L’HUMILITÉ, REMETTRE LE PETIT MOI OU L’EGO À SA PLACE… AU SERVICE DE SON ASCENSION

La spiritualité, autant que le sens commun, s’oppose énergiquement à la définition du dictionnaire qui définit la modestie comme «le sentiment de sa faiblesse qui pousse l’homme à s’abaisser volontairement en réprimant en lui tout mouvement d’orgueil» ou comme l’«attitude de quelqu’un qui est humble, se considère sans indulgence, est porté à rabaisser ses propres mérites».  Ce qui est reconnu comme vrai dans ces affirmations, c’est que l’humilité doit s’appliquer à l’orgueilleux, dit le superbe.  Mais la peur de l’orgueil, soit du débordement de l’ego, ne doit pas figer dans la fausse attitude qui implique l’abaissement, la volonté de se considérer ou d’être perçu comme inférieur, méprisable, indigne de la valeur qui est accordée.  En elle-même, elle constitue la vertu de celui qui se présente et s’aime comme il est, avec ses grandeurs (ses réalisations légitimes) et ses faiblesses (ses vulnérabilités), sans en ajouter ni en soustraire.  Elle permet de servir, donc de jouer son rôle fonctionnel, sans se croire supérieur, mais en reconnaissant sa valeur.   modestie  L’humilité doit surtout viser à reconnaître que sa perception du monde reste relative et partielle parce qu’elle est marquée de souvenirs d’un passé restés ancrés dans la mémoire, d’où ils continuent, de façon nuisible, à nourrir le présent, filtrant la réalité.  En effet, ces souvenirs agissent comme des prismes qui prennent racine dans les expériences passées, conditionnent et tamisent la lumière du présent, donnant de la réalité une image déformée et réduite, de laquelle on dégage de fausses certitudes.

Mais, en général, pour ceux qui se vantent régulièrement, faisant l’étalage de leurs dons ou de leurs connaissances, ils ont surtout besoin de se prouver à eux-mêmes qu’ils sont capables de ce qu’ils avancent et ils demandent de la reconnaissance pour ce qu’ils font.  La vantardise est souvent signe d’une grande faiblesse intérieure.  Toute attitude apparente d‘abaissement ou de soumission dénote un complexe d’infériorité ou un manque d’estime de soi.  Pour sa part, l’humilité origine d’une simplicité de cœur qui surgit de la reconnaissance que, au plan terrestre, rien n’appartient à qui que ce soit en propre, mais que c’est Dieu ou la Providence qui donne tout, par le truchement de la Hiérarchie ou de la Nature.  Elle sert d’outil de progrès ou d’évolution pour celui qui, se sentant moins d’assurance, face à ses certitudes de tout savoir, se forme la volonté de continuer sa recherche.  Alors, il se permet de reconnaître qu’il existe peut-être quelque chose qu’il ne connaît pas encore et dont la connaissance pourrait l’enrichir ou l’élever.  L’humilité doit amener un être humain à reconnaître ses limites temporaires et à abandonner son point de vue partiel sur la Réalité pour accepter d’élargir son intelligence et sa sagesse en embrassant l’Intelligence de Dieu.  Voilà ce qui n’arrive généralement qu’après nombre de déceptions, de frustrations, de revirements, de souffrances, de désillusions relatives aux vérités partielles, aux croyances peu solides et aux fausses sécurités.  En général, elle naît des tourments de la pensée chez celui qui s’est éloigné de son cœur.

