LES ÊTRES APPAREMMENT DOUÉS NE VOUS LE DIRONT PAS, MAIS, LA PLUPART DU TEMPS, LEURS DONS RESSORTENT DE DIX POURCENT D’INSPIRATION ET DE QUATRE-VINGT-DIX POURCENT DE TRANSPIRATION…  CE QUI LES REND SIMPLEMENT PLUS COURAGEUX, AUDACIUX OU AVENTUREUX QUE LA PLUPART…

Le grand philosophe allemand Arthur Schopenhauer (1788-1860), qui a ainsi chevauché les XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, a osé dire : «Le talent frappe la cible que personne d’autre ne peut frapper; le génie frappe une cible que personne ne peut voir.»  De la part d’un être d’exception, cette simple phrase donne le vertige tellement elle englobe, de façon succinte, mais complète, toutes les nuances qui distinguent les notions de «talent» et de «génie».  Peut-être que cela explique pourquoi les jeunes ambitieux prennent tant de temps à les découvrir, ce qui, dès lors, transforme toutes les motivations de leur vie, mais souvent presque trop tard pour produire les chamgements qui s’imposent.  Le talent porte à s’activer et à oeuvrer, afin de démontrer sa compétence ou son savoir faire et en retirer quelque gloriole, tandis que le génie sert plutôt à engendrer ce qui rend plus conscient, ce qui rapproche les gens et rend le monde meilleur, ce qui rapproche de la Source qui le dispense.

On définit le talent comme l’aptitude particulière ou remarquable dans un domaine particulier de l’activité humaine et le génie, comme la disposition naturelle à créer des réalités d’une qualité exceptionnelle.   Si on lit ces deux définitions sans trop s’y arrêter, on peut être porté à confondre, au moins un peu, l’un avec l’autre, et passer pour un ignare aux yeux des bien-pensants.  En effet, tout être cultivé doit savoir qu’il subsiste une marge entre le talent et le génie quand Paul Valéry s’exclame : «Le talent sans génie est peu de choses.  Le génie sans talent n’est rien.»  Ou que Sacha Guitry raille : «Ayez du talent, on vous reconnaîtra peut-être du génie.  Ayez du génie, on ne vous reconnaîtra jamais de talent.»  Ou qu’Edwin Percy Whipple précise : «Le talent est plein de pensées, le génie TALENT-GÉNIEEest la pensée.  Le talent est une citerne, le génie une fontaine».  Ou que Philippe Bouvard établisse la distinction que : «Le génie, c’est  d’avoir du talent tout le temps;  le talent, c’est d’avoir du génie de temps à autre;  l’intelligence, c’est de savoir qu’on n’a ni génie, ni talent.»

Mais peut-être que ceux qui dévalorisent les notions de talent et de génie le font parce qu’ils en manquent et ne veulent pas trop se sentir bas dans l’échelle des dispositions naturelles ou acquises.

Fort heureusement, l’essentiel, qui est d’atteindre le ciel, soit de retourner conscient au Royaume originel, n’a pas besoin ni de talent ni de génie qui sont de convoitise purement humaine.  Il n’a besoin que d’un choix éclairé, d’une bonne dose d’amour, de bon vouloir, de sincérité, de responsabilité et de pureté d’intention.  Par bonheur encore, comme l’a dit Virgile : ((À chacun ses talents)).  Car, dans un monde évolutif, où, en raison de la dualité, tout répond à la loi d’attraction et de répulsion, les talents se trouvent fort bien partagés dans la nature, appelés à s’exprimer dans la compatibilité et la complémentarité, chacun trouvant ainsi le miroir qui peut lui réfléchir ses vérités.  Puis il faut aussi savoir qui juge du fait qu’un être s’exprime avec talent ou génie!

On définit souvent le génie et la talent comme un don naturel de l’esprit développé à un degré imminent.  Cette façon de les comprendre serait bien partiale, biaisée et décevante.  Car le génie exprime une intervention du mental supérieur qui découle de l’impulsion créatrice de Neptune.  Quant au talent, il représente la révélation d’un acquis d’expérience dans un lointain passé.  Car, même s’il semble parfois que tout va de soi pour un être, il n’est pas de talent ni de génie sans une grande volonté, disons plutôt une puissante motivation.  Car, comme l’a souligné Jacques Brel : «Le talent, c’est d’avoir envie de faire quelque chose.»  Ainsi, même si tous les êtres détiennent tous les talents et la possibilité de s’exprimer en génie, s’ils activent leurs potentialités, nul ne peut croire que l’un ou l’autre ne correspondent à des dons innés exceptionnels.

