L’EXISTENCE TERRESTRE, UN FRUIT DE MAYA…

Sur le plan matériel, l’existence représente un grand rêve éveillé, dite la Grande Illusion, que l’être incarné prend pour la Réalité.  Cette affirmation ne signifie pas que le plan terrestre, celui de la troisième dimension, n’existe pas, mais que, par la matérialité et la dualité confondante qu’il comporte, qui masquent ladite Réalité, il ne représente en rien ce que l’être humain en pense ou croit en comprendre.  Ce qui se passe à l’extérieur n’est qu’un reflet de ce qui se passe à l’intérieur.

En effet, depuis des éons de temps, du matin au soir, chacun vit dans un état d’hypnose, le seul état qu’il connaisse du reste, dans son présent état d’obnubilation, tant qu’il ne s’est pas exploré à l’intérieur de lui-même, là où réside précisément la Réalité sans voile et sans secret.  Ainsi, jour après jour, chacun perd son temps à tenter de démontrer la légitimité de sa fausse identité, celle d’un être limité et impuissant, sans but, dans une volonté presque maladive d’être connu et reconnu, admiré, applaudi, de jouir, de dominer, de posséder, d’accumuler, de perdurer.  Dans un passé récent, on attestait de cette réalité peu enviable par l’expression bien peu prometteuse, lors d’un décès : «On est bien peu de chose», qui résumait la notion religieuse «Poussière, tu es p607301oussière et tu retourneras à la poussière», reléguant au plus profond du psychisme, par ce travestissement des Forces sombres, cette autre maxime spirituelle, bien plus vraie et encourageante, «Lumière, tu es Lumière et tu retourneras en Lumière».

C’est ainsi que l’être humain, dans une projection exagérément extériorisée, qui le porte souvent vers le passé ou vers l’avenir, mais le garde peu longtemps dans le présent, s’active et se lance des défis toujours plus grands, pour se sentir vivre, moins s’ennuyer, se donner bonne conscience, s’imaginer un destin créatif, prendre un air emprunté de vitalité.

Nul ne peut se tirer de ses illusions sans les repérer, les identifier, les admettre.  En cela, il témoigne déjà d’un progrès en limitant les stimulations artificielles, qui ne servent qu’à faire diversion et à faire croire à la réalité de la pièce de théâtre qu’il s’écrit de la naissance à la mort.  L’être incarné qui n’a pas de but et ne vit que de phénomènes inconsistants, témoigne sa crainte du vide et de la disparition dans le Néant.  Il a si peur que la vie s’arrête arbitrairement, par un coup du sort, le plongeant dans un trou sans fin ou des abysses éternels.  Ainsi, il a peur de ne pas pouvoir sentir et apprécier la vie s’il n’enfle pas son ego, s’il n’exerce pas de l’ascendant sur autrui ou s’il évite de se surestimer lui-même, dans l’espoir de convaincre les autres de souscrire au mensonge du masque qu’il porte.

Il a bien raison puisqu’il ne peut que se creuser un vide dans la vie d’un être qui ne cultive que des aspirations terrestres.  Mais il existe une autre forme de vide, bien plus séduisante, qui mène au Vide plein, celui de la Réalité cosmique.  Car il se produit toujours un vide, temporairement, en lui et autour de lui, lorsqu’un être inverse sa conscience et se tourne vers la Réalité, si cela devient la motivation principale de sa vie.  Parce que, par leur peur de l’Inconnu, peu accepteront de le suivre sur cette Voie du Retour à Soi.  Puis, son propre double, son faux-moi, devra également disparaître, se dissoudre, dans la Lumière divine.

Mais, celui qui a déjà vécu l’expérience sait fort bien, ce dont il ne pourrait facilement convaincre les autres, eux seuls pouvant se le démontrer, il n’existe pas, dans cette quête intérieure, de tristesse, d’ennui, de vide, de néant : il n’y a que la vie qui vibre et pulse à plein régime ou à plein cintre.  La vraie vie se révèle dans la solitude, le silence et le secret de l’exploration intérieure, de l’intériorisation.  Celui qui s’adonne à ce curieux jeu de reconnaissance de son être dans sa Réalité intangible, à la fois originelle et éternelle, découvre la paix, le calme, la sagesse, la sérénité joyeuse, la plénitude.  Il y apprend à se regarder en face, soit à se contempler dans sa Grâce et sa Gloire.

Celui qui s’est regardé dans ce miroir, ne serait-ce qu’une fois, ne veut que changer, vivre d’une Réalité qui met fin aux limites, aux souffrances et aux drames, inhérentes aux errances dans la densité et la dualité, imposées par l’Illusion.

