LE DÉTACHEMENT, CONDITION DE L’ENVOL SPIRITUEL…

À part le degré d’expansion spirituelle, nul trésor ne peut accompagner une âme dont un corbillard porte la dépouille humaine à son dernier repos.  Aussi, chacun gagne-t-il à vivre dans le détachement.

Le détachement, qu’on appelle plus souvent, de nos jours, le lâcher-prise, appelle à se défaire de ses liens inutiles et de ses attachements stériles.  Dans ce choix, qFishing netui n’est ni indifférence ni désintérêt, se cache la sagesse de l’ouverture à l’incertain qui libère des entraves engendrées par les expériences passées, donc de ce qui est réputé comme certainement connu.  Il ouvre les portes de la prison que les conditionnements antérieurs ont construite pour pénétrer dans l’ordre de tous les possibles.  Un être choisit de s’abandonner à l’Intelligence et à la Sagesse de la Providence au lieu de tout réduire à l’ordre de ses préjugés, de ses idées reçues, de ses stéréotypes, de ses a-priori.  Il vise le but, mais il cesse de déterminer les voies de sa réalisation, ce qui complique toujours un retour, laissant les moyens s’inventer d’eux-mêmes.  Encore, il laisse les autres être ce qu’ils sont, aller vers leur destin, sans tenter de les changer ou de les faire changer de voie.  Le détachement peut aussi évoquer le fait d’abandonner volontairement une valeur, une attitude, une habitude, une croyance, des attachements ou une possession au profit d’une valeur jugée supérieure.  Et c’est quelque chose qui se fait sans effort, jamais dans l’acharnement ou la contention.  Il amène à devenir un observateur neutre des phénomènes de la vie.

En spiritualité, on parle autant de détachement que de «nonattachement».  C’est une autre manière de référer au renoncement.  Il implique l’état d’un être simple et rempli de compassion qui n’est pas attaché aux résultats de son intervention et qui agit sans attente.  Il détient cette compréhension que tout être est lui-même l’artisan de son destin, que nul n’est responsable du choix des autres, qu’un être n’est qu’un instrument de Dieu pour aider les autres à évoluer, d’où il ne prend rien à sa charge ni à son crédit.

Personne ne peut aider un être qui ne veut pas être aidé.  En forçant les choses, on ne peut qu’empirer le mal de l’autre ou le faire changer de place s’il ne désire pas se prendre en main.  Ainsi, si on réussit à faire changer l’autre, on n’éprouve nulle vanité portant à se vanter et à renforcer son ego.  Et si on échoue, on n’est pas porté à se blâmer, à se culpabiliser, à se dévaloriser.

Le détachement permet de rester serein, égal à soi, objectif, impartial, dans le juste équilibre.  Il aide à comprendre que le problème de l’autre lui sert d’occasion de croissance à travers laquelle il doit trouver sa propre solution.  Il soit apprendre à s’harmoniser avec les grands principes universels et avec la Volonté divine à son égard, non avec celui qui tente de l’aider.  Il amène à considérer tout problème comme un événement salutaire pour l’autre, dût-il en mourir.  La mort ne constitue qu’une transition, donc une étape de la croissance spirituelle.  Dans toute intervention, il faut respecter le cheminement d’un sujet, non lui offrir ce qu’on pense qu’il a besoin.

Le détachement ou lâcher prise ne représente pas un but en lui-même puisque son objectif est d’abandonner le faux moi (l’ego, caricature du mental) pour aller vers l’Être, qui est son Essence, afin de ne faire qu’un avec lui.  Le lâcher prise est la seule porte d’accès à ce Royaume sublime.  Il s’agit là d’une attitude purement intérieure qui ne nie pas la nécessité d’avoir, de se procurer le nécessaire et l’essentiel.  Le chemin qui mène à l’Être consiste à accepter le moment présent sans réserve et à laisser couler le courant de la vie sans y résister.  Autrement dit, c’est se sentir habité par la Vraie Vie plutôt que de tenter de survivre.

