LES DEGRÉS DE LA CANONISATION DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE : LES VÉNÉRABLES, LES BIENHEUREUX ET LES SAINTS…

  

   N’appartenant à aucune religion, mais les respectant toutes, pour la part de Vérité qu’elles contiennent et qui les unit, il n’est pas dans nos habitudes de les dénigrer.  Mais, après avoir été amené à relire la majorité des vies des vénérables, des bienheureux et des saints de la Tradition catholique, la Voie vers la sainteté qu’elle propose nous répugne de plus en plus.  De sorte que, depuis la rapide béatification du pape Jean-Paul II, nous nous interrogeons sur la pertinence et la légitimité de ces honneurs et de ces rituels.  Il faut dire que les derniers papes ont multiplié le nombre des vénérables, des bienheureux et des saints pour offrir, accélérant et simplifiant certaines démarches préalables, afin d’offrir à leur public de plus en plus de modèles de vie à imiter.  Mais le profane a sûrement le droit de se demander comment un être humain, pas plus conscient que les autres, mais qui veut se croire et se faire croire infaillible, peut mettre d’autres êtres humains sur les autels.

   Dans les modèles antérieurs, puisque Dieu est Amour pur, n’exprime aucun courroux et ne juge jamais, parce qu’il comprend le sens évolutif de l’existence terrestre, pour l’avoir inventé, comment des êtres peuvent-ils croire qu’il appelle leurs semblables désireux de faire leur salut à autant de crainte du Ciel, d’austérité, de sévérité, de gravité, de componction et de dolorisme.  Dans un mondegloire-du-Bernin déjà passablement difficile et compliqué, comment peut-on croire que la sainteté résulte du refus de partager les plaisirs de la vie et de la nécessité de s’imposer des souffrances, apparemment pour ressembler à Jésus, dit le Christ?  Pourtant, les Archives akashiques révèlent que Jésus était un joyeux drille qui, dans la juste mesure, appréciait les douceurs et les plaisirs de l’existence!

   En fait, c’est Constantin, converti par nécessité au Christianisme, pour éviter de perdre son trône, du fait que cette religion s’imposait comme nouvelle vérité dans le monde civilisé, qui a établi les fondements de la religion chrétienne, en biaisant les fondements ésotériques.  C’est ainsi qu’il a imposé les fondements de la foi, en convoquant le premier concile de Nicée et en y intervenant directement dans les questions religieuses.  Il  est notamment parvenu à ses fins, faire des nouveaux dogmes la nouvelle religion de l’État, en remaniant, selon sa vision, les textes fondamentaux, écartant notamment les évangiles dits apocryphes et axant la pensée sur celle de Paul, qui n’a même pas connu Jésus personnellement, accordant aux avis de ce misogyne romain plus d’importances qu’aux autres disciples, même à Pierre, le premier chef présumé de l’Église catholique.

   Constantin, qui renonçait officiellement à sa formation païenne, par sa conversion au Christianisme, alors qu’il semble qu’il n’en ait jamais rejeté les mœurs et les traditions, ne pouvait que méconnaître le sens du sacrifice sur la croix, qui est d’abord symbolique.  En effet, la croix exprime l’union des forces cosmiques, l’effet conjugué des deux aspects de la polarité qui engendrent le Monde, résumant tous les principes de la Création.  Elle sert d’emblème à l’Esprit qui joint la Matière, son centre éclairant un lieu ou un état de rassemblement et de concentration des énergies.  Ainsi, dans son sens allégorique, rappelant la vocation horizontale et verticale de l’Homme universel, elle annonce le renversement de toutes les situations dans la conscience d’un être qui, écartelé entre les directions, par projection dans les apparences de la dualité, lançant dans une quête extérieure, trouve enfin son centre unificateur, au cœur, à l’intérieur de lui.

   En elle-même, la crucifixion illustre l’acceptation de vivre horizontalement (objectifs de survie) et verticalement (objectifs de vie) en même temps.  Elle invite à faire une pause pour établir un bilan et trouver une nouvelle façon de vivre en cessant de s’écarter à la périphérie du monde pour entrer au cœur de la Réalité qui unit toutes les directions et toutes les motivations.  Elle suggère de trouver le point d’équilibre entre son aspect incarné et son aspect spirituel pour fusionner le Ciel et la Terre et, ainsi, réintégrer l’harmonie dans l’équilibre de ses deus forces.  Car, ce qui écartèle l’être incarné, ce sont les croyances erronées, les conceptions défectueuses, les mauvaises habitudes, les erreurs de conduite, tout ce  qui empêche l’âme d’épouser l’Esprit et d’exprimer la Vie totale.

