L’IGNORANCE EST UNE SOURCE DE DANGER ET L’ASSURANCE DE LA RÉGRESSION…

Malgré les dangers qu’il court et les stupidités, les faussetés ou les hérésies qu’il peut proférer, aucun argument ne peut parvenir à convaincre l’ignorant, surtout l’ignorant qui ignore qu’il ignore…

En général, on définit l’ignorance comme l’état de celui qui n’a pas la connaissance d’une chose ou qui manque d’instruction, de savoir, de connaissances intellectuelles, de culture générale.  Il semble normal de définir ainsi l’ignorance.  Pourtant, beaucoup de philosophes pensent que l’ignorance, assimilée à l’absence de connaissance, ne peut pas être connue en tant qu’entité matérielle.  Ils opinent que l’absence de connaissance d’une réalité ou d’une chose devient impossible puisque, pour constater leur absence, il faut l’avoir connue au préalable.  Par exemple, si un être ne sait absolument pas ce qu’est une pierre, il ne peut pas en constater l’absence.  De même pour toute autre réalité ou chose, tant sur le plan grossier que dans les plans subtils.  Le terme «ignorance» ne désigne donc pas l’absence de connaissance ou l’inconscience, mais la connaissance limitée, partielle, confuse, erronée, illusoire d’une réalité ou d’une chose qui n’en existe pas moins.  Caignorance1r l’ignorance ne peut exister en tant que réalité absolue, elle est plutôt partielle et impermanente.  Elle ne disparaît qu’avec la connaissance juste.

Mais notre propos n’est pas d’ergoter autour du sujet de l’ignorance, il est plutôt d’en donner la signification et la portée spirituelles.  L’ignorance ne relève pas de la Conscience pure, qui sait tout et dont chacun procède, mais du mental obscurci, quand l’ego occupe la première place.  Voilà pourquoi, en spiritualité, on peut définir l’ignorance comme la méconnaissance de ses origines divines et de son but évolutif (de son rôle fonctionnel dans l’Économie cosmique) ou comme la méconnaissance que la vie est une réalité spirituelle, ce qui engendre une mentalité duelle qui amène à s’identifier à des valeurs, à des croyances et à des concepts totalement faux.

L’ignorance spirituelle ne peut se définir que comme un manque de savoir et de sagesse.  C’est le premier ennemi de l’être humain, car elle engendre la méfiance, le scepticisme et la peur, amenant un être à se méprendre sur tout.  Une réalité a beau être objective, à son plan, comment peut y croire celui qui ne peut y accéder?  L’ignorance garde prisonnier des apparences et rend victime des préjugés inculqués par une éducation mal orientée.  Ce sont les faux concepts qui voilent la Lumière parce qu’ils forment des coquilles opaques autour de l’être.  Le problème, c’est crue l’ignorant n’en sait pas assez pour s’en rendre compte.  Il ne sait même pas qu’il ne sait pas.  Or, on ne peut apprendre qu’à celui qui ne sait pas mais accepte qu’il ne sait pas.

Dans la conscience actuelle de l’être incarné, tous les éléments du monde sensible, coupés de leur archétype divin dans son esprit, se présentent ou dans la confusion ou dans la séparation absolue.  Pas étonnant qu’il s’identifie à des faussetés et en ressente des agitations troubles.  Il est, temporairement, mal orienté.   Aussi, ne peut-il apprécier le bien qu’après avoir expérimenté le mal, apprécier le bien-être qu’après avoir expérimenté le malaise, apprécier les bienfaits de la Lumière qu’après avoir tâtonné dans les ténèbres.  Osciller entre deux polarités, c’est le seul moyen, pour une âme libre, mais obscurcie, de se fixer définitivement dans le bien, de comprendre et d’accepter son ultime destination.

