LE LANGAGE, LE MOYEN DE COMMUNICATION PRIVILÉGIÉ, À DÉFAUT D’ÊTRE TÉLÉPATHE…

Le langage désigne la fonction propre à l’homme d’exprimer sa pensée et de la communiquer à ses semblables par la parole ou l’écriture.  Il comprend le système de signes et de symboles, dont l’unité est le mot, utilisé par les humains pour communiquer entre eux, de manière à partage leurs idées et leurs sentiments.  Alors, le signe représente les choses concrètes et le symbole, une réalité abstraite.

À proprement parler, le pouvoir du langage réside dans sa signification, capable de déclencher des idées et des sentiments.  Le langage sert encore à véhiculer les valeurs humaines.  Les humains recourent naturellement au symbolisme, substituant sans cesse une chose à une autre, afin de l’identifier, de la cerner, de le représenter, de l’expliquer ou de l’exprimer, ce qu’ils font avec les mots prononcés ou écrits.  Par le langage, ils expriment leurs idées, leurs sentiments, leurs valeurs, leur manière d’agir.

Le langage est né du fait que les humains, des êtres sociables, ont besoin les uns des autres et qu’ils ont besoin de partager leurs concepts, à défaut de parvenir à lire directement les pensées dans le psychisme d’autrui.  Par les mots, chaque individu organise les impressions subtiles qu’il reçoit, ce qui lui permet ensuite d’exprimer aux autres ce qu’il pense, fait et ressent.  Pour que cette communication soit claire et précise, il doit recourir à des mots justes.  Il doit donc commencer par apprendre la signification que la majorité entend donner aux langagemots qu’il utilise afin de trouver les termes univoques qui puissent lui permettre de toujours se bien faire comprendre.  En outre, il doit s’exprimer conformément à des codes logiques, sémantiques, stylistiques et syntaxiques pour s’assurer de devenir plus fluide, plus clair, plus signifiant.

Pour communiquer, tout humain doit exprimer ses idées et ses sentiments aux personnes avec lesquelles il entre en rapport.  Ces idées et ces sentiments incluent tout, du besoin le plus insignifiant aux plus hautes spéculations philosophiques ou aux plus hautes expériences spirituelles.  L’humain se sert encore de cette fonction symbolique pour former sa conscience de lui-même et des autres.  Il met de l’ordre dans ses expériences et ses perceptions grâce à des pensées, sous forme de mots, qui peuvent rester inexprimés, en les formulant simplement dans sa tête, dans un monologue intérieur.

Dans ce contexte, l’important, c’est qu’à l’intérieur d’un même groupe d’individus, tous acceptent une même langue, sinon elle devient incompréhensible.  Un individu ne gagnerait rien à utiliser des mots que lui seul comprend.  (C’est pourtant le cas de certains groupes qui veulent se distinguer ou conserver pour eux leurs vérités.)  Et tous ces mots sont codifiés et définis dans un dictionnaire, en précisant le sens le plus général avec ses sens particuliers.  Le groupe crée la nature et la forme de son langage et il l’impose ainsi à ses membres.  Et il s’ajoute de nouveaux mots au besoin pour décrire les réalités nouvelles.

Chaque membre d’un groupe peut influencer diversement la langue parlée par son groupe, par exemple en lui ajoutant de nouvelles expressions.  C’est notamment ce qui s’est produit chez nous lorsque, dans la deuxième moitié du vingtième siècle, une artiste comique a lancé sur les ondes de la télévision le mot quétaine, un régionalisme jusque là peu répandu, pour exprimer une réalité dérisoire ou de peu de valeur que l’on cache, qui, par contagion, a gagné toute la population québécoise.  Mais, d’une manière plus générale, la langue du groupe modèle plus spontanément les pensées et les sentiments de l’individu que le contraire.  Les mots expriment les perceptions et les concepts différents, mais le langage, avec ses significations, peut également affecter les perceptions et les concepts individuels.  Ce sont les gens qui inventent la langue, mais la langue affecte la pensée et l’attitude du groupe et des individus qui la partagent.