Pour l’être humain, se détacher, ce n’est pas, nier ce qu’il est ou a été, c’est plutôt s’élever au-delà des contingences,  changer de plan de conscience pour observer et reconnaître la réalité telle qu’elle est.  C’est réaliser qu’il est habité par la Vraie Vie.  Un être peut posséder de grands biens ou de grands talents et rester détaché, simple, humble, généreux, pur d’intention.  De même, le lâcher prise que requiert le détachement ne revient pas à de la passivité, ce qui mènerait à endurer une situation sans tenter quoi que ce soit pour l’améliorer.  Ce n’est pas non plus cesser d’établir des plans pour transformer sa vie et poser des gestes positifs.  Il n’est pas nécessaire d’accepter une situation indésirable ou désagréable.  Il ne faut pas confondre le lâcher prise, qui devient neutralité, avec une attitude de je-m’en-foutisme qui porte par exemple à dire «Ca m’est égal», ce qui témoigne d’un déguisement de la résistance.  Lâcher prise, ce n’est surtout pas se laisser exploiter par les autres.  Un «Non» ferme peut être opposé à l’interlocuteur tout en restant dans une attitude de lâcher prise.  C’est une manifestation de liberté.

Mais un être peut être attaché aux biens matériels qui l’encombrent, à son identité sociale, à son milieu, à ses conditions de vie, à son apparence physique, à ses compétences et aptitudes, à ses relations, à ses jugements, à son histoire, à ses convictions religieuses et morales, à ses fausses croyances, au passé et au futur, bref, à tous ses repères habituels qui le maintiennent dans la densité et la dualité.   Il peut encore devoir à interrompre le babillage incessant de son monologue sur le passé et le futur.  La voie de l’accomplissement réside dans la méditation qui ramène l’attention dans le moment présent, ici et maintenant, le seul moment qui existe et a toujours existé.  Le vide mental qu’il en obtient lui permet d’accéder à l’Instant éternel et à l’Être.

C’est par la méditation et les activités méditatives que se fait l’approche de l’Être essentiel.  La finalité de la méditation, c’est la rencontre de cette Réalité sublime présente dans le tréfonds de son être et qui est sa vraie nature. La méditation assise et sans objet représente une pratique qui a fait ses preuves.  N’empêche que nombre  d’activités quotidiennes ordinaires peuvent être occasion d’une méditation.  Chaque méditation permet à un être incarné d’en sortir plus naturel, plus authentique, plus vrai. Mais la méditation ne se fait pas avec la tête; la transformation recherchée concerne le corps autant que l’esprit.  La pratique de la méditation vise à une transformation qui demande d’abandonner un grand nombre de convictions, d’opinions et d’habitudes.  C’est au cours de cette expérience d’intimité avec soi-même qu’intervient d’abord le détachement qui est la voie qui conduit à l’intégration entre le plan du moi et celui de l’Être essentiel.

Comme l’a dit Graf Durkheim : «En lâchant prise, vous devenez un autre.  Étant devenu un autre,  vous voyez autrement et vous voyez autre chose.  La profondeur de ce que vous voyez dépend du degré de votre profondeur.»   Maître Eckart complète en disant : «L’ascension commence avec la reconnaissance de son ignorance. Cette prise de conscience crée le besoin d’une puissance plus élevée.»   Pour combler les faux espoirs du matérialisme tyrannique actuel, il n’existe qu’un moyen : comme le but essentiel de l’Âme individuelle incarnée sur Terre est de prendre pleinement conscience de sa Vitalité fondamentale et du rôle qu’elle doit jouer au faîte de son ultime réalisation, chacun doit s’éveiller à sa vraie nature spirituelle et divine, à cette Étincelle de Dieu illimitée, infinie et immortelle qui l’habite.  Il doit faire de cette mission sa priorité, ce qui explique la nécessité du détachement à ce qui s’y oppose.

