CHANGER SA MANIÈRE D’ENTRER EN RELATION AVEC AUTRUI S’IMPOSE…

   Présentement, ce qui importe le plus, pour chacun, c’est de se tirer de l’enfermement, soit de toutes ces conceptions erronées qui maintiennent dans l’Illusion, liant à la densité et à la dualité.  Or, l’une des plus grandes fictions que l’être humain aime entretenir, c’est celle de relations particulières ou privilégiées, comportant une part d’exclusivité, avec un autre individu.  Ainsi, s’imposant de multiples contrats imaginaires, car de tels engagements n’existent pas dans aucun autre plan de la Conscience cosmique, il se sent diversement lié aux gens qui l’entourent, à la même époque, leur accordant un traitement spécifique et particulier, ce qui le maintient dans le système karmique et l’empêche de réaliser l’Unité du Tout.

   Ainsi, au-delà des affinités naturelles, propres à tous, il se pense obligé d’aimer davantage l’enfant qu’il a mis au monde et de lui donner plus qu’à un autre enfant;  d’accorder plus d’importance à ses parents qu’aux autres parents; à  ses frères et sœurs qu’aux autres enfants du voisinage;  à ses amis intimes et à ses êtres chers qu’à ses autres connaissances;  à son partenaire de vie ou son conjointrelations-humaines qu’aux autres adultes;  aux gens des associations auxquelles il appartient qu’à ceux de celles auxquelles il n’a pas adhéré; à témoigner plus de loyauté à son patron qu’aux autres patrons.  Et c’est ainsi que la société finit par se morceler au gré des contrats, pourtant fictifs et aléatoires, que chacun s’est imposé pour se donner une impression, pourtant fausse, de force, de sécurité, d’appartenance, de cohésion, de solidarité et quoi encore.

   Pourtant, tout cela ne repose que sur l’insécurité qui amène à développer des liens d’autant plus possessifs et coercitifs que l’insécurité est grande.  C’est justement ce qui explique les crimes d’honneur où le comportement apparemment erratique d’un membre du clan est censé entacher la réputation de toute la tribu et imposer le resserrement des coudes pour mettre au pas le mouton noir ou la brebis galleuse.  En outre, pouvant même s’en faire un devoir, ils s’arrogent un droit de regard et d’ingérence, soit le droit de se mettre le nez dans les affaires de leurs intimes, comme s’ils étaient, en certaines matières ou sous divers rapports, dénué de leur liberté.

   En cette matière, on peut assurer sans crainte de se tromper que c’est dans les familles que se vivent les relations humaines les plus irrespectueuses et intrusives du fait que les gens ne savent pas vivre et laisser vivre, se mêler de leurs propres affaires et le bien faire, en laissant leurs pairs faire de même.  N’est-ce pas par erreurs et réussites qu’un être doit mener ses propres expériences pour accéder à la dextérité, à la compétence, à la maturité, à la maîtrise.  C’est dans l’action qu’un être découvre, par les résultats qu’il obtient, les limites de son savoir.

  On reproche souvent aux instructeurs spirituels de dire et de répéter des banalités, d’émettre des truismes, de rappeler des faits d’évidence du genre de ceux qui précèdent.  Pourtant, si certaines de leurs observations sont si évidentes pour tous, comment se fait-il que la société change aussi peu et aussi lentement pour ce qui a trait à la qualité des relations humaines?  Est-ce par masochisme, par sadisme ou par simple esprit de rébellion qu’elle maintient certains comportements aussi ostensiblement erratiques?

   Même s’il n’est pas plus honorable, parce qu’il écarte de l’Esprit et rive à la terre, l’esprit de possession (qui se dit aussi possessivité) orienté vers l’accumulation de biens n’est dommageable qu’à celui qui se laisse posséder par lui.  Mais quand il implique une main mise sur autrui, une relation de dominant et de dominé entre deux êtres, de l’impatronisation dans la vie d’autrui, peu importe l’apparent noble prétexte,  il devient purement aberrant, régressif, et on peut le réprouver.