L’humilité ne consiste jamais à s’abaisser par manque de confiance en soi, par sentiment d’indignité ou par servilité.  Elle ne consiste pas davantage à s’incliner devant celui qui aspire à dominer au moins d’une tête.  Sens de la convenance, elle invite au contraire à faire preuve d’une grande foi en soi-même pour s’exprimer comme on est dans sa vérité.  Elle amène à s’exprimer par le cœur, à rester ouvert, à tout écouter, sans réagir par des mouvements d’ego.  Elle élève à un degré d’équanimité qui permet de rester insensible aux louanges et aux insultes et prévient de faire étalage de ses œuvres.  Cette vertu aide à échapper à la susceptibilité et aux piqûres d’amour-propre, amenant une grande sérénité à travers sa vulnérabilité.  L’être humble se reconnaît simplement en évolution, donc perfectible, sachant ne pas détenir encore toutes les réponses et les solutions, bien que dans sa réalité ontologique, il soit déjà parfait.  Ainsi, l’humilité ne consiste pas à se dévaloriser, mais à refuser de dépendre du regard des autres, de craindre de se montrer transparent et vulnérable, de s’assumer tel qu’on est sans déguisements, sans signes distinctifs.  On ne craint pas d’avouer qu’on est à la fois réalisé et en devenir, soit provisoirement en état d’incomplétude apparente, jamais pleinement accompli ni réalisé tant qu’on est dans l’expérience de l’incarnation.  Elle implique encore qu’on puisse avouer et affirmer qu’on est en droit d’attendre, de recevoir, de devenir.  Ce qui est possible dans la mesure où on a dépassé la peur de ses limites temporaires, simplement apparentes.

Dans son sens le plus adéquat, l’humilité réside dans le fait d’incarner son Essence, en étant soi-même, sans résistance ou opposition, dans la reconnaissance que, en réalité, elle représente l’Autorité suprême et la Vérité absolue.  Elle implique d’être authentique, intègre, transparent, mais de se reconnaître aussi sensible et vulnérable, peccable en un certain sens, mais sans besoin ni soucis de se justifier, de se culpabiliser, de se réduire, de se défendre de quoi que ce soit, ce qui permet de rester inspiré de pure source plutôt que par les remous de l’ego.  Elle porte un être à accepter la reconnaissance et l’appréciation qui viennent d’elles-mêmes parce qu’il n’a pas couru après.  Elle éloigne de la dualité et de la confrontation qu’elle fomente chez celui qui veut tenir toute la place, avoir raison, être le meilleur, se montrer impeccable, être reconnu, tient à être apprécié.  Ainsi, tout en amenant à prendre sa place ou à occuper son espace, elle respecte le territoire des autres, libres d’exprimer leur Essence à leur manière et à leur rythme, conformément à leur propre créativité et à leur propre vérité, à leur vision du monde, même à leur illusions.  Elle le porte à accepter ce qui est bon pour lui sans s’en glorifier, sans se soumettre aux autres, dans leurs requêtes et leurs attentes.  Elle ne le porte pas à se laisser marcher sur les pieds et à s’écraser, mais à émettre clairement sa vision, mais avec respect, au moment opportun, quand il sait que son idée sert son plus grand bien et celui de tous.

Comme on le voit, l’humilité, qui est une preuve d’amour et une source de pouvoir, n’est pas la soumission aveugle du faible qui se prosterne servilement devant les supposés puissants de ce monde, mais l’attitude de celui qui sait qu’il ne doit s’incliner que devant Dieu et qui ne regarde que vers ceux qui se sont accomplis en suivant la Volonté divine.  Car elle consiste à se reconnaître comme dépendant de Dieu et redevable de lui seul, distinct de lui, mais uni à lui.  Elle aide à accepter sa condition d’être évoluant et elle prévient toute tentative de tenter de rivaliser avec le Créateur et ses créatures ou de les envier.  Elle amène à se sentir subordonné à Dieu puisque, sans son assentiment, nul être ne peut accomplir quoi que ce soit, pas même lever le petit doigt.  En fait, l’humilité amène un être à s’abstenir de juger, non pas seulement en évitant de condamner qui ou quoi que ce soit, mais en restant dans la neutralité, dans la même humeur, dans le même état, quoi qu’il arrive dans sa vie, que l’événement soit joyeux oud dramatique, agréable ou désagréable, non parce qu’il est indifférent ou froid, mais parce qu’il est capable de rester dans le même état, dans la même grâce.