LE DÉTACHEMENT SPIRITUEL

Le détachement désigne le relâchement de l’ego qui amène à ne plus attacher d’importance au résultat d’un acte ou aux conséquences d’une situation.  Il ne signifie pas qu’on est devenu insensible et indifférent, mais qu’on laisse aller ses attentes, par exemple relativement à la manière qu’un événement doit se produire, qu’une personne doit agir, qu’une situation doit être.  Autrefois, pour parler de cette faculté, on empruntait  parfois le terme «désintéressement» pour cerner cette action sans attachement, sans attente, sans désir de retour.  Il s’agit de l’action en harmonie avec le Plan divin, sans attente d’un retour, sans souffrir ni regretter, en ne nuisant à personne, en comblant tout le monde de bonheur à la mesure de sa compréhension et de ses moyens, simplement conscient d’agir comme un auxiliaire du Pouvoir suprême.  Il consiste en un état de détachement des préoccupations de l’ego qui permet de s’ouvrir aux injonctions de l’Esprit divin ou de se former à l’altruisme.

Que signifie le détachement?  Ce mot appelle à porter attention à l’Essence et à éviter de se laisser emprisonner par des éléments qui ne sont pas essentiels.  Il signifie qu’on ne crée pas de drames émotionnels inutiles;  qu’on savoure la joie des réalités simples de la vie.  La pratique du détachement, pour rester en phase avec le plan de l’Essence, inclut ledétachement fait d’être conscient d’une dimension cachée qui réside directement en-dessous et derrière ce qui est observable.  Il signifie encore renoncer à la promptitude à juger en termes de bien et de mal et faire confiance à une Intelligence cosmique qui dépasse de loin l’intelligence humaine.

Dans ce contexte, l’attente exprime l’espérance ou le souhait de voir un autre agir de la façon qu’on le désire ou de voir tel résultat se produire.  Dans plusieurs traditions spirituelles, cet état dans lequel on se fait l’idée qu’un autre être se comportera d’une façon précise, pour être agréable ou pour rendre un dû, se manifestant sous la forme qu’on croit ou à laquelle on aspire, est considéré comme un relent d’égocentrisme, donc comme un attachement stérile et involutif.  À leur avis, une telle attitude, le besoin de résultat précis ou le désir de réciprocité, réduit la liberté personnelle et limite l’expression de l’amour, en plus de lancer dans l’escalade des exigences.

Celui qui se sent plein de lui-même, parce qu’il a atteint la plénitude intérieure, n’a plus besoin de rien.  Ainsi, il récupère son libre arbitre du fait qu’il ne sent plus le besoin d’agir pour acquérir quoi que ce soit ou pour payer une dette à quelqu’un.  Il n’a plus qu’à être, sans avoir à rien faire d’autre, d’où il ne peut être jugé selon ce qu’il fait ou selon la façon qu’il le fait.  Ne pouvant être jugé, il ne peut pas davantage être condamné.  Parce qu’il ne peut être mesuré ni condamné, il peut s’ouvrir à l’amour gratuit, inconditionnel et impersonnel.  Pour lui, il n’y a plus de rang ni de hiérarchie.  L’homme ordinaire passe sa vie à chercher ce qu’il possède déjà pleinement en lui-même, mais il le cherche toujours à l’extérieur de lui, vivant dans le besoin et la frustration.  L’élu détient ce qu’il est et il sait être un rayon de l’Amour infini.

Le détachement repose sur le principe que le Cosmos a été fondé sur l’Amour pur et que, de ce fait, tout être doit veiller à échapper à la tyrannie de la personnalité pour s’élever au-dessus des petits problèmes personnels et de ses vils penchants.  Il consiste à cesser d’attendre une récompense pour les bonnes actions accomplies et de réagir émotionnellement aux blâmes et aux éloges en se motivant plutôt par la fierté d’accomplir son plan de vie.  En fait, nul n’est redevable d’une récompense pour avoir fait les bons choix et avoir accompli son devoir d’état.  D’autre part, celui qui s’évalue dans ses actes s’évalue souvent à rabais, mettant un frein à l’application de la loi du centuple.  Dans la mystique hindoue, il implique la patience, la persévérance, l’endurance, la miséricorde, le pacifisme (l’innocuité), la bienveillance, l’amitié sincère, la bonté naturelle, l’indulgence envers tous, l’acceptation de la différence et la compassion pour tous les êtres vivants.   Il permet d’accéder à la sérénité, d’armer contre les coups du destin et de prémunir contre l’incertitude du monde.

