LES PRÉJUGÉS, AUTANT D’INDICES DE L’ÉTROITESSE D’ESPRIT, FONDENT LA RAISON DES SOTS ET DES IGNORANTS INFATUÉS…

Il n’y a que le jeune enfant qui se démontre dénué de préjugés, c’est-à-dire qu’il perçoit plus ou moins longtemps le monde comme il est, sans idées à priori, encore que cet état dure bien peu, parce que de ses semblables, surtout des adultes, ses personnages d’autorité, qui eux en sont farcis, faussent sa vision et son sentiment, jusqu’à lui couvrir les yeux et la conscience d’un épais bandeau de croyances, d’approximations et de faussetés. fondés sur la peur de l’autre.  C’est  peut-être aussi le cas du philosophe qui tient vraiment à accéder à la Vérité.  À ce propos Einstein est allé jusqu’à dire: «Peu d’êtres sont capables d’exprimer posément une opinion différente des préjugés de leur milieu, incapables d’arriver à formuler de telles opinions.»  Il avère qu’il est plus facile de soulever contre un autre ou contre un projet mille hommes en s’adressant à leurs préjugés, surtout ceux qui sont teint par leur orgueil, que d’en convaincre un seul à l’aide de la logique, même de l’évidence.  En cela, ce sont toujours les plus petits esprits qui, chez le peuple, expriment les plus grandes aberrations du genre, ce qui a probablement amené Jean-Jacquees Rousseau à écrire: «La vision, le jugement viennent lentemepréjugésnt, les préjugés accourent en foule.»  Pourtant, nul ne peut dire aimer sans pouvoir aborder l’autre dans sa réalité et ses besoins dans la neutralité, donc sans conditions, afin d’apprécier son cas et sa valeur sans préjugés.  Car l’être qui en déborde reste toujours pauvre de ce qu’il croit faussement savoir à propos d’autrui, s’empêchant de nouer avec lui une relation saine qui pourrait l’amener vers tant de découvertes.

Le verde «préjuger», signifie «juger avant», au sens de juger trop vite par manque de suvstance, soit de juger de façon précipitée ou prématurée sans véritable motif.  C’est porter un jugement de valeur d’après ses propres valeurs, qui ne valent que ce qu’elles valent.  Avoir des préjugés, c’est formuler un jugement inconsidéré et définitif sur une personne ou un groupe de personnes sans les connaître suffisamment.  Il relève de la gamme des idées préconçues sur une personne ou un groupe de personnes.  Le préjugé désigne une croyance ou une opinion préconçue, une idée toute faite, donc discriminante, souvent imposée par le milieu, l’époque, l’éducation, qui amène à agir avec un parti pris, de la subjectivité, de la partialité.  Il exprime une attitude comportant une dimension évaluative à l’égard d’une réalité ou d’un groupe social donné.  Il s’exprime partout, mais de façon différente, souvent de façon plus subtile, hypocrite ou sophistiquée, mais il ne s’en fond pas moins sur des idées fausses ou approximatives, empreintes de condescendance ou d’arrogance, indiquant qu’elles relèvent d’un sentiment de supériorité.  Il s’oppose à l’acceptation spontanée qui accorde une chance au coureur.  C’est le cas de la haine des Juifs pour celui qui n’en connaît aucun.

 Alors, il faut se demander ce qu’est un stéréotype.  Ce mot vient des racines grecques «stereo», qui signifie «solide», et «tupos», qui signifie «caractère».   Il s’agit généralisation simplifiée appliquée à un groupe entier de personnes, sans tenir compte des différences individuelles.  Il s’agit d’images figées, de l’ordre des croyances et des simplifications de la réalité.  Il comporte des croyances partagées concernant les caractéristiques personnelles, généralement des traits de personnalité, mais aussi des comportements d’une personne ou d’un groupe.  En général, les stéréotypes visent à justifier la conduite d’un groupe vis-à-vis d’un autre groupe.  Il a libre cours, il devient omniprésent dans les domaines raciaux et sexuels.  C’est le cas de ceux qui croient les Français chauvins, arrogants ou «chiants».  Bien que certains stéréotypes puissent paraître positifs, au premier abord, il revient à généraliser de façon abusive évitant d’inclure, aux acceptions, les exceptions, soit ceux qui échappent à la généralisation.  C’est le cas de celui qui croit que tous les Québécois sont sympathiques et chaleureux, ce qui ne laisse aucune exception à la règle.