L’influence des mots peut se faire sentir dans les applications psychologiques et subtiles qu’on en fait, comme dans les associations, les suggestions, les correspondances, la concentration et la visualisation.  À cause des idées et des sentiments qu’on leur associe, leur signification peut varier d’un individu à un autre : cela résulte de l’expérience personnelle et subjective que chacun a pu avoir dans son passé.  Dans certaines affirmations, les humains projettent leurs propres pensées et sentiments sur le monde ou les êtres qui les entourent.  Pour se comprendre entre eux clairement, ils doivent saisir les principes cachés derrière ces expressions et en faire bon usage.

En général, les mots sont reliés à leur signification par l’association, la suggestion, l’allégorie ou la correspondance.  Puis, en synthétisant ces processus, le mental les classe.  Mais, pour exprimer ses pensées, à pousser trop loin l’analogie, on peut aboutir à des conceptions erronées.  On peut associer des choses ou des faits qui se produisent en même temps ou qui sont liées à un même endroit.  L’association se fait dans le mental, une association en entraînant une autre, ce qui donne naissance à l’exposé, à la conversation, à au récit ou narration.  Chez chacun, cela se produit plus ou moins automatiquement, et inconsciemment, à moins qu’il fasse un effort réflexe pour comprendre le processus.  Et le langage peut être employé pour donner une explication comme pour exprimer une suggestion.  Quoique, plus on reste conscient de ce qui se dit, moins la suggestion peut agir.  Quant à la correspondance, elle est à la fois une fonction en elle-même et le fondement d’autres fonctions, telle l’association.

Pour exprimer des émotions, des idées et une manière d’agir, il faut se concentrer sur ce qu’on pense et dit, donc appuyer son attention sur les mots utilisés.  L’écoute ou la lecture restent efficaces dans la mesure où on comprend et accepte les mots que l’on entend ou lit et où on est conscient du processus qui se produit.  Le fait de se concentrer et de visualiser ce qu’on veut peut aider à sa réalisation, mais si, inconsciemment, on visualise plutôt ce que l’on craint, cela peut aussi se réaliser.  On met souvent en mots des idées ou des faits qu’on veut ou qu’on ne veut pas, sans même en être conscient.  Si on connaissait et analysait ces mots, on comprendrait mieux sa pensée, sa conduite et celles des autres.  Si on portait attention à ses monologues intimes, on se comprendrait mieux, pouvant expliquer ses réussites ou ses échecs.  Car, souvent, ce qu’un être pense intérieurement ne correspond en rien à ce qu’il dit ou affirme verbalement.  Comme on dit, la tête ne suit pas toujours le cœur ou inversement.   On devrait mieux s’écouter se parler dans son for intérieur.  Ce faisant, on apprend à se comprendre et à comprendre les autres en analysant et en cherchant à comprendre consciemment ses idées et son comportement dans ses expressions verbales.

En lui-même, le langage ne démontre son utilité que la mesure où on le rend utile.  Aucune de ses fonctions n’est bonne ou mauvaise en elle-même, mais elle le devient selon l’usage qu’on en fait.  Quand on commence à considérer ses attitudes et ses croyances comme des faits bien établis, on ressent un grand besoin d’analyser ses attitudes, son langage, même de s’analyser soi-même.  Quand on se surprend à employer les mêmes mots et expressions pour exprimer des concepts, des sentiments, des perceptions et des comportements, on a grand besoin de les analyser, d’analyser ses paroles et de s’analyser soi-même.  En cela, les clichés et les lapsus deviennent très éloquents.

Ses réponses verbales automatiques, habituelles, répétitives peuvent indiquer qu’on ne remet pas en question ses attitudes et son langage, qu’on ne pense plus par soi-même.  On lie ses réactions à des expériences et à des attitudes qu’on n’a ni reconsidérées ni analysées.  On s’apprend qu’on est capable de se laisser conditionner par des pensées et des comportements extérieurs, y compris dans ses réactions verbales.  Rares sont ceux qui peuvent déraciner volontairement, avec objectivité, les croyances qu’ils ont acceptées, en les considérant sans complaisance, afin de reconstruire leurs attitudes et leurs réactions à partir des fondations mêmes.  Si on tient à vivre dans le monde qu’on veut, en se développant sur tous les plans, on doit consacrer un bon moment pour développer l’habitude de prendre conscience de ses concepts et de s’en servir de façon créative dans ses concepts, ses idées, de ses sentiments, ses expressions et de ses réactions verbales.

