QUI EST LE «PROCHAIN»?

Le prochain désigne tout être humain considéré comme un semblable ou l’ensemble des hommes perçu comme une même espèce, une même famille générique ou comme un membre de l’Assemblée mystique (de la Communion des Saints).

Les religions, comme la spiritualité, parlent souvent du prochain.  Alors, qui est le prochain?  Et comment faut-il se comporter avec le prochain?  Bien sûr, ceux qui sont de formation judéo-chrétienne croient connaître la réponse du fait que, d’après l’Évangile, le Grand Maître Jésus aurait invité tous les êtres humains à s’aimer et à aimer leur prochain comme eux-mêmes.

En fait, il faut considérer comme faisant partie du prochain tout autre être humain, du fait qu’il est un semblable avec qui on ne fait qu’un.  Ainsi, cette notion renvoie à l’ensemble des hommes perçus comme membres d’une même espèce, d’une même famille générique ou comme membre de l’Assemblée mystique (aussi appelée la Commuprochainnion des Saints).  Pour être clair, disons qu’il s’agit de tous les semblables de l’être humain en tant que membres de la grande famille humaine, issue de Dieu.

Chaque être humain représente une cellule du Grand Corps mystique et de la Grande Âme universelle.  Lanza del Vasto nous a éclairé davantage en disant: «Quand ton œil simple aura découvert le Moi-même, il te montrera la réalité de l’Autre, du Prochain: tu verras cet autre moi…  Qu’est-ce que le Prochain à l’état pur et brut?  Nous l’avons dit: c’est celui qui ne m’est rien, qui n’a rien pour me plaire, qui n’a rien à me rendre.»  Le prochain, c’est aussi celui qui échappe à mes préférences ou qui subit mes antipathies.  L’autre est l’autre, un frère différent, digne d’amour, qu’on ne peut façonner à son image.  C’est une invitation à la tolérance, au respect, à la miséricorde, à la justice… à l’amour impersonnel.  Nul ne peut exclure un seul être de son amour.  Nul ne peut non plus pousser dans le dos de l’autre, le forcer à aller plus vite qu’il ne peut, à évoluer autrement qu’à son rythme et à sa manière.  Voulant en sortir, pour être agréable, il pourrait prendre la mauvaise sortie!

Aimer, c’est s’allier à l’Infini derrière le voile de l’autre, c’est percevoir Dieu au-delà des apparences.  On peut connaître les autres à ce qu’ils croient qu’on est.  Mais cette affirmation est réversible: on peut apprendre à se connaître en considérant ce qu’on pense des autres.  Que fait-on des autres?  On ne leur accorde que le droit d’être leur apparence, ce qu’on perçoit d’eux, et on ne veut pas en changer.  Pourtant, l’autre est d’abord un miroir puisqu’il vient à soi par la loi de l’Attraction.  L’autre apparaît ainsi comme une énigme personnelle qui ne peut se pénétrer que par l’amour.  En chacun des êtres humains couve cette merveilleuse flamme, sœur de la nôtre.  Elle ne demande qu’à grandir au contact de la lumière des autres.  Mais, pour que chacun rayonne, il doit cesser de classer les autres, de les juger, de leur apposer des étiquettes.  On ferme la porte à son évolution chaque fois que l’on ferme la porte de son cœur à quelqu’un.  On empêche un travail productif de se produire ailleurs, qui serait rentable même pour soi-même.  Tout se tient!  Nul n’est une île!

La notion de prochain entraîne d’autres considérations pertinentes.  Dans la vie, il faut s’occuper de ses propres affaires et bien le faire.  Il faut vivre et laisser vivre.  Le bien se multiplie au centuple; le mal se détruit par lui-même, sans avoir besoin d’aide ni de pression.  Aussi faut-il éviter de s’immiscer dans les affaires des autres, ne porter assistance que si on est appelé à le faire, que si on a l’autorisation de le faire et que si on a les moyens et la compétence pour le faire.  Il ne faut jamais présumer de ses moyens et s’en servir pour en tirer prestige ou avantage.  Nul n’a le droit de s’ingérer dans les affaires des autres.  Cela va à l’encontre de la loi de l’Autonomie, dont les corollaires sont l’innocuité et la non-intervention.  Du reste, dans une relation, la personne la plus efficace n’est pas celle qui est la plus frénétique, la plus loquace, la plus démonstrative, la plus interventionniste: c’est la plus calme, la plus sûre d’elle-même, la plus vraie, la plus éclairée.  Et elle rayonne dans le silence et le secret.

L’autre est seul à savoir ce qui est vraiment bon pour lui.  Il doit se procurer ce dont il a besoin par ses propres moyens.  Pour sa gouverne personnelle, il n’a pas à s’en remettre au jugement de qui que ce soit, il n’a pas le droit d’adopter le comportement, les paroles, les pensées des autres sans discernement, comme un automate.  Toute relation humaine qui impliquerait de la soumission, de la dépendance, de la servilité, se désavouerait par elle-même.  De même pour la domination, la soumission par la force ou les jeux d’influence.  Ce sont des atteintes à la dignité et à la liberté.  Et nul n’a le droit de se prononcer sur la validité de la conduite d’un autre.  C’est se lier à sa vie, ce dont on paierait un fort prix. C’est la Loi.  Il faut laisser l’autre libre.  Il faut accepter de le voir partir et revenir à son gré.  Il sait mieux que soi où le souffle de la vie doit le porter.

© 2012-15, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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