PAR LE TITRE, NOUS ÉVOQUONS ÉVIDEMMENT LE MALAISE, LA DOULEUR, LA SOUFFRANCE ET LA MALADIE…

 

   À proprement parler, le malaise évoque la sensation pénible causée par un trouble physiologique ou psychologique et il invite à vérifier ce qui ne va pas en soi de manière à éviter une aggravation.  Dans ce contexte, la douleur exprime un malaise avancé par la sensation pénible, désagréable, ressentie dans une partie du corps, soit une évolution du malaise.  Celle-ci renseigne sur le degré d’insouciance et d’imprudence, donc d’ignorance.  Elle vise à informer que quelque chose ne va pas, contribuant à purifier le corps et l’esprit.  Elle aiguillonne l’esprit et force à s’interroger sur  le sens de la vie et de la mort, sur le pourquoi des choses.   Conformément aux principes d’Attraction et à la Causalité, c’est le juste retour, la sanction inévitable des imprudents, des insouciants, des imposteurs, des abuseurs, de ceux qui, consciemment ou inconsciemment, voguent dans une coquille de noix sur l’océan déchaîné des passions ou de l’ignorance.  Elle sert à brûler ce qui fait obstruction et, bien comprise, elle fait faire des pas de géant vers l’Absolu.  Mal admise souffranceou niée, elle mène à l’enfer et à la dissolution.  Elle force le récalcitrant ou le fainéant à faire les pas qu’en d’autres circonstances il n’aurait pas pensé à franchir.  Mal comprise, elle amène un être à se déresponsabiliser, à s’apitoyer sur son sort, à se contempler le nombril, d’où il ne peut plus observer les fruits d’une causalité et s’en détacher.  La douleur de se reconnaître dans un abîme d’illusion est pénible pour ceux qui sont attachés à leur double terrestre, mais elle produit généralement des effets bien salutaires.

    En fait, la douleur précise où se trouve exactement la difficulté pour aider à diriger l’énergie au bon endroit.  La plupart du temps, elle résulte d’un jugement sévère ou rigide qu’on a porté sur quelque chose, d’où, si on retire le jugement, tout s’harmonise.  Retirer le jugement consiste à changer la façon dont on perçoit un fait ou une situation.  Nul ne peut échapper à la douleur d’une situation qu’en la concevant dans une perspective plus sage et plus ouverte amenant à s’exprimer avec plus d’amour, de douceur, de chaleur et de compassion.  Nul ne gagnerait à appeler la douleur, mais, si elle vient, il doit savoir s’en servir pour progresser et évoluer.  En fait, un être ne souffrirait de rien s’il saisissait l’illusion de la douleur.  Car la douleur n’est jamais qu’un drame joué sur la scène de son esprit.  Rien ne peut être vraiment douloureux, si on réalise que rien n’est réel au sens qu’on l’entend.  Dans sa vie, chacun crée, consciemment ou inconsciemment, les situations, les personnages, les circonstances : il écrit le déroulement et les dialogues du scénario de sa vie.

   Maxence Van Der Meersch a dit avec raison: «La vie n’est pas faite pour qu’on la refuse, parce qu’elle n’est pas une fin, mais un moyen.  Tout a un sens.  Même la douleur.»  En effet, la douleur et la souffrance sont les moyens par lesquels la Nature prévient un être qu’il est dérangé physiquement ou psychiquement.  Ils expriment des signaux d’alarme, lancés par la Nature, pour l’informer d’un état pathologique.  Il doit y remédier en en trouvant la cause, sans délai, non en supprimant le mal ou en l’endormant.  C. Tillier a fait remarquer: La douleur et le plaisir résultent de la même faculté.  En effet, le plaisir indique une voie à suivre; la douleur et la souffrance indiquent une voie à se refuser.  Le sujet doit réintégrer l’ordre s’il veut se rétablir.