L’humilité reste un guide qui prévient sans cesse de basculer dans l’orgueil, la vanité, la prétention, l’arrogance, la morgue, la hauteur.  Elle invite à ne jamais courber la tête devant autrui, mais à ne jamais tenter de dominer.  Elle invite à ne pas s’abaisser devant qui que ce soit et à refuser qu’un autre choisisse de ramper devant soi.  Fondée sur l’amour, elle incline vers la compassion.  Dans un cycle dépourvu de valeurs, l’humilité reste une denrée rare, parce qu’elle est mal comprise.  Mais elle n’en reste pas moins une vertu capitale pour le métaphysicien et le mystique.  Sans elle, on peut redouter l’effet dévastateur des illusions et des passions.  Dans nombre d’esprits, ce mot évoque un paradoxe difficile à résoudre.  D’une part, tout aspirant peut se demander si elle trouve encore sa place dans le monde d’aujourd’hui, assoiffé de renommée.  En agissant trop humblement, on peut craindre de perdre sa place, de perdre ses avantages légitimes, de se faire marcher dessus et de se faire écraser.  D’autre part, elle évoque l’ascétisme, l’austérité et le renoncement infini de certains faux modèles dont on n’accepte pas encore le fanatisme et l’illuminisme.  Sans compter qu’il étonne que certains personnages, qui ont, soi-disant, évité d’attirer l’attention sur eux, se sont tenus à l’écart, dans une attitude effacée, n’ont réussi qu’à se donner de l’importance aux yeux d’un grand nombre.  À considérer la célébrité de nombreux personnages mystiques, à prime abord modèles de simplicité, on peut se poser nombre de questions.

Mais, justement, voilà ce qu’il faut comprendre, l’humilité ne consiste pas à prendre des attitudes effacées, mais à vivre dignement une vie simple qui se conforme au milieu juste et bon.  Tout être a droit aux honneurs mérités, c’est la façon de les accueillir qui peut trahir l’hypocrisie d’une conduite forcée.  Une notoriété honorable n’est pas forcément à fuir, si elle découle d’efforts discrets et sincères, plus que méritoires.  Rien n’est mauvais en soi : c’est l’usage qu’on fait d’une réalité qui peut pervertir.  D’ailleurs, la notoriété que les autres confèrent ne vient pas de soi, alors on n’en est pas responsable, n’en étant pas l’instigateur direct.  Sans compter qu’il est rassurant que, malgré tant de faiblesses et d’erreurs humaines, certains sachent encore reconnaître la vertu et l’admirent avec respect.  Voilà pourquoi on ne saurait trop quoi faire de la définition des dictionnaires relatives à la modestie qui n’est ni un «acte de déférence», ni un «acte de courtoisie», ni un «acte de gentillesse», ni un «acte de soumission», car, s’il y a acte de soumission, ce n’est qu’à l’endroit de la Volonté divine.  Quant à définir l’humilité comme un acte de modestie, elle amène à tourner en rond, ramenant à la synonymie.  Voilà qui témoigne que peu de gens se sont penchés sur la nature de cette noble vertu, qui répugne naturellement, telle qu’on la définit.  Recourir à l’étymologie, pour la définir, c’est encore compliquer les choses, puisque «humilitas» signifie «petitesse».  Car est-il normal et naturel de développer un sentiment de sa petitesse quand on est et reste, pour l’éternité, un digne Fils de Dieu?  Ne serait-ce pas déguiser un sentiment de supériorité ou de grandeur en un sentiment d’infériorité qui amène à se rétrécir ou à s’abaisser ?

