LE MAL PEUT-IL EXISTER DANS UNE CRÉATION D’ORIGINE DIVINE?

Le mal peut désigner ce qui est contraire au bien ou à la vertu, ce qui est condamné par la morale ou par un système de valeurs.  Il peut exprimer ce qui porte dommage, nuit ou blesse, au physique et au moral.  En mystique, il exprime ce qui participe des Ténèbres, s’oppose à la Lumière et est susceptible de nuire à l’Évolution ou de la retarder, soit ce qui, apparemment produit l’ignorance ou l’inconscience et amène un être à se désintégrer.

Mais, il faut comprendre dans cette dernière définition que, à une fois qu’il a atteint un certain plan de conscience, tout être réalise que rien d’autre n’est mal que le fait de penser que c’est mal.  Car, si Dieu existe et qu’il est la Source de la Perfection et de l’Ordre, le mal ne peut exister nulle part, puisque toute la Manifestation se déroule en lui, rien n’étant, à proprement parler, extérieur à lui.   Ainsi, même au plan individuel, le mal exprime le résultat d’une expérience qui a conduit à une conclusion négative et induit dans l’erreur.  En effet, le mal ne réside bien-mal-dualitépas dans la chose, mais dans l’usage de la chose.  Il représente simplement le degré d’ignorance, l’erreur d’interprétation, non une faute, une transgression ou un péché qui imposerait de la culpabilité et une conversion.  Même qu’il traduit d’abord ce qu’un sujet n’aime pas, impliquant un jugement à partir d’une valeur relative ou transitoire.  Il aide à former le discernement, à reconnaître ce qui, pour soi, convient ou disconvient, afin de devenir plus sage.  Il désigne une expérience de laquelle on n’apprend pas grand-chose, menant à faire des choix plus conscients ou responsables.

À vrai dire, la main du Créateur se profile derrière tout événement, de sorte que chacun d’eux, même s’il apparaît négatif, ne peut qu’annoncer le surgissement d’une Lumière plus éclatante.  Même que, plus il est sombre, mieux il exprime l’éminence du retour à la Pleine Lumière divine par la sortie de la densité et de la dualité, de l’illusion de séparation, source de tous les maux.  Penser le contraire ne peut provenir que d’un leurre ou d’une erreur de jugement, par manque de perspective ou de transcendance, soit de réalisation spirituelle, car il ne pourrait que révéler le degré personnel d’ignorance, d’incompréhension de la dynamique des énergies de la Création, la profondeur de sa chute dans l’Illusion.  Même les Forces sombres que chacun prétend  contrôler le Destin des êtres incarnés et les manipuler, ne représentent, au fondement, que la Hiérarchie des Susciteurs d’obstacles qui permettent d’accéder au Savoir et à l’Être total.  Elles existent d’abord en chacun, même que chacun est elles, dans l’un de ses multiples aspects, puisqu’il est le Créateur de sa vie et attire ce qui est en correspondance avec lui.

Dès lors, si Dieu est parfait et omniprésent, comment un être humain peut-il lui faire l’injure de croire que le mal existe quelque part?  Le mal n’existe qu’entre les deux oreilles de celui qui y croit et il ne peut avoir d’influence que sur ceux qui lui donnent force.   Conforme ou pas à la spiritualité initiatique, La Cosmogonie d’Urantia dit pertinemment, à ce propos: «Dieu est amour, il doit donc être bon, et sa bonté et si grande et si réelle qu’elle ne peut contenir les choses mesquines et mensongères du mal. Dieu est si positivement bon qu’il n’y a absolument pas de place en lui pour le mal négatif. Le mal est la sanction de l’imperfection ou de la mauvaise adaptation à la vie. Il constitue la preuve des inexactitudes de la pensée et de l’immaturité de la personnalité en évolution. Le mal équivaut donc à une mesure de la manière imparfaite dont on interprète l’Univers.  Et l’auteur, qui se dit inspiré, poursuit: La possibilité de commettre des fautes ou des erreurs est inhérente à l’acquisition de la sagesse.  L’acquisition de la sagesse est le plan selon lequel l’homme progresse du partiel, du-relatif et du temporel, de l’imparfait vers le parachevé, l’éternel, le définitif et le perfectionné.  Le mal potentiel est inhérent au caractère nécessairement incomplet de Dieu en tant qu’expression de l’Infini et de l’Éternité, limités par l’espace-temps.  Il exprime une relativité dans les rapports du fini incomplet avec les niveaux du Suprême et de l’Ultime.»