À vrai dire, nul ne peut se fier à ce qu’une perception donne comme preuve puisqu’elle ne capte que l’aspect superficiel d’une réalité.  Tout miroir renvoie un reflet, non la réalité.  On voit le firmament bleu alors qu’il s’agit d’une illusion; on dit que le soleil est chaud, ce qui représente une autre illusion; on croit la lune argentée, ce qu’elle n’est pas, ce qui reste donc une illusion.  Toute perception des sens fournit une approximation des choses, non sa réalité, car elle ne rend compte que de leur surface ou de leur aspect extérieur.  La réalité des choses réside à l’intérieur des phénomènes, au niveau de leurs vibrations.  Or, les vibrations ne se captent qu’à l’intérieur de soi.

N’importe qui devrait se lasser de jouer avec les reflets, au point d’en avoir marre.  À jouer avec eux, nul ne connaîtra jamais rien d’autre que des phénomènes engendrant des phantasmes, donc des «fantômes», des illusions, ce qui même tout au plus à émettre des hypothèses.  Aussi longtemps que l’être humain se contentera de regarder des images, au lieu de se mettre en harmonie avec la Réalité, qui vibre à l’intérieur, au plus profond de lui, il ne pourra exprimer autre chose qu’une partie de cette image.  Et il ne pourra élaborer qu’une vaine science intellectuelle.

Au niveau intellectuel, tout est dualité.  Pour saisir la Vie dans son ensemble, il faut accéder à l’Unité qui la recouvre.  C’est le seul moyen de l’appréhender hors de l’opposition immédiate, de la déchirure qu’elle provoque, dans les plans inférieurs.  L’intellect joue avec la multiplicité et la morcelle toujours davantage.

Sur les plans inférieurs, l’être humain existe, mais il ne vit pas vraiment.  Il traverse un grand rêve qu’il prend pour la réalité.  Il se disperse dans le royaume de Maya.  Il y vit dans un état d’hypnose, inconscient, mené par ses sens objectifs, parce qu’il ne s’est pas retourné vers l’intérieur.  Cela résulte du fait qu’il a muselé son intuition.  Aussi, perd-il tout son temps à témoigner de sa fausse identité, de sa personnalité, assoiffé de jouissance, de puissance, de renommée et de possession. Il s’active pour se donner bonne conscience: il performe, il rivalise, il s’établit en concurrence, il se spécialise, il s’anesthésie.

L’illusion la plus tenace de l’être humain réside dans son goût pour la souffrance et le tragique.  Voilà comment M. Chaplan a pu s’exclamer: «La dernière illusion est de croire qu’on les a toutes perdues.»  Évitons de confondre illusion et hallucination.  L’illusion repose sur une expérience sensorielle réelle; l’hallucination n’est généralement que le fruit de l’imagination.

En fait, au sens spirituel, l’illusion, appelée «maya» en sanskrit, se définit comme un phénomène qui paraît absolument vrai, sans l’être, qui empêche de voir au-delà des apparences pour atteindre la Réalité.  Elle identifie d’abord la Matière ou les phénomènes de la Nature.  Elle identifie également les créations individuelles qui, une fois extériorisées, peuvent si bien le renseigner sur lui-même.  Si l’illusion paraît si réelle, c’est que la majorité des êtres incarnés croient qu’elle n’en est pas une et la gardent figée.  Elle sert de support à l’expérience pour affirmer le discernement et la sagesse.    Elle permet d’établir les différences, identifiant un vide à remplir.

En ce sens, il n’existe qu’une illusion, celle du besoin, dont toutes les autres ne sont qu’un grossissement ou une enflure pour la justifier.  Il importe de prendre l’illusion pour ce qu’elle est afin de déterminer sa signification, ce qui permet à l’être de se recréer à neuf en faisant de nouveaux choix plus réalistes.

Le Créateur a divinement prévu le phénomène de l’illusion.  Il voulait ainsi fournir un champ contextuel localisé dans lequel l’être humain pourrait se recréer dans une version plus grandiose de la vision la plus grande qu’il ait jamais entretenue à propos de sa Réalité ultime.

En vérité, la Grande Fiction consiste dans le fait que l’être humain doit simuler ne pas être quelque chose pour comprendre qui il est.  Pour lui, elle consiste dans l’oubli d’être une Étincelle divine qui réside temporairement dans une structure physique.  Elle implique le fait de croire être séparé de Dieu, la Source de la Vie, et de prendre l’existence physique pour le monde réel, ce qui mène à prendre son corps pour son vrai soi.