    Il faut comprendre ce que cache l’esprit de possession pour bien comprendre les allégations qui précèdent.  Il implique un attachement excessif ou exclusif aux aspects contingents de la vie en incarnation.   Il se fonde sur une peur plus ou moins reconnue et avouée de perdre un bien matériel ou les avantages qu’il représente.  Cette crainte compréhensible dans un monde où il n’est pas facile d’assurer sa survie, culmine dans la peur de la mort, qui  semble l’échéance la plus cruelle et la plus arbitraire.

   L’acquisivité, qui se cache derrière la possessivité, exprime un désir de s’assurer une certaine pérennité en conquérant, en asservissant ou en exploitant le monde concret, en augmentant ses biens, en agrandissant son territoire, en accumulant des réserves, en s’inféodant les autres, en y jouissant le plus qu’il est possible, peu importe si cela se fait au détriment d’autrui.  Car, dans l’ordre de la survie, c’est la loi du plus fort qui ne tarde pas à prévaloir, ce qui amène souvent l’être humain à se rabaisser au niveau de la bête.  Et plus un être possède, plus il se sent facilement légitimé de se procurer les moyens ou les armes propres à mettre en échec la convoitise d’autrui.  Car celle-ci peut toujours s’exercer à l’endroit de ce qu’on a durement ou laborieusement accumulé, surtout en cas de pénurie.

   Certains développent l’esprit de possession parce que, vides intérieurement, confondant les moyens avec la fin, ils ne connaissant rien de la nécessité de poursuivre une quête spirituelle.  Alors, ils cherchent légitimement à vivre dans le confort et à s’assurer le bien-être.  Mais ils en viennent facilement à privilégier l’avoir à l’être et à confondre l’amour avec l’affection, cette dernière se démontrant généralement plutôt collante.   D’autres, c’est pour établir leur notoriété.    Ceux-là y trouvent un moyen de se valoriser, de flatter leur ego, par exemple en démontrant leur adresse ou leur intelligence.   D’autres le font pour s’assurer une garantie contre d’hypothétiques atteintes de la part d’autrui.   Avec de telles motivations, il y a fort à parier qu’un être réprouvera l’esprit communautaire, l’appel à la fraternité et à la solidarité, qui devrait se vivre dans le respect de l’intégrité, de l’autonomie, de l’indépendance et de la liberté de chacun.

   Chez l’être humain, la pulsion innée de préservation ou de conservation s’efforce de se renforcer par l’acquisition de ce qu’il croit nécessaire et par la volonté de défendre ces acquisitions contre le même désir d’appropriation de ses semblables, dût-il les éliminer pour y arriver, s’il manque de conscience.  En cela, chacun répond à ses sentiments et à ses pensées à partir desquels il établit son sens des valeurs.  Ses sentiments et ses pensées personnelles, comme ses désirs et ses aspirations, peuvent dégénérer en émotions, en ambitions, en passions, selon les valeurs favorables ou défavorables qu’il attribue personnellement aux choses, aux êtres et aux événements.

   Autrement dit, l’être évoluant apprend ou conçoit progressivement, au gré de ses expériences, que certaines choses et certains événements satisfont apparemment des désirs et des appétits sensibles alors que d’autres les frustrent ou les exaspèrent.  Il en résulte que chaque être humain en vient à chercher à acquérir ou à posséder, à s’approprier des biens en propre ou à dominer des gens, ce qui satisfait sa personnalité et fait ce qu’il appelle son bonheur, sans se rendre compte qu’il augmente son enfermement dans la matérialité et la dualité.  Car ces désirs et ces appétits étant, par leur nature, insatiables, ils l’amènent à vouloir toujours posséder et dominer davantage.

   C’est ainsi que riche, il veut devenir millionnaire et, une fois devenu millionnaire, rentrer dans la famille sélecte des milliardaires.  Sans compter que, ce qui constitue le bonheur de l’Un ne fait pas nécessairement le bonheur de l’autre.  En effet, les affects et les appétits, au fondement du désir et de la motivation d’agir, varient d’un sujet à un autre.  Sauf que, peu importe de quelle manière chaque être évalue ces choses ou conditions, elles deviennent ce qu’il souhaite obtenir pour satisfaire son ego.