   Dans ce contexte, la crucifixion n’évoque rien d’autre que la souffrance qui résulte du renoncement nécessaire à ce qui entrave l’être dans son évolution.  Le dogme spéculatif du salut dans un sacrifice par procuration ne peut tenir la route.  Bien qu’il désigne la vision des Églises chrétiennes du rachat de l’Humanité par Jésus, ce fait reste faux, si chaque être humain détient le libre arbitre absolu.

   Du point de vue de l’humanité, la crucifixion de Jésus démontre l’incapacité du genre humain de l’époque d’accepter l’amour parce qu’il ne pouvait le concevoir qu’en terme de dépossession, de souffrance et de sacrifice.   Hélas, cette vision a effrayé l’humanité!  Ainsi, elle n’a pas crucifié ce Maître d’une ère, celle des poissons, par ingratitude ni par ignorance, mais par peur d’accepter ses propres facultés afin de dépasser ses limites et de réaliser ses rêves impossibles.

 Alors, les êtres humains préféraient-ils consumer ce qu’il aimait ou le tuer, trop habitué à souffrir jour après jour de ses propres passions.  De ce fait, symboliquement, l’Humanité a crucifié Jésus parce qu’il était venu lui apprendre tout ce dont elle était virtuellement capable, mais que, trop attachée aux valeurs de ce monde, elle n’était pas prête à accepter cette démonstration.

   Quant à Jésus, il a accepté ce sacrifice, non pour sauver l’humanité — ce qui aurait attenté à sa liberté de choix, du fait que, comme elle a chuté par son incurie, de même elle doit elle-même trouver sa rédemption en toute conscience, en appliquant son message d’Amour — mais pour révéler que, par son passage sur la Terre, le pouvoir et la gloire avaient été remis à la portée de tous, sur la voie des gens ordinaires, par la délivrance des âmes enchaînées dans les enfers ou le purgatoire et par la réouverture des Portes du Paradis.

   En fait, Jésus a tenté de faire comprendre ce que tout le monde pourrait découvrir et connaître, dans la mesure où il prêtait attention à la vie, à savoir que le salut et le bonheur surgissent d’une quête personnelle, que chacun doit inventer, sans modèle, du fait de son unicité.  Il a tenté de rappeler ce qu’il devait faire de ses facultés latentes pour se découvrir aussi Fils de Dieu ou Dieu-Homme.

      En effet, Jésus ne peut être venu que venu montrer comment tout être humain, même le plus ordinaire ou le plus démuni, reste un Fils de Dieu au-delà de ses erreurs apparentes d’apprentissage.  Ainsi, il a rappelé que chacun pouvait, à partir de ce qu’il est et d’où il en est dans son expérience évolutive, accéder à la pleine maîtrise de sa vie, en revendiquant son héritage plénier et en en faisant un bon usage dans l’amour et la pureté d’intention.

   En outre, Jésus a choisi de subir le supplice le plus ignominieux de son époque pour démontrer que même la mort n’a pas d’emprise sur celui qui se reconnaît comme un Fils de Dieu et agit en conséquence.  S’il est vraiment mort sur la croix, ce dont on peut douter, il aurait volontairement donné sa vie afin de prouver l’immortalité de l’âme et le pouvoir que recèle la Flamme de la résurrection de restaurer l’action du corps, de l’âme et de la conscience dans la Matière.

   Ainsi, le jour important, dans la vie de Jésus, ne serait pas le vendredi de sa mort, mais le dimanche de sa résurrection.  À ce propos, des exégètes affirment qu’il est probable que, par un édit romain secret, bien caché au premier concile de Nicée de 325, lors du fondement exotérique de la Chrétienté, Jésus aurait pu être détaché de la croix avant son expiration, ce qui explique le privilège qu’il en ait été retiré si vite, et qu’il aurait pu être réanimé et soigné par Joseph d’Arimathie, un thérapeute spirituel ou un frère en blanc de la Fraternité essénienne, une société fermée à laquelle Jésus appartenait également.  Du reste, après tous les miracles que Jésus avait accomplis, ne pouvait-il pas en produire un de plus pour échapper à une mort prématurée et inutile?