Comme on l’a dit, le stéréotype décrit un jugement de valeur figé ou arrêté qui oriente la conscience dans un mouvement régressif.   Il repose sur une idée toute faite à propos de quelqu’un, d’une réalité, d’un fait, d’un événement, d’une situation, mais sans trop de fondement objectif.  Croyances et hypothèses ne sont jamais connaissance et savoir, ne sont jamais certitude!  Mais voilà, toute la dimension inconsciente de l’individu échappe au contrôle de sa volonté et de sa conscience objective.  Bien plus, elle se nourrit de ses expériences quotidiennes et forme ainsi une personnalité séparée, vivant pour son propre compte, comme autonome, à l’intérieur de lui.

Ainsi, l’être humain continue à vivre son existence propre, mais cette vie est sans cesse influencée par le poids des éléments inconscients dont il est le dépositaire.  L’inconscient, presque immuable, provoque des réactions, mais toujours dans le sens de la satisfaction du sujet, l’orientant largement.  L’inconscient n’est pas rationnel, il est mécanique, plein de préjugés et de stéréotypes.  De là, chacun réagit d’une manière propre qui exprime largement l’activité secrète de son inconscient.  L’être humain doit se défaire de ses stéréotypes résistants.

Voici des exemples de stéréotypes tenaces.  Bien des gens croient qu’il faut attendre au moins une heure, après avoir mangé, pour se baigner.  Mais c’est une suggestion culturelle qui n’a aucun fondement scientifique.  De même, contrairement à l’opinion populaire, les courants d’air ne sont dangereux que s’ils perturbent grandement l’équilibre thermique du corps par un fort contraste du chaud et du froid engendrant un choc physiologique.  Mais ils contiennent moins de germes (microbes) que l’air prisonnier d’une pièce fermée, mais pas plus que l’air extérieur dont ils proviennent.  L’indisposition qui peut s’ensuivre découle plus d’une suggestion ou du choc physiologique que de la présence des germes.  Autre cas, qui ne croit pas que les aliments lourds, ingérés avant le sommeil peuvent entraîner une indigestion ou provoquer des cauchemars.  Il n’existe aucune preuve médicale de cette relation morbide.  C’est le mental qui, par sa croyance, entraîne habituellement ces inconvénients.

Les préjugés, comme les stéréotypes, ont la vie dure parce qu’ils découlent des habitudes de pensée.  Ils font partie de l’héritage culturel d’un groupe — comme l’éducation, les normes, les habitudes, les célébrations, les pratiques, les façons de faire – et ils influencent les attitudes et les comportements.  Ils déclenchent les ressorts émotionnels.  Einstein a dit: «Il est plus facile de briser un atome que de vaincre un préjugé.»  Il est bien difficile en effet de voir l’autre dans sa réalité plutôt que d’interpréter ce qu’il est à travers les verres teintés et les œillères de nos préjugés.

Tout être humain est partial et subjectif.  En soi, le préjugé est une réponse maladroite à une frustration ou à une angoisse.  Un être y recourt surtout en période critique pour protéger sa sécurité physique et son prestige social qu’il sent menacés.  Dans tout préjugé, du plus bénin au plus énorme, on retrouve toujours une généralisation hâtive, gratuite, arbitraire.  Quelqu’un juge à partir de clichés et de stéréotypes, donc d’arrière-pensées.

Le préjugé dénote immanquablement une paresse d’esprit ou une fuite puisqu’il se définit comme un jugement antérieur à toute expérience, comme un jugement sans fondement réel.  Lanza del Vasto confirme: «Paresse mentale; préjugé.  Adoption sur toutes choses de l’opinion de tout le monde.  Irréflexion et routine.» 

Dans toute collectivité, l’opinion moyenne est largement truffée de préjugés que personne ne prend la peine de vérifier, mais auxquels la majorité donne son adhésion.  Le sujet renchérit même, parfois, pour se donner une impression de force.  Mais, en général, il se laisse porter par le courant de la bêtise générale.  Alors, il ne manque qu’un pas pour qu’il sombre, socialement, dans l’intolérance.  Somme toute, le préjugé se fonde toujours sur un stéréotypequi a rarement à voir avec la réalité.

Parce que les préjugés nous sont inculqués par l’environnement social, s’en défaire demande une prise de conscience, un travail sur soi.  Il impose de devenir plus objectif, impartial, réaliste, de se montrer moins prétentieux, de s’exprimer de manière plus amoureuse, plus respectueuse, plus fraternelle, plus solidaire.  Il appelle encore à établir une meilleure répartition au niveau du pouvoir et des richesses dans un souci d’égalité.  Cela devient notamment possible dans les contacts entre groupes, dans la coopération en regard de buts communs, dans l’habitude de se mettre dans la peau de l’autre.

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