   Tout être qui laisse son désir de possession prendre des proportions désordonnées, parce qu’il n’a pas de valeurs spirituelles pour les pondérer, peut devenir implacable, arbitraire et impérieux, même sanguinaire, dans la poursuite de sa fin.  En cela, la majorité des êtres humains répriment leurs désirs effrénés de possession uniquement parce qu’ils réprouvent l’effort pour les satisfaire ou qu’ils redoutent la contrainte des lois que la société impose pour les faire respecter.  Les gens sont souvent plus vertueux par la menace de la contrainte de la force que par véritable conscience spirituelle.   Ils ne se retiennent pas par sens moral de modération mais par la crainte d’un plus grand mal, en cas de sanction.

   Qu’est-ce qui explique que même les riches en veulent toujours davantage?  Le fait très simple que l’acquisition de plus de choses procure une satisfaction du désir pulsionnel lui-même.  L’obtention d’une réalité, ajoutée au défi de l’obtenir, procurent en eux-mêmes un grand plaisir.  La possession renforce l’ego étendant son influence par une présumée distinction.  Ce qui conduit ultimement des peuples au désir de conquête par la force ou par la guerre.

   En général, pour qui sait observer en toute équité, les nations du monde entrent en lutte pour défendre leurs acquis, très souvent très égoïstes, ou pour les accroître, les présentant toujours comme des propriétés nécessaires et inaliénables : acquisitions physiques, intellectuelles ou morales.  Et, de victoire en victoire, elles ne se gênent plus de soumettre des gens plus faibles et plus pauvres sans même penser à chercher à savoir si elles ne favorisent pas des intérêts personnels, financiers, commerciaux, politiques, moraux, religieux, culturels, fanatiques ou hystériques, ce qui est toujours le cas dans le déclenchement d’une guerre, qui reste, dans le contexte de l’Unité cosmique, une intervention fratricide.  Voilà comment la peur de perdre pousse à vouloir combler ses carences, ses faiblesses, ses limites, la pénurie, le sentiment d’impuissance par tous les moyens.

   L’esprit de possession peut se déguiser de plusieurs manières : la volonté de diriger autrui, de le changer, de le contrôler;  cultiver des attentes à l’endroit des autres, décider des choses sans vérification auprès de toutes les personnes concernées, donner en espérant recevoir; refuser d’accorder des droits légitimes, nier le besoin d’autrui, s’autoriser à lui raconter n’importe quoi;  rejeter les désirs d’autrui, s’ils briment les siens, écarter son opinion, empiéter sur son territoire, violer son espace psychique;  vouloir tout savoir de son passé, chercher à tout comprendre de lui, exiger qu’il prenne constamment son parti, s’attendre à ce qu’il prenne sa défense en cas de litige par simple solidarité, quitte à mentir pour tirer un allié du pétrin.

   Au final, l’esprit de possession amène un être à croire que son bonheur ou que sa valeur s’évaluent à la quantité ou à la qualité des biens, au pouvoir qu’il détient, à la grandeur de son patrimoine ou de son rôle, à sa réputation, à sa célébrité ou à sa notoriété.   Il n’étonne pas étonnant que s’il ne répond pas à ses propres normes subjectives et arbitraires, des plus biaisées, il en vienne à croire qu’il ne peut être quelqu’un,  que la vie n’a pas de sens ou de valeur, qu’il se sente fini ou abandonné du reste des créatures.

   Celui qui veut s’assurer de participer à l’Ascension qui s’annonce ne peut que se présenter nu au seuil du Portail lui permettant d’accéder à d’autres dimensions plus clémentes, celles de la Grâce divine.  Cela implique qu’il doive se détacher complètement de ses attentes mondaines et matérialistes, qu’il doive écarter tout contrôle sur lui-même et tout empire sur autrui, même tout favoritisme et toute préférence, et qu’il ne nourrit plus aucune attente égotique.  Autrement dit, il n’aspire plus qu’à se réaliser, sans condition, dans la Lumière divine.