   Comme mot, d’après les Églises chrétienne, la sainteté peut se définir que comme l’état paradisiaque ou par un mode de vie parfaitement en accord avec la Volonté et la Loi de Dieu, selon son rôle fonctionnel particulier, permettant d’accéder à la Perfection de son Créateur.  Il ne peut s’agir que d’un état de conscience élargie qui permet de fusionner avec le Ciel et de rayonner comme le Soleil, méritant de recevoir en soi l’Esprit-Saint, ce qui aide à construire le corps de gloire.

   Mais la sainteté ne peut représenter un idéal personnel, mais uniquement un moyen d’aider tous les êtres, peu enclins à emprunter le difficile Sentier de la Maîtrise spirituelle, le moyen d’atteindre, dans une bonne moralité, une relative perfection spirituelle avec l’aide de la Source divine et de la Hiérarchie invisible.  Elle consiste à assigner un but élevé de reconnaissance à sa vie et à l’atteindre.  Elle amène un être à reconnaître ce qu’il est à travers ce qu’il n’est pas et à obéir à sa nature la plus intérieure, c’est-à-dire à son Centre divin.  En réalité, elle passe, trop souvent, par un appel à collectionner les vertus, en respectant scrupuleusement une liste de prescriptions et d’interdits, établis d’avance, ce qui évite d’avoir à en décider, ce qui complique la tâche de la réalisation, puisqu’un être s’y dépersonnalise, devient un peu mécanique, y devient inutilement grave et scrupuleux.

   Par définition, la sainteté implique un degré de réalisation spirituelle peu enviable, du moins dans son mode d’acquisition, et elle reste largement en retrait de l’état qui résulte de l’accession à la Masaintsîtrise spirituelle, telle qu’elle est préconisée par la spiritualité véritable.  En effet, elle préconise la perfection morale plutôt que la simple application de l’Amour pur et la quête de fusion en Dieu en s’abandonnant inconditionnellement à la Lumière divine.  Car celui qui applique l’Amour incarne de fait toutes les autres vertus.

   En effet, la sainteté incite à toujours avancer sur la voie spirituelle, en faisant le bien et en fuyant le mal, ce qui maintient la conscience dans la dualité et en gendre la confusion.  Elle préconise de bien gérer, provisoirement, ce que la Providence, Maîtresse de la Grâce, peut faire sienne en un éclair de vie, si elle est appelée à agir dans la vie individuelle.  Elle incline à laisser retourner à la Matière ce qui lui appartient, en se privant des plaisirs du monde et en cherchant inlassablement les biens imputrescibles, alors que la modération suffit.  La Loi ne prescrit-elle pas, dans son expérience, de goûter d’un peu de tout, mais sans abus.  Car, comment un être peut-il développer son discernement et sa sagesse et trouver l’équilibre entre les extrêmes, s’il fuit sans cesse l’Ombre pour s’élever dans la Lumière.

   Ainsi, la sainteté invite à vivre sur la corde raide qui sape le goût de vivre, en préconisant la fuite dans l’Esprit, mais en prenant bien garde de ne pas chuter dans les abysses, ce qui requiert un discernement clair entre le réel et l’illusoire difficile à atteindre, à part l’abandon des désirs présumés médiocres qui enchaînent à la matière.  Elle recommande de vivre détaché des fruits de ses actions, d’écarter la peur, mais en cultivant la crainte de Dieu, tout en préconisant l’acceptation ou l’imposition volontaire de souffrances comme moyen de salut.  Dans ces conditions, comment peut-on vraiment transcender les quatre temps des cycles afin de devenir un miroir étincelant de la Lumière divine, si ce n’est de façon illusoire.

   Claude-Gérard Sarrazin a dit : ((Un fakir possède de grands pouvoirs, ce qui ne signifie pas qu’il soit en contact avec les plans spirituels.  Un grand saint ne possède pas forcément de grands pouvoirs, mais il est en contact avec les plans spirituels.))  À cela, on ne peut qu’ajouter que la Maîtrise parfaite de son être mène plus sûrement à retrouver le Paradis terrestre que la voie difficultueuse et doloriste de la sainteté.  Et on peut ajouter qu’au Jour du Jugement, bien des êtres qui n’ont pas été déclarés saints se démontreront tels tandis que bien des saints placés sur les autels vont prendre toute une dégringolade!

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