Si on comprend bien, le mal est le choix sans maturité, l’erreur d’interprétation ou le faux-pas irréfléchi de ceux qui résistent à la bonté, rejettent la beauté et trahissent ainsi la Vérité.  Le mal n’est ne résulte que de la mauvaise adaptation, de l’immaturité d’un être et de l’influence désintégrante et déformante de son ignorance ou de son inconscience.  Il représente l’inévitable obscurité qui accompagne rapidement le rejet ou la négation de la Lumière souveraine.  Il  peut donc se définir comme ce qui est ténébreux et faux.  La source déjà mentionnée ajoute tout aussi joliment: «En nous dotant du pouvoir de choisir entre la vérité et l’erreur, notre Père céleste a créé le potentiel négatif opposé à la voie positive de lumière et de vie.  Mais ces erreurs du mal n’ont pas d’existence réelle tant qu’aucune créature intelligente ne les appelle volontairement à l’existence par un mauvais choix de son mode de vie.  Les maux sont ensuite élevés au rang de péché par le choix conscient et délibéré des créatures volontairement rebelles.  C’est pourquoi notre Père céleste permet au bien et au mal de suivre ensemble leur chemin jusqu’à la fin de la vie, de même que la Nature permet au blé et à l’ivraie de pousser côte à côte jusqu’à la moisson.»

Celui qu’on appelle «le Tibétain», le Maître Djwal Khul, confirme cette conception en disant: «Le mal, en soi, n’existe pas, pas plus que le bien, dans le sens de paire d’opposés. Dans le temps et l’espace, seulement, il y a divers états de conscience qui produisent des effets extérieurs différents.»   En conséquence, le mal n’est qu’apparent.  Il relève d’une fausse perception et d’une interprétation inexacte de ce qui est perçu.  C’est le mélange inharmonieux des couleurs, des tons et des formes de l’être.  C’est le chemin mal éclairé par lequel on avance en se heurtant par manque de lumière, c’est-à-dire par manque de connaissance ou de conscience.  Le Maître, Janakanandâ, s’exprimait ainsi, à ce sujet: «Le bien n’est que l’ouverture des yeux au réel.  Le mal n’existe donc que pour celui qui ferme les yeux au réel.  Dans un cas comme dans l’autre, seul le réel existe.  Si on entre dans une pièce qui n’est pas éclairée, on cherche les choses, on tâtonne pour trouver ce qu’on cherche. A force de tâtonner, on finit par trouver.  Si on avait apporté avec soi une lampe de poche et si on l’avait allumée, on aurait cherché bien moins longtemps sans avoir à tâtonner.  Quand on essaie de brancher une lampe dans le noir, on peut prendre un choc.  Mais on évite les chocs quand on a allumé la lumière.  À ce moment, on agit dans la lumière.  Voilà, le mal n’existe plus.  Le mal, c’est la période de tâtonnement dans l’obscurité.  Dès que la lumière apparaît, le mal devient notre sens du bien.  C’est l’ignorance qui entraîne l’illusion.  Il n’y a pas de mal pour le mal, mais le mal comme bien illusoire.  D’où il faut conclure que le mal n’existe pas, qu’il n’y a que le bien, que l’être.»

Ne se mettant pas en reste ou ne restant pas en retrait, Lanza Del Vasto précise cette idée en disant: «Le mal n’est pas un mal mais c’est un bien partiel pris pour le bien total, un bien immédiat pris pour le bien éternel.  Sri Aurobindo Ghose partage le même avis: Toute maladie est un moyen d’arriver à une nouvelle joie de santé, tout mal, toute douleur, une préparation de Nature à un bien et à une béatitude plus intenses, toute mort, une ouverture sur une immortalité plus vaste.»  Jusqu’à un certain point, il est faux de penser que, parce que Dieu est bon et parfait, qu’il a fait toutes choses, que tout émane de lui, le mal n’existe pas dans le monde.  Cela reviendrait à nier l’existence de quelque chose.  Ce qu’il faut savoir, c’est pourquoi le mal semble exister pour soi, pourquoi il apparaît si réel s’il n’a pas d’existence réelle, pourquoi on peut avoir tous les symptômes d’un mal.  Toute personne ayant été créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, nul ne devrait souffrir.  Mais voilà, tout n’existe que par l’Énergie universelle de l’Esprit, qui est une énergie vibratoire.  Ainsi, certaines réalités peuvent exister pour certains qui n’existent pas pour d’autres.

Comment comprendre tout cela?  Selon le point de vue, le mal existe ou n’existe pas.  Y croire comme le nier peut lui donner autant de force.  Où faut-il se situer?  Eh bien, le mal est le mal sans être le mal.  Le mal, c’est la porte secrète de l’amour.  On ne peut nier avoir mal quand on souffre.  Mais il faut reconnaître que ce mal correspond à une inadéquation, à un louvoiement sur le sentier, qui n’a pas à perdurer.  Chacun naît avec les ombres qu’il faut pour apprécier la Lumière et remporter la Victoire.  La Vie met sur le chemin de chacun tous les obstacles nécessaires à son perfectionnement.  Sans cela, l’homme ne chercherait jamais à connaître ses potentiels intimes.  L’obstacle est un stimulant, il invite à un dépassement.  Il motive à chercher un état supérieur.  Le mal n’entend produire rien d’autre.  Il ne cherche pas à punir, mais à inviter à réintégrer l’Ordre.  Quand, le mal se présente, il ne faut pas lui résister, s’opposer à lui.  Il est une apparence, une illusion, couvrant le réel.  Il faut alors chercher le réel qu’il couvre.  Chacun doit enlever au mal toute consistance et toute réalité.  Il faut laisser les ombres se dissoudre d’elles-mêmes en s’harmonisant, en affirmant l’action omniagente de la Vérité et de la lumière.  Le mal sera alors absorbé par cette pensée droite.  Il ne faut pas admettre ni accepter le mal, il faut le rendre inopérant dans son univers.