Un ancien traité d’Alchimie dit : «Sans détachement, tu ne pourras jamais œuvrer ; et sans ouvrage, tu ne pourras te détacher.  Car se détacher des choses est acquérir un pouvoir d’agir sur elles ; l’un n’advient pas sans l’autre.  En cela, nul ne peut rien pour personne. Si tu en es incapable, abandonne ta lecture, car tu en as déjà lu plus qu’il n’en peut t’être utile.»  En effet, en abandonnant tout attachement personnel à ce qu’on peut gagner d’une réalité, tout événement et toute situation perdent de l’emprise sur soi.  À l’inverse de l’accaparement, de l’acquisivité ou de l’esprit de possession, cette qualité mène à laisser les réalités être et disparaître selon les nécessités évolutives de la vie totale.  Tout se meut, tout passe et se transforme.  Tout est libre d’être comme il veut, de devenir ce qu’il veut et d’aller là où il veut, conformément à son propre destin.  Dans une notion pourtant unique, le détachement recouvre plusieurs aspects de la vie quotidienne.  Ainsi, il implique de laisser aller vers une autre assignation ou un autre régent ce qui ne sert plus ou n’a plus d’utilité fonctionnelle.  Il invite à vivre sans ambition personnelle, hors de l’esprit de concurrence, sans imitation, sans quête de prestige.  On s’accepte comme on est avec ses grandeurs et ses faiblesses.  Vivant dans l’instant présent, on fait ce qu’on aime et on aime ce qu’on fait, évitant de se tracer des plans à long terme pour conquérir quoi que soit, afin de rester souple et disponible et de réagir dans la spontanéité du moment.
Dès lors, dans son action, on n’attend nul résultat et on ne cherche aucune récompense, on ne cherche nul sceptre ni aucune couronne.  Comme on n’attend rien, on ne se laisse pas acheter et on ne se détourne pas de sa voie.  On ne se laisse pas intimider par le pouvoir.  Détaché du monde, on refuse d’arbitrer les conflits.  On reconnaît clairement que ce que les autres vivent leur appartient.  Dans la vie quotidienne, on vit en paix avec tous, sans faire d’acception ni d’exception.  En cas de conflit, on sait pardonner et oublier, ne retenant jamais rien contre un frère ou une sœur comme soi en apprentissage.  Le détachement ne sert pas d’invitation à exprimer l’indifférence, à aimer moins autrui, à abandonner ses semblables, à s’en éloigner, mais à les accepter comme ils sont et à leur laisser leur autonomie, leur indépendance et leur liberté.  Il amène à aimer de façon inconditionnelle et impersonnelle, quoi que l’autre fasse, choisisse, quelle que soit sa manière d’agir envers soi parce qu’on voit en lui un autre soi-même, Dieu en expérience évolutive.

Se détacher, c’est renoncer à ce qui encombre la Voix et fait obstacle à l’Évolution.  La Loi du Détachement ou du Renoncement n’appelle pas l’être humain à rejeter ce qui est bien, à se sacrifier inutilement, à concevoir la souffrance comme méritoire.  Se détacher, c’est chercher à appliquer l’injonction: «Faites d’abord ma Volonté afin que la vôtre se fasse» ou «Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et le reste vous sera donné par surcroît».  L’être humain gagne à chercher à être plutôt que d’avoir.  Il doit apprendre à distinguer entre l’essentiel et l’accessoire, entre le réel et l’artificiel, entre l’utile et le capricieux, entre la vérité et l’illusion.  Il doit renoncer à ce qui l’empêche d’acquérir la claire vision, le discernement spirituel.  Il doit discerner entre ce qu’il doit retenir, pour bien l’employer, et ce qu’il faut laisser aller, parce que c’est vain, stérile ou désuet.

