L’histoire de l’homme révèle une longue suite de tâtonnements et de prises de conscience.  Tout est temporaire puisque la conscience grandit sans cesse : ce qui paraissait un progrès devient le point de départ d’un nouvel essor.  Nous ne devons pas nous attrister lorsqu’après avoir fait quelque chose nous découvrons que cette réalisation a très peu servi.  Elle a servi le temps qu’il fallait, il faut désormais accueillir du nouveau.  ACCUEILLIR LE NOUVEAU.  Il n’y a bien que l’homme pour se plaindre de la nouveauté qui le force à se renouveler sans cesse, car la Nature se laisse manier sans résistance par l’homme qui découvre ses lois.

            Pour saisir le concept de la relativité, considérez cet exemple que je vous donne pour l’illustrer.  Le 29 mai 1965, «Paris-Match» annonçait en page couverture : «UNE FORMIDABLE INVENTION FRANÇAISE : Bientôt, il n’y aura plus de roues… LE TRAIN SUR AIR, 400 kilomètres-heure.»  Voilà le message est lancé, plus besoin de la roue.  À l’ère des chariots tirés par les bœufs, aurait-on pu prévoir que la roue deviendrait désuète ou que cette invention resterait inutile parce qu’elle n’était que temporaire?  Nous ne pouvons jamais savoir combien de temps une idée servira et quel nouveau débouché elle va créer. 

Du reste, la roue continue à servir dans le principe du turboréacteur, le fondement dans le domaine du transport, mais son application varie.  L’idée de transport relève du générique, et, depuis des siècles, l’homme découvre des moyens spécifiques pour l’améliorer.  Il s’est essayé à ramper, il a marché, il a couru, il a grimpé, il a monté des bêtes qu’il a su dompter, il a fabriqué la roue, il a découvert le moteur à explosion, après la force de la vapeur, et le voilà qui va glisser sur l’air.  Où réside la limite humaine?  Pourquoi tant de tâtonnements, pourquoi cette lenteur d’invention?  Les matériaux de base ont-ils soudainement fait leur apparition?

            Non, la lumière s’est produite par les efforts conjugués et par l’expérimentation constante.  Par l’action, nous devenons de plus en plus perceptifs et agiles.  Mais revenons-en à notre article qui poursuivait : «C’est en vain que les Américains ont construit des autoroutes à cinq, six et huit voies.  La vérité est là tout évidente : le transport individuel est inéluctablement condamné dans la grande banlieue des villes après avoir été tué au cœur même de celles-ci.  C’est le retour irrémédiable aux transports en commun si timidement esquissé à Paris avec les «bus-bleus».»  Nous en sommes de nouveau en face d’une invention temporaire qui est appelée à être remplacée.  Tous ceux qui œuvrent dans le domaine de la recherche savent que c’est la capacité de demeurer ouvert à tout qui amène les changements à se produire. 

            Einstein a lui-même dit : «…la faculté à laquelle j’attribue toute recherche, c’est l’imagination non sans frein».  Nombre d’entre nous se freinent parce qu’ils trouvent difficile de faire face aux déceptions, d’exprimer leur initiative, de se défaire de la méfiance populaire et de sortir de la routine de leur confort.  Nous devons laisser la peur s’occuper de la peur et exprimer notre confiance dans l’avenir si nous voulons vivre pleinement et rester créatifs.

 

Janaka-anandâ © 1980-2014 Yogi Inn, Vermont, USA.

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