Surtout, il ne faut jamais essayer d’enrayer le mal dans la conscience des autres.  Qui s’harmonise ramène les autres dans l’équilibre.  Le mal, c’est ce qui n’est pas encore lumière.  En mettant de la lumière, le mal s’évanouit de lui-même.

Il faut éviter d’interpréter les expériences en termes de bien de mal, car cela contribue à maintenir dans la dualité et à prolonger l’enfermement dans la densité, ou l’emprisonnement dans la Roue des réincarnations.

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La résistance au mal traduit une focalisation du mental sur ce qui est perçu comme mal ou fait souffrir.  Or, ce à quoi un être résiste, persiste dans sa vie, car il le renforce.  Pour l’éliminer, il doit se faire blanc comme neige, c’est-à-dire neutre et impassible.  À ce propos, Satprem a dit : «Si, au lieu de répondre à la vibration qui nous vient, nous restons dans une immobilité intérieure absolue, nous verrons que cette immobilité dissout la vibration;  c’est comme un champ de neige autour de soi, où tous les heurts sont saisis, annulés.» Tout mouvement de colère, comme le désir de vengeance, nourrissent le mal qu’on veut éviter.  À l’inverse, rien ne désarme mieux que l’indifférence à une agression, car l’agresseur perd alors son partenaire de jeu et il doit s’en trouver un autre.  Il faut éviter de prendre offense de quoi que ce soit, car l’offense reçue devient aussi préjudiciable que l’offense donnée.

Lorsqu’un être dénigre un phénomène ou une réalité, il lui enlève le peu de lumière qu’elle contient.  Rien ne sert de chercher à tuer une idée ou un ensemble de concepts, il suffit de les laisser se désagréger dans leurs propres limitations.  En effet, par la Causalité ou la Justice immanente, tout ce qui ne contribue pas à l’Évolution cosmique finit par se détruire par lui-même, pour faire place à l’Ordre cosmique.  Au niveau individuel, cela implique qu’un être doit s’aimer tel qu’il est, avec ses limites apparentes, avec ses faiblesses et ses grandeurs, avançant vers la Perfection en appliquant la perfection du moment, soit ce qu’il juge être le mieux, au meilleur de sa compréhension et de ses moyens.  Il n’est pas facile d’apprendre à éviter de résister au mal.  Pour y parvenir, il faut apprendre à se concentrer sur autre chose que l’offense, soit sur le désir que tout évolue, ce qui n’est possible que si on se centre sur l’amour et la compassion.

Dès qu’un être se sent offensé, il participe au développement de l’énergie négative, s’en entourant et attirant à lui pire encore.  En acceptant un acte comme une offense, on ferme son cœur, se coupant de l’énergie de son âme, d’où tout peut dégénérer.  L’offense provient d’un frère ou d’une sœur dont le soi est affaibli ou enténébré et qui, inconsciemment, lance un appel à l’aide.  Pour renforcer cet être, plutôt qu’à l’affaiblir, il faut apprendre à se centrer sur ce qu’il y a de plus élevé en lui de manière à faire surgir les pensées les plus élevmarcher-dans-la-nuitées qu’il puisse émettre à son endroit.  Alors, l’offensé peut se dire que l’autre agit au meilleur de ce qu’il connaît, mais qu’il est limité dans sa conscience actuelle.  De ce fait, il ne s’adresse pas à celui qu’il offense à partir de la dimension la plus élevée de son âme, ce qui fait que la perception qu’il en a se démontre momentanément fausse.

De ce fait, au lieu de réagir de façon négative, il témoigne de compréhension et de compassion.  Il agit comme s’il répondait à un petit enfant qui ne comprend pas tout, qui ne sait pas encore mieux faire et qui jette sa gourme sur un adulte.  Face à un petit enfant, l’adulte ne peut que pardonner son degré d’ignorance et d’inexpérience et lui pardonner, abandonnant le débat.  Du reste, il faut savoir que nul être ne peut en blesser un autre sans qu’il ait une part de responsabilité dans cette occurrence.  Le pire, ce serait d’envenimer la circonstance.  Nul ne peut blesser par ses affronts, c’est celui qui les reçoit qui se blesse avec eux, selon la manière qu’il les interprète.  Ce que l’autre dit n’implique que son jugement personnel et n’entache en rien la dignité de l’autre, même s’il la méconnaît.  Si l’offensé apprend à ignorer ce qui est superficiel, secondaire, transitoire, il découvrira ce qui est vraiment important.  Alors, il pourra être entendu, compris ou reconnu à sa juste valeur.  En restant centré sur la beauté et l’harmonie, il découvre ce qui est bon et sage et il dirige ses antennes vers ce qui nourrit le plus et sur ce qui supporte le mieux.  L’amour reste la clef de tout conflit.

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