LE MENTAL, LE GRAND FREIN DE L’EXPÉRIENCE ASCENSIONNELLE…

Le mental désigne tout ce qui a trait aux facultés rationnelles ou aux fonctions intellectuelles de l’esprit, comme les idées, les pensées, le raisonnement.  L’intellect ne peut être qu’un synonyme puisqu’il désigne l’esprit dans son fonctionnement intellectuel, dans ce qui se rapporte à la connaissance profane ou à l’entendement humain.  Mais peut-être devrait-on plutôt dire que le mental, comme mot commun, représente un néologisme synonyme du mot «intellect» puisque, dans les traductions de l’anglais, il s’agit souvent d’un anglimental-intellectcisme pour désigner celui-ci.  Quoi qu’il en soit, le mental cherche des explications logiques et il construit des schémas imagés à partir des données emmagasinées et conservées dans la mémoire.  Instrument de la connaissance, il passe son temps à porter l’attention sur des croyances, des suppositions, des projections, donc sur des illusions, empêchant la conscience de se libérer de son emprise.  Parfois, on l’appelle le sens interne ou l’entendement, voire le bruyant, rappelant que bien des expériences dépassent sa compréhension, bien qu’il soit toujours actif.  Il collecte des renseignements de toutes sortes, en tire des conclusions plausibles et des moyens d’action efficaces qui ne tardent pas à se cristalliser et à se stéréotyper, se fixant en pseudoscience ou en croyance.  Car il opère de façon aussi mécanique qu’un robot ou un ordinateur, freinant la spontanéité et bloquant l’intuition.  Du reste, on dit que plus un être est rationnel, moins il est intuitif, et inversement.  Dans son fonctionnement, il ne fait aucune différence entre une expérience réelle et une expérience imaginaire.

Les mystiques identifient le mental à une excroissance illusoire des processus cérébraux fondamentaux.  Il analyse l’information en provenance des sens et il revêt d’une interprétation intellectuelle les faits bruts de l’existence.  Il comprend toutes les pensées aléatoires et incontrôlées qui, surgies du subconscient, font surface dans le conscient comme des bulles.  N’exprimant ni l’attention ni la conscience, ces pensées traduisent une divagation et une perte de maîtrise de soi.  Il amène à répondre automatiquement à des pensées que le sujet ne contrôle pas.  Surtout, ne permettant pas de reconnaître les états de conscience, parce qu’il s’accroche à sa propre identité, il incline vers le scepticisme, sous prétexte de faire preuve de rationalité ou de sens logique.  Enfermé dans les limites de l’ego, il refuse de reconnaître d’autres domaines d’expérience.

En fait, le mental représente un système intellectuel temporaire prêté pour la durée d’une incarnation, puisqu’il aide à se répéter dans l’espace-temps et à faire ses choix dans la densité, notamment au chapitre des activités de la survie.  Selon la manière dont un sujet s’en sert ou selon l’importance qu’il lui accorde, il peut rejeter ou limiter les potentiels de son Étincelle divine, engendrant un voile entre l’Esprit et la conscience connaissante.  Cet instrument cosmique permet à la volonté humaine de faire résonner les délicates mélodies de l’identification à Dieu, le seul moyen d’accéder à la Connaissance spirituelle, la Connaissance véritable, ou de faire jouer les dissonances de la destruction.  À vrai dire, l’intelligence humaine reste d’un piètre recours pour comprendre les œuvres du Créateur puisqu’elle procède de la dimension matérielle.  L’univers matériel exprime un reflet du Cosmos, l’Univers divin.  Or, l’Univers divin ne peut être atteint que par l’intelligence du cœur, non par l’intelligence de la tête.

Le mental recoupe toutes les facultés intellectuelles de l’esprit.  Sivanandâ précise: «Le mental, les sens et les choses externes doivent être associées pour que la perception d’un objet puisse se produire.  Perception, sensation, mémoire, imagination, jugement et volition, tels sont les six pouvoirs du mental.»  Le mental opère sur la matière, mais il ne provient pas de la matière.  I1 fait partie de la conscience pure.  Autrement dit, la matière et le mental sont deux modes d’un pouvoir unique qui est à la fois substance et énergie.  C’est la part de la conscience qui émet un rayon pour atteindre un objet de perception, l’envelopper et prendre sa forme, pour le connaître.