L’être humain est un anarchiste parce qu’il aime rester coupé de son archétype.  Par paresse, il se maintient dans une ignorance mortelle, construisant de ses propres mains son labyrinthe obscur.  Avec La Bruyère, il faut bien constater: «Comme l’ignorance est un état paisible et qui ne coûte aucune peine, l’on s’y range en foule.»  On vit d’hypothèses, de croyances, d’idées préconçues, de superstitions. Et voilà le pire: «L’ignorance est toujours prête à s’admirer.» (Boileau)  Qui en sait peu parle toujours beaucoup, de façon péremptoire.  La vanité et l’amour-propre de l’ignorant sont capables de tout.  Mais il faudra bien apprendre un jour.  Mieux vaut apprendre sur le tard que d’ignorer toujours.  Pour franchir une porte, il faut en détenir la clef.

Pour accéder au Savoir, il faut acquérir la connaissance… et la sagesse.  Non la connaissance intellectuelle, mais l’expérience du vécu… dans l’espérance et la foi.  L’être humain gagnerait à dissoudre son ignorance pour se permettre de vraiment vivre au lieu de se complaire à tenter de survivre.  Or, la connaissance est amour.  L’être humain doit chercher ses informations par la pénétration amoureuse de son cosmos intérieur et de son cosmos extérieur.  Pour l’instant, coupé d’en haut, il ne reçoit que les informations lourdes d’en bas.  Pourtant, tendu comme entre les deux pôles d’un aimant, il doit relier le ciel et la terre.  Qu’il lâche l’un ou l’autre, le courant ne passe plus: ou il se désincarne dans un faux spiritualisme ou il se densifie à outrance dans la matière.  C’est la Loi.  Lanza del Vasto explique: «L’ignorance de la Loi n’est une excuse devant aucun tribunal. De même, nul n’a le droit d’ignorer la vérité et nul ne l’ignore impunément. C’est une ignorance sans innocence. Ce n’est pas une excuse, un péché, c’est le péché même.»  La Vérité seule libère. «À l’instant où se déchire le voile de l’ignorance, vous brillerez dans la gloire de la Lumineuse Réalité!» (Sivanandâ)

Le contraire de la conscience se nomme inconscience ou ignorance.  L’ignorance peut se définir comme un manque de savoir et de sagesse.  Mais, en spiritualité, connue comme la «superstition de l’Ombre», elle évoque d’abord le fait que l’être ordinaire n’est pas conscient de son Essence innée et de son héritage spirituel, ce qui l’amène à prendre les apparences pour la réalité.  L’ignorance enferme dans la prison du mental, qui grossit l’ego, mais qui réduit à l’impuissance.  C’est le premier ennemi de l’être humain, car elle engendre le scepticisme et la peur, amenant à se méprendre sur tout.  En outre, l’ignorance rend prisonnière des apparences et rend victime des préjugés inculqués par une éducation mal orientée.  Pour un être, une réalité a beau être objective, il ne l’interprète qu’à partir de son point de vue.  Une réalité a beau exister, à son niveau propre, celui qui n’y a pas accès, en raison de ses limites, peut en douter.  En général, l’ignorant n’en sait pas assez pour se rendre compte de son problème : il ne sait pas qu’il ne sait pas.  Or on ne peut apprendre qu’à celui qui ne sait pas mais qui accepte qu’il ne sache pas.

Mais, un jour ou l’autre, il faut bien choisir d’apprendre.  Et il vaut mieux apprendre sur le tard que d’ignorer toujours.  On finit par se lasser de

tourner en rond.  Alors, pour franchir la porte de la connaissance, il faut en détenir la clef, d’où il faut commencer par la trouver.  L’être humain ne peut penser vraiment vivre en restant dans l’ignorance.  Tant qu’il est coupé d’en haut, il ne peut recevoir que les informations sombres d’en bas.

Dans le présent contexte, celui de la spiritualité, l’ignorance consiste à méconnaître sa nature véritable, ce qui implique forcément la méconnaissance de ses origines et de son but ultime.  L’ignorant manque de conscience par rapport à ce qu’il doit faire, il n’est même pas conscient d’avancer dans une mauvaise direction, d’où il cultive les illusions de l’ombre.  Son âme est encore sujette au tourbillon cyclique de la Nature, par manque de maîtrise, d’où il poursuit ce qui n’engendre aucun bienfait spirituel ou évolutif.  Il est pris dans la concupiscence qui le garde prisonnier du monde matériel.  Abandonné à la loi du moindre effort, négligent, il penche inconsciemment vers l’aberration et il poursuit sa chute régressive.