   Quant à la souffrance, elle peut évoquer une douleur physique ou morale.  Mais, dans la perspective de l’usage du mot «douleur», il renvoie d’abord à la douleur physique tandis que le mot «souffrance» évoque les malaises psychiques.  Il n’en reste pas moins que celle-ci représente une tentative de l’ego de prendre ou reprendre la place de l’Essence spirituelle en concentrant l’attention d’un être sur ses propres illusions.  Elle fait partie des leçons que chaque être doit intégrer dans son évolution.

   La plus grande leçon, en présence de la souffrance personnelle ou à celle d’autrui, c’est celle du détachement sans indifférence.  Car un être renforce ce sur quoi il porte son attention, encore plus s’il le fait avec insistance.  En fait, la souffrance n’est rien d‘autre qu’une mauvaise habitude d’apprentissage, mais elle devient la source de l’éveil.  Elle est un aspect inutile de l’expérience humaine, mais elle est l’aiguillon qui fait aller droit sur le chemin qui mène au sommet de la Réalisation.  Comme elle naît de l’égoïsme, l’attachement à ce qui est périssable, et de l’ignorance, la perte dans l’illusion, qui amène à grandir dans la lutte et la résistance, on peut l’écarter par l’amour, le renoncement et la conscience.  Alors, il faut dire non à tout ce qui est factice et aux modèles qui sont imposés.  Il faut refuser d’avoir l’air de ceci ou de cela pour être soi, tout simplement.

   Chacun doit remercier ses douleurs et ses peines autant que ses joies et ses réussites.  Nul ne gagne à les vivre comme des punitions, mais il se fait victorieux s’il les considère comme des avertisseurs l’aidant à retrouver le mode d’emploi de lui-même.  On souffre dans la mesure où on ne connaît qu’en partie, privé de la plénitude de la rencontre de Dieu.  Comme elle dénote une mauvaise intégration intérieure, on peut y mettre un terme en considérant la vie différemment.  Car ce ne sont pas les événements qui font souffrir, mais la réaction qu’on a à leur égard.   La souffrance ne résulte, bien souvent, que des jugements qu’on porte et des attentes qu’on entretient.

   La souffrance, qui est surtout une douleur au niveau psychique, est la leçon qu’appelle une âme libre, mais ignorante.  La croyance collective veut, à tort, que l’évolution implique la souffrance.  Satprem a rappelé : «Dès qu’il y a souffrance, de quelque ordre que ce soit, c’est le signe immédiat d’un rétrécissement de l’être et d’une perte de conscience.»  Son Maître, Sri Aurobindo Ghose expliquait: «Pourquoi Dieu martèle-t-il son monde avec tant d’acharnement, pourquoi le piétiner et le pétrir comme de la pâte, pourquoi le jeter si souvent dans un bain de sang et dans l’embrasement infernal de la fournaise?  Parce que l’humanité dans son ensemble est encore un vil minerai grossier et dur qui autrement ne se laisserait jamais fondre ni modeler.  Tels les matériaux, telles les méthodes.  Que le minerai se laisse transmuer en un métal plus noble et plus pur, et les procédés de Dieu envers lui seront plus doux et plus bénins, et les usages qu’il en fera plus raffinés et plus beaux.»

   Un autre Sage a dit: «Souffrir, c’est suivre la voie de la plus grande résistance pour atteindre le sommet de la Montagne.  La douleur, c’est l’éclatement de la forme pour que s’embrase le feu intérieur;  la douleur, c’est le froid de l’isolement qui conduit à la chaleur du Soleil central; la douleur, c’est le feu de la fournaise qui fera connaitre la fraîcheur de l’Eau de vie.  La douleur, c’est le voyage en de lointains pays suivi du retour joyeux à la Maison du Père.  La douleur, c’est l’illusion d’être renié par le Père qui pousse le fils prodigue à retourner jusqu’au Cœur du Père.  La douleur, c’est la croix de la perte complète de toute chose à laquelle suit la possession de la Richesse éternelle.  La douleur, c’est le fouet qui pousse le constructeur à lutter pour mener à la perfection la construction de son Temple.»