Un être ne peut se reconstruire sans prendre conscience de ce qu’il est devenu, de ce qu’il veut, de ce qu’il a accepté sans critique, de ce avec quoi il a grandi, en comprenant qu’il sûrement donné à tout cela une forme verbale.  Ensuite, il lui faudra apprendre à employer des mots qui permettront cette reconstruction.  Le pouvoir des mots réside dans leur signification, mais la pensée et les émotions de chacun les colorent.  Ils sont l’expression de ce qu’un être pense et ressent, donc de ce qu’il est.  Le langage qu’il emploie indique aux autres ce qu’il devient : il exprime ses intérêts, son éducation, son caractère, ses attitudes, son âme profonde.

Chacun possède en lui-même ce merveilleux pouvoir d’accroître sa compréhension de lui-même et des autres de manière à changer son attitude et son comportement ou à éclairer les autres.  Comprendre le sens des mots et du langage est une manière de le faire.  Plus encore, le langage représente un moyen de communication entre les êtres humains ou avec Dieu.  Il exprime plus de choses qu’il n’en dit. conversation Il reste dans le pouvoir du langage la trace de la puissance cosmogonique des origines, soit de l’Om primordial.  Symbole d’un être intelligent, reflet d’une culture, moyen le plus affiné, le plus subtil et le plus pénétrant des échanges, facteur de cohésion révélant une certaine unité d’être, gage d’identité, le langage exprime tout un monde.  Quant à l’être qui s’en sert, il progresse par la maîtrise de la langue qu’il a retenue qui, elle-même, introduit dans l’intimité d’un groupe.  Le langage détient une charge d’énergie qui procède de tout l’être et il vise l’être tout entier.  À titre de composante d’une structure mentale et sociale, il ouvre la participation à une vie.  Il reste la principale voie de communication d’individu à individu et de groupe à groupe.  Le langage donne une langue qui révèle une âme, une manière de concevoir la vie.

Paturi a dit avec justesse : «Rien ne reflète plus la psychologie d’un homme que son langage. Elle se révèle dans la particularité des expressions, dans le choix des mots, tout comme la sensibilité et le capital intellectuel d’un peuple dans la richesse ou la pauvreté de son vocabulaire.» En effet, un être parvient difficilement à intégrer une expérience qui ne trouve pas de mots dans le langage pour s’exprimer, car celle-ci remonte difficilement à la conscience.  Le langage est à la fois un filtre et un semoir.  Il exprime une certaine attitude devant la vie.  Autrement dit, il désigne l’expression figée d’une expérience de la vie conforme à un certain mode.  Par ses mots, sa grammaire, sa syntaxe, son style, par tout l’esprit qui s’y trouve fixé, il détermine à la fois le mode d’expérimentation personnel et la qualité d’expériences qui parviennent à la conscience d’un sujet.

La maîtrise d’une langue permet l’expression et le classement des idées.  C’est particulièrement vrai du français, pour qui logique grammaticale et clarté subtile de la pensée vont de pair.  Le français tend directement à former l’esprit.  Toutefois, toute langue reste intellectuelle.  Mais, bien qu’elle puisse traduire une partie de la psychologie d’un être et de ses états intérieurs, elle ne peut rendre compte de tout ce qui se passe en lui.  Certaines réalités restent inexprimables.  Comme on dit, un verre à boire ne peut contenir l’océan.  Même que l’essentiel ne peut s’exprimer par quelque langue que ce soit, puisque tout mot fige et limite une réalité.  Alors, le reste, il faut le découvrir directement dans le monde intérieur, comme réalité immédiate, par la méditation et la contemplation.

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