Il vaut mieux croire que l’humilité est la juste appréciation de ce qu’on est et de ce qu’on a, en toute simplicité, en toute conscience, en toute connaissance de cause, sans s’en ajouter ni s’en enlever.  C’est une vertu de transparence par laquelle on apprend à tout situer dans une juste perspective, sans rien dénaturer ni biaiser.  Les plus grands malentendus, à son propos, découlent de sa notion qui passe de la modestie à la servilité choisie et à l’effacement volontaire.  Se diminuer volontairement confine à l’imposture.  Quant à la servilité, elle évoque une soumission craintive qui peut dégénérer en assujettissement pouvant, ultimement et diversement, mener au repli sur soi, à la frustration, à l’obséquiosité, au reniement complet de ses droits, à l’effondrement de sa personnalité, à l’abdication de ses responsabilités, tout cela au seul profit des autres et à son plus grand détriment personnel.  En fait, l’humilité résulte d’un choix de se percevoir différemment, motivé par une aspiration intérieure de trouver sa juste place dans le monde et l’Univers.  Elle démontre une connaissance véritable du Plan cosmique où Dieu exerce l’autorité suprême et manifeste une volonté.  Elle implique une soumission à la Puissance de Dieu et une collaboration avec son souffle évolutif.   Elle comprend la reconnaissance de la suprématie de son Esprit divin, psouris-éléphantarcelle divine en soi, acceptée comme une partie intégrante et indissoluble du tout et menant à un amour de soi invincible, à un grand respecte de soi, à une acceptation inconditionnelle de soi tel qu’on est.  Elle admet l’existence de degrés de réalisation dans la perfection au sein de l’ordre hiérarchique de l’Univers, conçu comme une vibration totale indivisible.

L’humilité porte à accepter tous les êtres humains comme des frères et des sœurs, dont certains peuvent détenir une plus grande autorité ou une plus grande prospérité, légitimement accordée ou gagnée.  Elle amène à respecter tous les êtres comme des créatures de Dieu, soucieuse de leur bien-être et de leur évolution.  Tout meneur d’homme doit être désintéressé et agir humblement, car, p Pour être dit bénévole, il doit être ainsi.  Ceux qui échouent doivent d’abord attribuer leur échec à l’ignorance et à un manque d’humilité.  On se bannit soi-même du royaume du succès en laissant ses réalisations monter à la tête.  Mais on peut masquer son indécision et sa faiblesse sous des dehors d’humilité.  Ce n’est pas faire preuve d’humilité que de se laisser balloter au gré des conseils contradictoires des gens de son entourage, en essayant de toujours plaire à tous et à chacun.  Mais c’est démontrer l’humilité que de rechercher conseil autour de soi, en écoutant avec patience, courtoisie et attention les avis de toutes tendances, lorsqu’on est confronté à de graves problèmes, persuadé que la vérité peut surgir d’une autre source, même d’un plus petit que soi.  C’est attester d’humilité que d’accepter les avis contradictoires comme un reflet de sa propre confusion puisqu’on est un parmi les autres.  C’est encore montrer de l’humilité que de prendre une décision éclairée de soi-même, après consultation, après avoir soumis tous les conseils à sa propre pensée, prenant position même si on est isolé, rejeté ou réprouvé.

En vérité, l’humilité est la racine de toutes les vertus et elle s’exprime dans la bonté du cœur et la sérénité de l’âme.  Elle constitue également la clef de l’accomplissement régulier.  Secrètement, elle attire toujours l’estime des autres.  Elle exprime sa fierté d’être à sa manière, d’être comme on pense.  Elle implique la tolérance, la compréhension et la compassion, permettant, dans bien des cas, d’échapper à la tyrannie et à l’oppression.  Elle accorde au tyran et à l’ennemi une bonté en puissance, laissant à la Loi de Dieu le soin de réprimer ou de réparer les injustices.  L’humilité l’emporte toujours précisément parce qu’elle amène à être juste et à s’identifier d’abord à la puissance infinie de l’Univers constructif.  Elle pondère l’insolence, l’exigence, l’oppression, favorisant la paix et le triomphe du bien.  Dieu est toujours du côté des humbles.  Aussi, celui qui est humble se sait-il une majorité avec Dieu.  Amenant à se percevoir comme une parcelle de l’Infini, elle prévient du sentiment d’isolement ou de rejet.  Elle amène à agir sans considération de la quantité de ses biens, de l’importance de son succès, de l’ampleur de son autorité, de la hauteur de son développement spirituel.  Elle maintient la sérénité dans la réussite comme dans l’échec, au faîte de sa notoriété ou de sa déchéance, de son bonheur ou de sa souffrance.  Elle conduit à devenir l’image de Dieu dans sa vie quotidienne, donnant le sentiment d’invincibilité et d’impassibilité.