L’ignorance exprime un manque de vision spirituelle qui rend réticent à accroître sa compréhension supérieure.  Elle amène plus facilement à accepter le hasard et la chance comme des faits, ce qui excuse de ne pas considérer les suites de ses actes et de se sentir en tout la victime du sort ou des autres.  Elle fait agir à l’encontre de la Loi sans le savoir.  Par exemple, il pourra faire violence à autrui croyant pouvoir agir dans l’impunité ou imposer deux poids et deux mesures.  L’ignorant avance sans trop de conviction, porté à remettre au lendemain, se sentant impuissant à créer son destin, s’apitoyant sur lui-même, timoré, rempli de croyances et de préjugés tenaces.  Quand tout va mal, il cherche le plaisir ou l’anesthésie.  Il vit dans l’angoisse, l’inquiétude, la hantise, se croyant arbitrairement menacé par le destin.

L’ignorant vit dans l’illusion.  L’illusion est une erreur de perception qui fait prendre une apparence pour la réalité et qui entretient un défaut de correspondance entre une sensation et un objet perçu.  Il ne s’agit pas d’une hallucination qui, elle, n’est que le fruit de l’imagination.  L’illusion repose sur une expérience sensorielle réelle, mais mal interprétée parce que mal comprise ou mal connue.  Nul ne peut se fier à ce qu’une perception donne comme preuve du fait qu’un miroir retourne un reflet, non la réalité.  Par exemple, on dit que le firmament est bleu, ce qui est loin d’être la réalité.  Toute perception des sens fournit une approximation de la réalité, jamais la réalité elle-même, car elle ne rend compte que de la surface ou de l’extérieur, non de la cause ou de l’intérieur.  Pour saisir la réalité d’une chose, il faut accéder à l’Unité qui la recouvre.  Or, la majorité des êtres humains ne vivent pas, ils existent ou subsistent, perdus dans le rêve de Maya.  Coupés de Dieu, ils vivent uniquement des plaisirs sensoriels et affectifs.

L’illusion est tenace.  À ce propos, M. Chaplan s’est exclamé : «La dernière illusion est de croire qu’on les a toutes perdues.»  Or l’ignorance est la cause de la servitude, la source de tous les maux, la genèse de la souffrance de l’être humain.  Elle engendre un sentiment d’isolement et d’impuissance et elle expose à la léthargie et au réveil brutal.  L’être humain ordinaire ne s’occupe bien de ses affaires qu’en temps de crise, agissant souvent comme un pompier qui ne sort qu’en cas d’alerte, s’assoupissant de nouveau dès que le fléau est passé.  On dirait que seule la souffrance peut faire réfléchir celui qui est oublieux de son destin.  Il agit comme si la crise ultime, la mort, ne devait jamais venir.  Refermé et stérile, il s’amuse à des riens.  Il lui manque ce sentiment d’urgence qui garderait présent à son esprit la nécessité de changer constamment, non par la force des choses, mais dans des choix conscients.

Celui qui connaît le moins de choses est souvent celui qui fait les affirmations les plus appuyées, prêt à affirmer ses opinions publiquement avec impétuosité, parfois avec véhémence, et avec plus d’explications que n’en donnerait la personne qui est bien au courant.  L’intellectuel surtout, limité par sa vision uniquement rationnelle du monde, imbu de sa science à en développer un complexe de supériorité, pêche souvent par cette faiblesse, ignorant tout du sentiment d’absurdité qu’i suscite chez ceux qui savent et pensent autrement que lui.

Connaissance, lumière;  ignorance, ténèbres.  L’ignorance de l’ignorance, régression spirituelle assurée.

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On peut décrire l’ignorance crasse comme un manque de connaissance recherché ou complaisant, ce qui le rend grossier et inexcusable.  En l’occurrence, on feint de ne pas savoir ou on se complait dans le fait de ne pas savoir.  Pour poursuivre dans l’humour, on peut définir l’ignorance savante comme l’attribut de celui qui sait qu’il ne sait pas tandis qu’on peut définir l’ignorance profonde comme celui de celui qui ne sait pas qu’il ne sait pas.

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