Tout adepte doit reconnaître les moyens et les instruments dont il a vraiment besoin pour agir.  Il doit établir ses priorités et les affirmer.  Mais il doit aussi immoler ses victimes, tout ce qui s’oppose à la découverte des Lois et des valeurs éternelles en lui.  L’homme doit moins chercher à acquérir qu’à être, à apprendre qu’à comprendre, à recevoir qu’à partager, en développant une conscience de plus en plus large de ses relations avec les autres et avec le Cosmos.  Il doit transformer ses croyances en connaissances et ses connaissances en vrai Savoir spirituel par la discrimination entre le vrai et le faux.

La mystique hindoue a fait du détachement une vertu primordiale avec raison.  Plus on s’encombre, plus on s’alourdit.  Il faut apprendre à ne demander que ce qui est utile et que ce que l’on peut prendre ou employer.  Le reste viendra par surcroît, par la Loi du centuple.  Mais faire du renoncement une vertu si grande qu’elle asservit toutes les autres au point de ne plus concevoir d’autres buts légitimes dans la vie que l’absorption dans le Nirvana, n’est pas une conception spirituelle très éclairée.  Après en être descendu, l’être humain doit remonter l’Échelle de Jacob, l’Écharpe d’Iris, en commençant par traverser la Mer Rouge.  La Mer Rouge, c’est le Plan matériel dont on ne peut reconnaître la légitimité et l’utilité qu’en apprenant à transmuter la Matière, dans l’apprentissage de son rôle de co-créateur.  Or, un bon co-créateur doit s’entourer des instruments de travail indispensables et combler ses besoins réels au niveau où il opère.  Trop de biens encombrent, mais la carence de biens constitue également une entrave.  Il ne faut pas dissocier la Création de son Créateur en se désincarnant.  Il ne faut pas davantage s’emprisonner dans la Matière en tentant de s’y édifier un paradis artificiel.

On peut considérer le détachement à la fois de façon rationnelle et dans une perspective spirituelle.  Se détacher, c’est d’abord apprendre à se concevoir comme une partie du Grand Tout, de la Totalité, en éliminant les motivations purement égoïstes, celles qui contribuent à développer la personnalité au détriment de son Individualité spirituelle.  Mais qu’est-ce qui est égoïste et qu’est-ce qui ne l’est pas, concrètement? Il n’est sûrement pas égoïste de se procurer les moyens de s’accomplir et de se réaliser pleinement, de conserver la joie de vivre, même si cela doit comprendre tous les éléments du confort et du bien-être.  Dieu n’est-il pas la Richesse suprême? L’homme a le droit à la sérénité, à la quiétude, à la paix d’esprit, donc à tous les moyens qui y contribuent.  Il vaut mieux combler ses désirs légitimes que d’y renoncer.  Il suffit de rester libre, face à ces moyens, de ne pas s’y attacher, de les considérer pour ce qu’ils sont, des réalités, des outils transitoires, pour ne pas souffrir lorsqu’ils doivent disparaître.

Se détacher, ce n’est pas renier l’abondance et la joie de la Vie, mais s’en servir, les partager, les glorifier.  Se détacher, ce n’est pas tenir à la Vie, tenter de l’accaparer, mais s’y abandonner de façon constructive, créative, inventive, se faire un avec elle.  Se détacher, c’est encore savoir renoncer à ce qui inquiète, émeut, traumatise, paralyse, rend agressif, à tout ce qui ne convient pas ou ne convient plus.  Par exemple, avoir le courage de ses convictions, vivre pour soi-même, sortir de la routine, des conditionnements, des préjugés, des stéréotypes, des clichés, des sentiers battus, de la peur.  Il faut éviter de faire du tort indu aux autres, apprendre à vivre sa solitude dans le silence.  Il faut surtout défendre hardiment son espace psychique et respecter celui des autres: il faut vivre et laisser vivre, se mêler de ses seules affaires et bien le faire, refuser la tentation de s’immiscer dans la vie des autres sans leur consentement, sans avoir la compétence, pour le simple plaisir de se montrer important ou sage.

