LE PÈRE ET LA MÈRE

 

Dans la réalité contingente, le père désigne le géniteur d’un enfant.  Dans l’Église catholique, il s’agit du titre donné à un prêtre régulier et séculier.  Mais ce mot peut encore désigner un ancêtre et, à ce titre, poupere-et-fils-imagesrquoi pas Dieu lui-même, le Créateur, à titre de première personne ou hypostase de la Trinité.  Dans ce contexte, le Père et la Mère, qui sont des égaux qui apparaissent simultanément, révèlent la polarisation de la Source suprême, de l’Être-Un.  Dans la Tradition juive, au pluriel, il s’agit d’Abraham, Isaac et Jacob.

Le Père, relié au phallus, désigne le Principe spirituel mâle, le Nombre unique, la Volonté directrice, l’Énergie de la Vie, la Pensée pure, la Sagesse, l’Amour absolu, le Il-Elle, le Principe générateur.  Il donne les idées d’autorité, domination, valeur, tradition, possession, dressage, discipline, éducation, morale, conscience, logique, objectivité, pouvoir, idéal, maturité, activité, rôle de pourvoyeur, protection, autonomie, appui, sont autant de mots qu’on peut lui associer.  Voilà le héros intérieur qui incarne les idéaux spirituels, les codes éthiques, l’action créatrice pour survivre, l’être sage et avisé qui conseille son enfant, s’il est réceptif et intelligent.  Il instille la détermination et la motivation qui mènent à la réussite.  En lui, l’esprit et l’action dominent la matière et l’intuition.  Il entretient le respect qu’on a de soi-même, conférant le courage d’affronter les épreuves de la vie, assumant la défense du faible et de l’opprimé, mais devenant vindicatif lorsqu’on brave son autorité.

Le père prêche souvent par l’intransigeance et la rigidité, enchaîné à des croyances dont l’inflexibilité détruit tout sentiment humain.  Il aide à prendre conscience de son propre pouvoir à formuler des idées et à les concrétiser.  À cause de son conservatisme inné, il invite, par réaction, à renverser l’ordre établi pour instaurer un ordre nouveau, plus créatif que ce qu’il a légué, plus fidèle à ses buts à soi, élaborant soi-même les principes éthiques qui guideront sa vie.  Il met en garde contre les instincts aveugles comme les siens qui amènent à rejeter ses torts et ses problèmes sur les autres et sur la société, quand on se croit parfait.  Il invite à se manifester pleinement, soit en bâtissant quelque chose dans le monde, en concrétisant une idée, en fondant un foyer ou en élaborant des structures nouvelles.  Il apprend qu’il faut faire preuve de force tout en sachant quand son pouvoir devient oppressant pour les êtres chers.  Il invite à vérifier jusqu’à quel point ses critères et ses idéologies s’harmonisent avec la vie et sa conception du bonheur.  Il faut évaluer la vie à partir de ses ressources personnelles et selon les critères de sa propre éthique, suggère-t-il.  Il assure qu’il faut poursuivre son chemin avec la conviction que son action est utile, se faisant le champion des idées les plus élevées auxquelles on puisse croire.  Il aide à s’extraire du monde de l’instinct et à prendre de la maturité.

Mais le père peut devenir tout aussi castrant qu’une mère s’il décourage les efforts d’émancipation et exerce une influence qui prive, limite, brime, stérilise, maintient dans la dépendance.  Il peut entraver les forces nouvelles de changement dans son désir de retenir le mouvement, cultivant chez un enfant les sentiments de résignation et de soumission à un tiers.  Dans l’iconographie mentale, le père peut prendre les traits d’un roi, d’un empereur, d’un médecin, d’un pape ou les formes d’un arbre fort et majestueux, d’une colonne, d’une tour, d’un pylône, etc.

Dans les textes spirituels, le père est évoqué par Kether (dans la Cabale), le Taureau (dans le Zodiaque), l’Univers et le Phallus.  En Chine, dans les trigrammes, on le représente par deux traits horizontaux,téléchargement (1) symboles de la Perfection active qui engendre parfaitement.  On lui attribue le pouvoir solaire de se reproduire, d’exercer l’autorité, de diriger une communauté (la cellule familiale), d’assurer le bien-être, le confort et la santé de sa progéniture, de communiquer la Sagesse des aînés qu’il a reçu par la Tradition.