On ne peut nier que certains soient dotés de meilleures affinités et d’une plus grande dextérité dans certains domaines, ce qui peut relever autant de leurs acquis dans des vies antérieures que de la qualité de leurs prédispositions mentales et physiques.  Pourtant, le talent, comme le génie, consistent d’abord en cette faculté de choisir une voie à la fois nouvelle, originale, inventive, indépendante des voies, des règles, des techniques ou des conventions connues ou maîtrisées jusque là pour s’exprimer.  Il y a fort à parier que dans toute action ou manifestation d’éclat, il y ait une bonne occasion, que d’autres préfèrent encore appeler «la chance», supportée par une faible part d’inspiration et une large part de transpiration.  Le talent, comme le génie, réfèrent à des aptitudes présentes en chacun, mais que certains ont mieux acquises ou développées que d’autres ou qu’ils ont développées avant eux.  Ils s’expriment à travers des êtres qui aiment la vie et qui démontrent un esprit clair et limpide, parce qu’ils vivent dans la détente et restent ouverts à la différence, au changement et à la nouveauté.  C’est ainsi que, au moment opportun, ils peuvent apporter leur collaboration au progrès matériel, à l’accomplissement de l’espèce humaine et à l’évolution de la planète.  À moins qu’il s’agisse d’un imposteur qui détient l’art de fourvoyer les autres sur ses possibilités réelles.  Mais le talent forcé, comme le génie improvisé, ne tiennent jamais bien longtemps, finissant toujours par être démasqués.

De ce fait, il appartient à chacun de développer ses talents et d’exprimer son génie, bien que ces critères ne soient pas importants en eux-mêmes, en regard du destin humain.  Chacun est habité par un Génie divin qu’il peut appeler à s’exprimer à sa manière.  En cela, le talent ou le génie tiennent souvent dans le fait qu’un être particulier s’efforce de manifester ce qu’il imagine ou de démontrer ce qu’il peut en veillant à ce que rien de forcé n’y paraisse.  Ils découlent souvent du fait de pouvoir faire les choses différemment des autres ou de faire aisément ce qui est difficile aux autres, en incluant de l’originalité et de l’inventivité dans sa manière de penser, de voir, de comprendre et de juger des situations.  Et ils commencent souvent avec le courage ou la hardiesse de proclamer pouvoir accomplir ce que d’autres disent impossible à réaliser.  Le reste découle souvent d’acquisitions d’expériences durement menées à travers un travail acharné à l’écart d’autrui.  Car, souvent, le talent ou le génie s’acquièrent dans la solitude de celui qui, dégagé des artifices, a foi en lui et en ses propres forces et qui accepte de les développer dans un contexte qui lui permet d’échapper à la dérision des pleutres et des timorés.

Le plus grand talent d’un être, qui peut le porter au génie, c’est la sincérité qui le rend fidèle à ses choix, quoi qu’il arrive, dans l’accomplissement de son idéal ou de son but ultime.  Car la réalisation suprême consiste à fusionner avec le Savoir spirituel qui rend semblable à la Source unique.  Sauf qu’alors, au lieu de rappeler ses talents ou de célébrer son génie, on l’appelle un Maître, comme s’il avait dépassé la tourbe et lui devenait inaccessible, d’où on cherche en lui un salut par interposition de personne.

Si vous m’avez suivi jusqu’ici dans mes propos, c’est que, sans être un génie, j’ai fait preuve de suffisamment de talent pour vous intéresser en piquant votre curiosité.  Mais, arrivé au terme de mes élucubrations, reconnaissant le piège que je vous ai tendu, de vous délivrer de l’ambition de vous exprimer en être talentueux ou génial, vous n’avez probablement plus envie de me reconnaître ni l’un ni l’autre.  Car pour reconnaître le talent ou le génie d’un autre, ce qui implique l’acceptation d’une certaine supériorité de sa part, il faut un peu de simplicité et d’humilité, des concepts qui tiennent pour peu dans la mentalité contemporaine, bouffie d’individualisme et d’égotisme.  Ce qui m’indiffère au plus haut point puisque, ce qui compte vraiment, c’est non le talent ou le génie d’un individu, mais son degré de conscience et l’ampleur de son expérience, puisque c’est elle qui confère toute sa vibration lumineuse à un message.  Et de l’expérience, j’en ai suffisamment, du moins pour moi, de manière à parvenir à distinguer l’essentiel de l’accessoire et le réel de l’illusoire.

Alors, embrassons-nous et rions ensemble pour retrouver le sens du Grand Jeu amoureux de la Vie.

 

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