L’être humble est toujours bienveillant, même dans ses remontrances.  Incapable d’envie et de jalousie, il fait de son mieux pour aider les autres, indifférent qu’on le surpasse ou qu’on tente de l’exploiter, même s’il ne se laisse pas faire.  Il est l’ami de tous, des grands et des petits, des faibles et des forts, des riches et des pauvres, des pécheurs et des initiés.  Il lui indiffère qu’on l’apprécie ou qu’on se moque de lui, qu’on l’encense ou qu’on le méprise, qu’on l’élève ou qu’on l’abaisse, car il sent n’avoir rien à perdre.  Il se fiche des quolibets, des qu’en-dira-t-on, des rumeurs, des préjugés.  Il cherche Dieu en chacun, les aimant autant qu’il révère Dieu.  Se sentant frère ou sœur de l’Humanité, partie prenante de son destin, il exprime une sincère compassion et une grande prévenance envers tous, du déchu rejeté au puissant dirigeant le monde.  Il évite de s’apitoyer sur quoi que ce soit, ni sur lui ni sur les autres, s’empêchant de déprimer davantage ceux qui l’entourent ou ceux qu’il aide.  Il applique partout la règle d’or de la réciprocité amoureuse.  À ce propos, John Ruskin a écrit : «Je pense que la preuve première d’un homme véritablement grand est son humilité.  Les grands hommes authentiques ont l’impression curieuse que la grandeur ne vient pas d’eux mais passe à travers eux.  Et ils perçoivent quelque chose de divin chez les autres hommes et sont d’une reconnaissance éternelle et sans pareille.»  En effet, l’être humble ne s’illusionne pas sur lui-même, ne se prenant pas pour un autre.  Il est tellement occupé à se perfectionner ou à évoluer qu’il ne perçoit pas sa propre grandeur, en ce sens qu’il n’y porte pas attention et ne s’y arrête pas.

Sans nier sa valeur, l’être humble sait faire ressortir la grandeur des autres.  Si on lui rend un service, il exprime une sincère gratitude, comme s’il le ressentait comme un privilège, jamais comme un dû.  Il ne réclame rien pour lui-même, s’occupant de se procurer lui-même ce dont il a besoin, ouvert au service désintéressé, s’y adonnant dans la plus grande simplicité.  Mais il ne refuse pas l’aide qui lui est offerte gracieusement, s’il estime en avoir besoin.  Il se reconnaît comme un simple canal, ce que peuvent être les autres, à travers lequel le Grand Œuvre doit s’accomplir.  Généreux, il s’occupe de son évolution, mais se garde du temps pour faciliter celle des autres.  Enthousiaste, il se perçoit comme un simple ouvrier dans les vignes du Seigneur.  Il agit toujours en exemple discret de la perfection qu’il a acquise.  Son intention n’est pas de se donner en spectacle : il a simplement appris à toujours donner le meilleur de lui-même, sans illusion sur ses réalisations.  Son humilité est une inclination naturelle qu’il exerce comme un privilège, non comme une limitation qui lui est imposée.  Il se satisfait de reconnaître la noblesse qu’elle confère aux autres, non à lui-même.  Alors, il s’exprime comme s’il imitait, à sa manière, les plus grands modèles humains, en pleine connaissance de sa signification et des effets initiatiques.  Il accomplit plus pour le monde qu’on n’en saura jamais, car il ne se vante pas de ses initiatives discrètes, même s’il ne les cache pas.   Il accomplit sa tâche pour l’amour du bien, non pour attirer la reconnaissance et l’estime.

