LA LOI DU SECRET

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Le Grand Maître Jésus aurait dit : «Pour prier, entre dans ta chambre, ferme la porte et prie ton Père qui est là, dans le lieu secret;  et ton Père, qui voit dans le secret, te le rendra.»  Ainsi, pour s’allier les forces de l’Intelligence universelle, pour cocréer, il semblerait qu’il faille procéder à partir de sa chambre secrète, agir dans la paix et le silence, loin de la rumeur du monde, et à son insu.

Le secret recouvre ce qui n’est connu que d‘un nombre limité de personne ou ce qui doit être tenu caché aux autres.  Il inclut ce qui range dans une catégorie à part ou ce qui rend sacré.  En spiritualité, le secret, c’est qu’il n’existe aucun secret, puisque c’est en se regardant vivre, pour devenir conscient, qu’on apprend tout de soi-même.

 Il n’existe nul autre secret que ce que chacun se cache en entretenant le Voile de l’oubli ou des illusions.  Dieu ne cache rien à qui que ce soit.  Pour le reste, rien n’est séparé, tout est Un.  En reconnaissant ce fait de la Réalité unique, chacun peut transformer son monde, le remettre à l’endroit et tout découvrir.  Alors seulement, il psecreteut reconnaître que Dieu est l’Être seul et unique, Source d’un Ordre parfait, qui parvient inévitablement à ses fins et que tous collaborent et conspirent, comme complice, à la réalisation du Plan cosmique et de son rêve personnel de rencontrer le Créateur et d’engendrer un monde à son image et à sa ressemblance, conformément à sa plus haute vision de lui-même.  Dès lors les sens du secret, de la petitesse, de la faiblesse, de la limitation, de l’échec, de l’impuissance, de l’indignité et du manque s’abolissent.

La révélation du secret procure l’illumination qui dissout les illusions du besoin découlant de la séparativité et qui amène les fausses constructions à s’écrouler pour faire place à un monde nouveau (effritement des vieux schèmes culturels et sociaux).  Car le secret se découvre dans le silence de la médiation qui permet de rencontrer Dieu dans l’écoute du souffle de l’âme.  Seule la négation de la vérité de l’unité perpétue les effets de l’illusion.  L’Être unique se suffit à lui-même et il ne connaît pas d’insuffisance, étant la plénitude et la perfection.  Ce qui fait que chacun représente un miracle.

Toutefois, au point de vue du chercheur, le secret devient une attitude qu’il doit nécessairement développer afin d’éviter que les profanes, les ennemis, les imposteurs, les pilleurs ne viennent perturber son travail ou ses proclamations, les parasitant ou lui enlevant son trésor.  Quant au secret indispensable à la quête initiatique, il s’explique par le fait qu’un profane de l’extérieur, bien qu’il soit digne de la connaissance, pourrait se faire bien du mal en utilisant prématurément certaines techniques énergétiques, soit sans une préparation adéquate.  Et si l’imposition du secret devait résulter du fait qu’il est indigne de connaître une vérité, ce ne pourrait être que lui qui se garde tel par son attitude consciente ou inconsciente.  Aussi faut-il protéger la vérité contre l’imposteur qui pourrait en mésuser.

En fait, comme la majorité des êtres humains veulent évoluer sans hâte ni curiosité, la révélation publique de certaines connaissances pourrait les plonger dans une obscurité plus profonde par l’insécurité qu’elle engendrerait.  Révéler certaines vérités comporte parfois un péril de mot pour l’imprudent, l’apprenti sorcier.  Dans certains cas, le chercheur doit préférer se taire, refusant de divulguer ce qui met sa vie en danger et ce qui prend un caractère dangereux pour l’évolution collective, se contentant d’agir en modèle.

Autrement dit, paradoxalement, il y a secret et secret.  En soi, le secret constitue un privilège du pouvoir et le signe de la participation au pouvoir, lié à la révélation d’un trésor.  Mais ce trésor possède ses gardiens.  L’aveu du secret libère l’âme de l’angoisse.  Alors, elle peut régner sans contrainte.  Il est sain de se délivrer du poids d’un secret, puisque cela permet de suivre ses propres orientations spirituelles.  Mais celui qui le garde développe une force incomparable.  Celui qui révèle le secret utile détourne les autres de leur art.  Il s’expose à ce que celui qui n’est pas préparé à le recevoir ne le comprenne pas et le tourne en dérision.

La loi du Secret est la sœur jumelle de la loi du Silence.  Garder une vérité secrète, ce n’est pas toujours refuser de la divulguer, c’est souvent savoir la divulguer progressivement à celui seul qui en est digne, parce qu’il en fera un bon usage, mais sans l’aveugler, en évitant de tout lui dire, pour qu’il sache produire ses propres efforts de découverte.  Une vérité trop puissante abasourdit et obnubile plus qu’elle n’illumine, d’autant plus que celui qui la reçoit peut ensuite se faire bien du mal.  Il faut savoir se mettre à la portée des gens en comprenant leur niveau de conscience, leur sincérité, leur motivation, leurs difficultés et leur rythme de compréhension et de cheminement.

