LA NOTION DE PROFIT DÉSHONORE L’ESPRIT HUMAIN…

Au sens large, on peut définir le profit ou bénéfice comme la valeur ajoutée réalisée lors de la cession d’un bien ou de la prestation d’un service, comme la différence entre le prix retiré de l’échange et l’ensemble des coûts entrepris pour l’élaboration de ce bien ou de ce service ou comme le gain positif retiré d’un investissement ou d’une opération d’affaires après avoir soustrait tous les frais.  Ainsi, le profit dépasse la rémunération juste ou le salaire légitime et il amène, selon l’offre et la demande, une hausse arbitraire, mais rapide, des prix.  L’objet n’est plus vendu ou le service rendu à sa valeur, mais à un prix au-delà de leur valeur, ce qui implique qu’on leur ajoute une part qu’ils n’ont pas coûté.  À l’extrême, la quête effrénée de profit conduit à la spéculation, une recherche de profits sûrs, grands et vite réalisés.  Ce genre de transaction humaine implique un intérêt financier et cette dernière expresssion révèle bien ce qu’elle cache ou contient, un degré d’intérêt, donc de l’accaparement, de la spoliation, de l’exploitation, soit une plus grande part d’égoïsme que d’altruisme chez un être qui est censé être l’expression incarnée de l’Amour pur, donc de l’Amour impersonnel, inconditionnel, dépourvu de jugements et d’attentes.  D’après la Loi unique, les transactions d’échanges doivent être démunies de profit puisque le prêt et l’emprunt ne sont pas autorisés, seulement tolérés pour un temps, cprofit

hacun devant vivre avec ce qu’il parvient à s’attirer en apprenant à s’évaluer et à demander pour recevoir.

Dans la peur du manque ou le voeu d’une survie facile, c’est la quête du profit qui a perverti le cœur de l’être humain et qui a faussé ses relations avec ses semblables, le poussant jusqu’à l’exploitation et à la violence.  Avec le temps, à cause de la course au profit, qui débouche sur la spéculation, les denrées de base deviennent hors de prix, faisant de plus en plus de pauvres et d’affamés, des êtres qui n’ont plus accès à la nourriture, aux biens et aux services dont ils ont besoin pour survivre.  À un moment où un nombre sans précédent d’êtres humains ne peuvent plus se procurer l’indispensable et que les producteurs de ces biens reçoivent une rémunération dérisoire, les entreprises et les banques affichent des profits records.  De là, les investisseurs spéculent sur les stocks, les entreprises rentables et les services, aggravant la volatilité des prix et engendrant une panique qui entraîne des hausses incessantes des prix. Depuis 2007, les prix ont tellement augmenté, qu’ils dépassent l’augmentation des vingt-cinq dernières années, peut-être plus.

Certains, parmi les plus riches, souvent désœuvrés, placent leur argent dans des fonds de commerce ou les institutions bancaires ou ils les investissent dans des bons du trésor, dans des parts de la bourse, dans la rénovation domiciliaire, tandis que d’autres gagnent leur maigre pitance dans un dur labeur à la sueur de leur front.  Ces anciens et nouveaux riches abandonnent souvent la gestion de leurs affaires ou de leurs avoirs financiers à des agents spécialisés dans l’espoir d’obtenir un maximum de retour sur leurs investissements.  C’est ainsi que, à cause de la course au profit et de la spéculation, l’humanité court à la catastrophe : les quelques riches deviennent toujours plus riches, les pauvres, plus pauvres, la majorité des gens de la classe moyenne basculant, plus souvent qu’autrement, dans le camp des pauvres.  Le nombre des sans-abris augmente.  Car le monde n’offre plus une chance égale de réussir et de subsister à tout le monde.  Du reste, l’a-t-il déjà fait?  Mais il faut nous demander si c’est dans un tel monde, dépourvu de conscience et de valeurs, notamment d’amour, de fraternité, de solidarité, de sens humanitaire, de mentalité écologique, d’esprit d’entraide, d’échange et de partage, de sens écologique, que nous voulons vivre?

La notion de profit découle de l’acquisivité ou esprit de possession.  L’acquisivité désigne la propension à s’attacher aux choses, aux êtres et aux accomplissements, l’attachement exclusif ou excessif aux aspects de la vie terrestre et aux biens du monde matériel, le désir de toujours posséder davantage ou de réaliser plus de choses, toutes ces attitudes qui engendrent la peur de perdre ses biens, ses avantages, ses réussites, ses êtres chers et qui culmine dans la peur de la mort. Il s’agit de la cupidité, un travers qui limite les choix aux activités destinés à la conquête de la vie terrestre, dans une volonté de jouir sensuellement, dans un attachement aux objets matériels qui mène à chercher constamment à accumuler davantage de biens, d’accomplir davantage d’exploits, d’assurer avant tout son confort et son bien-être, comme s’il n’existait pas d’autre finalité au destin évolutif de l’être humain.