CONSIDÉRATIONS DIVERSES SUR LES RELATIONS HUMAINES

   Les êtres humains aiment vivre en commun pour se donner une plus grande force, une meilleure sécurité, favoriser leurs échanges, rendre leur vie plus mouvementée et divertissante.  Aussi, pour maintenir l’harmonie, faut-il vivre avec les autres dans une relation d’égal à égal plutôt que de dominant à dominé ou de possédé et rejeté.  On y parvient en étant fidèle à soi-même, en affirmant sa vérité, en faisant les concessions nécessaires, en avançant là où on veut aller, en faisant de chaque instant de sa vie une réussite personnelle.  En effet, on peut se nourrir des autres, mais sans les dévorer comme un affamé, car il faut rester autonome et indépendant, tout en restant fraternel et solidaire.  On doit également éviter de relations humaines1se laisser manipuler pour rester libre de choisir ce qu’on veut partager avec autrui.  Et lorsqu’on accepte de partager, il faut le faire de la bonne manière, en évitant de gruger les autres et de se laisser gruger.  Visant la coopération, une relation consiste en une association de modulations de fréquence, en une convention de fréquence.  Idéalement, elle vise à s’impliquer avec les autres dans une foule de rapports et d’échanges de la vie courante tout en restant libre et en respectant la liberté des autres.  Le temps que dure une relation importe moins que la qualité de cette relation.

   Cosmiquement, les relations interpersonnelles ont comme visée d’apprendre à mieux aimer.  Elles représentent un défi constant qui appelle à créer, à exprimer et à vivre des aspects de plus en plus magnifiques de soi-même.  Chacun n’est ce qu’il est qu’en relation avec un être, un endroit ou un événement qu’il n’est pas.  C’est la loi du monde de la relativité.  Toute relation contribue à faire saisir ce qu’un être peut y apporter autant que ce qu’il peut en tirer.  Il s’agit de choisir quelle part de soi-même on veut y voir apparaître de même que ce qu’on peut en prendre et en retirer.  En vérité, on attire certaines personnes dans sa vie pour qu’elles aident à dévoiler les secteurs où on a besoin de s’ouvrir davantage.  Une partie de la leçon consiste à rester ouvert et plein d’amour, même lorsqu’on s’y sent blessé.

   Au plan du couple humain ou de la relation amoureuse, une impasse majeure se précise.  Ce qui représentait hier encore le fondement de la cohésion familiale et sociale ne représente plus beaucoup de stabilité ou de sécurité, éclatant au moindre sursaut affectif, même s’il y a des enfants.  Aux taux élevés de séparations et de divorces s’ajoute un indice élevé de célibat et de violence conjugale.  Les rapports entre les sexes dénotent une piètre compréhension des êtres en eux et des êtres avec la vie.  Ils expriment une résistance à l’acceptation de l’émancipation de la femme et à son accession à l’égalité et une incompréhension fondamentale des rôles fonctionnels découlant des aspects de la polarité humaine.

   Les domaines du masculin et du féminin ne doivent plus être perçus comme des oppositions fondamentales, qui jouent au détriment de la femme, servant l’homme.  Ce sont deux mondes différents, compatibles et complémentaires, qui ne peuvent être évalués qu’en termes de sexe biologique ou de rôle social, mais aussi en termes de différence psychique se fondant sur deux qualités d’énergie.  Sommairement, le principe masculin, actif, s‘exerce dans la formation de projets et l’atteinte des buts, distançant, différenciant, séparant, analysant les phénomènes.  Il assure la maîtrise du monde par l’émission d’idées, la créativité concrète, la pose de limites, l’établissement de frontières, l’extraversion.  Quant au principe féminin, réceptif, il s’exerce dans l’organisation des éléments, la gestation des idées, l’établissement des relations valables.  Il se consacre plus naturellement aux rencontres, à la création de liens affectifs, à la dispensation de soins, à l’affiliation et à la coopération entre les êtres.  Attaché à la vie et à la croissance, il obéit aux lois de la Nature, fixé sur l’éternel présent, l’introversion.