À la vérité, l’humilité résulte d’une discipline rigoureuse appliquée contre l’ego par laquelle on rencontre son Moi supérieur en dissolvant son petit moi.  Dans cette épreuve quotidienne qu’on s’impose à soi-même, on découvre sa grandeur et sa dignité de Fils de Dieu par laquelle on fusionne dans l’Être-Un.  Hélas, certains étudiants aiment parfois revêtir un masque de gourou ou de tuteur en présence de certains nouveaux-venus.  Ils se targuent d’un vaste savoir occulte ou de pouvoirs psychiques hors du commun, se mêlant de donner les réponses à la place de l’instructeur.  Cette attitude présomptueuses est une atteinte à l’humilité et un manque de compréhension parce qu’elle peut induire un débutant en erreur, risquant de compromettre son évolution spirituelle.  Pour avoir le droit d’instruire, il faut soi-même maîtriser les principes et le faire avec sagesse.

Comme on le voit, l’humilité, c’est la vertu de celui qui vénère sincèrement les manifestations, les préceptes et les principes spirituels, et qui se sent l’obligé des principes et des pouvoirs supérieurs.  Cette vertu invite à se donner une image exacte de soi-même, à se sentir un fils parmi d’autres frères et d’autres sœurs, à éviter de dépasser les limites de ses convictions personnelles, de manière à ne pas les exercer de façon autoritaire et offensante pour les autres ou à leur détriment.  Elle invite ensuite à considérer ses réussites, non comme la seule conséquence d’une bonne connaissance et d’efforts personnels, mais comme le fruit du bon usage des principes naturels du Cosmos, qui restent, éternellement, à la disposition de tous.  Dans la réussite, au lieu de s’enfler d’orgueil et de vanité, on gagne à témoigner de sa reconnaissance en s’offrant pour aider ceux qui en sont dignes et en ont vraiment besoin.  Toutefois, on ne rend jamais un service utile en faisant à la place d’autrui ce qu’il est capable de faire par lui-même ou ce qu’il n’a pas demandé qu’on fasse.

L’humilité s’exprime par une attitude de dévotion, de gratitude et de tolérance.  Cette vertu prédispose à devenir coupe, véhicule de l’Eau divine, au lieu de se faire citerne.  Elle n’en amène pas moins à comprendre que, puisque Dieu a créé tous les êtres humains sur le même modèle, malgré leur rôle fonctionnel différent, il est légitime de s’accorder la première place.  Comme il importe de se donner jusqu’au comble avant de penser à donner.  Car, d’une part, on ne peut partager que ce que l’on possède ou porte en soi.  D’autre part, nul n’est tenu de partager autre chose que ses surplus, puisque partager son essentiel reviendrait à miner ses propres énergies et à s’exposer au péril.

Paradoxalement, l’humilité exprime un état de respect de soi et d’autrui, un état de dignité et de fierté légitime.  C’est la vertu de celui qui sait s’estimer à sa juste mesure, en toute grandeur et en toute simplicité.  Une personne humble reconnaît spontanément qu’elle ne détient rien en propre ou par elle-même, et elle se considère comme l’instrument de la Vie, sachant que tout lui vient d’En-Haut.  Elle sait dire: Sans toi, je ne suis rien; avec toi, je suis Tout.  L’humilité apprend à chacun à savoir demander et à attendre le verdict qui suivra sa demande.  La personne humble respecte tout, surtout la Vie.  Elle est reconnaissante de ce qui lui arrive, acceptant qu’il n’existe pas de hasard.  Aussi ne pense-t-elle jamais à accuser qui que ce soit de ses revers, de ses délais et de ses échecs.  Elle sait tout mettre en œuvre pour changer, dans son univers, ce qui ne lui convient pas, et elle le fait avec patience, persévérance et méthode.  Consciente de ses limites, elle sait s’adapter aux circonstances et s’abandonner à Dieu.  Elle est toujours capable de préserver, en elle et autour d’elle, ce qu’il y a de plus beau et de meilleur, ne ressentant jamais l’envie et la jalousie.