Certains accumulent les biens pour se créer un paradis artificiel afin de se donner un sens de pérennité.  D’autres le font pour se donner une preuve de leur intelligence et de leur dextérité, comme garantie contre la peur du vide intérieur.  Certains accumulent les biens comme moyen de défense contre les atteintes présumées des autres ou du sort.  D’autres compensent ainsi à un sevrage affectif.  Pourtant, l’acquisition de biens matériels n’est pas un objectif légitime en lui-même.  Elle doit servir de moyen pour s’accomplir dans le confort.  Autrement dit, la quête des biens ne doit pas être un but, mais un moyen.

Tout le problème provient de l’idée de propriété, une fausseté manifeste, qui épaissit le mental et alourdit l’ego.  Toutefois, le fait de renoncer à l’idée de possession ne doit pas revenir à distribuer les biens et les productions de façon inconsidérée.  Elle incline plutôt à un échange constant et équilibré de tous les membres d’une société, témoignant de sa maturité intérieure.  Elle dirige vers l’esprit communautaire de coopération dans le respect de l’autonomie, de l’indépendance et de la liberté de chacun.  Puisque Dieu est le Créateur et le Conservateur suprême, cette notion abolit sans condition les principes d’achat et de vente, ce qui élimine jusqu’à toute organisation monétaire.

Dans la vie quotidienne, tout devrait s’harmoniser autour d’un système de troc vigilant et équitable ou d’un système d’échange similaire.  Ainsi, au lieu d’avoir à travailler pour obtenir de l’argent et vivre décemment, chacun pourrait produire à volonté ce vers quoi sa nature l’incline et remettre le tout à une sorte de réserve communautaire où il pourrait à son tour puiser.  Mais il ne pourrait y puiser que dans le mesure où, sain de corps et d’esprit, il produit lui-même des biens ou offre des services.  Voilà qui éliminerait l’emprise administrative du monde de la finance et le despotisme arbitraire des lois.  Mais l’application du principe de troc doit réprimer toute velléité de pouvoir et de profit et faire découvrir la joie de l’échange et du partage.  Elle devrait encore éviter le parasitisme des fainéants.  Elle éliminerait bien des points de discorde, désamorçant nombre de problèmes d’équilibre et de difficultés de répartition.

L’esprit de possession, qu’on peut appeler acquisivité, avidité ou avarice, est un sentiment désordonné d’acquérir toujours davantage, un amour des biens matériels pour eux-mêmes à cause du confort, du bien-être et de la valorisation qu’ils apportent.  Il est lié à la nature du moi inférieur qui se gonfle par l’avoir pour n’avoir pas découvert le sens de l’être.  La pulsion personnelle de préservation ou de conservation s’efforce de se fortifier par l’acquisition de ce qu’il croit nécessaire et de défendre ces acquisitions contre le même désir d’appropriation de ses semblables.

Tout être humain réagit à ses sentiments et à ses pensées à partir desquels il établit son sens des valeurs.  Ses sentiments et ses pensées, ses désirs et ses aspirations peuvent dégénérer en émotions, en ambitions, en passions, selon les valeurs favorables ou défavorables qu’il attribue personnellement aux réalités et aux événements.  Autrement dit, il apprend ou conçoit progressivement, au gré de ses expériences, que certaines choses et certains événements satisfont apparemment des désirs et des appétits sensibles alors que d’autres les frustrent ou les exaspèrent.  Il en résulte que chaque être humain cherche à acquérir ou à posséder, à s’approprier des biens en propre, ce qui satisfait sa personnalité, ce qu’il appelle son bonheur.

Mais ces désirs et ces appétits de l’être humain deviennent rapidement insatiables, d’où il veut toujours posséder davantage.  En cela, ce qui constitue son bonheur à lui ne fait pas nécessairement le bonheur d’un autre.  Les désirs et les appétits varient d’un sujet à un autre.  Peu importe de quelle manière chaque être évalue ces choses ou conditions, elles deviennent ce qu’il désire posséder pour satisfaire personnellement son ego.

