TOUTE RELIGION, LE PENDANT EXOTÉRIQUE DE L’ENSEIGNEMENT SPIRITUEL D’UN MAÎTRE AVÉRÉ, REPRÉSENTE LA DÉVIATION PROGRESSIVE D’UNE TRADITION ÉSOTÉRIQUE AU POINT QUE CELLE-CI NE SAISIT PLUS LE SENS NI LA PORTÉE DE SES PROPRES SYMBOLES…

Saviez-vous que, comme la majorité des autres religions, la confession musulmane comporte son représentant plus ou moins ésotérique?  Mais ce n’est pas l’Islam qui va l’admettre.  Pour les religions les plus répandues en Occident, on peut rappeler que le Judaïsme s’approfondit dans la Cabale;  pour les religions chrétiennes, on mentionne l’«Initiation christique» qui a été diversement représenté par les Templiers, le Catharisme ou certaines versions des Vieux Catholiques, qui dérivaient pour la plupart du mouvement essénien originel, pour révéler le message plus profond que Jésus avait dispensé à ses disciples dûment préparés.  Ainsi, dans les trois religions parentes, pendant que continue de se perpétuer un enseignement exotérique surtout axé sur la venue du Royaume de Dieu et la nécessité de se convertir pour y entrer, il s’est toujours propagé, dans le silence et le secret, un tradition spirituelle plus soufisme conforme à l’enseignement des présumés fondateurs de religion, d’abord confiée à des membres mieux préparés à recevoir ces vérités bouleversantes par rapport à l’époque où ils ont vécu..

Pour ce qui a trait au Soufiseme (en arabe «Taṣawūf»), ce mouvement spirituel représente une quête ontologique et religieuse de l’Islam spirituel, mystique et ascétique.  Il s’agit d’une voie intérieure («Batin») apparue avec la révélation prophétique de la religion musulmane, qui a pris ses racines initiales dans l’orthodoxie sunnite essentiellement, mais qui a évolué épistémologiquement — pour certains de ses courants — pour ensuite rendre problématiques les dissidences chiites (Islamisme des Druzes).  Par conséquent, le Tassawouf désigne un élan de l’âme loin du théisme orthodoxe de la religion musulmane.  Son discours est contemplatif, alors que son esthétique verbale se démontre poétique.  Décrire le soufisme est une tâche redoutable. Comme tout mysticisme, il est avant tout une recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très différentes. D’autre part, par ses aspects ésotériques, il présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, eux aussi variables selon les maîtres qui l’enseignent.

Bien que le soufisme se veuille rigoureusement musulman, l’Islam traditionnel, sunnite et chiite, considère le soufisme avec la plus grande méfiance, ce qui amène cette voie mystique à se montrer très discrète.  En outre le soufisme n’a aucune unité. Chaque maître se constitue une cohorte de disciples attirés par la réputation de son enseignement. Tout au plus, ces maîtres déclarent se rattacher à une ” confrérie “, elle même fondée par un célèbre soufi des siècles passés ; personne ne vérifie une quelconque orthodoxie de l’enseignement donné, du moment qu’il se réfère à l’Islam.  L’importance de cet Islam secret n’en est pas moins remarquable. Historiquement, il a joué un rôle de premier plan dans la naissance des déviations du chiisme que sont l’Ismaélisme et la religion druze.  En littérature, il a profondément inspiré certaines des œuvres arabo-persanes les plus remarquables comme les «Contes des Mille et Une Nuits» ou le poème d’amour de «Leyla et Majnoun».

Fondamentalement, le Soufisme préconise cinq principes : au-delà des rituels et des contingences, l’Union fait la force; chaque Musulman gagne à pratiquer le bien;  il doit se faire une bonne estimation au sujet de son Dieu, Allâh;  il doit s’imposer le «Dhikr», soit l’«invocation d’Allâh»;  enfin, il doit apprendre à vivre dans la Présence ou la proximité d’Allâh.

Sans prétendre à une étude exaustive du Soufisme, on peut reconnaître que c’est par sa spiritualité amoureuse et pacifique qu’il se démontre le plus original.  Dans la conception soufie, l’approche de Dieu s’effectue par degrés.  Il faut d’abord respecter la loi du Coran, mais ce n’est qu’un préalable qui ne permet pas de comprendre la nature du monde.  Les rites sont inefficaces si l’on ignore leur sens caché. Seule une initiation permet de pénétrer derrière l’apparence des choses. Selon les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel.  Le monde créé n’est que le reflet du divin, «l’univers est l’Ombre de l’Absolu».  L’aptitude à percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme.  Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu.  Le Dieu que découvrent les Soufis est un Dieu d’amour et ils accèdent à Lui par l’Amour.  Ainsi, il est dit : «Qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce» et « Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour».  Quant à l’homme, il est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu.  Ainsi, celui-ci représente un microcosme, c’est-à-dire un monde en réduction, dans lequel l’on trouve l’image de l’univers, le macrocosme. Il est donc naturel qu’en approfondissant la connaissance de l’homme, on arrive à une perception du monde qui est déjà une approche de Dieu.  Somme toute, le Soufisme partage presque toutes les croyances de l’ésotérisme traditionnel qui s’exprime ailleurs dans le monde.  Il faut dire que, à son origine, le Soufisme a subi l’influence de la pensée pythagoricienne et de la religion zoroastrienne de la Perse.

