni aucune attente.

La fidélité est une notion culturelle et une affaire de contrat de couple.  Mais les contrats n’ont jamais garanti la fidélité pour nombre de raisons, dont on peut en donner quelques-unes.  D’abord, de la façon qu’on se choisit, pour vivre en couple, et de la manière qu’on mène cette expérience, on assure mal ses arrières.  Les unions de couple ne reposent plus sur un mariage fondé sur des valeurs sacrées, à toute épreuve.  Il y a belle lurette qu’on ne suit plus qu’une morale hypocrite ou utilitaire.  On se hâte de trouver un partenaire pour trop de raisons frauduleuses: pour recréer son père ou sa mère; pour échapper à une névrose d’abandon; pour mettre un terme à une quête morbide d’affection; pour être pris en charge; pour trouver la sécurité; pour assouvir son désir de domination ou de sujétion; pour vivre un amour illusoire à deux; pour faire comme tout le monde; pour compenser à son incomplétude ou à son vide intérieur; pour éviter la réprobation sociale; pour alléger un sentiment d’abandon ou de rejet; pour ne pas vivre seul et se retrouver face à soi-même.  Mais on ne songe pas à se marier intérieurement d’abord.

La liste des motifs pernicieux de s’unir n’en finirait pas.  Mais, dans ces conditions, l’autre n’étant qu’un objet ou une béquille, on en a vite fait le tour: on dévoile rapidement ses attributs physiques, on sonde promptement son idéal, on découvre tout aussi rapidement ses limites.  Les sens s’émoussent en un rien de temps; l’imagination s’assouvit et s’assoupit.  Ne s’étant pas unis à partir de valeurs bien solides, pouvant susciter des interdits, on ne se prive pas pour chercher d’autres émois.  Tout fruit nouveau et tout fruit interdit ne suscitent-ils pas une bien grande convoitise?  Alors, on se lance dans une suite d’aventures, les mieux voilées qu’il est possible: on couvre ses fugues d’astucieux prétextes.  Et on tente de récupérer sa jeunesse, jusqu’à ce qu’on s’en lasse ou qu’on soit pris!  Car toutes les aventures sont plus décevantes les unes que les autres quand rien de stable ne peut en sortir.  Puis il y a la culpabilité du geste…  L’imagination peut le nier, mais pas la réalité.

Tout couple qui s’installe dans la routine, jusque dans les habitudes sexuelles, se condamne de lui-même.  Encore plus s’il est coupé de Dieu.  On peut alors facilement s’exploiter mutuellement de façon bien subtile, ou se complaire dans une contemplation mutuelle béate.  Dans trop de couples, la vie sexuelle est ravalée au rang de rituel coutumier ou d’hygiène mentale routinière.  On copule pour assouvir ses désirs, sans lien avec la vie affective.  Pas étonnant qu’à l’apparition d’un candidat le moindrement magnétique, l’un des conjoints sente ressurgir en lui des sensations antiques.  Et s’il assouvit alors ses appétits, il trouvera dans cette expérience une richesse qui lui fera mesurer la pauvreté de sa vie sexuelle, banalisée, dans la relation légitime.  On ne tarde pas à vouloir récidiver jusqu’à ce que cette autre relation se banalise à son tour.  On entre dans un cercle vicieux.

Entre deux êtres, la relation sexuelle doit être un aboutissement ou la confirmation de l’amour.  Elle doit être, en soi, une expérience invitant à pousser toujours plus loin ses limites propres. Les conjoints doivent accepter de «se partager», de se fondre l’un dans l’autre, pour trouver Dieu, non seulement le plaisir ou la satisfaction des appétits.  La relation sexuelle devrait d’abord exprimer son plaisir d’être, l’intensité de ses sentiments amoureux.  Pour réussir, elle doit être un partage mutuel, un dialogue intime, restant liée à la communication sur d’autres plans, dans une atmosphère profondément enthousiaste.  On se prépare au pire si on s’y adonne pour satisfaire uniquement ses pulsions propres ou si on laisse l’autre partenaire dans une solitude chargée d’amertume, de désillusion, de frustration.

Supposons maintenant que l’infidélité ait été commise.  D’où provient la douleur du partenaire qui se dit lésé?  À la vérité, elle est injustifiable.  On souffre parce qu’on a gardfidele-infideleé des attentes et parce qu’on a voulu imposer à l’autre ses valeurs.  L’autre n’a jamais à partager ses valeurs!  En tel cas, on se torture à tort.  On s’afflige parce qu’on a le sentiment que l’autre à fait injure à son droit de le posséder de façon exclusive.  Pour l’éternité, chaque être a le droit de disposer de son corps et de sa personne.  On ne peut se donner à un autre.

Plutôt que de fomenter l’hostilité, on devrait entreprendre une négociation pour établir ses besoins réciproques en regard de l’amour (besoin d’aimer et d’être aimé) et leur trouver la solution la plus juste qu’on puisse.  La douleur de la personne qui se dit «trompée» est aveugle.  Elle trahit son sentiment d’avoir été blessée dans son image personnelle, dans la satisfaction présumément légitime de ses droits, dans sa dignité sexuelle, dans son droit de propriété présumé de son conjoint légitime.  Elle est affligée et humiliée d’avoir partagé avec un autre un objet de plaisir, conçu comme exclusif, comme sa possession propre.  Rappelons-le: bien qu’elle soit utile, la fidélité n’est qu’une norme culturelle et une affaire de contrat entre deux personnes.  Le mariage humain n’a aucun fondement mystique, il est une invention humaine, comme les normes que, d’une société à une autre, on y inclut.

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Une réponse

  1. Thibaut

    Merci, merci, merci. Joie joie joie. LOVE LOVE LOVE. Hahaha. Je partage mon bonheur suite à la lecture de ce super article, apprécié, qui met en perspective nos croyances et nos limites sur la recherche à travers le couple.

    En résumé, un super support pour aller voir en soi tranquillement.

    Un voile transparent d’amour vers vous Bertrand. Le vent le portera!

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