   Toute souffrance est le résultat de la violation des lois ou du refus de se conformer à elles dans une désobéissance consciente ou non.  Elle révèle un état de contraction ou de retrait du Sentier lumineux.  Pour en sortir, il faut accepter de passer par la flamme purificatrice de la Sagesse.  Elle seule peut redonner la joie, donc inutile de lui résister.  On souffre parce qu’on a transgressé une loi, parce qu’on n’est pas entré en possession d’un bien ou d’une circonstance convoités, parce qu’on est sorti de l’harmonie, parce qu’on n’a pas attiré à soi ce que l’on désire.  Qu’il s’agisse de maladie, de pauvreté, de limitation, de pénurie, de gêne, il faut donner les mêmes explications.

   Mais, quelle que soit la cause de sa souffrance ou de son malheur, quelle que soit la loi violée, chacun peut s’en sortir.  Car, quoi qu’en dise la science, tout se guérit quand on laisse le corps et l’esprit libres de puiser dans leurs réserves d’énergie et de moyens.  Il s’agit de rétablir les bonnes conditions en dirigeant, dans un sens favorable, le potentiel des lois et en vivant en harmonie avec elles.  Sivanandâ a passé une remarque éclairante : «Toutes les souffrances ne sont pas ressenties de même. Il n’y en a pas durant le sommeil. C’est seulement lorsque le mental est en contact avec le corps que la douleur est éprouvée; c’est l’identification du mental avec le corps, du fait de l’ignorance, qui est cause de la souffrance.»  Ceux qui souffrent sont donc trop puissamment rivés à leur corps et à la matière, soit à leurs êtres chers, à leurs biens ou à ce qu’ils considèrent leurs autres propriétés.  Ils doivent manquer d’idéal et d’aspiration!

   La souffrance peut également servir de moyen de défense contre la culpabilité ou l’infériorité.  Bien des êtres se punissent d’eux-mêmes de façon masochiste.  On le comprend par les larmes dont on essaie souvent de se servir pour implorer la pitié et la clémence parce qu’on se sent fragile et vulnérable, donc qu’on ne veut pas assumer ses responsabilités.  Si l’on est confronté à la douleur des autres, il ne faut jamais s’en réjouir, mais il faut révérer la Sagesse suprême qui l’y a installée, donc se contenter d’exprimer de l’empathie.  La souffrance, la sienne comme celle des autres, résulte d’une compréhension imparfaite, d’une opposition à la conscience, du dévoiement des sens.  Si on sait en trouver la cause en soi, on y trouvera une grande occasion d’avancer.  Si on ne le fait pas, la Sagesse supérieure fournira d’autres raisons de se mettre à l’œuvre de comprendre son égarement.

   Au résumé, la maladie, qui se signale d’abord par un malaise, peut s’exprimer par la douleur ou la souffrance, selon qu’elle est physique ou psychique.  Non réglé, il dégénère en maladie, puis en maladie chronique, faisant incliner vers la mort.  En cela, nous n’allons pas, de façon aussi simpliste et naïve que certains propagandistes de la pensée positive, en chercher le sens voilé dans une étymologie qui tournerait, essentiellement, autour de l’expression «mal a dit».  Toutefois, nous dirons qu’elle se définit par une altération de la santé d’un être vivant qui résulte d’un déséquilibre et qu’elle traduit un manque de conformité avec la vie.  Ce déséquilibre physique peut finir par agir sur la santé mentale, comme les déséquilibres psychiques peuvent en venir à se somatiser.  Il peut provenir diversement d’un déséquilibre génétique, nutritionnel, mental, émotionnel, de la toxicité de l’environnement, du manque de conscience ou d’une mauvaise philosophie de vie.  N’empêche que, son message, c’est de retrouver l’équilibre au lieu de continuer à transgresser les lois de la Nature ou du Cosmos.

   Très largement, la maladie ressort des mauvaises habitudes de penser, de parler, de ressentir et d’agir, souvent inconscientes.  Elle révèle un manque de respect pour les Lois cosmiques qui se reflètent, comme en un miroir, dans les Lois de la Nature.  Mais elle s’explique avant tout par une attitude mentale défectueuse dans le lignage de celui qui la subit ou en lui-même.  Sivanandâ le confirme ainsi: «La cause première des maladies qui affligent le corps réside dans les mauvaises pensées; en détruisant celles-ci, les maladies s’évanouissent. La pureté mentale se traduit par la santé du corps.»  On fait entrer en soi ce qu’on veut, comme on peut l’en faire-sortir.  Satprem émettait cet avis: «Ce n’est pas le corps qui est malade, c’est la conscience qui fait défaut; à mesure que l’on avance dans le yoga, on voit, en effet, que chaque fois que l’on devient malade, ou même chaque fois qu’il y a un accident extérieur, c’est toujours le résultat d’une inconscience ou d’une mauvaise attitude, d’un désordre psychologique.»

   Tous les Maîtres se corroborent. Aussi, peut-on encore écouter Aïvanhov dire: ((Si vous êtes malade, c’est que vous entretenez un désordre en vous; vous avez nourri certaines pensées, certains sentiments, certaines attitudes et cela s’est reflété sur votre santé.  Et pourquoi dans tel organe et pas dans tel autre?  Parce que c’est mathématiquement calculé d’après les lois que vous avez transgressées.  Si vous voulez vous guérir, vous ne devez penser qu’à l’harmonie: jour et nuit, vous conformer, vous harmoniser, vous synchroniser, être en accord, en consonance avec la vie tout entière, la  Vie illimitée, la Vie cosmique.))  Et il ajoutait: «Oui, plus l’esprit d’anarchie s’installe dans le monde, plus le cancer se propage.  Les médecins ne savent pas cela, et ils ne savent pas, non plus, que chaque maladie a pour origine une faiblesse ou un vice dans l’homme lui-même.  C’est donc les hommes qui créent les maladies.  Quand la nervosité augmente, c’est une autre maladie…  Quand la disharmonie augmente, c’est une troisième maladie.  Toutes les maladies sont la conséquence de l’anarchie.  Donc, pour se prémunir, il faut travailler sur l’harmonie, penser chaque jour à l’harmonie, s’harmoniser avec l’humanité et l’univers tout entier.»

   La maladie signale une diminution de la vitalité physique ou psychique.  Elle peut s’expliquer par un corps éthérique épuisé, par un dérèglement physique ou congénital, par un déséquilibre émotionnel, par une répercussion sur son groupe, par des perturbations importantes dans les conditions atmosphériques ou l’environnement.  On s’en rétablit par la connaissance ou la conscience, non par un effort de volonté, un jeu de pouvoir, un tour de force, un combat.  La maladie résulte du fait que l’être humain ne comprend pas son Moi véritable et n’obéit pas à ses injonmaladiections.  C’est un déséquilibre dans le rapport de proportion entre les éléments négatifs et positifs de son être.

   On attire toujours la maladie par un taux vibratoire déficient ou inadéquat!  La maladie révèle à l’être incarné sa fragilité, son incohérence ou son degré d’ignorance.  Dans le quotidien, pris dans le feu de l’action, il lui reste peu de temps pour s’observer et se ressentir, pour se mettre à l’écoute de lui-même.  Mais, cloué au lit, devant interrompre le cours de ses activités, il se retrouve face à lui-même.  Alors, il doit faire des prises de conscience plus ou moins brutales.  Il a pensé à accumuler des biens, mais il n’a pas pensé à se faire des réserves de santé.  On se fait des réserves d’argent, de nourriture, de biens, mais bien peu de réserves d’autre chose, comme la vitalité… et la vérité.

   Terrassé par une bonne maladie, le chercheur sincère peut revenir à la raison, mieux situer la vie dans sa juste perspective.  Mais avant, de vieux conflits mal réglés peuvent ressurgir.  Soumis à ces pressions, atteint dans sa chair, cet être risque de sombrer dans la régression, d’avoir recours à des moyens anachroniques d’adaptation qu’il pensait avoir dépassés.  Certains ne cherchent-ils pas une apparente sécurité en fuyant dans la maladie?  Ils peuvent alors s’adonner a des comportements infantiles, s’en servir pour attirer l’attention, essayer de se faire prendre en charge.

 

© 2011-2015, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

 

 

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