Le mental s’exerce en trois phases.  Il commence par se faire sens commun (bon sens) pour accepter les choses telles qu’elles lui paraissent par l’intermédiaire des sens.  Le sens commun devient ensuite raison pour former la compréhension scientifique.  A ce niveau, il reconnaît les liens entre les divers phénomènes que le monde lui présente.  Quand la raison ne peut plus comprendre, intervient la discrimination (le sens philosophique) qui spécule sur le principe d’unité transcendant l’apparente multiplicité des objets et reliant les existences différentes.

Le mental est tyrannique: il souhaite constamment renouveler les plaisirs qu’il a éprouvés.  Le souvenir de ces plaisirs excite ou stimule en effet l’imagination et la pensée.  C’est ainsi que se forment l’attachement et les habitudes.  Par la répétition des actes, naissent les critères et s’aiguisent les désirs, nés de l’habitude.  Mais l’habitude conduit à la répétition, à la monotonie et à l’ennui.  Alors, le mental tente d’améliorer ses plaisirs pour le plaisir ou il démissionne, se rassasie.  Pour sortir de cette ronde déplorable, il faut avoir recours à son discernement et tourner son regard vers le haut (s’ouvrir à l’intuition qui révèle les autres plans).

C’est encore Sivanandâ qui a dit: «Ne permettez pas au mental de vagabonder comme un chien des rues.  Tenez-le sévèrement en laisse.  Il doit être toujours prêt à vous obéir et à exécuter vos ordres.»  Ainsi, il plan-mentalne faut pas brimer le mental, l’abolir, tant qu’on en a besoin pour comprendre la logique du monde.  Il s’agit de le mettre à sa place, au service de l’intuition.  Par nature, le mental est envieux, instable, toujours à la course, passant d’un extrême à l’autre.  Abandonné à lui-même, il entraîne presque toujours dans des impasses.  Il est sceptique et raisonneur.  Dans la peine, il se contracte; dans le plaisir, il se dilate.  Dans ce jeu, il rive à la matière, couvrant la voix de la conscience, car il est de sa nature de diviser.  L’intuition, elle, unifie.

Il faut promptement assigner son vrai rôle au mental: c’est un instrument d’analyse, allant de la thèse à l’antithèse pour opérer une synthèse logique.  C’est aussi un instrument de discernement pour déterminer ce qui est bon ou mauvais pour soi, mais sans imposer les mêmes normes aux autres, par jugement de valeur.  Enfin, il peut servir à fixer ses choix et à engendrer, par l’imagination, des moules de pensée.

Dans la conception du Maître Sri Aurobindo Ghose, il existe plusieurs niveaux mentaux qui se présentent dans l’ordre suivant : le Surmental, le Mental intuitif, le Mental illuminé, le Mental supérieur, le mental ordinaire (le mental pensant), le mental vital, le mental physique et le mental cellulaire.  Il opine que le mental constitue moins un instrument de connaissance qu’un organisateur de la connaissance.  Il se logerait dans deux centres : d’abord dans le chakra frontal, situé entre les sourcils, pour gouverner le vouloir et le dynamisme des activités intellectuelles, l’action par la pensée, aussi le centre de la vision intérieure;  puis dans la gorge, pour gouverner toutes les formes d’expression mentale.  Certains maîtres du Yoga ne localisent pas moins son aspect logique dans le centre sacré, disant avec humour que l’être humain est assis sur ce qu’ils pensent se passer dans leur  tête.