Ainsi, se détacher, c’est développer un état mental et spirituel où on se sent bien dans sa peau, qu’on est content et satisfait, parce qu’on évalue les choses à leur juste mesure, pour ce qu’elles sont, sans y lier son destin au point de souffrir de leur disparition éventuelle.  Se détacher, ce n’est pas se soustraire au monde, s’isoler, renoncer à ses valeurs tant qu’elles sont utiles.  Il faut au contraire se procurer, par soi-même, tout ce qui enrichit son expérience et l’élargit, sans en faire le but de sa vie.  Le but de la vie, c’est de vivre, non de survivre, de s’activer, d’émuler, de concurrencer, de produire, de performer, d’entasser, d’accumuler.  Mais il ne faut jamais s’identifier à son pouvoir, à ses possessions, à son environnement, à son milieu, à ses relations, à ses affections.  Le “Je Suis” ne saurait qu’en faire.  On ne réussirait qu’à surdévelopper sa personnalité et à faire de ses acquisitions la substance première de ses sentiments et de ses pensées, d’où il ne resterait plus grand place pour sa quête spirituelle.

André Cotty, un sage, a écrit: «Celui qui veut parvenir au sommet d’une montagne et qui a mis sur son dos son petit sac à dû alléger celui-ci.  S’il a pris trop de choses avec lui sans considérer la longueur de la marche, les difficultés de l’escalade, il ne peut avancer ni atteindre son but.  Que faire? Il faut délibérément rejeter tout ce qui est lourd et inutile.  Il faut se dépouiller.  Il faut cultiver le détachement.  Il ne faut pas conserver les choses inutiles parce qu’elles nous empêchent de monter et de mettre en marche le mouvement de l’Esprit, de recharger notre centre magnétique.  Il faut se libérer de ce qu’on avait cru utile parce qu’on prenait modèle sur le monde ordinaire.»

Ainsi, le détachement, c’est l’aptitude à rester autonome et indépendant, libre de toute identification avec ce que l’on possède et ce qui entoure.  Il s’obtient en cultivant l’attitude du spectateur ou de l’observateur silencieux.  Dans cet état, l’être reste en mesure, demeurant dans le Haut Lieu secret, de ne plus porter attention à ses sympathies, à ses antipathies, à ses préjugés, à ses attachements.  Shri Kunjikagrantham résumait ainsi: «Le détachement d’une chose donne plus de facilité pour considérer une autre chose, et augmente ainsi le nombre de connaissances propres aux constructions de pensées.  Les affections particulières maintiennent l’ordre des rapports entre sujet et objet selon les affinités.  Elles sont limitatives, et de ce fait, entravent la vision unifiée de l’Esprit, en ce qui concerne ce que le monde appelle l’Univers.»  Pour tout dire, chacun gagne à vivre libre, sans accaparer et sans se laisser accaparer, à vivre amoureusement, donc dans la générosité dépourvue d’intérêt, d’attente et d’arrière-pensée.

© 1993-2016 Bertrand Duhaime (Douraganandâ).  Tous droits réservés. Toute reproduction strictement interdite pour tous les pays du monde.              

A propos de l'auteur

Une réponse

  1. Maziere

    Que cela fait du bien de lire un texte pareil
    Même si je suis sur le chemin depuis pas mal d’années déjà, je m écarte du chemin et j oublié l’essentiel de ce détachement qu’on appelle le “lâcher prise”
    Merci de laisser ces textes pour nous faire revenir sur ce merveilleux chemin

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *