L’ENVIE, UN GERME D’HOSTILITÉ, LE PREMIER PAS VERS LA JALOUSIE…

L’envie rappelle le sentiment de convoitise, de tristesse, d’irritation ou de haine à la vue du bonheur, des biens ou des avantages présumés d’autrui, soit des réalités qu’on ne possède pas.  L’envie porte un être à vouloir ce qu’un autre possède et à refuser qu’un autre ait, surtout ce qu’il n’a pas.  Au désir de posséder, l’envieux ajoute la volonté de supprimer la jouissance qu’un autre pourrait trouver envie-envyXSdans ce qu’il convoite pour s’assurer de le posséder de manière exclusive.  Ne considérant pas encore le bonheur comme un état d’accord intérieur, il le place dans la possession des choses extérieures.  Il a l’impression que s’il avait quelque chose, il se sentirait plus égal à l’autre, plus plein, plus heureux, peut-être même supérieur à lui.  Pour ainsi raisonner inconsciemment, dans un désir de rétablir l’équilibre dans le domaine de l’estime de lui-même, il ne peut que se sentir diminué ou exclu.

 L’envie amène à regarder d’un œil mauvais ce que l’autre détient : il exprime un chagrin chargé d’hostilité, d’une détermination à se faire nuisible pour l’autre.  Alors, un être peut commencer par se lancer dans les discours remplis de critique et de propos calomnieux, manière d’exprimer ses désirs frustrés et son mépris.  C’est une manière de faire un prélèvement sur la valeur de l’autre dont on convoite quelque chose.  C’est une manière de se rassurer sur lui-même.  Pourtant, l’envie qui se tait peut se montrer plus redoutable que l’envie avouée ou démontrée dans ce qu’elle peut amener comme réaction, pouvant amener à agir comme une bombe à retardement.   Car l’envieux se consume dans le feu de la frustration, de l’échec, du manque d’estime de lui-même et de son corollaire, le manque de confiance en lui, d’où nul ne sait ce qui peut en sortir.

L’envie est une haine morose, sourde, intérieure, inspirée par les avantages présumés d’autrui.  Elle visite le pauvre, celui qui convoite le bien d’autrui parce qu’il ne sait pas se donner le sien.  Elle couvre souvent un sentiment d’infériorité, d’impuissance, d’indignité ou d’humiliation.  C’est le partage de l’être médiocre qui ne sait dialoguer avec les autres autrement que par la médisance et la susceptibilité.  Corneille disait avec raison: «Jamais un envieux ne pardonne au mérite».  Il ne sait pas jouir de sa vie sans la comparer à celle des autres.  Il vit dans une fureur qui ne souffre pas le bien des autres, s’en sentant lui-même privé.  L’envieux est forcément jaloux.  Il ne veut absolument pas accorder aux autres ce qui leur revient ou ce qu’ils méritent.  Il dit non à l’autre.  Il ne saurait reconnaître qu’un autre possède ou vive ce qu’il considère comme un avantage, du favoritisme de la part du destin, parce que lui il ne sait pas comment y arriver.

L’envieux nourrit le projet illusoire de faire disparaître les faveurs ou les privilèges présumés dont jouirait un autre du fait qu’il ne parvient pas à y accéder par lui-même.  Il cherche à accaparer, sans contrepartie, ce qui ne lui revient pas, ce qui n’est pas sien parce qu’il ne se l’est pas donné par lui-même.  D’une part, c’est oublier qu’un être ne prend pas de la valeur en devenant comme l’autre ou en l’imitant, en lui ravissant ce qu’il détient ou  en adoptant ses attributs, mais en restant pleinement lui-même.  C’est dans sa différenceenvie-1 qu’un être devient précieux, voire irremplaçable.

L’envieux qui ne parvient pas à se hausser au niveau de son rival ou à le dépasser se sent déprécié, diminué, vide.  Dès lors, il peut tenter de protéger sa valeur en renonçant à ses objectifs, en se murant dans l’indifférence ou en dévalorisant son modèle pour se donner l’impression de le ramener à son niveau.  C’est oublier que, aux yeux d’un observateur perspicace et neutre, il attire l’attention sur ses limites insurmontables, source de ses incapacités et de son manque d’épanouissement, qui expliquent ses espoirs secrets, ses rêves intimes, ses échecs, ses incursions intempestives dans la vie d’autrui.  Surtout, il dévoile un mépris de lui-même qui peut aller jusqu’à l’agressivité et à la haine.

On dit que l’envie est l’un des travers les plus répandus dans l’humanité.  Il n’y a pratiquement que la vertu qui ne suscite pas une telle convoitise.  Mais l’envie peut représenter l’émotion qui porte à souhaiter se dépasser et qui mène à vouloir faire une chose, à faire plus d’efforts, à continuer de faire quelque chose jusqu’à ce qu’on la réussisse.  Alors, loin d’être de la jalousie, elle devient une motivation à se donner ou à être plus en considérant l’exemple d’autrui.  En pareil cas, elle devient un pur désir de s’accomplir et donner naissance à la grandeur.

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