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Le mental abstrait désigne l’imagination, la faculté d’ériger des structures qui servent de modèle pour les constructions du mental concret.  Il unit les hémisphères droit et gauche du cerveau, opérant la synthèse des deux aspects de la polarité.  Il confère l’illumination qui exprime une inspiration, une révélation, une solution nouvelle à un problème ancien et récurrent.  Il détient une vision plus large de la vie individuelle, à l’insu du sujet.  Il fournit de nouvelles manières de penser, agissant au-delà des structures habituelles de sa vie.  Il n’utilise pas les schémas quotidiens de pensées, mais la part du génie qui existe en lui.  Il recourt à la forme la plus élevée de pensée dont il dispose, l’aidant considérablement à évoluer.

Dans le langage d’Aurobindo, le mental cellulaire réfère au niveau de conscience qui, dans les cellules, garde obstinément toutes les empreintes et dirige les mécanismes personnels en les protégeant.  Il obéit aveuglément au mental physique.  C’est le chaînon entre la substance purement matérielle et le mental physique, une vibration qui s’éprouve dans le corps, capable de se transmuer en mots, en sensations et en image.  C’est par lui que l’individu peut communiquer avec le reste du monde.   Il parle aussi de Mental illuminé, ce qui évoque le premier pas vers l’état de vérité, envahi par la Lumière, établissant le seuil de l’inspiration soudaine, dont l’expression est pléthorique (vient en flots).  Quant au Mental intuitif, pour lui, il détermine le plan de la claire transparence où la connaissance jaillit du silence, dans une expression concise et lapidaire puisqu’il voit par éclair.

Dans certains textes, on parle du Mental christique, qui ne désigne rien d’autre que le Corps mental supérieur, le Mental vrai, au-dessus de l’astral.

Le mental concret réfère à la faculté de construire des formes à partir de l’imagination.

Le Mental éternel identifie l’Intelligence cosmique.

Le mental-graine renvoie au corps mental ou au subconscient.

Dans la pensée des Eckistes, le mental karan, aussi appelé «hij-manas», désigne le mental vrai, le niveau causal, tantôt négatif tantôt positif.

Dans le vocabulaire d’Aurobindo, le mental ordinaire gère la vie par la pensée et le raisonnement, mais à sa manière obscure, guidé par ses propres fins.  Il s’agit de la région pensante, pleine de grisaille, le plan qui contient les mille et une pensées tourbillonnantes et multiformes qui circulent d’un être à un autre.  Chez lui, le mental physique recouvre le plan humain qui a servi à opérer la première mentalisation de la Matière, un plan mécanique, répétitif, qui enregistre tout et reproduit obstinément ses expériences.  Il constitue la première entrave à une évolution rapide de l’être humain, car il détient la mémoire millénaire indélébile et implacable.  À titre de première pensée de la Matière, il constitue une substance presque corporelle qui enregistre l’histoire du corps et tend à la répéter presque mécaniquement.  C’est lui qui cristallise tout parce, pour lui, tout porte à conséquence, tout s’enchaîne, tout procède de cause à effet.  Il englobe l’enracinement sexuel qui porte à se prolonger dans le temps et l’espace par une progéniture, plutôt qu’à se réaliser dans cette vie même.   Pour sa part, le Mental supérieur agit au plan de la substance mentale lourde, assez  froide, qui commence à comprendre quand il a expliqué.  Il est plus lumineux, donc moins condensé, que le mental ordinaire, mais il n’en participe pas moins la région pensante.  Enfin, dans son langage innovant, le mental vital exprime le plan qui régit les impulsions, les désirs, les attraits, les instincts ou les pulsions et les besoins courants de la vie.

Dans la Tradition hindoue, le mental pindi gère le monde inférieur, dit physique, qui peut avoir des pulsions positives ou négatives, donc élevées ou viles.  Dans le même contexte, le mental souksham gère le plan astral, tantôt négatif tantôt positif.

Ailleurs, le Mental universel, qui n’est nul autre que l’Intelligence cosmique, représente l’ensemble des énergies vitales qui existent hors du temps et de l’espace, englobant toutes les connaissances passée, présentes et futures.  Chacun peut accéder aux informations qu’il contient en s’harmonisant avec lui.

Chez certains auteurs spirituels, le mental vrai identifie simplement le plan causal.

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