   Dans son ensemble, la vie constitue un échange incessant entre ces deux polarités, révélées par les sexes, mais présentes en chaque individu, dans un mouvement d’alternance et d’équilibre des forces.  Les êtres humains, qui participent à la même dynamique cosmique, subissent les mêmes influences.  L’évolution humaine est ponctuée de l’alternance des cycles patriarcaux et des cycles matriarcaux jusqu’à ce que les forces s’équilibrent dans la compréhension mutuelle.  Actuellement, il faut accepter qu’un cycle patriarcal s’achève, un cycle matriarcal s’étant esquissé il y a environ deux mille ans, renforcé par l’accélération de la présente ère du Verseau.  En cette période de transition, le subtil équilibre de ces champs de force s’est rapidement rompu.  Le principe féminin, isolé et dévalorisé, ne pouvait plus être fécondé par le principe masculin, trop dominateur, qui ne pouvait plus croître.  Plus nourri de ses racines de vie, il en vient à se durcir, à s’aigrir, à se déshumaniser, jusqu’à ce qu’il devienne tyrannique et criminel, chez les hommes qui se ferment aux influences subtiles du présent cycle d’inversion des aspects de la polarité.  La polarisation entretenue du masculin, par résistance aux présentes énergies, produit une coupure entre la tête et le corps, au niveau du cœur.  Ainsi, quand surgit un conflit, les êtres humains ne peuvent plus s’appuyer sur leur fondement instinctif pour trouver une réponse adéquate, ce qui engendre un sentiment d’instabilité, d’impuissance, de désespoir, de démission, qui ouvre une brèche à la folie.

   L’homme et la femme sortent profondément mutilés du conditionnement psychique et physique qu’a imposé une longue culture patriarcale.  L’homme est devenu un être de conquête et de performance, un pourvoyeur bourreau de travail et un guerrier, qui s’est coupé de son âme.  La femme est devenue un objet de plaisir et un instrument servile qui a perdu son identité et son autonomie, coupée de sa tête, en tant qu’âme du foyer.  Cela devait réveiller la rivalité des sexes qui a amené à l’explosion de la cellule familiale, où les foyers monoparentaux, largement gérés par la femme, se multiplient, le père ayant déserté le foyer, frustré et amer, ne sachant plus comment s’adapter, comment agir et réagir.

   Cela entraîne des conséquences graves sur les jeunes générations qui, espérons-le, doivent porter en eux le dynamisme pour peu à peu s’adapter et recréer l’équilibre.  Mais, pour l’instant, la jeune fille, privée de solides références à la féminité, chez une mère amputée de la sienne, manque en même temps d’un contact valorisant avec la masculinité.  Aussi développe-t-elle une identité féminine fragile, grandement dépourvue d’estime de soi, de valeurs sécurisantes, développant une dépendance face à l’homme, qu’elle ne comprend pas, et une incapacité d’accéder à son potentiel, parce que coupée de ses pulsions fondamentales.  Placée devant le choix impossible de s’identifier à l’essence féminine, elle ne peut réagir que par la défensive face à l’homme.  Ainsi, cherchant à exercer le contrôle, elle oriente sa vie et ses relations vers une recherche de perfection, d’autonomie, d’efficacité et d’ordre.  Ainsi, elle récupère maladroitement ce qui lui manquait pour établir un dialogue égalitaire avec l’homme.

   Du côté du jeune homme, les conséquences sont aussi largement désastreuses.  Souvent éduqué par sa mère, qui porte sa féminité blessée, il combat pour se défaire de ce lien, dépréciant son énergie, cherchant à conquérir, sans modèle, son identité masculine.  Aussi, dans sa vie affective, surestime-t-il le sentiment de son identité supérieure, dévalorisant le rôle féminin.  Alors, il nie ses sentiments et sa sensibilité, refusant d’admettre son insécurité, son déséquilibre, sa fragilité, son impuissance.  Il cultive à outrance le sens du pouvoir, de l’objectivité, de la rationalité, du contrôle sur tout et tous.

   Toutes ces difficultés peuvent ouvrir au développement de l’androgynie, mais, pour l’instant, elles mènent les relations amoureuses dans une impasse, où tous les modèles d’harmonisation doivent être inventés.  Pour l’heure, elles se nourrissent de cette piètre pitance d’un partage maladroit de deux vulnérabilités qui se cabrent souvent et ont du mal à s’épanouir par manque d’ouverture et d’effort de compréhension mutuelle.  Pour inventer des modèles sécurisants et valorisants, l’homme et la femme devront reconnecter avec leurs corps frigide, leurs instincts bâillonnés, leurs émotions refoulées et taries, leur sexualité vide et moribonde.  En cela, la femme reconnaîtra probablement plus rapidement son essence, d’où elle pourra instruire l’homme avec tact et compréhension.

