LE NIRVANA NE DÉSIGNE PAS LE RIEN OU LE NÉANT, MAIS LE VIDE PLEIN, LE MONDE INFORMEL…

Autant dans l’Hindouisme que dans le Bouddhisme, le mot «nirvana», nom commun ou nom propre, désigne le «néant» ou le «Chaos primordial», soit l’extinction du karma, du désir humain, entraînant la fin du cycle de la naissance et de la mort, suivis de plusieurs renaissances pour expurger la Causalité, donc l’accès à un état de sérénité suprême.  Mais ce mot, qui exprime le «non-être», ne réfère jamais au «rien», au «néant»  ni au «Vide absolu», mais au «sans forme», à l’«informel» ou au «Vide plein infini» qui est à l’origine de tout ce qui est.  Il s’agit de l’État des possibilités infinies a l’état purement virtuel.  Ainsi, s’il peut exprimer la forme d’«extinction» qui précède la naissance, la descente en incarnation, l’avant-vie, ou qui accompagne la mort, le terme de la vie ou l’après-vie : il réfère à une fusion dans l’Être suprême, le Soi.  Il s’agit de la Lumière pure, libre de toute contingence.  Comme État originel, on l’appelle diversement le Néant absolu, le Plan divin, la Libération transcendantale, la Sublime immobilité illuminée, la Pure Béatitude de l’Impersonnel, l’Union complète avec l’Esprit, l’Unité transcendante universelle, la Félicité de l’Unité.  Il réfère à la Conscience cosmique qui est à jamais hors du temps et de l’espace, qui n’est point lié par la chaîne de la causalité (des causes et des effets) et des chnirvanaangements du monde mouvant, trouvant sa béatitude en soi, illuminé par soi et à jamais en paix.  Il précise l’état d’être ou le plan de conscience très élevé auquel Bouddha, notamment, avait accès dans ses méditations ou ses contemplations solitaires, suite à l’abolition des sens et des mouvements de la pensée.

Comme résultat de la conquête de l’Absolu, dans la Réalisation transcendantale de l’âme, on décrit diversement le Nirvana comme le Plan divin de la Libération suprême qui implique l’État d’Extinction de l’ego dans l’Esprit du Monde, l’Extase indescriptible, la Pure Béatitude de l’Impersonnel, l’Unité totale avec le Tout, l’Apaisement suprême, l’État de Lumière pure et libre de tout, souvent symbolisés par l’image de la Lune brillante qui se montre soudain dans la nuit, dès que le vent a balayé les nuages.  Il exprime l’Expérience ultime de ne faire qu’un avec l’Unité qui permet de s’affranchir de la Roue de la Vie, soit du cycle des morts et des vies successives, et qui confère un état de calme absolu engendré par l’absence de passions définies comme les désirs de la nature personnelle suite à une longue et patiente recherche Bu Bien absolu et de la Paix suprême.  Il ne s’agit nullement de l’annihilation de soi et de la perte de l’individualité, mais de l’immersion du moi personnel distinct dans la Vaste Réalité de l’Existence infinie, une et impersonnelle.  En effet, le verbe sanscrit «nirvati» signifie «éteindre».

Cette expérience grandiose entraîne l’immersion du moi personnel dans l’Existence infinie, l’effacement de l’être mortel, erratique, ignorant et égaré, à la disparition de l’égoïsme et de l’esprit de séparativité.  Ainsi, elle traduit moins un néantement que l’extinction des feux intérieurs, l’ardeur de «Tanha», soit des exigences multiples du mental et des sens.  Elle rend inutile le renoncement oriental au vouloir-vivre puisqu’elle figure une réalisation de la Vérité.  L’Harmonie cosmique ne résulte pas du dégagement de ses obligations humaines, de ses intérêts personnels et de son devoir d’état, mais du renoncement à ce qui entrave le développement spirituel pour accepter de nouvelles occasions de servir et d’évoluer.  Elle implique, comme motivation première, le désir de fusionner avec l’Esprit suprême, en témoignant par l’union de sa pensée à la Conscience et à l’Intelligence de l’Univers pour se mettre en harmonie avec les Forces cosmiques, se ressentir comme une partie de ces Forces, ce qui rend sans cesse plus vivant, plus heureux, plus sain, plus paisible.  Comme disait la Mère Rose, compagne de Sri Aurobindo Ghose : «Quand on est tout là-haut dans la conscience, on voit les choses, on sait, mais en fait, quand on redescend dans la matière, c’est comme de l’eau qui entre dans le sable.»  Ce qui laisse entendre que l’être humain ne doit pas chercher son accomplissement dans l’annihilation qui résulte de la fuite dans l’Esprit, et qui amène à redevenir Lumière des lumières, mais dans la fusion, en lui, du Ciel et de la Terre, pour devenir Lumière de Vie.

Dans l’Hindouisme, le Nirvana éclaire la «discipline mentale» fondée sur des pratiques régulières pour créer le calme intérieur.  Dans le Yoga intégral, il s’agit de la deuxième étape, qui comprend cinq prescriptions : «nirvana» (purification du corps), «santosa» (culture de la  joie parfaite), «tapas» (sublimation des pulsions par le renoncement complet), «svadhyana» (étude des textes sacré) et «Ishvara pranidhana» (dévotion ou soumission totale à Dieu).  Ainsi, dans la Tradition védique, ce mot réfère à la Libération totale de l’âme, à l’accès à une nouvelle conscience hors du temps et de l’espace, par abolition du sens du moi, des activités physiques et mentales.  On décrit cet état comme la Sublime immobilité illuminée ou la Pure Béatitude dans l’impersonnel.

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