Dans son sens habituel, la mère représente celle qui porte l’enfant et le met au monde.  En cela, le père pose les limites et la mère les rappelle.  En spiritualité, la Mère, reliée au yoni, évoque la Nature, le substrat d’expérience.  On pourra sursauter d’apprendre que, dans le contexte réduit de l’incarnation humaine, la mère tire sa réalité, de la Matrice universelle, soit de la Confidente invisible remplie de désirs protecteurs, de l’Énergie créatrice de l’Intelligence cosmique qui accueille la Lumière de Dieu.  En Chine, on la représente par deux traits horizontaux brisés : la Perfection passive et magnétique qui reflètimagese le Père, en parfaitepère homologie.  Sur Terre, elle devient la matrice vivante qui exprime l’abri de sécurité, le refuge de protection : douceur, paix, affection, enjouement, subjectivité, gestation, synchronicité, tendresse, nourriture, soins, connaissance intuitive, sensibilité psychique, réconfort, chaleur, compréhension, éducation.

Dans ce contexte, la mère, porteuse de la matrice, invite à retrouver son enfant intérieur et à le laisser épancher son vécu, car le besoin d’un support réconfortant est ressenti.  Elle suggère l’éveil des capacités innées;  la perception instinctive ou intuitive;  la découverte du moment opportun, de l’endroit précis et de l’action juste;  le ressenti profond ou la vision éclairée;  les perceptions subtiles extraordinaires;  les buts qui se concrétisent;  les surprises joyeuses,  une phase de vie particulièrement protégée et comblée fournissant la garantie d’une croissance intérieure.  Elle exprime la force universelle de réconciliation avec la vie assurant une puissante poussée spirituelle.

La mère peut induire la notion qu’il faut accepter le corps comme quelque chose de précieux et d’important, comme une réalité méritant des soins et des attentions.  Nécessité de développer son sentiment de faire partie intégrante du Grand Tout qu’est la Nature.  Accepter le privilège heureux de jouir des sens et apprécier les plaisirs les plus simples de l’existence.  Développer la patience face au long processus de gestation et de mûrissement de ses projets ou de mener à bien  ses entreprises.  Reconnaître le bien-être et la sécurité du moment présent.  Pondérer les quêtes purement intellectuelles qui déconnectent de la réalité.  Pondérer sa quête de confort matériel qui réduit le respect que la réalité mérite, rendant égoïste, arriviste, opportuniste, plutôt responsable.  Comprendre la marche des choses et le sens des cycles en apprenant les lois, non d’une manière cérébrale, mais par l’intuition et le sentiment, surtout par l’amour.  Abandonner les possessions désuètes qui encombrent.  Changer un ordre établi devenu stérile ou improductif.  Éviter la stagnation suffocante.  Comprmereendre sa nature d’être terrestre.  Cultiver le sens de l’union, de la cohésion, de la générosité.  Pourvoir à ses besoins concrets et à sa paix psychique.  S’écarter des conflits et des querelles du monde dans un foyer attrayant et chaleureux.

Mais la mère, alors symbolisée par l’araignée, peut aussi limiter l’autonomie.  Sa générosité peut devenir captatrice et emprisonnante, dévorante et castratrice.  Elle désigne la première forme que prend pour l’individu l’expérience de l’inconscient qui a besoin de la conscience  pour se réaliser.  Elle est la source de tous les instincts, de la totalité des archétypes, le résidu de tout ce que les hommes ont vécu depuis les plus lointains commencements, le lieu de l’expérience dépassant l’individu, véhiculant ses valeurs par l’inconscient collectif.  Aussi risque-t-elle parfois d’oppresser par l’étroitesse du milieu qu’elle circonscrit ou d’étouffer par la prolongation excessive de sa fonction de nourrice et de guide qui civilise.  Elle peut alors éclairer le degré d’autonomie qu’il faut récupérer.

 

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