   Pour l’homme et la femme, cette descente dans l’inconscient féminin passe par la reconnaissance de sa vulnérabilité et de sa peccabilité, de ses besoins d’affection et de dépendance, soit de complémentarité.  Ce processus de mutation comporte sa large part de souffrance, car il se fonde sur l’ouverture, le dévoilement, la transparence, à la disponibilité et la réceptivité au monde de l’autre.  Cela ne va pas de soi, impliquant des concessions, des ajustements, des acceptations, des adaptations, alors qu’on s’est coupé et muré dans sa supériorité présumée.  Il faut reconnaître que la différence n’a rien d’inquiétant, ne pouvant que nourrir et enrichir, hors de toute idée de concurrence et de contrôle.  Il faut apprendre à se connaître et à se reconnaître de part et d’autre, «co-naître» l’un à l’autre.  Il faut accepter de perdre ce qui n’au aucune valeur en soi : les éléments de stérile séparativité.

   C’est en acceptant sa féminité, de part et d’autre, qu’on pourra renouer le lien avec la vie et faire confiance au processus constant du changement, du renouveau, même de la renaissance.  On y gagnera aussi en aptitude à lâcher prise pour accepter de laisser aller ses besoins fictifs de contrôle et de perfection pour s’ouvrir à la plénitude de la vie, dégagé de tout conflit et de toute concurrence, acceptant enfin de vivre, pas seulement de s’opposer et de survivre.  Qu’on ne s’y trompe pas, la réalisation du pouvoir intérieur passe par la reconnaissance et l’acceptation de ses forces et de ses faiblesses, de ses grandeurs et de ses bassesses.   Alors, on mâte de façon responsable son tyran et sa victime intérieurs.  Et c’est dans la fusion créatrice du masculin et du féminin en soi qu’on rend possible cette transformation, réalisant la nécessité des deux pôles pour vivre pleinement.  C’est dans ce processus qu’on se guérit et qu’on répare ses relations.

   Pour tout dire, les grandes transitions se vivent toujours dans une énergie de polarité féminine.  L’éclatement des structures périmées, des anciens modèles, des schèmes vétustes, des valeurs surannées, provoquent toujours un vide.  Le vide invite à se faire coupe, donc réceptif et accueillant, malgré les insécurités passagères qu’il entraîne.  Mais ils permettent, dans la perte de contrôle et l’impuissance, de s’ouvrir l’un à l’autre pour inventer de nouvelles sécurités qui permettront aux nouvelles énergies de se libérer et de féconder les esprits.  Ils permettent de descendre vers les profondeurs de l’Être pour approfondir dès les racines de la dualité dans l’Unité indissoluble.  Aussi cette période de mutation invite-t-elle plus à la méditation pour saisir plus intuitivement les correctifs à apporter qu’aux improvisations et aux réaménagements même de bonne volonté.

   Nul ne peut demander à l’Univers d’harmoniser une relation contre le gré de l’un des deux partenaires.  Ainsi, au lieu de demander d’être aimé par une personne en particulier, on doit se préparer à rencontrer une personne qui exprimera de l’amour comme on le souhaite.  Il faut demander dans un esprit d’ouverture et de détachement, abandonnant le passé et s’ouvrant à l’avenir.  Si on encombre sa vie d’une relation désagréable depuis longtemps, investissant temps et énergie à harmoniser une relation qui ne satisfait pas, on ne fait aucune place pour vivre une relation épanouissante avec quelqu’un d’autre.  On cultive une illusion de sa personnalité plutôt que la vérité de son âme, en s’attachant à la forme plutôt qu’à l’essence de la réalité.  On complique la tâche de l’Univers en lui demandant une chose impossible, en lui demandant un miracle, en exigent un tour de magie, dans le bris d’une liberté ou dans une demande trop spécifique.  L’Univers répond aux besoins de l’âme avant ceux de la personnalité, à moins qu’ils concordent.

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