En ce sens, tenter de mettre fin à l’illusion consisterait à mettre fin à la vie.  La perte du sens de la Perfection engendre le besoin, qui engendre successivement le sentiment d’échec;  l’esprit de séparation;  l’impression de manque ou d’incomplétude;  les exigences et les récriminations;  les jugements de valeur;  la réprobation (surtout de la différence);  les conditions;  le sentiment d’infériorité ou de supériorité.  Et, finalement, ce sentiment d’infériorité ou de supériorité engendre l’ignorance, puis la régression.

Au plan individuel, l’illusion résulte toujours d’un manque d’expérience personnelle provenant surtout de l’acceptation trop spontanée des pensées et des croyances d’autrui qu’on refuse de remettre personnellement en cause.  Toute vérité peut être modifiée avec le temps ou être adaptée à soi-même.  Ainsi, on trouve sa vérité dans la Vérité.  Il faut accepter de voir clairement le monde, en refusant d’accepter les choses simplement parce que les autres les acceptent.  Il faut remettre en question ce qu’on lit et entend, passant tout au crible de son sens commun, de son discernement et de sa sagesse.  On gagne à aller au-delà de ce qui est communément admis comme vrai pour découvrir sa propre vérité.  Il faut croire en sa vérité, suivre son cœur, pour s’investir dans ce qu’on choisit, non dans ce que les autres disent être le meilleur.  En découvrant ce qui est vrai pour soi, on sert d’exemple, aidant les autres à trouver leur voie véritable.

Pour sortir de l’illusion, il faut découvrir sa vérité et la vivre de façon intègre et intégrale, tout en la concevant comme relative ou évolutive.  Dans une autre perspective, l’illusion résulte du fait qu’on se concentre davantage sur le niveau dense de la matière que sur la vérité des plus hautes réalités parce qu’on n’est pas suffisamment uni à sa Conscience divine, sa Réalité causale et première.  Elle résulte d’un taux vibratoire réduit par le fait qu’on ne s’aime pas suffisamment et qu’on n’exprime pas assez de compassion pour autrui  Quand on ne s’aime pas et n’aime pas, on vibre à une vérité moindre.  Ne pouvant percevoir le monde avec la vision de son Grand Soi, on a du mal à établir la différence entre le vrai et le faux, choisissant une chose, mais en obtenant une autre.

Un être peut comprendre qu’il vit dans l’illusion chaque fois que, réalisant un désir, on constate qu’il n’apporte pas ce qu’on attendait.  Ne connaissant pas sa vérité profonde, on ne parvient pas à manifester tout ce qui comblerait et on ne parvient pas à rayonner au mieux qui on est.  On ne réussit pas à évaluer correctement les situations, à savoir quelles actions entreprendre pour produire les résultats souhaités.  On ne sait pas à quel niveau se placer pour aider les autres, incapable de reconnaître leur niveau de développement et de compréhension.  On ment et on se ment, ne pouvant percevoir, au-delà des apparences, ce qui est réel.

On croit systématiquement ce qu’on entend au lieu d’en vérifier l’authenticité, ne sachant pas ce qu’il y a en cela de vrai pour soi.  On vit de croyances, au lieu de certitudes, se laissant influencer  par l’opinion des autres ou refusant de les laisser croire autrement.  Ne détenant pas une claire vision de sa destinée, on ne sait pas quoi entreprendre pour l’accomplir.  On ne sait pas percevoir la divinité des gens au-delà de leur personnalité.  On se laisse dévier de sa route par le doute ou la pensée qu’on n’est pas assez bien.  On manque de force ou de courage pour jouer son rôle et réaliser sa tâche à son goût et à sa manière.

C’est ainsi qu’on peut s’illusionner de mille façons.  L’illusion représente le symbole des mondes-reflets (antimondes) qui ont une vision limitée de Dieu et qui pervertissent l’image de sa Création originelle.  Autrement dit, elle résulte de l’aspect négatif, magnétique ou lunaire de la polarité qui semble s’établir en opposition de son aspect positif, électrique ou solaire.  Elle porte à se croire réel;  à se limiter à une forme de réalité;  à se croire le seul monde qui existe dans l’Univers;  à se croire supérieur à un au-delà immense et inconnu;  à s’attacher à ses préjugés (ne croire que ce qu’on voit);  à s’identifier à sa sphère d’existence;  à enfermer son âme dans le reflets (enfers ou paradis artificiels);  à se croire unique au monde;  à se croire au-delà de tout;  à se vanter de connaître le monde des étoiles par la science;  à se croire séparé du reste du Cosmos;  à s’arrêter dans son pèlerinage évolutif à l’état de ses connaissances au lieu de chercher la sagesse.

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