Chaque ordre Sufi (tarîqa) relie ses origines à un initiateur mystique et, après lui, à une chaîne de transmission («silsila») depuis le Prophète Muhammad et finalement, a Dieu.  Les ordres Soufis commencèrent à s’organiser au XIIe siècle bien que leurs légendes soient censées dater de la période du début de l’Islam, avec ses extatiques et littéraires figures Soufi.  Le plus vieil ordre existant est probablement le Qadiriyya, fondé par Abd al-Qadir al Jilani (d. 1166) à Bagdad.  De nos jours, il s’agit de l’un des plus répandus géographiquement.  Les autres ordres importants incluent les Ahmadiyya (notables en Egypte);  Naqshbandiyya (centre et Asie du sud); Nimatullahiyya (Iran); Rifaiyya (Egypte, Asie du Sud Ouest);  Shadhiliyya (Afrique du Nord, Arabie);  Suhrawardiyya Chishtiyya (Asie);  et Tijaniyya (Maghreb).  Le disciple (murid) est le plus souvent accepté dans l’ordre après une «ahd», un engagement le liant à son professeur individuel («shaykh», «murshid», ou «pir») et il suit un régime étendu de déclenchement qui pourrait inclure l’isolation, la privation de sommeil, et le jeûne, avec des dispenses possibles des enseignements fondamentaux de l’Islam.  Le «service» religieux commun à tous les ordres est le «dhikr», soit le «souvenir» ou  l’«invocation» de Dieu.  Les services («Dhikr») varient dans la forme: certains impliquent les intenses exaltations religieuses, comme les tourneurs de Mawlawiyya (Mevlevis), souvent critiqués par les chefs religieux scolastiques.  En raison de leur tolérance syncrétique, les ordres Soufis deviennent des instruments de la dissémination de l’Islam à travers l’Afrique transsaharienne, l’Asie du sud, et l’Asie du Sud-Est.  Le derviche est un initié du Soufisme.

On peut noter que, durant le premier siècle, après l’Hégire, l’idée de renoncement à ce bas monde (zuhd) est apparue après la prise de conscience que tout est éphémère dans la société.  Cela a donné lieu à la fondation d’Écoles de Purification («at-turuq as-sufiyya»).  Ce principe provient de l’ordre d’Allah à son Envoyé, Muhammad, pour purifier les gens (Coran 2:129, 2:151, 3:164, 9:103, 62:2) Les gens qui suivent ce principe s’accrochent fermement à la Tradition prophétique comme elle se reflétait dans la vie de ses compagnons et leurs successeurs, mais aussi dans la façon dont ils éliminaient de leurs cœurs et leurs êtres les mauvaises manières et dans la façon dont ils apprenaient tout en enseignant aux autres les manières et le sens moral de la Meilleure des créations, le Prophète Muhammad.  Le principe de renoncement à ce bas monde a connu une lente évolution.  Cependant, il est devenu une école de pensée et d’action morale ayant ses propres règles et principes.  Cette école s’est constituée en une base utilisée par les savants Soufis pour guider les gens sur le Droit Chemin.

C’est ainsi qu’on a été témoin de la mise en place d’une variété d’écoles de purification de l’ego («tazkiyat an-nafs»).  Tandis qu’elle se répandait à travers le monde, la pensée soufi a joué un rôle moteur dans l’évolution et la structure de l’éducation islamique.  Ce grand pas en avant s’est fait à partir du premier siècle après l’Hégire jusqu’au septième siècle, en même temps que l’établissement des principes suivants : les bases de La Loi Divine et la Jurisprudence («fiqh») enseignées par les Imams;  les bases de la Foi («’aqeedah») enseignées par al-Ash`ari et les autres;  la science des hadiths (les traditions du Prophète, consignées dans six recueils authentiques sans compter les nombreux autres hadiths;  et l’art de parler et d’écrire l’Arabe («nahu» et «balagha»).  Les Cheikhs soufis qui avaient la connaissance représentaient les fondations solides, nécessaires à la construction d’une société idéale.  La «Tariqa» ou la «voie» est un terme qui émane des Traditions du Prophète, lequel a ordonné à ses disciples de suivre sa «Sunna» et celle de ses successeurs.  Le sens du mot «Sunna» est «chemin» ou «voie», alors que la «tariqa» a ce même sens, comme cela est mentionné dans ce verset du Coran : «Et s’ils se maintenaient dans la bonne direction, Nous les aurions abreuvés, certes d’une eau abondante.» [72:16]  Ainsi, tariqa est devenu le terme utilisé pour désigner les groupes de gens appartenant à une école de pensée dirigée par un savant ou un «Cheikh», comme on le désigne souvent.

Les livres d’histoires font état des nombreux Soufis qui ont combattu sur le Sentier de Dieu.  Certains sont des martyrs qui ont passé leurs vies à affronter les ennemis de la foi, à appeler l’humanité à se tourner vers Dieu et à guider ceux qui ont dévié du droit chemin et de la «Sunna» du Prophète, ce qu’ils ont accompli avec sagesse et efficacité. Leurs noms et leurs histoires sont si nombreux qu’il est difficile de les mentionner.  Ainsi, on peut dire que la vie de ces Cheikhs donne la preuve bouleversante que le Soufisme a, d’une part, encouragé le détachement et l’abandon du monde matériel, un monde qui empêche le progrès social, et que, d’autre part, il a maintenu les nobles valeurs de conscience sociale, de réflexion spirituelle et de science.  En réalité, la vie des Cheikhs représente un témoignage incontestable sur ce qu’est le combat permanent («jihad») face à l’injustice sociale et à l’absence d’investissement social qui ont sévi durant des siècles.

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