Jamais l’humilité ne doit être confondue avec l’ascétisme et l’esprit de sacrifice.  L’humilité ne comporte aucun mépris des choses de ce monde, aucun désir de retrait du monde, aucun refus des désirs et des besoins normaux, aucune volonté de s’opposer violemment à ses penchants naturels.  On gagne tout autant à éviter de confondre l’humilité avec l’abnégation qui porte certains êtres à refuser de se distraire, de se divertir, de sourire, de témoigner de leur joie, d’accueillir leuhumiliters élans d’enthousiasme, de participer aux conversations des autres.  On n’a pas davantage intérêt à considérer l’humilité comme une vertu menant à subir béatement la provocation, à endurer les insultes dans la douleur, à porter des vêtements sombres et défraîchis, à adopter un régime de vie trop frugal, à refuser d’améliorer sa position sociale ou économique, à mépriser la joie spontanée, fort normale, qui accompagne une réussite personnelle.  Ces attitudes, hypocrites et stériles, représentent une corruption et une transgression des principes cosmiques.  Il est faux de croire que l’humilité doit s’exercer dans la privation, plutôt que dans le détachement, dans la résignation et le rassasiement, plutôt que dans l’acceptation, l’adaptation et la créativité.  Elle n’a rien à voir avec l’asservissement aux autres, le souci de se concilier les bonnes grâces d’autrui, ce qui peut conduire, chez certains, jusqu’aux grandes prévenances, à une extrême politesse, à une servilité ridicule.  L’humilité n’a pas davantage à voir avec l’obséquiosité, cette attitude servile et rampante qui mène à s’effacer en se disant inférieur, indigne, méprisable et à courber l’échine devant les autres dans un esprit de compassion ou de miséricorde mal compris.

Swami Prabhupadâ a dit: «Par humilité, il faut entendre l’état dans lequel on est libre du désir de se voir honoré par autrui.»  Au premier chef, l’humilité invite à éviter de succomber à l’orgueil et à la vanité, au désir de dominer, à la tentation de réagir aux compliments ou aux insultes.  La personne humble recherche toujours sa vraie place et assigne aux autres celle qui leur revient de droit.  Si elle refuse de s’abaisser volontairement devant les autres, elle refuse aussi que les autres rampent devant elle.  Somme toute, l’humilité n’a rien de répugnant quand on la ramène à ce qu’elle est, la vertu d’un être en expansion qui dispose à vivre simplement sa vie à son rythme, au meilleur de ses moyens et de ses connaissances, en s’acceptant rigoureusement comme il est, un être évolutif, et en s’exprimant autant que possible dans l’amour, la joie et l’intégrité.

© 1984-2015 Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

 

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2 Responses

  1. Basile NEMER

    Cher Bertrand,
    Je souhaite vous remercier du plus profond de mon cœur pour l’article sur l’humilité dans “ombres et lumière”. Je m’en sers désormais comme support pour ma méditation quotidienne et je constate avec émerveillement combien l’humilité bien comprise est indispensable à notre évolution.
    Cet article est à l’image de l’homme discret que vous êtes et que j’ai appris à connaître à travers vos écrits, de l’infatigable travailleur de l’ombre qui fait ressortir la lumière des autres.
    Merci cher Bertrand, que la grâce du Divin vous enveloppe de son manteau d’Amour et qu’elle vous accorde tous les privilèges qui vous sont dus.

    Basile NEMER