La loi du Secret a été rappelée par l’injonction: «Ne donnez pas vos perles aux pourceaux.»  Il faut protéger avec force la vérité contre les impies, les importuns et les imposteurs qui pourraient en faire un usage régressif, parce qu’abusif, dévastateur, égoïste.  Agir dans le secret, c’est encore une attitude indispensable pour celui qui veut éviter que ses ennemis perturbent son travail ou que les pilleurs lui ravissent ses perles de sagesse.  On peut facilement en faire l’expérience : on n’a qu’à dire aux gens qu’on a entrepris une démarche spirituelle, et ils commenceront immédiatement à vous traiter de façon curieuse, dans des attitudes qui iront du scepticisme, du sarcasme et de l’ironie au mépris et à la désapprobation les plus complets.  Même qu’ils ne tarderont pas  à vous accuser de faire  partie d’une secte ou d’avoir perdu la boule.  Alors, imaginez ce qui peut se dire de celui qui a voué sa vie à transformer les conceptions religieuses, trop moralisatrices, en sagesse spirituelle.

La pire opposition vient généralement des rongeurs de balustre et des prêtres ou des ministres du culte qui, se prenant pour des directeurs de conscience légitimes, ne font qu’incarner les nouveaux pharisiens.  Quelle imposture, mais le ridicule ne tue plus.  Ces gens ne connaissent pas la loi des Cycles qui veut qu’un projet de Lumière s’exprime, à son terme, dans les mêmes conditions qu’à son lancement ou à son initiation.  Ils se condamnent par leurs jugements.

Il pourrait convenir ici de rappeler cet extrait du message de la Mère divine, aux enfants de La Salette, en France: «Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres, par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les Saints Mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté.  Oui, les prêtres demandent vengeance, et la vengeance est suspendue sur leurs têtes.  Malheur aux prêtres et aux personnes consacrées à Dieu, lesquelles, par leurs infidélités et leur mauvaise vie, crucifient de nouveau mon Fils.  Les péchés des personnes consacrées à Dieu crient vers le Ciel et appellent vengeance, et voilà que la vengeance est à leur porte, car il ne se trouve plus personne pour implorer miséricorde et pardon pour le peuple; il n’y a plus d’âmes généreuses, il n’y a plus personne digne d’offrir la Victime sans tacha à l’Éternel en faveur du Monde.»  Les nombreux scandales des dernières années ont confirmé ces affirmations prophétiques.

Et ce sont ces gens, dont la Vierge dit qu’il n’en reste pas un seul de digne, qui accusent et condamnent les autres, oubliant que le mal peut se détruire par lui-même, si mal il y a, sans leur intervention.  Il faudrait voir chez qui se loge véritablement le manque de conscience.  Les aveugles guident les aveugles, oubliant qu’on peut juger un arbre à ses fruits.  On n’instruit pas les hommes par la menace, le flux intellectuel, les dogmes.  Il n’y a rien de caché pour qui sait chercher de façon sincère et méthodique.  Il n’existe donc aucun dogme.

Il a été dit : «Cherchez et vous trouverez.»  Il n’a pas été dit de se laisser bourrer le crâne par le premier venu, dût-il se présenter comme un directeur de conscience légitime.  Il faut savoir que les élucubrations intellectuelles et moralistes ne découlent pas de l’inspiration et de l’intuition.  «Connais-toi toi-même à l’intérieur de toi-même et tu découvriras le Ciel et les Dieux, te découvrant leur égal, car Dieu créa l’homme à son image et à sa ressemblance.»  Mais cela, certains ne veulent pas l’entendre ni le savoir, ce sont des propos païens et profanes, hérétiques surtout.

Parlez aux gens de vos projets et de vos proclamations, envieux et jaloux, ils vous les parasiteront et vous les détruiront pour que vous ne preniez pas d’ascendant sur eux ou ne deveniez pas un vivant reproche à leur inertie.  Parlez de vos réalisations, ils les attribueront au téléchargementhasard, à la chance, à la fortune.  Car, pour eux, Dieu est partout, excepté où ils ne veulent pas le voir.  Agir de façon ostensible, à la face des autres, des endormis ou des morts-vivants, c’est susciter du scepticisme, des objections, du mépris, des conflits, des attentes.  On y perd sa liberté et sa marge de manœuvre qui font que ses propres projets échouent.

Le Secret des choses réside au cœur de l’apparent.  Le connu n’est que l’aspect apparent de l’inconnu.  Aucun fait, dans le Cosmos, n’est isolé de son contexte, donc éternellement caché.  Mais que chacun mène sa propre recherche pour le comprendre.  Le Secret doit couvrir le résultat de toutes les expériences intimes, car ne se communique que ce qui est assuré de l’entière discrétion.  Un décalage se produit toujours entre celui qui sait et celui qui ne sait pas, généralement au désavantage de celui qui sait.  Au début, c’est pénible, mais c’est dans l’ordre.

Celui qui parle trop, dévoilant tout ce qu’il vit, ne vit sûrement que de mirages et d’illusions, car, s’il était vraiment sage, il connaîtrait la consigne intime de se taire sur les vérités trop lumineuses qui peuvent aveugler autrui.  C’est une épreuve initiatique.  Ne peut parler que celui qui en a reçu l’autorisation.  Si on ne l’a pas reçue, on a intérêt à se taire, car d’autres révélations ne manqueront pas de rester voilées.  Un peu dans cette vaine, Samuel Johnson, un écrivain anglais, a dit: «La vanité de faire savoir qu’on vous a confié un secret est généralement l’un des motifs de sa divulgation.»  Pour sa part, pour adoucir la faute, Jean De La Bruyère avait dit: «Toute révélation d’un secret est la faute de celui qui l’a confié.»

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