Tout être qui laisse son désir de possession prendre des proportions désordonnées, parce qu’il n’a pas de valeurs spirituelles pour les pondérer, peut devenir arrogant, implacable, arbitraire et impérieux dans la poursuite de sa fin.  Et, malheureusement, la majorité des êtres humains répriment leurs désirs innés de possession uniquement parce qu’ils réprouvent l’effort pour les satisfaire ou redoutent la contrainte des lois que la société impose pour les faire respecter.  Ils ne se retiennent pas par sens moral de modération mais par la criante d’un plus grand mal, d’une plus grand sanction.

Qu’est-ce qui explique que même les riches en veulent toujours davantage?  Le fait très simple que l’acquisition de plus de choses procure une satisfaction du désir pulsionnel lui-même.  Le défi de se procurer quelque chose et son obtention procurent eux-mêmes du plaisir.  La possession renforcit l’ego étendant son influence et sa distinction.  Ce qui peut conduire ultimement au désir de conquête par la force ou par la guerre.

En général, on se bat dans le monde pour défendre ses acquis ou pour les accroître, les présentant toujours comme des propriétés nécessaires et inaliénables : acquis physiques, acquis intellectuels, acquis moraux.  Et on ne se gêne pas de soumettre des gens plus faibles et plus pauvres que soi, loin de penser à chercher à savoir si on ne favorise pas ses intérêts personnels, financiers, commerciaux, politiques, moraux, religieux, culturels, si ses désirs ne sont pas devenus fanatiques ou hystériques, ce qui est toujours le cas dès qu’on déclenche une guerre, qui est une intervention fratricide.

Voilà comment la peur de perdre pousse à vouloir combler ses carences par tous les moyens.  Dans les faits, l’esprit de possession peut se déguiser de plusieurs manières : en volonté de diriger, de changer autrui, de le contrôler, en besoin de cultiver des attentes, de décider sans vérification, de donner en espérant recevoir, de refuser des droits à moins qu’il y ait compensation, de nier le besoin d’un autre, de rejeter ses désirs, d’écarter son opinion, d’empiéter sur son territoire, de violer son espace psychique, de vouloir tout savoir et comprendre de lui, d’exiger qu’il prenne son parti, de s’autoriser à lui raconter n’importe quoi.  Il amène à croire qu’il faut posséder énormément de biens ou détenir un grand pouvoir pour être heureux;  que par eux on devient quelqu’un;  que sans eux, la vie est finie,  qu’en leur absence, on est abandonné par le reste de la Création.

Pour en revenir à notre premier sujet, la notion de profit, par les avantages qu’il apporte, celui-ci ne tarde pas à conférer du pouvoir, un pouvoir dont on ne se prive généralement pas de se servir.  Si on n’hésite pas à exploiter ses semblables, comment se priverait-on d’assouvir d’autres désirs passionnels et d’autres besoins primaires?

Car c’est cela, le problème du bénéfice ou du profit, il représente une exploitation de ses frères et sœurs humains.  En plus, il constitue l’expression d’un doute relatif à l’approvisionnement divin constant.  Et quand on doute de quelque chose, ce que l’on pense devenant sa loi, on ne tarde pas à se faire confirmer la valeur apparente de son doute.  Alors, ne pouvant plus compter sur l’aide du Ciel, on doit s’occuper seul de ses affaires si on compte survivre.  Le profit devient le moyen facile de prospérer.  À ce moment, dans le jeu pour la survie, c’est au plus fort la poche!

Il n’est pas dit qu’un être n’a pas le droit de s’évaluer à sa juste valeur, d’évaluer ses propres investissements, de réclamer un salaire.  Mais il doit le faire dans la parité, donc en tenant compte, à égalité, des deux parties d’une transaction d’échange.  Dans tout échange, chacun doit offrir ses productions et ses services au prix coûtant, compte tenu de son implication, de ses efforts, de ses démarches et de ses divers investissements.

En fait, il n’y a rien de pire que l’exploitation de son semblable parce que, alors, un être s’exploite lui-même, s’attirant la pénurie par la Causalité. Et la pire des exploitations, c’est le fait de réclamer une plus-value ou un intérêt sur ses biens ou pour ses services afin de réaliser un profit.  Qu’on se le dise, la notion de profit est une ignominie et une véritable trahison des membres de son espèce puisqu’elle entraîne, chez le plus grand nombre, plus d’effets pervers que de bienfaits.  Chacun a le droit d’évaluer ses services à leur juste valeur, mais il n’est pas autorisé à provoquer chez un autre la misère ou la souffrance.  Il ne faut pas hésiter à le dire, le système capitaliste est un leurre et une honte, il déshonore l’esprit humain et il entraîne, peu à peu, la dégradation de ses conditions de vie.

 

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