IL FAUT SE GARDER DE CONFONDRE LE POLYTHÉISME ET LE PAGANISME…

Dans la Rome antique, le paganisme désignait le culte des paysans du fait que les campagnards de cet Empire restèrent fidèles au polythéisme longtemps après l’établissement du Christianisme dans les villes.  Pour les religions chrétiennes, il s’agit de la religion des païens, qui peut comporter l’adoration d’idoles, soit d’un culte polythéiste.

On a longtemps et beaucoup déblatéré sur les cultes primitifs comme le paganisme ou le panthéisme, allant jusqu’à les considérer comme rustres et peu évolués, d’où on les a accusés d’être décadents et hérétiques.  À vrai dire, ces termes sont des étiquettes attribuées aux cultes dissidents par les grandes religions monothéistes, bien qu’il faille souvent faire exception de l’Islam qui fut lui-même accusé de culte païen par le Christianisme et le Judaïsme.  Il n’en reste pas moins qu’on les a longtemps considérés comme des déchets d’une épopaganismeque révolue.  Alors, on ne tarda pas à les interdire, de gré ou de force, recourant à tous les moyens pour parvenir à cette fin.  Et voilà que maintenant qu’on les observe avec plus d’attention, après nombre d’échecs des religions et des civilisations dites civilisées, au point de reconnaître leur supériorité au chapitre du respect de la Nature.

Et pour cause puisque le paganisme et le panthéisme représentent des systèmes religieux ou philosophiques qui identifient Dieu et le Monde et qui, de ce fait, divinisent la Nature.  Ils posent le postulat que Dieu est tout et que tout est Dieu.  De ce fait, le Monde devient un être vivant dont le Créateur est l’âme.  Certains vont jusqu’à affirmer que Dieu n’est pas, comme Être suprême, mais qu’il se fait peu à peu et qu’il constituera le terme de l’évolution de l’Univers.  Probablement qu’il est à la fois l’Être suprême qui est et se fait simultanément en validant ses concepts de Grand Rêveur cosmique.

Ainsi, le paganisme, comme le panthéisme, considèrent le Cosmos comme un Tout divin.  La plupart du temps, les historiens définissent très mal le panthéisme des anciens habitants de la Terre de sorte qu’on les considère comme des primitifs ignorants et peu évolués.  Pourtant, dans la majorité des cas, ces êtres reconnaissaient un Pouvoir cosmique divin, Principe de l’ordre, qui réside à l’intérieur de l’être et pénètre toutes les manifestations de la Nature.  Dans un effort de compréhension, ils divinisaient aussi ses divers attributs, ce qui n’est pas si éloigné de la vérité.  Dans leur esprit, toute chose était conçue comme une partie de cette Réalité suprême, que l’on appelait souvent le Père des dieux ou la Cause première.

Les païens et les panthéistes ont toujours conçu toutes choses comme imprégnées de Dieu, mais, pour eux, la totalité de toutes choses ne donnait pas la somme du Pouvoir suprême.  Dans l’apparente multiplicité de leurs dieux, ils vénéraient le reflet multiple d’une seule et unique réalité fondamentale, le Créateur.  Ils croyaient que toutes les manifestations de la Nature sont imprégnées par cette qualité infinie, mais que leur somme totale ne peut pas l’égaler.

Effectivement, la Cause première ne peut être limitée par aucun nombre, si grand qu’il soit.  Elle est infinie purement et simplement.  Aussi, ne préconisaient-ils pas l’adoration d’aucun phénomène particulier de la Nature, sauf chez certains membres ignorants de la société.  Quand un païen adore les dieux, il a conscience de s’adresser à un aspect du Créateur.  Ces cultes recommandaient plutôt une union avec ce dont la Nature se compose et dont elle est une création.  Par l’observation de la Nature, ils découvraient cet accord spirituel qui les amenait à sentir qu’ils embrassaient l’infini, même si ce n’était que momentanément, en choisissant un terme de leur choix pour désigner cette transcendance.

En vérité, qui peut séparer le fini de l’Infini?   Qui peut dire où commence l’un et où finit l’autre?   Alors, si cette démarcation est imperceptible, l’unité n’existe-t-elle pas dans la Nature?  Toutes les expressions de la réalité ne sont-elles pas unes?  Mais le fanatisme de ceux qui ont dénigré ces et déformé ces cultes est bien plus pernicieux que leur déviation.

Le paganisme et le polythéisme possèdent des caractères communs souvent supérieurs à ceux des trois grands systèmes religieux dits monothéistes.  Pour eux, la religion, plutôt la spiritualité, est liée à la vie ; ils attribuent une dimension prioritaire à la vie du groupe, à la vie sociale ; d’après eux, naturel et surnaturel s’interpénètrent ; enfin, le sacré reste immanent.  L’épuisement des dogmes chrétiens et le nihilisme contemporain pavent la voie pour un recours à ces cultes qui pourraient s’imposer de façon souveraine.

Curieusement, la religion chrétienne, qui a si longtemps rejeté de ses dernières énergies ces pratiques populaires, en a récupéré nombre d’éléments pour asseoir sa propre notoriété et sa suprématie finale.  Se pourrait-il que, bientôt, il y ait un juste retour du balancier?  Le néo-paganisme ne fait-il pas de plus en plus d’adeptes chez les esprits religieux déçus et chez les ésotéristes, entre autre dans le néo-druidisme et la spiritualité des sorciers et sorcières?

© 2012-15, Bertrand Duhaime (Dourganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.  Publié sur : www.larchedegloire.com.  Merci de nous visiter sur : https://www.facebook.com/bertrand.duhaime.

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