LE PLAISIR, UNE SOURCE D’ACTION, UNE MOTIVATION À VIVRE…

Si le plaisir n’existait pas, il y a bien des activités que l’être humain négligerait et il perdrait rapidement le goût de vivre.  Sauf qu’il faut trouver le juste milieu en tout pour maintenir une hiérarchie des valeurs saines.

Le plaisir représente l’un des trois aspects du bonheur, avec la joie et la félicité.  Il désigne un élan naturel ou une tendance innée qui colore l’existence et apporte un certain bien-être.  En lui-même, il n’a rien de mauvais, puisqu’il entretient le désir de vivre.  Sa valeur dépend de la qualité des pensées, des sentiments et des actes qui le provoquent, de la qualité de sa source et des conséquences qui en découlent.  Il exprime la sensation qui comble découlant de la satisfaction des besoins instinctifs, des désirs, qui peuvent être des fantaisies ou des caprices.  Lié plaisir-sensuelsà la personnalité, qui se laisse aveuglément guider par la sympathie ou l’antipathie, il mène à la souffrance, à la déception, à la frustration, à la tristesse, s’il prend trop de place dans la vie d’un être.  Un fois possédé, l’objet désiré perd son attrait, sa saveur et son intensité.  Son avenir se limite au moment présent, liant à une existence primaire fort ordinaire.  Il est toujours difficile d’écarter la quête des plaisirs superficiels pour connaître la joie profonde.

La satisfaction des désirs des sens donne le plaisir; la satisfaction de l’âme donne la joie sereine; l’accomplissement de l’Esprit mène à la Béatitude éternelle.  Le plaisir et le déplaisir (douleur) sont les deux pôles extrêmes d’une même réalité: l’un exprime le contentement, l’autre de désenchantement.  Le, plaisir n’est qu’une impression agréable de nature physique, résultant du contentement des sens.  Tout homme devrait éviter de chercher tout autre plaisir que celui du Père créateur.  Le plaisir du Père, c’est l’impulsion à dépasser les sens pour entrer d’abord dans la joie sereine, puis dans la Félicité cosmique.  Pour atteindre l’un, il faut abandonner l’autre.  La conscience étant de nature expansive, la recherche du plaisir déçoit toujours, tôt ou tard.  La conscience sait désirer autre chose que la satisfaction des sens.  Elle veut s’accomplir dans la maîtrise totale, la réalisation transcendantale.  Mais celui qui a perdu le sens des valeurs, pour s’être coupé de son Esprit intime, ne conçoit plus que la poursuite du plaisir, comme quête humaine, et il perd progressivement le goût de vivre, ne pouvant plus aspirer, par la motivation, à des plans supérieurs dont il n’a plus conscience et dont il doute de plus en plus de l’existence.

L’ignorant qui pense que le bonheur dépend des choses extérieures à lui, des sensations fortes, des possessions accumulées, des jeux de pouvoir, finira par conclure à la vanité des choses et connaîtra une profonde angoisse existentielle.  Tant que l’on croit que l’on est ici pour s’amuser et pour jouir des satisfactions de l’existence, on est tenaillé par les ennuis et les inquiétudes de toutes sortes.  On se rassasie pour devenir un mort-vivant qui n’a plus d’idéal.  Mais, à partir du jour où l’on comprend que la vie est donnée à chacun pour se perfectionner et pour servir l’humanité, les angoisses diminuent et finissent par disparaître.   La Vie ne s’oppose pas au plaisir pour autant on n’en fait pas le but de l’existence.  Mais le plaisir enchaîne aux émotions et rive à la terre.  Lanza del Vasto clamait: «Malheur à nous si nous cherchons à multiplier nos désirs en vue du plaisir que nous en attendons, si nous croplaisir1yons que ce sont les plaisirs qui donnent son prix à la vie, qui font que la vie vaut la peine.»  Le plaisir détient un pouvoir élevé de progrès pour autant on le garde dans l’ordre du progrès.  Le plaisir doit donner l’élan dans sa quête de devenir plus vivant, plus vibrant, plus spirituel.

Le plaisir physique, uniquement sensuel, résulte, du point de vue psychologique, du soulagement d’une douleur ou de la satisfaction d’un appétit, de la suppression d’un besoin ou d’une irritation.  Mais il ne peut être augmenté au-delà du point de suppression du désir qui le motive.  Tenter d’en augmenter l’intensité serait, du reste, préjudiciable à la santé.  Toute habitude qui tend à prolonger ou à intensifier un plaisir de façon artificielle conduit à la régression qui tire vers l’anéantissement de l’être.  Par exemple, il est licite de manger pour nourrir sainement le corps, même de veiller à bien présenter et préparer les plats, mais il est inutile de devenir un gastronome à plein temps ou nuisible de faire des excès de table.  Le désir inclinera à devenir gastronome, mais la raison et l’intuition rappelleront le rôle fonctionnel de l’alimentation.  De même, il n’y a rien de mal à se vêtir de vêtements confortables, seyants, mais il est inutile de suivre la mode.  Le rôle du vêtement est de couvrir de façon convenable pour se protéger contre les agressions extérieures.

 Le plaisir ne peut jamais être dissocié du déplaisir, donc de la douleur, de la frustration.  Même que certains trouvent du plaisir dans la douleur ou la souffrance.  Ce sont les sanctions qu’offre la Nature à la conscience pour l’aider à mieux faire ses choix, à mieux former sa volonté, soit sa motivation.  Le plaisir et le déplaisir sont les jalons sur la Voie qui indiquent les écarts permis ou interdits.  Le désir frustré cause du déplaisir, comme le plaisir excessif engendre du dégoût.  Un peu de tout sans abus, dit la Loi du Juste Milieu.  Chaque fois qu’une expérience en cours s’accompagneplaisir-moto de plaisir ou de douleur, l’attention s’éveille à une autre action.  Les expériences qui engendrent le plaisir s’élaborent Peu à peu en choix déterminés.  Mais le plaisir répété engendre de l’ennui.  L’être songe alors à trouver d’autres avenues d’expression.  Malheureusement, lorsqu’on se limite à la quête du plaisir, plutôt qu’à la quête de la connaissance de soi, on est porté à toujours chercher d’autres plaisirs, plutôt que des valeurs plus stables et permanentes, comme l’expérience évolutive sur tous les plans.  Les actes volontaires sont constamment ramenés à des actes involontaires, à des réflexes conditionnés, qui sont répétés sans l’attention requise de la conscience, comme au moment où ils étaient tout nouveaux.  Le plaisir entraîne dans un cercle vicieux qui devient de plus en plus inconscient et préjudiciable.

Le plaisir éveille le désir de le reproduire, d’où il peut devenir une quête sans fin, toujours insatiable, qui écarte du but fondamental de l’existence.  Chacun doit veiller à le raffiner dans la joie avant de l’exprimer dans la Félicité du Paradis retrouvé.

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